près toutes ces choses faites et ordonnées et tout
recueilli, et
le comte de Douglas qui mort étoit mis en un sarcueux et chargé sur un char, et
messire Robert Hart et
Simon de Gladinin aussi, ils s'ordonnèrent à partir et se
départirent; et emmenèrent
messire Henry de Percy et plus de soixante chevaliers d'Angleterre, et prirent le chemin de
l'abbaye de Miaures sus la Tuide. A leur
département, ils
boutèrent le feu en leurs logis, et cheminèrent ce jour; et se logèrent encore en Angleterre. Nully leur devéoit. A lendemain ils se délogèrent bien matin et vinrent ce jour à
Miaures. C'est une abbaye de noirs moines séant sus le
département des deux royaumes. Là s'arrêtèrent-ils, et firent mettre et ensevelir au matin
le comte James de Douglas; et le second jour que ils furent là venus, ils lui firent faire son obsèque bien et révéremment; et fut sus le corps mise une tombe de pierre et la bannière de Douglas par dessus.
De
ce comte n'y a plus. Dieu lui pardoint; ni
je ne sçais à qui la terre de Douglas est retournée. Car quand
je, auteur de celle histoire, fus en Escosse et en son chastel à
Dalquest, vivant
le comte Guillaume de Douglas son père, ils n'étoient que deux enfans,
fils et
fille; mais encore y en avoit-il assez de ceux de Douglas en Escosse, car
je ne vis jusques à cinq beaux-frères, tous écuyers, qui portoient le surnom de Douglas, en l'hôtel du
roi David d'Escosse; et avoient été enfans à un chevalier d'Escosse qui s'appela
messire James Douglas, et crois bien que les armes Douglas, qui sont d'or à trois oreillers de gueules, leur retournèrent; mais de l'héritage je ne sais. Et devez savoir que
messire Arcebaut Douglas, dont
j'ai traité en plusieurs lieux comme vaillant chevalier qu'il fut et redouté des Anglois, étoit bâtard.
Quand ils eurent fait à
Miaures l'abbaye ce pourquoi ils étoient là arrêtés, ils se
départirent les uns des autres et prirent congé ensemble; et s'en retourna chacun en leur contrée, et ceux qui prisonniers avoient, les emmenoient ou rançonnoient et
recréoient; et vous dis que en ce parti d'armes là les Anglois trouvèrent les Escots moult courtois et légers et débonnaires en leurs délivrances et rançons, tant que ils s'en contentèrent, ainsi que me dit au
pays de Berne, en l'hôtel du
comte de Foix,
Jean de Chastel-Neuf qui pris y avoit été dessous la bannière du
comte de la Marche et de Dombare; et il même s'en louoit grandement du
comte son maître, car il l'avoit laissé passer ainsi que il l'avoit voulu.
Ainsi se
départirent ces gens d'armes; et
finèrent les Anglois, et se rançonnèrent au plustôt qu'ils purent et au plus courtoisement, et retournèrent petit à petit en leurs lieux. Il
me fut dit, et
je le crois assez, que les Escots eurent bien pour deux cens mille francs de rançons de prisonniers; ni depuis la bataille qui fut devant
le chastel d'Estrumelin en Escosse, que
le roi Robert de Bruce, et
messire Guillaume de Douglas, et
messire Robert de Versy, et
messire Simon Fresiel et les Escots firent sus les Anglois, dont la chasse dura trois jours, ils n'eurent nulle journée de profit ni de victoire si grande comme celle.
Quand les nouvelles vinrent en Galles, dans
la cité de Carlion où
messire Archebault Douglas et
le comte de Fy, et
le comte de Surlant et la
greigneur partie des Escouts se tenoient, et ces seigneurs furent justement informés de la vérité, et comment la
besogne de
Otebourch s'étoit portée, et le grand conquêt que leurs gens avoient eu et fait sur ces Anglois, si en furent grandement réjouis, et courroucés aussi de ce qu'ils n'y avoient été; et eurent conseil de se déloger et retraire en leur pays, puisque leurs gens étoient retraits. Si se délogèrent de devant
Carlion et se mirent au retour et rentrèrent en Escosse. […]