Appel pour une école démocratique
Cet article peut être librement reproduit, moyennant mention de l'auteur et de l'URL http://users.skynet.be/aped

(Extrait de l'Ecole démocratique n°7, juillet-septembre 2001)

Mondialisation

L'Internationale de l'Education plaide pour «l'éducation publique pour tous»

JOMTIEN (Thaïlande) L'Internationale de l'Education (IE) a tenu en juillet dernier son 3ème congrès mondial en Thaïlande en plaidant pour une «éducation publique pour tous» et en fustigeant la libéralisation des systèmes éducatifs. Durant cinq jours, 1.300 délégués, observateurs et invités de l'IE ont planché sur le thème: «Éduquer dans une économie mondialisée» à Jomtien, une station balnéaire au sud-est de Bangkok.

L'IE est une confédération des principaux syndicats d'enseignants dans le monde, organisation internationale fondée en janvier 1993 et dont le siège est à Bruxelles. Elle représente 305 organisations d'enseignants qui revendiquent au total 24,5 millions de membres dans 155 pays.

Ce congrès triennal, grand-messe de la famille mondiale de l'enseignement, a tenté de dépasser les problématiques corporatistes traditionnelles. Les participants ont débattu de la commercialisation et de la privatisation des systèmes éducatifs, des impacts de la mondialisation sur les droits et conditions d'emploi des enseignants, des défis de la révolution technologique ou encore des ravages du sida parmi les enseignants en Afrique australe.

«Les forces mondiales du marché vont-elles conquérir les salles de classes?», s'est interrogé Fred van Leeuwen, le secrétaire général de l'IE lors de l'ouverture du congrès. «Nous refusons que nos écoles soient ouvertes à l'économie de marché, nous voulons qu'elles soient ouvertes à tous les enfants», a plaidé van Leeuwen.

Dans sa résolution finale, l'IE appelle à une «éducation publique pour tous» à l'horizon 2015, c'est-à-dire la scolarisation primaire de la totalité des enfants de la planète et l'alphabétisation des adultes. Il reste aujourd'hui dans le monde 115 millions d'enfants de 6 à 12 ans non-scolarisés et 882 millions de personnes analphabètes, dont 63,7% de femmes, selon l'IE.

Les délégués ont tenu à ce que le rôle éducatif «central» des pouvoirs publics, donc des États plutôt que du secteur privé, soit réaffirmé. Un engagement solennel des ministres de l'Education lors d'un forum mondial en avril 2000 à Dakar plaidait simplement pour une «éducation pour tous».

L'IE va aussi batailler contre la libéralisation et la privatisation des services de l'éducation prévues par un accord de l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC). Le congrès a adopté un amendement, présenté par des syndicats australiens, afin que l'éducation et les services de santé soient exclus de l'Accord Général sur le Commerce des Services (AGCS) de l'OMC.

«Il faut s'écarter de l'économie de marché et au contraire augmenter les financements publics et réduire la compétition hystérique entre universités», a déclaré à l'AFP Rob Crozier, directeur de l'association des personnels universitaires de Nouvelle-Zélande, qui a contribué à l'amendement anti-OMC. Avec l'Australie, la Nouvelle-Zélande est considérée comme un «laboratoire mondial» des expériences de libéralisation de l'éducation, déplore l'IE.

Le congrès a également adopté une résolution fustigeant des manuels scolaires japonais pour «distorsion» de faits historiques quant au rôle colonial et militaire du Japon en Asie au 20ème siècle. La situation au Proche-Orient, en Birmanie et en Afghanistan, ainsi que la traite des femmes et des enfants à des fins sexuelles ont également fait l'objet de résolutions. (AFP, 29/07/01)