e la mort
Jean Lyon furent tous réjouis ses ennemis, et ses amis courroucés. Si fut apporté à
Gand; et pour la mort de lui retorna toute leur
route. Quand les nouvelles de la mort furent venues à
Gand, toutes gens furent durement courroucés, car moult y étoit aimé, excepté de ceux de la partie du
comte. Si vinrent les gens d'église à l'encontre du corps; et fut amené en
la ville à aussi grand'solemnité que si ce fût
le comte de Flandre; et fut enseveli moult révéremment en l'église de Saint-Nicolas, et là fit on ses obsèques et y gît. Pour ce si
Jean Lyon fut mort, ne se brisèrent mie adoncques les
convenances, que cils de
Gand avoient à cils de
Bruges; car les Gantois avoient de
Bruges pris bons ôtages, et les tenoient en
la ville de Gand, pourquoi les obligations ne se pouvoient dérompre. De la mort
Jean Lyon fut
le comte grandement réjoui; et aussi furent
Gisebrest Mahieu et ses frères, et le doyen des menus métiers de
Gand, et tous cils de la partie du
comte. Si fit
le comte plus fort que devant
pourveoir ses villes et chastel, et envoya en
la ville de Ypre grand'foison de bons chevaliers et écuyers de la chastellerie de
Lille et de
Douay et dit qu'il auroit temprement raison de ceux de
Gand.
Tantôt après la mort
Jean Lyon, ceux de
Gand
regardèrent qu'ils ne pouvoient longuement être sans capitaine; si en ordonnèrent les doyens des métiers et les cinquanteniers des portes quatre à leur avis des plus oultrageux, hardis et entreprenans de tous les autres: premièrement
Jean Pruniaux,
Jean Boule,
Rasse de Harselle,
Piètre du Bois; et jurèrent toutes manières d'autres gens à obéir à ces captaines, sans nulle exception et sur la tête; et ces capitaines jurèrent à garder l'honneur et les franchises de
la ville. Ces quatre capitaines émurent cils de
Gand à aller à
Ypre et au
Franc de Bruges, pour avoir l'obéissance d'eux, ou tout occire. Si se partirent de
Gand les capitaines et leurs gens en grand
arroy, et étoient bien douze mille tout armés au clair. Si cheminèrent tant, qu'ils vinrent à
Courtray. Cils de
Courtray les laissèrent entrer en
leur ville sans danger, car elle sied en la chastellerie de
Gand; et se tinrent là toute aise, et se rafreschirent, et y furent deux jours. Au tiers jour ils s'en partirent et s'en allèrent vers
Ypre, et emmenèrent avecques eux douze cents hommes, tout armés au clair, parmi les arbalestriers de
Courtray, et prirent le chemin de
Tourhout. Quand ils furent venus à
Tourhout, là s'arrêtèrent; et eurent conseil les capitaines de
Gand qu'ils envoyeroient trois ou quatre mille de leurs gens devant et le capitaine des blancs chaperons pour traiter à cils de
Ypre, et la grosse bataille les suivroit par derrière, pour eux conforter, si
mestier faisoit. Ainsi qu'il fut ordonné il fut fait; et s'en vinrent iceux à
Ypre. Quand le commun de
Ypre et cils des menus métiers sçurent la venue de cils de
Gand, ils s'armèrent et s'ordonnèrent tous sur le marché; et étoient bien cinq mille. Là n'avoient les riches hommes de
la ville, ni lers notables, nulle puissance. Les chevaliers, qui étoient en garnison de par
le comte en
la ville d'Ypre, s'en vinrent moult ordonnément à la porte de
Tourhout, là où les Gantois étoient arrêtés devant les
bailles, et requéroient que on les laissât entrer dedans. Ces chevaliers et leurs gens étoient tous rangés devant la porte et montroient bonne défense, ni jamais les Gantois n'y fussent entrés sans assaut et sans trop grand dommage; mais les menus métiers de
la ville,
voulsissent ou non les gros, se partirent du marché et s'en vinrent devers la porte que les chevaliers vouloient garder, et dirent: «Ouvrez, ouvrez à nos bons amis de
Gand; nous voulons que ils entrent en
notre ville.» Les chevaliers répondirent que non feroient, et qu'ils étoient là établis de par
le comte de Flandre, et avoient à garder
la ville, si la garderoient à leur loyal pouvoir, et n'étoit mie en la puissance de ceux de
Gand qu'ils y puissent entrer, si ce n'étoit par trahison. Paroles multiplièrent tant entre les gentilshommes et les doyens des menus métiers que on écria à eux: «A la mort! Vous ne serez pas seigneurs de
notre ville.» Là furent-ils assaillis roidement et reculés contreval la rue, car la force n'étoit pas la leur; et en y eut morts cinq chevaliers, desquels
messire Roubais et
messire Houard de la Houarderie furent là occis, dont ce fut dommage. Et y fut en trop grand'péril
messire Henry d'Antoing: à peine le purent
aucuns riches hommes de
la ville sauver. Touts fois on le sauva, et en y eut sauvés grand'foison d'autres; mais la porte fut ouverte, et y entrèrent les Gantois, et furent maîtres et seigneurs de
la ville, sans ce que nul mal y fissent. Et quand ils eurent été deux jours
léans et ils eurent pris la sûreté de cils de
la ville, qui leur jurèrent en la forme et la manière que ceux de
Bruges, de
Courtray, de
Grand-Mont et du
Dan avoient fait, et le tenroient, et de ce ils livrèrent ostages, ils s'en partirent tout courtoisement et s'en retournèrent parmi
Courtray à
Gand.