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Appel pour une école démocratique |
(Extrait de l'Ecole démocratique n°7, juillet-septembre 2001)
Le sommet du G8 à Gènes aura aussi été l'occasion de rappeler la situation dramatique de l'enseignement dans une grande partie du monde. Plus de 125 millions d'enfants sont exclus de toute scolarité et près de 900 millions d'adultes ne peuvent ni lire ni écrire. Des millions d'enfants sont toujours privés d'école parce qu'ils ne disposent pas des quelques dollars que coûtent les livres, les stylos ou l'uniforme.
Le mouvement international «Global Campaign for Education», qui regroupe des ONG et des syndicats du monde entier, a demandé aux gouvernements du G8 de tenir la promesse faite au Forum Mondial sur l'Education, à Dakar: consacrer 5 milliards de dollars par an à soutenir le développement de l'enseignement dans le monde. Une requête pour le moins modeste, si on la compare aux besoins des pays pauvres. Et surtout, si on la compare aux moyens des pays riches: le gouvernement Bush vient d'accorder 1.350 milliards de réduction d'impôts qui profiteront aux plus riches des Américains. Et au sommet du G8 d'Okinawa, les hôtes Japonais ont offert 15 milliards de dollars pour aider les pays en développement à s'équiper en technologies de l'information.
Mais, comme tant d'autres, cette demande n'aura pas été entendue. Le G8 s'est contenté, dans sa déclaration finale, de «réaffirmer son attachement à l'objectif d'un enseignement primaire pour tous d'ici 2015». Et d'ajouter: «Nous encourageons en particulier le secteur privé à examiner les nouvelles opportunités d'investissement dans l'infrastructure, les TIC et le matériel didactique». C'est la stratégie de la Banque Mondiale qui est clairement mise en avant ici (lire à ce sujet: Vol de vautours sur l'école des pauvres, Les Cahiers de l'Ecole démocratique, n°5)
«Faut-il s'étonner si tant de gens sont en colère contre le G8» demande Kailash Satyarthi, président du Global March Against Child Labour. «Ils se réunissent pour développer leur plan de globalisation, mais si leur vision signifie que la moitié du monde reste non-instruite et opprimée, pendant que l'autre moitié s'entoure de produits de consommation bon marchés, alors nous n'en voulons pas».
Global Campaign Against Child Labour et communiqué final du G8
La Ligue des Familles vient de publier une nouvelle enquête. Elle concerne les dépenses d'enseignement pour les parents d'enfants fréquentant le fondamental. A ce niveau déjà, un tiers des ménages semblent avoir des difficultés à régler les frais scolaires. Il ressort également que 19 % des familles concernées paient plus de 20.000 FB par an! 35 % se déclarent prêts à ne pas envoyer leurs enfants à l'école au cas où ils ne pourraient pas payer une activité. A noter aussi que 27 % des familles interrogées paient les manuels scolaires, ce qui est illégal.
Selon l'Etat belge, nos jeunes concitoyens jouissent du «meilleur enseignement». C'est du moins ce que raconte le spot publicitaire hilarant «Belgique.be» sensé réveiller notre fibre chauvine. Mais la réalité a la vie dure L'Institut Supérieur du Travail de la KUL (HIVA) a calculé qu'un jeune sur cinq quitte l'école sans avoir obtenu de diplôme de l'enseignement secondaire. Seulement 52% obtiennent leur diplôme sans redoubler. Ce sont surtout des jeunes gens issus de milieux modestes ou allochtones qui décrochent, indique encore HIVA.
(De Morgen, 9 juin 2001)
Un programme gouvernemental de petits déjeuners à l'école a donné l'occasion à des chercheurs de mesurer l'effet de ce repas sur les performances scolaires de deux groupes d'enfants de 9 à 11 ans. Un groupe composé d'enfants en état de sous-nutrition, l'autre d'enfants bien nourris. Avant et après l'expérience, les enfants ont passé des tests cognitifs, d'expression verbale et de mathématiques.
Conclusion : la distribution de petits déjeuners à l'école a sensiblement amélioré les performances intellectuelles des enfants des deux groupes, avec une progression plus nette chez les enfants auparavant mal nourris. Cela confirme des études menées en Jamaïque et aux Etats-Unis. Logique : le p'tit déj' élève la glycémie sanguine et fournit la vitamine B1 nécessaire au processus de mémorisation. En tout cas, une preuve de plus que la réussite scolaire n'est pas entièrement déterminée par l'hérédité. Et une piste d'action pour ceux qui militent pour une vraie école de la réussite. Y compris en Belgique, où il est bon de rappeler qu'une étude de l'université de Gand (1998) montrait qu'entre 11 et 18 ans, un jeune sur six ne déjeune jamais et qu'à peine 20 % déjeunent régulièrement.
Le Ligueur, 16/05/01
Ami lecteur, amie lectrice, tu t'attaches à un enseignement qui fait la part belle à la raison et à la démarche scientifique. Eh bien, sache que de "faux scientifiques" - de vrais imposteurs - tentent régulièrement d'infiltrer l'enseignement et qu'il nous faut ouvrir l'oeil ... et le bon. Dernier exemple en date : la vigilance d'un scientifique de l'université des sciences et des technologies de Lille a permis l'interdiction - in extremis - d'une conférence "Fusion" dans son espace Culture. Le journal Fusion, c'est de l'antidarwinisme viscéral, de l'incohérence, de la géologie créationniste, des délires pseudo-évolutionnistes, etc. Un mystérieux institut, sans adresse, avait servi d'écran pour tromper le service Culture de l'université.
Charlie Hebdo, 27 juin 2001
Deux enfants britanniques sur trois n'ont pas la moindre idée de l'époque où se situe la deuxième guerre mondiale. Ils croient encore que c'est sous la direction de la Dame de fer, Margareth Thatcher, que les britanniques ont combattu les nazis. Une enquête montre qu'à quatorze ans, beaucoup d'élèves estiment les cours d'histoire inutiles... (Klasse, avril 2001)
A l'université, normalement, c'est un maître de conférences qui enseigne et fait de la recherche. Normalement. Parce que, du principe à la réalité, le fossé ne cesse de se creuser ! Il manque 12 000 enseignants-chercheurs, mais une bonne partie des 9 000 docteurs qui sortent annuellement iront pointer, les autorités leur préférant des travailleurs précaires, moins compétents certes, mais tellement plus économiques : attachés temporaires embauchés pour neuf à douze mois, moniteurs doctorants, vacataires officieux et officiels, techniciens, parfois même retraités, sans oublier les 13 000 profs du secondaire très pratiques puisqu'ils peuvent assurer une charge double de celle des maîtres de conférences. Autre dérive : l'université est de plus en plus utilisée pour des recherches directement rentables en termes économiques. Au détriment de la recherche fondamentale, on s'en doute. Précarisation des enseignants, compétition acharnée, formations à qualité variable selon l'université, capacités d'accueil insuffisantes, tout concourt à faire de l'enseignement universitaire français un marché comme les autres, sans même que le gouvernement doive le privatiser.
Charlie Hebdo, 9 mai 2001
Avec un marché éducatif libéralisé (AGCS) et un système uniforme de titres et de formations (Déclaration de Bologne) beaucoup d'écoles européennes et américaines s'installeront en Flandre. Alors, le prestige résidera dans le choix de son université ou de sa Haute Ecole. Le lieu où vous aurez obtenu votre diplome importera davantage que le titre lui-même. Ainsi parle Dirk Van Damme, secrétaire-général du Conseil Interuniversitaire flamand (VLIR).
(Vacature, 30 juin 2001)
Le gouvernement de la Communauté Française insiste depuis plusieurs années sur ses efforts en matière de formation continuée des enseignants. Il finance des formations et propose le remplacement des profs retournés sur les bancs de l'école pendant quelques jours. Les écoles en D+ étant prioritaires. «Publicité mensongère» déclare Madame Doms, directrice de l'école Magellan à Bruxelles. «Il n'y a pas assez d'enseignants pour remplir les cadres dans les écoles, il y en a encore moins pour remplir une réserve de temporaires!». Ceci oblige, par exemple, à répartir les élèves dans d'autres classes; ce qui crée des problèmes gigantesques. Les directions refusent donc régulièrement à leurs profs de suivre des formations continuées, tout simplement par manque de remplaçants. (Alter Educ, 23/3/01)
Dans la commune bruxelloise de St Gilles, la transformation des ZEP (Zones d'Education Prioritaires) en D+ crée quelques remous. Il ne s'agit pas que d'un changement de nom, disent les acteurs de terrain. S'ils y voient certains avantages, ils constatent aussi que cette transformation conduit à l'abandon du travail en zone pour revenir à une gestion par réseau des subsides et des projets. Autrement dit: «Ôtez de ma vue cet inter-réseaux que je ne pourrais voir». Par ailleurs, les plus concernés se plaignent des tracasseries administratives. Madame Doms (qui n'a décidément pas sa langue en poche) déclare:«les projets en D+ ne se font pas en fonction de nos besoins. On met des rustines!» (Alter Educ, 24/4/01)
Toujours à l'affut - pour vous servir, fidèle lecteur et trice - du moindre soubresaut de l'air du temps, l'Ecole démocratique vous informe des dernières tendances du "school marketing". Cette année, le College Pack, distribué dans les écoles secondaires qui n'y voient aucune contradiction déontologique, contient une canette de Pepsi Max (33 cl), une boîte de céréales Nestlé Crunch (30 gr.), un paquet de pâtes Aïki Noodles de Royco, un échantillon de styling gel New Wave de Wella et des dépliants Nokia, Orange TM et Belgacom (ADSL et Skynet). Comme alibis, sans doute, une information sur l'hépatite A et B et une autre du gouvernement belge sur "l'Euro pratique".
En Flandre, trente pourcent des écoles fondamentales et un quart des écoles secondaires ne disposent pas de vitrages isolants. Les écoles peuvent bénéficier d'un audit énergétique entièrement gratuit, réalisé par leur intercommunale. Mais pour les subsides qui doivent financer les travaux, il faut attendre en moyenne quatre ans... (De Standaard, 7 mei 2001)
Le Salon de l'Etudiant s'est tenu à Paris du 15 au 18 mars dernier. On pouvait y trouver quelques stands d'universités et, pour le reste, il s'agissait selon l'hebdomadaire Politis «d'une véritable foire aux écoles privées et aux petits boulots. Quick, McDo, Pizza Hut font la retape pour leurs jobs». Plusieurs établissements privés n'hésitaient pas à proposer des formations à 30.000 FF (180.000 FB) par an. Tant pis pour les étudiants peu fortunés qui sortaient du Salon profondément désenchantés. Le Ministère de l'Education Nationale organise lui un «Salon de l'Education». Mais, toujours d'après Politis, en novembre 2000, «il mélangeait allégrement les genres entre secteur public et organismes privés». Et l'hebdomadaire d'en conclure que déjà la dérive libérale de l'enseignement est en vitrine. (Politis, 22/3/01)
Pour ceux et celles qui douteraient encore de l'offensive marchande sur l'Ecole, ce courrier d'avril 2001 adressé aux directions par les Presses de Belgique, prochainement Vivendi Universal Publishing Services Benelux. Le groupe multinational français - initialement spécialisé dans la distribution et l'épuration d'eau (!) - a absorbé les éditions scolaires Nathan, Bordas, CLE, Retz et Dunod. Depuis le 2 mai, dans ses salles de vente, il a ouvert des "espaces pédagogiques" destinés aux enseignants, avec remise de 40 % sur le prix public (offre limitée à un exemplaire par titre et par enseignant, faut pas pousser, quand même !). Détail piquant : les directeurs ont même droit aux courbettes et sourires mielleux du prédateur qui les prie d'avoir "l'extrême gentillesse" d'afficher cette lettre dans la salle des professeurs. Allez ! Tous en choeur, et avec l'accent franco-amerloque s'il vous plaît : "Longue vie à Vivendi Universal Publishing Services Benelux ! Longue vie à son bien-aimé président Messier !"
Le magazine français «Le Point» a transgressé un tabou et il n'en est pas peu fier. Il a publié les taux de réussite des universités du pays. Ainsi, discipline par discipline, l'article se veut être une sorte de guide Michelin de l'enseignement supérieur et propose les unes à la suite des autres des pages intitulées: Où réussir en droit, en langues, etc. (Le Point, 6/4/01)
La société Standard & Poors est bien connue des milieux financiers pour ses «ratings», ses évaluations concernant la fiabilité des placements en actions ou en obligations. Le triple AAA dont il gratifie régulièrement la dette publique belge, comme s'il s'agissait d'une bonne andouillette, signifie que, si vous faites partie des fortunés, cela vaut la peine d'acheter des bons du trésor belge et que, dans le cas contraire, vous continuerez encore longtemps d'engraisser les premiers via vos impôts. Signe des temps et des nouveaux marchés émergents, Standard & Poors vient de lancer son «school evaluation system», un site internet spécialisé dans l'évaluation des «performances» des écoles. Celles-ci sont classées en fonction de nombreux critères: taux de réussite, salaire des enseignants, endettement, etc. Le tout assorti de commentaires détaillés. Cela ne concerne encore, pour l'instant et à titre expérimental, que les écoles publiques de l'Etat du Michigan, mais c'est un début. Les conditions de fonctionnement du marché scolaire se mettent en place.
Quelques fermetures spectaculaires ou menaces de fermetures ont été annoncées ces derniers mois Outre Quiévrain. Parmi les drames familiaux occasionnés par de telles décisions, Le Monde de l'Education pointe des ruptures violentes dans le parcours scolaire des enfants dus aux déménagements forcés. Dans le cas où les familles choisissent de rester, c'est avec une plus grande probabilité de chômage et les conséquences que l'on connaît sur les résultats scolaires. Donc, dans tous les cas, une fermeture d'usine a des conséquences scolaires. Ceci sans compter sur les écoles qui doivent parfois fermer par manque d'élèves. (Le Monde de l'Education, 06/01)
Depuis 1996, treize «écoles de la deuxième chance» ont été ouvertes dans onze pays de l'Union Européenne. Elles concernent des élèves de plus de 18 ans en situation d'échec scolaire et n'arrivant pas à s'insérer dans le marché du travail. Seuls 6 % des élèves inscrits persistent dans l'échec. Il est intéressant de constater que le coût moyen par élève représente 1,6 fois le coût moyen par élève pour l'ensemble des 11 pays participants. «Les résultats montrent que si on y met les moyens, on peut récupérer le jeune. La question qui se pose est de savoir si dans le système d'enseignement traditionnel on est prêt à investir davantage dans une optique de prévention, ce qui coûterait moins cher à la société» commente Edward Tersmette, responsable du projet à la Direction générale Éducation et Culture de la Commission européenne. Si c'est lui qui le dit
Alter Educ, 30/3/01
Pour justifier les réformes du système éducatif, on nous rappelle régulièrement que l'économie aurait besoin de travailleurs hautement qualifiés. Pourtant, selon la FEB (Fédération des Entreprises de Belgique) ont manquerait cruellement de travailleurs peu qualifiés: soudeurs, chauffeurs de camions, aides-soignants...
(Knack, 4 juli 2001)
Une école où les élèves coopèrent est plus efficace qu'une école où on les met en compétition. Notre conviction est confirmée par une étude publiée dans Psychologie et Éducation de mars 2001. Les chercheurs ont démontré avec des enfants de maternelle que le recours à des élèves-tuteurs pour enseigner ce qu'ils savent à d'autres enfants plus jeunes profite non seulement à l'enfant assisté, mais aussi au jeune tuteur, d'autant plus que celui-ci est obligé d'expliquer préalablement à l'adulte expérimentateur comment il compte apprendre au petit à réussir l'exercice. Ce que les spécialistes appellent une "décentration cognitive".
Sciences Humaines, juillet 2001
Le Plan d'action e Learning proposé par la Commissaire européenne Viviane Reding (éducation et culture) a été adopté le 28 mars dernier par la Commission. Ce plan répond à l'objectif que les chefs d'Etats européens ont fixé à l'Union lors du sommet de Lisbonne de mars 2000:«devenir l'économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde, capable d'une croissance économique durable ()», le tout évidemment au nom de l'emploi afin de clouer le bec aux éternels mécontents. Pour ce faire, le plan va favoriser le renforcement de «partenariats entre les secteurs publics et privés, entre les acteurs de l'éducation, de la formation et de la culture et ceux de l'industrie du contenu».
Alter Educ, 17/4/01
La Ministre fédérale de l'Emploi, Laurette Onkelinx (PS), bien connue des enseignants francophones, a organisé un symposium dans le but de consulter les différents acteurs concernés par «l'éducation tout au long de la vie». Différents ateliers travaillaient sur plusieurs thèmes. L'un d'eux a suggéré «la réorientation du système de formation avec la diminution du nombre d'années d'étude pour se concentrer sur une formation initiale générale et la mise en uvre, par la suite, d'une formation continue plus circonstanciée». Un autre atelier a insisté, pour ceux qui n'auraient pas bien compris, sur l'importance des relations entre formateurs et monde de l'entreprise. Un des enjeux qui a traversé l'ensemble des ateliers est celui de la concurrence entre formations initiale et continue dans un contexte de rareté des moyens au niveau communautaire.
Alter Educ, 23/4/01
Les tarifs d'inscription dans les écoles privées devraient augmenter en moyenne de 8% à la rentrée 2001. Ces augmentations pourraient atteindre 11% dans certains établissements. Pour les écoles les plus chères, cela pourra représenter une augmentation de 1 000 livres sterling dans l'année.
The Daily Telegraph, 24/06/2001, www.telegraph.co.u
Le 2 juillet dernier, l'OCDE a publié un rapport sur «la gestion des établissements scolaires». Ce rapport ressasse le cheval de bataille de l'organisation du capitalisme international en matière d'éducation: «Dans la majorité des pays de l'OCDE, les établissements d'enseignement publics sont insuffisamment adaptés aux exigences d'ouverture et de souplesse qui caractérisent l'économie d'aujourd'hui».
AEF
Le 26 juin dernier, diverses organisations syndicales et politiques des Philippines ont manifesté contre les importantes augmentations des droits d'inscription dans l'enseignement supérieur. Sammy Malunes, un porte parole du syndicat KMU a incriminé la «commercialisation croissante» de l'enseignement, cause, selon lui, de son coût croissant. «Les travailleurs sont aussi des parents, a-t-il dit. Nous travaillons durement pour envoyer nos enfants à l'école. Mais qu'importent nos efforts, les frais d'inscription exorbitants réclamés par les propriétaires d'écoles privées nous interdisent d'accorder une instruction à nos enfants. Nos maigres salaires nous permettent à peine de payer notre nourriture, nos vêtements et notre logement. Comment pourrions-nous encore dépenser quoi que ce soit pour l'enseignement? Avec le système éducatif privatisé actuel, nous ne pouvons plus envoyer nos enfants à l'école».
Une étude menée par l'Institut de recherche sur l'économie de l'éducation (Irédu - France) le montre : pendant la trêve estivale, la pression familiale en faveur du travail scolaire reste forte (82 % des enfants s'y adonnent). Avec des résultats très inégaux. Ce sont les enfants des milieux populaires - de parents moins diplômés - qui perdent le plus d'acquis scolaires. Les enfants des cadres, par contre, continuent de renforcer leurs compétences scolaires, même si leurs parents les sollicitent moins. Pourquoi ce paradoxe ? Un environnement plus ou moins favorable au renforcement. De quoi souligner encore une fois l'importance vitale de l'école pour les enfants issus des milieux les moins dotés de "capital culturel".
Sciences Humaines, juillet 2001
La ministre flamande de l'enseignement, Marleen Vanderpoorten, veut pousser les écoles fondamentales à collaborer au sein de grandes entités. Elle promet d'offrir des moyens suplémentaires en échange. Mais selon Luc Martens (CVP), Vanderpoorten espère au fond réaliser des économies en ramenant le nombre d'établissements de 2500 à 1500.
(Knack, 1 augustus 2001)
Dans notre dernier numéro, Ruben Ramboer nous expliquait les dangers de la Déclaration de Bologne. Appréhension partagée par une partie du monde estudiantin, vu les remous observés ces derniers mois. La Ministre de l'Enseignement Supérieur de la Communauté Française, Françoise Dupuis (PS) pense, elle, que «Bologne peut offrir une opportunité de renforcer l'attractivité de notre enseignement supérieur et de favoriser la mobilité de nos étudiants et diplômés». Rappelons que Bologne se présentait explicitement comme la suite logique de la Déclaration de la Sorbonne qui visait «en particulier une meilleure compétitivité entre les différents systèmes d'enseignement supérieur».
Alter Educ, 25/4/01
Une école primaire de Singapour vient de remplacer les cahiers par l'écran d'ordinateur pour les devoirs à la maison. Dès qu'ils rentrent chez eux, les élèves vont se connecter avec la classe virtuelle et, une fois identifiés, ils trouvent les problèmes et exercices divers à réaliser pour le lendemain.
Le Soir, 16/5/01
Les classes d'informatique existant dans les écoles ne suffisent apparemment pas à familiariser les élèves avec le monde du Net. Le Ministre Michel Daerden (PS) émet l'idée d'équiper chaque classe de cinq ordinateurs connectés. Pour ne pas ruiner la Région, il propose de recycler des ordinateurs dépassés pour le privé ou l'administration, mais qui pourraient, moyennant un léger toilettage, servir à surfer allégrement sur le réseau des réseaux.
Le Soir, 31/5/01
Le gouvernement de Tony Blair vient d'annoncer son intention de privatiser certains aspects de l'enseignement public secondaire. Son programme pour l'école, présenté comme «une remise en état radicale des écoles secondaires», «dérégulera le système scolaire, supprimera les barrières légales au changement et introduira de nouvelles façons pour les entreprises, les organisations religieuses ou associatives de s'impliquer pour soutenir les établissements». Leur participation sera contrôlée par des «contrats type». La réforme veut instaurer des écoles qui aient chacune «leur éthique, leur mission et leurs caractéristiques propres». De plus, les directeurs d'établissements qui «réussissent» auront plus d'autonomie et les écoles se verront accorder «la liberté d'innover». Le parti conservateur a approuvé les mesures annoncées et «la conversion tardive» des travaillistes au privé pour améliorer l'éducation. Le secrétaire général de la NUT (National union of teachers), syndicat enseignant, estime que le gouvernement devrait d'abord répondre au problème de la pénurie d'enseignants. La proposition d'impliquer le secteur privé va se heurter à un refus des enseignants, qui ne veulent pas devenir des employés d'entreprises privées, estime-t-il. Quant au responsable du syndicat des directeurs d'établissement, il s'inquiète de ce qu'une plus grande diversité pourrait conduire à une hiérarchisation des écoles. Selon lui, «la priorité doit être les enfants, pas les actionnaires». (BBC, 20/06/2001)
Les investissements en matériel informatique ne semblent pas très efficaces sur le plan de la pédagogie. Un responsable d'établissement constate que les cyberclasses sont plus souvent utilisées par les élèves pour relever leur courrier personnel que pour progresser dans leurs cours. On ne constate pas non plus un enthousiasme délirant chez les profs. Par manque de formation. «C'est un peu comme si, pour créer une compagnie de taxis, on avait acheté les voitures sans se préoccuper de former les taximans ni de prévoir un service de maintenance et d'entretien» déclare Charles Duchâteau des Facultés de Namur. Résultat: «Au mieux, les profs ont été formés à la manipulation technique de l'ordinateur, mais ils ne savent pas nécessairement ce que le PC peut apporter à leurs cours» constate Marianne Poumay de l'Ulg. (Le Vif l'Express, 8/6/01)
Dans sa dernière revue, la FAPEO (Parents de l'officiel) interroge le célèbre animateur de la RTBF Jacques Mercier, en lui faisant subir une sorte de mini-questionnaire de Proust à propos de l'école. A la question «Vous devenez Ministre de l'Education, quelle est votre priorité dans vos premières actions?», il répond sans hésiter: «Augmenter le nombre de professeurs pour mieux écouter l'ensemble, mais aussi chacun des élèves».
Trialogue, 7/01
De plus en plus de petites entreprises privées, baptisées poétiquement spin-off, se créent dans le sillage des universités. Le principe est simple: les centres de recherches universitaires découvrent des processus exploitables commercialement. Aussitôt, un spin-off se crée pour réaliser l'exploitation commerciale. Exploitation dont profitent évidemment presqu'uniquement les investisseurs privés qui ont ainsi bénéficié de la recherche effectuée essentiellement sur fonds publics (ndlr : "on vit décidément dans une société d'assistés"). Le phénomène est en expansion: 6 spin-off créées par an dans les années 80. 22 en l'an 2000 pour l'ensemble du pays. Ces sociétés sont surtout actives dans les TIC, les conseils aux entreprises ainsi que les biotechnologies et l'industrie pharmaceutique.
Le Soir, 7/7/01
L'Université Lomonossov de Moscou a longtemps été considérée comme une des plus prestigieuses du monde. Elle était l'espoir des jeunes Russes désireux de faire de grandes études. Elle en est à présent réduite à louer des locaux pour joindre les deux bouts. Et encore, pas moyens de résoudre les inégalités sociales, la fuite des cerveaux, le problèmes des équipements défaillants et des profs sous payés. Mieux: les élèves recalés de peu à l'examen d'entrée peuvent tout de même suivre les cours à condition de payer entre 2000 et 4000 $ (92.000 à 184.000 FB). Seuls les enfants de super riches peuvent évidemment sortir une telle somme dans la Russie d'aujourd'hui.
Le Monde de l'Education, 6/01
Une classe d'enfants de 11 ans avait envoyé une lettre de félicitations à George W Bush pour son investiture à la Présidence des Etats-Unis. Les élèves issus du très britannique Lancashire ne sont toujours pas revenus de la réponse du locataire de la Maison Blanche. «En tant que jeunes Américains, vous avez une responsabilité importante, qui est de devenir de bons citoyens. J'espère que vous continuerez à apprendre d'autres choses sur votre merveilleux pays». Les jeunes en ont conclu que W devait retourner à l'école.
Le Soir, 22/6/01
On estime que 400.000 enfants Roumains ne peuvent aller à l'école parce qu'ils sont obligés de travailler pour survivre. Cela représente 30% des jeunes en âge de scolarité. Depuis la restauration du capitalisme, le taux d'analphabétisme n'a cessé d'augmenter, pour atteindre désormais les 5%. Que font donc tous les généreux politiciens belges, qui s'étaient lancé, jadis, dans la campagne «Villages Roumains»?
Global Campaign Against Child Labour
23 rhétos de l'ITHCF Gembloux ont participé à un mois de chantier interculturel à Cuba. Ils en sont revenus avec des impressions fortes et quelques-unes de leurs idées reçues ont été fortement ébranlées. «Les Cubains connaissent parfaitement l'histoire de leur pays et du Che. L'école obligatoire pour tous développe beaucoup les côtés artistiques: théâtre, danse, chant, musique, sport, Bien sûr, la vie est très différente: les gens ne possèdent pas d'aussi jolies maisons ou voitures qu'ici, leurs vêtements ne sont pas de marques, ils ne mangent pas de viande autant de fois que nous, () mais qu'est-ce qu'ils sont heureux, chaleureux, généreux, souriants () Prenons exemple, c'est peut-être ça être civilisé!» écrivent-ils.
Contre Pied, 2/01
NDLR: il s'agit d'ailleurs d'un des derniers numéros de cette revue trimestrielle destinée aux écoles secondaires francophones. Le Ministre Hazette (PRL) vient en effet de décider de lui supprimer les subsides. Il n'y a, évidemment, aucun lien entre ce qui précède et la décision du Ministre
A l'Université de Liège, chaque nouvel inscrit en 1ère candidature pourra acquérir un ordinateur portable d'une valeur de 80.000 FB pour la somme de 55.000 FB. Avec possibilités de financement avantageuses en 3 ou 4 ans. L'Ulg a aussi négocié un accès avantageux à internet. Il s'agit d'un investissement de plus de 20 millions de FB.
Le Soir, 22/6/01
Les élèves de deux écoles pilotes de Bruxelles et Tournai peuvent désormais passer virtuellement par Dexia pour effectuer leurs menues dépenses. Ils peuvent en effet utiliser un système de paiement par carte surnommé Portos (équivalent du système Proton pour les adultes). Différents problèmes pratiques liés au ramassage de l'argent étant résolus, le système semble sympathique à première vue. Mais à y regarder de plus près, on constate qu'il est coûteux: 640.000FB d'investissements pour une école. Investissement vite récupéré en temps et en personnel, tempère aussitôt un responsable de l'école. L'école répercute aussi une partie des coûts sur les élèves. Qu'en sera-t-il dans les milieux moins favorisés ? Par ailleurs, Dexia ne cache pas son objectif de fidéliser une clientèle (plus les écoles que les élèves, assure-t-il). Luc Joossens, du Crioc, estime que ce n'est pas le rôle d'une école de fournir des clients aux banques. Il ajoute:«Sachant que toutes les écoles ont des problèmes budgétaires, que fera-t-on si IBM propose d'installer des ordinateurs pour les élèves ou si Mc Donald's offre de leur fournir des repas?»
Le Vif / l'Express, 25/5/01