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messire Jean de Grailly, dit et nommé
captal de
Buch, eut fait son
amas et son assemblée en
la cité d'Évreux, d'archers et de brigands, il ordonna ses
besognes; et laissa en
la dite ville et cité capitaine un chevalier qui s'appeloit
Liger d'Orgesi, et envoya à
Conches
messire Guy de Gauville pour faire frontière sur le pays; puis se partit d'Évreux à tous ses gens d'armes et ses archers; car il entendit que les François chevauchoient, mais il ne savoit quel part. Si se mit aux champs, en grand désir d'eux trouver. Si nombra ses gens et se trouva sept cents
lances, trois cents archers et bien cinq cents autres hommes aidables.
Là étoient
de-lez lui plusieurs bons chevaliers et écuyers, et par espécial un banneret du royaume de Navarre qui s'appeloit
le sire de Saux. Et le plus grand après et le plus
appert et qui tenoit la plus grand'route de gens d'armes et d'archers, c'étoit un chevalier d'Angleterre qui s'appeloit
Jean Juiel. Si y étoient
Pierre de Saquenville,
messire Bertran du Franc,
le bascle de Mareuil,
messire Guillaume de Gauville, et plusieurs autres, tous en grand'volonté de rencontrer
momnseigneur Bertran et ses gens et d'eux combattre. Si tiroient à venir devers
Pacy et le Pont-de-l'Arche; car bien pensoient que les François passeroient la rivière de Saine; voire si ils ne l'avoient jà passée. Or avint que, droitement le mercredi de la Pentecôte, si comme
le captal et sa
route chevauchoient au dehord d'un bois, ils encontrèrent d'aventure un héraut qui s'appeloit
le roi Faucon, et étoit cil au matin parti de l'ost des François. St très tôt que
le captal le vit, bien le reconnut, car il étoit héraut au
roi d'Angleterre; et lui demanda dont il venoit, et si il avoit nulles nouvelles des François. «En nom Dieu,
monseigneur, dit-il, oil:
je me partis
hui matin d'eux et de leur
route; et vous
quèrent aussi et ont grand désir de vous trouver. — Et quel part sont-ils, dit
le captal, sont-ils deçà le Pont-de-l'Arche ou delà? — En nom Dieu, dit
Faucon, sire, ils ont passé le Pont-de-l'Arche et
Vernon, et sont maintenant,
je pense, assez près de
Pacy. — Et quels gens sont-ils, dit
le captal, et quels capitaines ont-ils? Dis-le
moi,
je
t'en prie,
doux Faucon. — En nom Dieu,
sire, ils sont bien mille et cinq cents combattants, et toutes bonnes gens d'armes. Si y sont
messire Bertran du Guesclin qui a la plus grand'route de Bretons,
le comte de Aucerre,
le vicomte de Beaumont,
messire Louis de Châlons,
le sire de Beaujeu,
monseigneur le maître des arbalétriers,
messire l'archiprêtre,
messire Oudart de Renty; et si y sont de Gascogne, votre pays, les gens
le seigneur de Labreth,
messire Petiton de Curton et
messire Perducas de Labreth; et si y est
messire Aymon de Pommiers et
messire le soudich de l'Estrade.» Quand
le captal ouït nommer les Gascons, si fut durement émerveillé et rougit tout de félonnie, et répliqua sa parole en disant: «Faucon,
Faucon, est-ce à bonne vérité que tu dis que ces chevaliers de Gascogne que tu nommes sont là, et les gens
le seigneur de Labreth ? —
Sire, dit
le héraut, par ma foi, oïl. — Et où est
le sire de Labreth, dit
le captal ? — En nom Dieu,
sire, répondit
Faucon, il est à
Paris
de-lez
le régent le duc de Normandie, qui s'appareille fort pour aller à
Reims; car on dit partout communément que dimanche qui vient il se fera sacrer et couronner.» Adonc mit
le captal sa main à sa tête, et dit ainsi que par
mautalent: «Par le
cap Saint-Antoine! Gascons contre Gascons s'éprouveront.»
Adonc parla
le roi Faucon pour
Pierre, un héraut que
l'archiprêtre envoyoit là; et dit au
captal: «Monseigneur, assez près de ci m'attend
un héraut que
l'archiprêtre envoie devers
vous, lequel
archiprêtre parleroit volontiers à
vous.» Dont répondit
le captal et dit à
Faucon: «Faucon, dites à
ce héraut françois qu'il n'a que faire plus avant, et qu'il dise à
l'archiprêtre que
je ne vueil nul parlement à lui.» Adonc s'avança
messire Jean Jeviel, et dit: «Sire, pourquoi?
Espoir est-ce pour notre profit?» Dont dit
le captal: «Jean,
Jean, non est; mais est
l'archiprêtre si
baretierre que, s'il venoit jusques à nous, en nous contant jangles et
bourdes, il aviseroit et imagineroit notre force et nos gens: si nous pourroit tourner à grand dommage et à grand contraire: si n'ai cure de ses grands parlemens.» Adonc retourna
le roi Faucon devers
Pierre son compagnon qui l'attendoit au
coron d'une haye, et excusa
monseigneur le captal bien et sagement, tant que
le héraut françois en fut tout content; et rapporta arrière à
l'archiprêtre tout ce que
Faucon lui avoit dit.