Jehan Froissart

Chroniques

Livre Quatrième


Précédent Table des matières Suivant

Chapitre XIX

De la mort du roi Jean de Castille et du couronnement du roi Henry son fils.

V

ous savez, si comme il est ci-dessus contenu en notre histoire, comme la paix fut faite entre le roi de Castille et le duc de Lancastre, qui chalengeoit et demandoit à avoir grand droit au royaume de Castille de par madame Constance sa femme, qui fille avoit été du roi Piètre; et par le moyen de une belle-fille que le duc de Lancastre avoit de cette dame Constance, la paix se fit et confirma, car ce roi Jean de Castille avoit à héritier un fils que on appeloit Henry, ainsi comme son taion, et prince de Galice. Si fut le mariage fait de ce fils à celle fille de Lancastre qui venoit de la dame Constance, et parmi tant bonne paix entre Castille et Angleterre.
   Depuis le mariage fait ne demeura pas deux ans que le roi Jean de Castille alla de vie à trépas, et fut ensepveli en la cité de Burghes en Espaigne. Tantôt après sa mort, les prélats et grands barons de Castille se mirent ensemble, et dirent que ils vouloient ordonner à roi leur jeune héritier le prince de Galice. Ce propos fut tenu et le prince de Galice couronné au neuvième an de son âge, et sa femme, fille au duc de Lancastre, en avoit quinze. Ainsi demeura la fille au duc de Lancastre et à madame Constance, roine de Castille, et dame et héritière de toutes les terres et seigneuries dont le roi Piètre, le roi Henry et le roi Jean tinrent les seigneuries, réservé ce que le duc de Lancastre et sa femme, tant comme ils véquirent, eurent une pension de cent mille florins par an de revenue, dont les quatre meilleurs cités d'Espaigne demeurèrent en pleige et en dette envers eux. Ainsi avoit et véoit le duc de Lancastre ses deux filles, l'une roine d'Espaigne et l'autre roine de Portingal.
   Or parlerons du jeune comte Jean d'Armignac et du voyage qu'il fit en Lombardie, car la matière le désire.


Précédent Table des matières Suivant