n ce temps se tenoit
le bon connétable de France, messire Bertran du Guesclin, en Auvergne, à grands gens d'armes; et se tenoit à siége devant
Chastel-Neuf de Randon, à trois lieues près de
Mende et à quatre lieues près du
Puy; et avoit enclos en
ce chastel Anglois et Gascons ennemis au royaume de France, qui étoient
issus hors du Limousin où grand'foison de forteresses angloises avoit. Si fit, le siége durant, devant plusieurs assauts faire, et dit et jura que delà ne partiroit, si auroit
le chastel. Une maladie prit au
connétable, de laquelle il accoucha au lit; pour ce ne se défit mie le siége, mais furent ses gens plus aigres que devant. De celle maladie
messire Bertran du Guesclin mourut; dont ce fut dommage, pour ses amis et pour le royaume de France. Si fut apporté en l'église des Cordeliers au
Puy en Auvergne; et là fut une nuit; et lendemain on l'embasma et appareilla, et fut mis en son sarcueil et apporté à
Saint-Denis en France; et là fut ensepveli assez près de la tombe du
roi Charles de France, lequel l'avoit fait faire très son vivant; et fit le corps de
son connétable mettre et coucher à ses pieds. Et puis fit faire en l'église Saint-Denis son obsèque aussi révéremment et aussi notablement comme si ce fût son fils; et y furent ses trois frères et les notables hommes du royaume de France.
Ainsi vaca, par la mort du
connétable de France, l'office de la connétablie. Si fut avisé et ordonné de qui on le feroit: si en étoient nommés plusieurs hauts barons du royaume de France, et par espécial
le sire de Cliçon et
le sire de Coucy; et voult
le roi de France que
le sire de Coucy fût
regard de toute la Picardie; et adonc lui donna-t-il toute la terre de Mortaigne, qui est un bel héritage séant entre
Tournay et
Valenciennes: si en fut débouté
messire Jacquemes de Werchin le jeune, sénéchal de Hainaut, qui le tenoit de la succession de son père, qui en fut sire un grand temps. Et vous dis que
ce sire de Coucy étoit grandement en la grâce du
roi de France, et vouloit
le roi qu'il fût connétable. Mais
le gentil chevalier s'excusoit par plusieurs raisons, et ne vouloit mie encore entreprendre si grand faix, comme de la connétablie; mais disoit que
messire Olivier de Cliçon étoit mieux taillé de l'être que nul; car il étoit vaillant homme et sage et amé, et connu des Bretons. Si demeura la chose en cel état un espace de temps. Et les gens
messire Bertran du Guesclin retournèrent en France; car
le chastel se rendit à eux le propre jour que
le connétable mourut. Et s'en rallèrent ceux qui le tenoient en Limosin, en la garnison de
Caluset et de
Ventadour. Quand
le roi de France vit les gens de
son connétable, si se ratenrit pour la cause que moult l'avoit amé, et fit à chacun selon son état grand profit. [...]