Jehans de Joinville

Livre des saintes paroles et des bons faiz nostre roy saint Looys


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   À son bon seigneur Looys, fil du roy de France, par la grace de Dieu roy de Navarre, de Champaigne et de Brie, conte palatin, Jehans, sires de Joinville, ses seneschaus de Champaigne, salut et amour et honour, et son servise appareillié.
   Cher sire, je vous faiz à savoir que madame la royne vostre mère, qui mout m'amoit (à cui Dieus bone merci face!), me pria si à certes comme elle put, que je li feisse faire un livre des saintes paroles et des bons faiz nostre roy saint Looys, et je le li oi en convenant, et à l'aide de Dieu li livres est assouvis en deus parties. La première partie si devise comment il se gouverna tout son tems selonc Dieu et selonc l'Esglise, et au profit de son règne. La seconde partie dou livre si parle de ses granz chevaleries et de ses granz faiz d'armes.
   Sire, pour ce qu'il est escrit: «Fai premier ce qui affiert à Dieu, et il te adrescera toutes tes autres besoignes,» ai-je tout premier fait escrire ce qui affiert aus trois choses desus dites, c'est à savoir ce qui affiert au profit des ames et des cors, et ce qui affiert au gouvernement dou peuple. Et ces autres choses ai-je fait escrire aussi à l'onour du vrai cors saint, pour ce que par ces choses desus dites on pourra veoir tout cler que onques hom lays de nostre temps ne vesqui si saintement de tout son temps, dès le commencement de son règne jusques à la fin de sa vie. À la fin de sa vie ne fu-je mie; mais li cuens Pierres d'Alençon, ses fiz, y fu (qui mout m'ama), qui me recorda la belle fin que il fist, que vous trouverez escripte en la fin de cest livre. Et de ce me semble-il que on ne li fist mie assez, quand on ne le mist au nombre des martirs, pour les grans peinnes que il souffri ou pelerinage de la croiz, par l'espace de six anz que je fu en sa compaignie, et pour ce meismement que il sensui Nostre-Signeur ou fait de la croiz. Car se Dieu morut en la croiz, aussi fist-il; car croisiez estoit-il quand il mourut à Thunes.
   Li secons livres vous parlera de ses granz chevaleries et de ses granz hardemens, liquel sont tel que je li vi quatre foiz metre son cors en avanture de mort, aussi comme vous orrez ci-après, pour espargnier le doumaige de son peuple.

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