Appel pour une école démocratique
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Radios “libres” ? Esprit critique interdit

NRJ, la première station radio musicale de France - et la plus écoutée des jeunes -, se proclame résolument “positive” et “apolitique” (apolitique mon oeil, traduisons plutôt “libérale”, puisqu’elle est positive envers le système dominant) et refuse “tout ce qui est intellectualisé”. Comme le prévoit sa convention, au nombre des règles immuables de l’animation figure l’interdiction de toute critique, notamment des événements politiques.
Message reçu 5 sur 5 par les auditeurs, comme le confirme une étude de la Sofres indiquant que les adeptes de cette radio préféraient les valeurs véhiculées par les termes “famille”, “tradition”, “frontière” ou “prudence” au détriment des mots “livres”, “écrire” et “réfléchir” (Le Monde diplomatique, mars 2000).
Ainsi donc, le manque d’intérêt des jeunes pour le “bien commun” ne serait pas que génétique, et pourrait, au moins partiellement, s’expliquer par un travail délibéré de crétinisation mené par des médias fort influents.

Wallonie-Bruxelles
Les tops télés belges en 2001

Que révèle le classement des émissions les plus suivies en 2001 en Belgique francophone ? Même si le sondage CIM ne tient pas compte des stations françaises pourtant très regardées chez nous, il est très instructif. Et, de toute façon, si TF1 y était comptabilisée, elle ne ferait qu’alourdir la tendance! Champion toutes catégories : le jeu “Qui sera millionnaire ?” Juste derrière, deux matches de foot : Belgique/Ecosse et Tchèquie/Belgique. En quatrième position, quand même de l’info, avec le journal de 19 heures de RTL/TVI. Mais quelle info ? Voyez la brève consacrée aux journaux télé ! De la 5ème à la 20ème place, des fictions - pas d’Art et Essai, rassurez-vous - des divertissements, du sport encore et un soupçon d’info.
(Télépro, 26/01/02)

Contenu des journaux télévisés
Vers une “fait diversification”

Si l’on en croit L’Année 2000 des médias publié par l’Observatoire du Récit Médiatique (UCL) et les propos d’anciens journalistes de la RTBF recueillis par G. Thoveron, il y a de quoi être inquiet. Même s’il subsiste une différence entre RTBF, publique, et RTL/TVI, privée, la première privilégiant l’info politique, la seconde l’info de proximité (faits divers, "people" - célébrités -, santé), il n’en est pas moins évident que la concurrence les mène toutes deux à accorder toujours plus de place au fait divers au détriment d’une information qu’on voudrait “fenêtre ouverte sur le monde”.
(Le Ligueur, 16/05/01)

Européens de 8 à 12 ans
Quels médias ?

40 % des enfants européens sont équipés d’une console de jeu, 39 % d’une console de poche, 25 % de leur propre télévision, 11 % d’un ordinateur, 54 % d’une radio, 47 % d’un walkman, 34 % d’une chaîne hi-fi. Les enfants d’aujourd’hui sont donc suréquipés dès leur plus jeune âge. Ils représentent un marché économique impressionnant. Malgré l’irruption de nouveaux médias, la télé reste l’un de leurs éléments de vie principaux, puisqu’ils y consacrent plus de 12 heures par semaine.
(Etude Consojunior 2000, dans le Ligueur, 14/11/01)

Programmes télé pour enfants
La marchandisation domine

Les programmes télé pour enfants suivent la même évolution - néfaste à nos yeux - que l’enseignement. C’est ce qui ressort d’une thèse d’E. Baton-Hervé publiée à L’Harmattan en 2000. D’abord conçue comme une mission de service public devant informer, éduquer et distraire, la programmation pour enfants considère de plus en plus ceux-ci comme des consommateurs et des prescripteurs d’achats. L’industrie américaine et japonaise du dessin animé aura ouvert la voie avec sa logique commerciale : fiction animée / publicité / produits dérivés (souvenez-vous de Goldorak, 1978). Suivront la sponsorisation d’émissions, l’explosion de la quantité de programmes (apparition de la télé du matin dans les années 80), la privatisation de chaînes publiques (TF1, 1987) et, dernière tendance, un brouillage des publics avec des jeux (Bigdil) et des sit-coms (Hélène et les garçons) ayant pour fonction de drainer et de maintenir captif le public le plus large possible jusqu’au pic d’audience du journal télévisé (audience et rentrées publicitaires étant étroitement liées, ndlr).
(Sciences Humaines, janvier 2001)

Wallonie-Bruxelles
La lecture publique va mal

L’accès de tous à la lecture constitue une alternative de choix à la soupe que nous servent les médias commerciaux dominants. La lecture publique est d’ailleurs une mission stratégique pour tout Etat se prétendant démocratique. Pourtant, le Conseil du livre de la Communauté française lance un cri d’alarme. Sous-financé depuis une trentaine d’années, le budget 2001 affecté à la lecture publique y est quatre fois (!) moindre qu’en Flandre. Et le fossé est, en fait, bien plus profond que cela, puisque le traitement et les charges patronales du personnel des bibliothèques flamandes sont pris en charge à 100 % par les pouvoirs subsidiants, pour un forfait atteignant à peine 50 % du salaire d’un bibliothécaire francophone. Le vice-président du Conseil stigmatise aussi la dispersion des responsabilités et des budgets entre plusieurs ministères. D’où absence de politique globale.
Des constats que le Conseil du livre n’hésite pas à mettre en relation avec d’autres : un taux de fréquentation des bibliothèques publiques de 12,7 % (contre 31 % au Québec), une 23ème position en lecture dans la récente enquête de l’OCDE (la Flandre est 3ème), quelque 400 000 illettrés et 25 % de Wallons et Bruxellois qui ne lisent jamais de livres !
Un désastre, quand on pense aux formidables outils d’émancipation que pourraient être les bibliothèques publiques : des centres d’information - réunissant livres, multimédias et informatique -, étroitement liés aux écoles et privilégiant les publics fragilisés.
(Le Soir, 24/01/2002 et Le Ligueur, 23/01/2002)

La communication
3ème génération impérialiste

“Après l’ère de la canonnière, et celle du commerce et des finances, les techniques et les réseaux de communication représentent la 3ème génération de la domination du monde.” Cette déclaration sans détour est signée Sbigniew Brzezinski, ancien secrétaire d’Etat de Jimmy Carter.

A méditer
Quelques citations

“Le problème n’est plus guère de savoir si un tableau tient, par exemple, dans un champ de blé, mais s’il tient à côté du journal de chaque jour, ouvert ou fermé, qui est une jungle.” André Breton
“Si l’homme parfois ne fermait pas souverainement les yeux, il finirait par ne plus voir ce qui vaut d’être regardé.” René Char