n ce temps que ces méchans gens couroient, revinrent de Prusse
le comte de Foix et
le captal de Buch son cousin; et entendirent sur le chemin, si comme ils devoient entrer en France, la pestillence et l'horribleté qui couroit sur les gentilshommes. Si en eurent ces deux seigneurs grand'pitié. Si chevauchèrent par leur journée tant qu'ils vinrent à
Châlons en Champagne qui rien ne se mouvoit du fait des vilains, ni point n'y entroient. Si leur fut dit en
la dite cité que
la duchesse de Normandie et
la duchesse d'Orléans et bien trois cents dames et damoiselles, et
le duc d'Orléans aussi, étoient à
Meaux en Brie, en grand
meschef de cœur pour celle Jaquerie. Ces deux bons chevaliers s'accordèrent que ils iroient voir les dames et les reconforteroient à leur pouvoir, combien que
le captal fût Anglois. Mais ils étoient pour ce temps trèves en ce royaume de France et le royaume d'Angleterre: si pouvoit
le dit captal chevaucher partout; et aussi là il vouloit remontrer sa gentillesse, en la compagnie du
comte de Foix. Si pouvoient être de leur
route environ quarante
lances, et non plus; car ils venoient d'un pélerinage, ainsi que je vous l'ai dit.
Tant chevauchèrent que ils vinrent à
Meaux en Brie. Si allèrent tantôt devers
la duchesse de Normandie et les autres dames, qui furent moult
lies de leur venue: car tous les jours elles étoient menacées des Jaques et des vilains de Brie, et mêmement de ceux de
la ville, ainsi qu'il fut apparent. Car encore pour ce que ces méchans gens entendirent que il avoit là foison de dames et de damoiselles et de jeunes gentils enfans, ils s'assemblèrent ensemble, et de ceux de la comté de Valois aussi, et s'envinrent devers
Meaux. D'autre part, ceux de
Paris, qui bien savoient cette assemblée, se partirent un jour de
Paris, par flottes et par troupeaux, et s'envinrent avecques les autres. Et furent bien neuf mille tous ensemble, en très grand'volonté de mal faire. Et toujours leur croissoient gens de divers lieux et de plusieurs chemins qui se raccordoient à
Meaux. Et s'en vinrent jusques aux portes de
la dite ville. Et ces méchans gens de
la ville ne voulurent contredire l'entrée à ceux de
Paris, mais ouvrirent leurs portes. Si entrèrent au
bourg si grand plenté que toutes les rues en étoient couvertes jusques au marché. Or
regardez la grand'grâce que Dieu fit aux dames et aux damoiselles; car, pour
voir, elles eussent été violées, efforcées et perdues, comme grandes qu'elles fussent, si ce n'eût été les gentilshommes qui là étoient, et par espécial
le comte de Foix et
le captal de Buch; car ces deux chevaliers donnèrent l'avis pour ces vilains déconfire et détruire.