ous parlerons du
roi d'Angleterre qui là étoit, sans la connoissance de ses ennemis, dessous la
bannière
messire Gautier de Mauny, et conterons comment il persévéra ce jour. Tout à pied et de bonne ordonnance, il s'en vint avec ses gens requerre ses ennemis qui se tenoient moult serrés, leurs lances retaillées de cinq pieds par devant eux. De première venue, il y eut dur encontre et fort
boutis; et s'adressa
le roi dessus
messire Eustache de Ribeumont, lequel étoit moult fort chevalier et hardi et de grand'emprise, et qui
recueillit
le roi moult chevalereusement, non qu'il le connût, ni il ne savoit à qui il avoit à faire. Là se combattit
le roi au dit
messire Eustache moult longuement et
messire Eustache à lui, et tant qu'il les faisoit moult plaisant voir.
Depuis, tout en combattant, fut leur bataille rompue, car deux grosses
routes des uns et des autres vinrent celle part qui les départirent. Là eut grand
estour et dur et bien combattu; et y furent François et Anglois, chacun en son convenant, très bons chevaliers. Là eut fait plusieurs grands
appertises d'armes; et ne s'y épargna
le roi d'Angleterre néant, mais étoit
toudis entre les plus drus; et eut de la main ce jour plus à faire à
messire Eustache de Ribeumont. Là fut
son fils, le jeune prince de Galles, très bon chevalier; et fut
le roi abattu à genoux, si comme
je fus informé, par deux fois, du dessus dit
messire Eustache de Ribeumont; mais
messire Gautier de Mauny et
messire Regnault de Cobehen, qui
de-lez lui étoient, le aidèrent à relever.
Là furent bons chevaliers
messire Geffroy de Chargny,
messire Jean de Landas,
messire Hector et
messire Gauvain de Bailleul,
le sire de Créqui et les autres; mais tous les passoit, de bien combattre et vaillamment,
messire Eustache de Ribeumont.
Que vous ferois-je long record? La journée fut pour les Anglois, et y furent tous pris ou morts ceux qui avec
messire Geffroy étoient au dehors de
Calais. Et là furent morts, dont ce fut dommage,
messire Henry du Bois et
messire Pepin de Were, deux moult vaillans chevaliers, et pris
messire Geffroy de Chargny et tous les autres. Et tout le dernier qui y fut pris, et qui ce jour y fit moult d'armes, ce fut
messire Eustache de Ribeumont; et le conquit
le roi d'Angleterre par armes; et lui rendit
le dit messire Eustache son épée, non qu'il sçut que ce fût
le roi,
ains
cuidoit que ce fût un des compagnons
messire Gautier de Mauny; et se rendit à lui pour celle cause que ce jour il s'étoit continuellement combattu à lui; et bien véoit
messire Eustache aussi que rendre le convenoit. Si baissa son épée au
roi et lui dit: «Chevalier,
je me rends votre prisonnier.» Et
le roi le prit, qui en eut grand'joie.
Ainsi fut cette
besogne achevée, qui fut dessous
Calais, en l'an de grâce mil trois cent quarante neuf,
droitement le premier jour de janvier. [1er janvier 1350, nouveau style.]