insi eurent les Navarrois et les François connoissance les uns des autres, par le rapport des deux hérauts. Si se conseillèrent et avisèrent sur ce, et s'adressèrent ainsi que pour trouver l'un l'autre. Quand
le captal eut ouï dire à
Faucon quel nombre de gens d'armes les François étoient et qu'ils étoient bien quinze cents, il envoya tantôt certains
messages en
la cité d'Évreux devers
le capitaine, en lui signifiant que il fist vider et partir toutes manières de jeunes compagnons armés dont on se pouvoit aider, et traire devers
Coucherel; car il pensoit bien que là en cel endroit trouveroit-il les François; et sans faute, quelque part qu'il les trouvât, il les combattroit. Quand ces nouvelles vinrent en
la cité d'Évreux à
monseigneur Leger d'Orgesy, il les fit crier et publier, et commanda étroitement que tous ceux qui à cheval étoient incontinent se traissent devers
le captal. Si en partirent de rechef plus de six vingt compagnons jeunes, de la nation de
la ville.
Ce mercredi se logea à heure de nonne
le captal sur une montagne et ses gens tout environ; et les François qui les désiroient à trouver chevauchèrent avant, et tant qu'ils vinrent sur la rivière qu'on appelle au pays Yton, et court devers
Évreux, et naît de bien près de
Conches; et se logèrent tout aisément ce mercredi, à heure de
relevée, en deux beaux prés tout au long de celle rivière. Le jeudi matin se délogèrent les Navarrois et envoyèrent leurs coureurs devant pour savoir si ils orroient nulles nouvelles des François; et les François envoyèrent aussi les leurs pour savoir si ils orroient nulles telles nouvelles des Navarrois. Si en rapportèrent chacun à sa partie, en moins d'espace que deux lieues, certaines nouvelles; et chevauchoient les Navarrois, ainsi que
Faucon les menoit, droit à l'adresse le chemin qu'il étoit venu. Si vinrent environt une heure de prime sur les plains de
Coucherel, et virent les François devant eux qui jà ordonnoient leurs batailles; et y avoit grand'foison de bannières et de pennons, et étoient par semblant plus tant et demi qu'ils n'étoient. Si s'arrêtèrent les dits Navarrois tous cois au dehors d'un petit bois qui là sied; et puis se trairent avant les capitaines et se mirent en ordonnance.
Premièrement ils firent trois batailles bien et
faiticement tous à pied, et envoyèrent leurs chevaux, leurs malles et leurs garçons en ce petit bois qui étoit
de-lez eux et établirent
monseigneur Jean Jeviel en la première bataille, et lui ordonnèrent tous les Anglois, hommes d'armes et archers. La seconde eut
le captal de Buch, et pouvoient bien être en sa bataille quatre cents combattants, que uns que autres. Si étoient
de-lez
le captal de Buch
le sire de Saux en Navarre, un jeune chevalier, et sa
bannière, et
messire Guillaume de Gauville, et
messire Pierre de Saquenville. La tierce eurent trois autres chevaliers,
messire le bascle de Mareuil,
messire Bertran du Franc et
messire Sanse Lopin; et étoient aussi environ quatre cents armures de fer. Quand ils eurent ordonné leurs batailles, ils ne s'éloignèrent point trop l'une de l'autre, et prirent l'avantage d'une montagne qui étoit à la droite main entr'eux et le bois, et se rangèrent tous de front sur celle montagne pardevant leurs ennemis; et mirent encore, par grand avis, le pennon du
captal en un fort buisson épineux, et ordonnèrent là entour soixante armures de fer pour le garder et défendre. Et le firent par manière d'étendart pour eux rallier, si par force d'armes ils étoient épars; et ordonnèrent encore que point ne se devoient
partir, ni descendre de la montagne pour chose qui avenist; mais si on les vouloit combattre on les allât là
quérir.