n ce temps avoit en la
marche de Toscane, en Italie, un vaillant chevalier qui s'appeloit
messire Jean Haccoude, qui plusieurs grands
apertises d'armes y fit et avoit faites en devant; et étoit
issu hors du royaume de France quand la paix fut faite et parlementée des deux rois à
Bretigny
de-lez
Chartres. En ce temps il étoit un povre
bachelier. Si
regarda que de retourner en son pays il ne pouvoit rien profiter; et quand il convint toutes manières de gens d'armes vider le royaume de France par l'ordonnance des
traités de paix, il se fit chef d'une
route de compagnons qu'on appeloit les Tard venus; et s'en vinrent en Bourgogne; et là s'assemblèrent grand'foison de tels
routes d'Anglois, Bretons, Gascons, Allemands et gens de Compagnies de toutes nations; et fut
Haccoude un des chefs par espécial, avecques
Briquet et
Carsuelle, par qui
la bataille de Brinay fut faite; et aida à prendre le
Pont-Saint-Esprit avecques
Bernard des Forges; et quand ils orent assez guerroyé et
hérié le pays,
le pape et les cardinaux, on traita à eux et vers
le marquis de Montferrat, qui en ce temps avoit guerre aux seigneurs de
Milan.
Ce marquis les emmena outre les monts, quand on leur eut délivré soixante mille francs, dont
Haccoude eut à sa part dix mille pour lui et pour sa
route. Quand ils eurent achevé la guerre du
marquis, les plusieurs retournèrent en France, car
messire Bertran du Guesclin,
le comte de la Marche,
le sire de Beaujeu et
le maréchal de France, messire Arnoul d'Endrehen, les emmenèrent en Espaigne combattre
le roi Piètre pour
le roi Henry, et aussi
le pape Urbain cinq les y envoya.
Messire Jean Haccoude et sa
route demeurèrent en Italie; et l'embesogna
pape Urbain tant qu'il vesqui contre les seigneurs de
Milan. Aussi fit
pape Grégoire régnant après lui. Et fit
cil messire Jean Haccoude avoir au
seigneur de Coucy contre
le comte de Vertus et les Lombards une très belle journée; et dient, et de vérité les plusieurs, que
le sire de Coucy eût été rué jus des Lombards et du
comte de Vertus, si n'eût été
Haccoude qui lui vint aider à cinq cents combattans, pour la cause que
le sire de Coucy avoit à femme
la fille du
roi d'Angleterre, et non pour nulle autre chose.
Cil messire Jean Haccoude étoit un chevalier moult aduré et renommé
ens ès
marches d'Italie, et y fit plusieurs grands
apertises d'armes. Si s'avisèrent les Romains et
Urbain, qui se nommoit pape, quand
Clément fut parti de
Fondes, qu'ils le manderoient et le feroient maître et gouverneur de toute leur guerre. Si le mandèrent et lui offrirent grand profit, et le retinrent lui et sa
route à sols et à gages, et il s'en
acquitta loyaument; car il, avecques les Romains, déconfit un jour
messire Sevestre Bude et une grand'route de Bretons; et furent sur la place tous morts ou pris, et
messire Sevestre Bude amené prisonnier à
Rome, et fut en grand péril d'être décolé; et au
voir dire, trop mieux vaulsist que pour l'honneur de lui et de ses amis que il l'eût été au jour que il fut amené à
Rome, car depuis le fit
pape Clément décoler en
la cité de Mâcon, et un autre écuyer breton avecques lui, qui s'appeloit
Guillaume Boi-L'Ewe; et furent souspeçonnés de trahison, pourtant qu'ils étoient
issus hors de la prison des Romains, et ne pouvoit-on savoir par quel traité; et vinrent en
Avignon, et là furent-ils pris. De leur prise fut coupable
le cardinal d'Amiens, car il les
haioit dès le temps qu'ils faisoient la guerre en Romanie pour le pape; car ils avoient sur les champs rué jus les
sommiers du
cardinal d'Amiens ès quels il avoit grand'finance, vaisselle d'or et d'argent, et l'avoient toute départie aux compagnons qui ne pouvoient être payés de leurs gages, dont
le cardinal tint ce fait à grand dépit et les accusa couvertement de trahison. Quand ils furent venus en
Avignon, il fut avis que ils étoient là cauteleusement traits pour trahir
le pape: si furent pris et envoyés à
Mâcon, et là décolés. Ainsi se portoient les affaires en ce temps
ens ès parties de là; et on dit que
messire Bertran du Guesclin fut durement courroucé de la mort
messire Sevestre Bude, son cousin, contre
le pape et contre les cardinaux; et s'il eût vécu longuement, il leur eût remontré que la mort de
messire Sevestre lui étoit déplaisant.
Nous nous souffrirons présentement à parler de ces matières, et entrerons à parler des guerres de Flandre, qui commencèrent en celle saison, qui furent dures et cruelles, et de quoi grand'foison de peuple furent morts et exilliés et le pays de Flandre contourné en telle manière que on disoit adoncques que en cent ans à venir il ne seroit mie recouvré au point les guerres l'avoient pris; et remmontrerons et recorderons par quelle incidence les mauvaises guerres commencèrent.