Jehans de Joinville

Livre des saintes paroles et des bons faiz nostre roy saint Looys


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LXXIII 
   Le roy et nous, que il durent delivrer dès soleil levant, il nous tindrent jusques à soleil couchant; ne onques ne mangeames, ni li amiral aussi; ainçois furent en desputoison tout le jour. Et disoit uns amiraus pour ceus qui estoient de sa partie: «Signour, se vous me voulez croire, moy et ceus qui sont ci de ma partie, nous occirons le roy et ces riches homes qui ci sont; car de ça quarante ans n'avons mais garde; car leur enfan sont petit, et nous avons Damiete devers nous; par quoy nous le povons faire plus seurement.»
   Uns autres Sarrazins, qui avoit non Sebreci, qui estoit nés de Morentaigne, disoit encontre et disoit ainsi: «Se nous occions le roy après ce que nous avons occi le soudanc, on dira que li Egypcien sont les plus mauvaises gens et les plus desloiaus qui soient ou monde.» Et cil qui vouloit que on nous occeist, disoit encontre: «Il est bien voirs que nous nous sommes trop malement deffait de nostre soudanc que nous avons tué; car nous sommes allé contre le commandement Mahommet, qui nous commande que nous gardons le nostre signour aussi comme la prunelle de nostre œil; et vez-ci en cest livre le commandement tout escrit. Or escoutez, fait-il, l'autre commandement Mahommet qui vient après.»
   Il leur tournoit un foillet ou livre que il tenoit, et lour moustroit l'autre commandement Mahommet, qui estoit tels: «En l'asseurement de la foy, occi l'ennemi de la loy. — Or gardez comment nous avons mesfait contre les commandemens Mahommet, de ce que nous avons tué nostre signour; et encore ferons-nous pis se nous ne tuons le roy, quelque asseurement que nous aions donné; car c'est li plus forz ennemis que la loy paiennime ait.»
   Nostre mors fu presque acordée: dont il avint ainsi, que uns amiraus qui estoit nostre adversaires, cuida que on nous deust touz occire, et vint sur le flum, et commença à crier en sarrazinnois à ceus qui les galies menoient, et osta sa touaille de sa teste et lour fist un signe de sa touaille. Et maintenant il nous desancrèrent, et nous remenèrent bien une grant lieue arière vers Babiloine. Lors cuidames-nous estre tuit perdu, et y ot maintes lermes plorées.

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