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touillis et en ce grand
hutin et froissis, et que Navarrois et Anglois entendoient à suir la trace du
captal qu'ils en véoient mener et porter devant eux, dont il sembloit qu'ils fussent tous forsennés,
messire Aymon de Pommiers,
messire Petiton de Courton,
monseigneur le soudich de l'Estrade et les gens
le seigneur de la Breth d'une sorte, entendirent de grand'volonté à eux adresser au pennon du
captal qui étoit en un buisson, et dont les Navarrois faisoient leur étendard. Là eut grand
hutin de la bataille, car il étoit bien gardé et de bonnes gens, et par espécial,
messire le bascle de Marueil et
messire Geffroy de Roussillon y étoient. Là eut faites maintes
apertises d'armes, maintes prises et maintes rescousses, et maints hommes blessés et navrés et renversés par terre. Toutes fois, les Navarrois qui là étoient
de-lez le buisson et le pennon du
captal ouverts ou reculés par force d'armes, et mort
le bascle de Marueil et plusieurs autres, et pris
messire Geffroy de Roussillon et fiancé prisonnier de
Monseigneur Aymon de Pommiers, et tous les autres, qui là étoient ou morts ou pris, ou reculés si avant qu'il n'en étoit nulles nouvelles entour le buisson quand le pennon du
captal fut pris, conquis et descrié et rué par terre. Pendant que les Gascons entendoient à ce faire, les Picards, les François, les Bretons, les Normands et les Bourguignons se combattoient d'autre part moult vaillamment; et bien leur étoit besoin, car les Navarrois les avoient reculés; et étoit demeuré mort entre eux
le vicomte de Beaumont, dont ce fut dommage, car il étoit à ce jour jeune chevalier et bien taillé de valoir encore grand'chose. Si l'avoient ses gens à grand
meschef porté hors de la presse arrière de la bataille, et là le gardoient.
Je vous dis, si comme
j'ai ouï recorder à ceux qui y furent d'un côté et d'autre, que on n'avoit point vu pareille bataille d'autelle quantité de gens être aussi bien combattue comme celle fut; car ils étoient tous à pied et main à main. Si s'entrelaçoient l'un dedans l'autre et s'éprouvoient au bien combattre de tels armures qu'ils pouvoient, et par espécial de ces haches donnoient-ils si grands horions que tous s'étonnoient.
Là furent navrés et durement blessés
messire Petiton de Courton et
monseigneur le soudich de l'Estrade; et tellement que depuis pour la journée ne se purent aider.
Messire Jean Jeviel, par qui la bataille commença, et qui premier moult vaillamment avoit assailli et envahi les François, y fit ce jour maintes grands
apertises d'armes, et ne daigna
oncques reculer, et se combattit si vaillamment et si avant qu'il fut durement blessé en plusieurs lieux au corps et au
chef, et fut pris et fiancé prisonnier d'un écuyer de Bretagne dessous
monseigneur Bertran du Guesclin: adonc fut-il porté hors de la presse.
Le sire de Beaujeu,
messire Louis de Châlons, les gens de
l'archiprêtre, avec grand'foison de bons chevaliers et écuyers de Bourgogne, se combattoient vaillamment d'autre part, car une
route de Navarrois et les gens
monseigneur Jean Jeviel leur étoient au devant. Et vous dis que les François ne l'avoient point d'avantage, car ils trouvoient bien dures gens d'armes merveilleusement contre eux.
Messire Bertran et ses Bretons se
acquittèrent loyalement et bien se tinrent toujours ensemble, en aidant l'un l'autre. Et ce qui déconfit les Navarrois et Anglois, ce fut la prise du
captal, qui fut pris dès le commencement, et le conquêt de son pennon où ses gens ne se purent rallier. Les François obtinrent la place, mais il leur coûta grandement de leurs gens; et y furent morts
le vicomte de Beaumont, si comme vous avez ouï,
messire Baudoin, maître des arbalétriers,
messire Louis de Havesquierques et plusieurs. Et des Navarrois mort un banneret de Navarre, qui s'appeloit
le sire de Saux; et grand'foison de gens
de-lez lui, et mort
le bascle de Marueil, un
apert chevalier durement, si comme dessus est dit; et aussi mourut ce jour prisonnier
messire Jean Jeviel. Si furent pris
messire Guillaume de Gauville,
messire de Saquenville,
messire Geffroy de Roussillon,
messire Bertran du Franc et plusieurs autres: petit s'en sauvèrent, que tous ne fussent ou morts ou pris sur la place. Cette bataille fut en Normandie assez près de
Coucherel, par un jeudi, le seizième jour de mai, l'an de grâce MCCCLXIV.