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Appel pour une école démocratique |
(Extrait de l'Ecole démocratique n°7, juillet-septembre 2001)
Récemment, une publicité d'un opérateur de téléphonie mobile caricaturait joliment la problématique de la démotivation scolaire: on y voit une classe austère, silencieuse, surveillée par un enseignant poussiéreux, à l'air sévère. Soudain, un cri de joie brise la grisaille. Gros plan: un élève, confus, cache vite le GSM sur lequel il vient de remporter une partie de combat naval contre un condisciple assis au troisième rang. Message: l'école est un lieu d'ennui, la vraie vie est ailleurs, dans la liberté de consommer.
Publicité, cinéma, télévision, revues pour jeunes et radios véhiculent et inculquent les mythes de la société moderne: la réussite individuelle, la débrouille égoïste, le succès facile et superficiel, le refus des règles et des réglementations. Le modèle de «réussite» que le marketing imprime dans la tête des jeunes est à l'opposé des exigences du travail scolaire: rigueur, régularité, persévérance, patience
Dès lors, certains voudraient adapter l'école à la société. L'enseignant devrait se muer en animateur, les programmes devraient être allégés, la rigueur des disciplines abandonnée, l'élève ne devrait finalement plus rien apprendre, sauf apprendre à apprendre, l'essentiel étant qu'il se «sente bien» à l'école, qu'il y trouve du plaisir. Telle est la tendance qui transparaît souvent dans les réformes de programmes et les directives pédagogiques.
A l'opposé, des enseignants et des chefs d'établissements réagissent par un repli frileux: «tolérance zéro» en matière de discipline ou de travail scolaire, rejet des objectifs de démocratisation, recours à des classes de niveau et refus de l'innovation pédagogique.
Au XIXe siècle, le capitalisme avait besoin de travailleurs obéissants et de chair à canons: l'instruction obligatoire fut créée pour les lui fournir. Au milieu du XXe siècle le développement industriel et technologique exigea d'élever les niveaux de formation des travailleurs: on massifia l'enseignement secondaire et supérieur. Aujourd'hui, l'économie «de la connaissance» se contente de travailleurs peu qualifiés (c'est le cas de 60% des emplois créés). L'important, c'est qu'ils soient flexibles et bons consommateurs des nouveautés, souvent inutiles et néfastes, qui se déversent sur le marché. Dès lors, l'école traditionnelle, lieu de discipline et d'instruction, a fait son temps. Le capitalisme moderne se satisfait fort bien de «brutes ignorantes».
Stop ! Ce n'est pas l'école qui est «inadaptée», mais la société. S'il faut améliorer la première, c'est la deuxième qu'il faut «révolutionner». Voilà de quoi redonner du sens à notre action d'enseignants et de quoi remotiver les élèves: leur montrer que les savoirs sont nécessaires, non pas individuellement, mais comme armes d'un combat collectif. Tel sera le thème de notre réflexion du 13 octobre.
Nico Hirtt