stant
le roy à
Turin, comme
j'ay dit, et à
Quiers, où quelquefois il alloit pour son esbat, attendoit nouvelle des Allemans qu'il avoit envoyé
quérir, et aussi essayoit s'il pourroit réduire
le duc de Milan, dont il en avoit grand vouloir; et ne luy
chaloit point trop du fait du
duc d'Orléans, qui commençoit à estre pressé à cause de la nécessité de vivres et escrivoit chascun jour pour avoir secours: et aussi estoient approchés les ennemys de plus près qu'ils n'avoient esté, et estoit cru l'ost de mil hommes à cheval, Allemans, que menoit
messire Frederic Capelare, de la comté de
Ferrette, vaillant chevalier et bien expérimenté tant en France qu'en Italie. Aussi y avoit bien onze mil Allemans, des terres du
roy des Romains, et
Lancequenets que conduisoit
messire Georges Dabecfin, vaillant chevalier (et fut celuy qui print
Saint-Omer, pour
le roy des Romains) natif d'Autriche. Et voyant croistre les ennemys, et que nul accord ne se pouvoit trouver à l'honneur du
roy, il luy fut conseillé se retirer à
Versay pour voir la manière de sauver
ledit duc d'Orléans et sa compagnie, qui, comme dit est ailleurs, avoient mis petite provision en leurs vivres au commencement qu'ils entrèrent audit
Novarre; et luy eust mieux valu avoir fait ce que lui manday, comme se voit dessus, dès qu'arrivasmes en
Ast, qui estoit de partir et mettre hors toutes gens inutiles, et venir devers
le roy: car sa présence eust guidé partie de ce qu'il eust voulu; au moins ceux qu'il eust laissé n'eussent point souffert si extrême nécessité de faim, comme ils firent, car il eust pris party plus tost, s'il eust vu qu'il n'y eust eu autre remède. Mais
l'archevesque de Rouen, qui avoit esté avec luy au commencement audit lieu de
Novarre, et, pour faire service audit
seigneur, estoit venu devers
le roy et se trouvoit présent aux affaires, luy mandoit tousjours ne partir point et qu'il seroit secouru, et se fondoit qu'ainsi le disoit
le cardinal de Saint-Malo, qui avoit tout le crédit; et bonne affection le faisoit parler, mais
j'estoye assuré du contraire: car nul ne vouloit retourner à la bataille si
le roy n'y alloit, et
celuy-là n'en avoit nulle envie: car la question n'estoit que pour
cette seule ville que
ledit duc d'Orléans vouloit retenir, et
le duc de Milan la vouloit ravoir, car elle est à dix lieues de
Milan, et estoit force que l'un eust tout: car en ladite duché de
Milan sont neuf ou dix grosses cités près l'une de l'autre, et en petit d'espace; mais bien disoit
ledit duc de Milan que, en luy laissant
Novarre, et ne luy demandant point
Gènes, que toutes choses il feroit pour
le roy.
Plusieurs fois on mena farines audit
Novarre, dont il s'en perdit la moytié au chemin; et un coup furent destroussés quelque soixante hommes d'armes que menoit un appellé
Chastillon, qui estoit jeune gentil homme de la maison du
roy.
Aucuns furent pris, autres entrèrent, autres eschappèrent à grand'peine; et n'est possible de croire en quelle destresse estoit cette compagnie de
Novarre: car chascun jour en mouroit de faim les deux parts, ou estoient malades, et venoient de piteuses lettres en chiffer, et en grand'difficulté. Tousjours on leur donnoit reconfort, et tout estoit abus; mais ceux qui menoient l'affaire du
roy désiroient la bataille, et ne considéroient point que nul ne la vouloit que eux: car tous les grands chefs, comme
le prince d'Orenge, qui estoit de nouveau arrivé et à qui
le roy donnoit grand crédit aux affaires de la guerre, et tous autres chefs de guerre, cherchoient une honneste yssue par appointement, vu que l'yver approchoit, qu'il n'y avoit point d'argent et que le nombre des François estoit petit, et plusieurs malades, et s'en alloient chascun jour sans congé, et d'autres à qui
le roy donnoit congé. Mais tous les sages ne pouvoient garder ceux dont
j'ay parlé de mander au
duc d'Orléans qu'il ne bougeast, lequel ils mirent en grand péril: et se fioient sur le nombre des Allemans dont nous assuroit
le bailli de Dijon, auquel
aucuns avoient mandé qu'il amenast ce qu'il pourroit: et estoit une compagnie mal unie, et chascun disoit et escrivoit ce qu'il vouloit.
Ceux qui ne vouloient point d'accord, ni qu'on se trouvast ensemble pour en parler, disoient que
le roy ne devoit point commencer, mais devoit laisser parler ses ennemys, qui aussi disoient ne vouloir commencer les premiers: et tousjours s'avançoit le temps en la destresse de ceux de
Novarre, et ne parloient plus leurs lettres que de ceux qui mouroient de faim chascun jour et que plus ne pouvoient tenir que dix jours, et puis huit, et telle heure les vis à trois; mais avant passèrent les termes qu'ils avoient
baillés. Bref, on n'avoit vu de longtemps si grosses nécessités; et cent ans avant que fussions nés, ne souffrirent gens si grand faim comme ils souffrirent
léans.
Estans les choses en ce train, mourut
la marquise de Montferrat: et y eut quelque division
léans pour le gouvernement, que demandoit
le marquis de Saluces et, d'autre part,
le seigneur Constantin, oncle de
la marquise, qui estoit grec, et elle grecque et fille du
roy de Serbie, tous deux destruits par
le turc.
Ledit seigneur Constantin s'estoit mis fort au chasteau de
Casal, et en avoit les deux fils en ses mains (dont
le plus grand n'avoit que neuf ans) du
feu marquis et de
cette sage et belle dame qui estoit morte en l'âge de vingt et neuf ans, et grande partisanne des François. Autres particuliers taschoient encores audit gouvernement, et en estoit grande question chez
le roy, pour ceux qui les soustenoient.
Ledit seigneur
m'ordonna y aller, pour
accorder cette question à la sureté des enfans et au gré de la pluspart du pays, doutant que le différend ne leur fist appeler
le duc de Milan: et
le seigneur de cette maison nous estoit bien séant.
Il
me desplaisoit fort de partir que
je ne misse en train de reprendre cette paix, vu les maux qu'ay dit, et approchoit l'yver, et doutoye que des prélats ne fussent cause de ramener
le roy à la bataille, qui estoit mal fourny, s'il ne venoit force estrangers, comme Suisses: encores, s'ils venoient si forts comme l'on disoit, il n'y avoit que danger pour
le roy de se mettre en leurs mains; et si estoient les ennemys fort puissans et logés en fort lieu de situation, et bien fortifiés. Considéré ces choses, m'adventuray de dire au
roy qu'il
me sembloit qu'il vouloit mettre
sa personne en estat de grand hazard, pour peu d'occasion: il luy devoit souvenir qu'il avoit esté en grand péril à
Fornoue; mais là avoit esté contraint, et icy n'y avoit nulle contrainte, et ne devoit point laisser à prendre quelque honneste appointement pour ces paroles qu'on disoit qu'il ne devoit point commencer: et que, s'il vouloit,
je le feroye bien parler en sorte que l'honneur des deux costés y seroit bien gardé. Il
me respondit que
je parlasse à
monseigneur le cardinal, ce que
je fis; mais il
me faisoit d'étranges responces, et désiroit la bataille, et tenoit la victoire sure, à son dire: et disoit-on qu'il luy avoit esté promis dix mil ducats de rente pour un sien fils, par
le duc d'Orléans, s'il avoit cette duché de
Milan. Le lendemain,
je vins prendre congé du
roy pour aller à
Casal, et y avoit environ journée et demye.
Je rencontray
monsieur de la Trémoille, à qui
je contay cet affaire, parce qu'il estoit des prochains du
roy, demandant si encores luy en devoye parler. Il
me conforta que ouy: car chascun désiroit de se retirer.
Le roy estoit en un jardin:
je repris les paroles dessusdites devant
le cardinal, qui dit que luy, qui estoit homme d'Eglise, devoit commencer.
Je luy dis que, s'il ne commençoit, que
je commenceroye: car il
me sembloit bien que
le roy n'en seroit point marry, ni ses plus prochains; et ainsi partis. Et, au
despartir, dis à
monseigneur le prince d'Orenge, qui avoit la principale charge de l'ost, que, si
je commençoye riens, que
je luy
adresseroye; et allay à
Casal, où
je fus bien
recueilly par tous ceux de cette maison, et les trouvay la pluspart rengés avec
le seigneur Constantin, et sembloit à tous que c'estoit plus grande sureté pour les enfans: car il ne pouvoit venir à la succession, et
le marquis de Saluces y prétendoit droit.
Je fis plusieurs jours assemblée, tant de nobles que de gens d'Eglise et des villes, et, à leur requeste ou de la pluspart, desclaray que le
roy vouloit que
ledit seigneur Constantin demourast en son gouvernement: car, vu la force du
roy de là les monts et l'affection que le pays porte à la maison de France, ils ne pouvoient contredire au vouloir du
roy.
Environ le troisiesme jour que
j'eus esté là, vint
léans un maistre d'hostel du
marquis de Mantoue, capitaine général des Vénissiens, qui, comme parent, envoyoit faire doléance de la mort de
ladite marquise: et celuy-là et
moy entrasmes en paroles d'appointer ces deux
osts sans combattre, car les choses s'y disposoient. Et estoit
le roy logé en camp, près
Versay; mais, à la vérité dire, il ne passa seulement que la rivière, et logea son
ost, mal fourny de tentes et de pavillons: car ils en avoient peu porté, et encores ceux-là estoient perdus, et jà estoit le lieu moyte, pour l'yver qui approchoit, et est pays bas.
Ledit seigneur n'y logea qu'une nuit, et se retira le lendemain en
la ville; mais y demourèrent
le prince d'Orenge,
le comte de Fouez et
le comte de Vendosme, qui y prit un mal de flux dont il mourut, qui fut dommage: car il estoit beau personnage, jeune et sage, et y estoit venu en poste parce qu'il estoit bruit qu'il y devoit avoir bataille (car il n'avoit point fait le voyage en Italie avec
le roy). Avec ceux-là y demourèrent
le mareschal de Gié et plusieurs autres capitaines; mais la principale force estoit des Allemans qui avoient fait le voyage avec
le roy, car mal volontiers y demouroient les François, estans si près de
la ville: et plusieurs estoient malades, et plusieurs partis, les uns avec congé, les autres sans congé. Dudit
ost jusques à
Novarre y avoit dix milles italiques grosses, qui vaillent bien six lieues françoises, fort pays et mol (comme au pays de Flandres) à cause des fossés qui sont au long des chemins, de l'un costé et de l'autre, fort profons et beaucoup plus que ceux de Flandres. L'yver, les fanges y sont fort grandes, et l'esté la poudre. Entre nostre dit
ost et
Novarre y avoit une petite place, appellée
Bourg, à une lieue de nous, que nous
tenions; et eux en
tenoient une autre, qu'on appeloit
Camerian, qui estoit à une lieue de leur
ost; et jà estoient les eaux bien grandes à aller d'un
ost à l'autre.
Comme
j'ay commencé à dire, ce maistre d'hostel du
marquis de Mantoue, qui estoit venu à
Casal, et
moy continuasmes nos paroles: et disoye les raisons pourquoy
son maistre devoit éviter cette bataille, et qu'il avoit vu le péril en quoy il avoit esté à la première, et qu'il combattoit pour gens qui ne l'accoutrèrent jamais pour service qu'il leur fist, et qu'il devoit entreprendre l'appointement, et
moy que
je luy ayderoye de nostre costé. Il
me respondit que
son maistre le voudroit; mais il faudroit, comme autresfois
m'avoit esté mandé, que nous parlissions les premiers, vu que leur ligue (dont estoit
le Pape, les roys
des Romains et
d'Espagne, et
le duc de Milan) estoit plus grand'chose que
le roy: et luy disoye que c'estoit folye de mettre cette cérymonie, et que
le roy devoit aller devant, qui estoit là en personne, et que les autres n'y avoient que leurs lieutenans, et que
moy et luy, comme médiateurs, commencerions, s'il vouloit, mais que
je fusse sur que
son maistre continuast et tinst: et conclusmes que
j'envoyeroye une trompette en leur
ost le lendemain et escriroye aux deux providateurs Vénissiens, l'un appellé
messire Lucques Pisan, l'autre
Marquisot Trevisan, qui sont offices députés pour conseiller leurs capitaines, et pour
pourvoir aux affaires de leur
ost.
En ensuyvant ce que nous avions conclu,
je leur escrivis la substance de ce que
j'avoye dit audit maistre d'hostel, et avoye occasion de continuer l'office de bon médiateur: car ainsi l'avoye conclu, au partir de
Venise et aussi
le roy l'avoit bien agréable: et si
me sembloit nécessaire, car il se trouve tousjours assez gens pour troubler un affaire, mais il s'en trouve peu qui ayent l'adventure, et le vouloir ensemble, d'accorder si grand différent, ni qui
voulsissent endurer tant de paroles qui se disent de ceux qui traitent tels affaires: car en tels grands
osts, il y a maintes différentes oppinions. Lesdits providateurs furent joyeux de ces nouvelles, et
m'escrivirent que tost
me feroient responce et par leurs postes le feroient à sçavoir à
Venise. Tost eurent responce, et vint en l'ost du
roy
un comte qui estoit au
duc de Ferrare, lequel y avoit gens (car
son fils aisné y estoit, à la solde du
duc de Milan) et
cettuy-là en estoit, et avoit
ledit duc de Ferrare un autre fils avec
le roy. Ledit comte avoit nom
le comte Albertin, et vint voir
messire Jean Jacques de Trévoul, sous couleur d'un fils qu'il avoit avec
ledit messire Jean Jacques; et s'adressa au
prince d'Orenge, ainsi qu'il avoit esté conclu entre ce maistre d'hostel dont
j'ay parlé et
moy, disant avoir commission du
marquis de Mantoue et des providateurs, et autres capitaines estans en leur
ost, de demander saufconduit pour
ledit marquis et autres, jusques à cinquante chevaux, à se trouver à parler avec tels personnages qu'il plairoit au
roy ordonner: et ceux-là connoissoient bien que c'estoit raison qu'ils vinssent devers
le roy, ou les siens, les premiers, et aussi qu'ils luy vouloient bien faire cet honneur. Et puis demanda congé de parler au
roy à part, ce qu'il fit; et à part conseilla de n'en faire riens, disant que cet
ost estoit en grand'paour et que bref deslogeroit: et par ces paroles il monstroit vouloir rompre cet acord et non point le faire, n'y ayder, combien que sa charge publique fust telle qu'avez ouÿ. Et fut present à ces paroles
ledit messire Jean Jacques de Trévoul, grand ennemy du
duc de Milan, et volontiers eust rompu ladite paix; et surtout le maistre dudit
comte messire Albertin,
le duc de Ferrare, désiroit fort la guerre, pour la grande inimytié qu'il avoit aux Vénissiens, à cause de plusieurs terres qu'ils
tenoient de luy, comme
le Polesan et plusieurs autres, et estoit venu en l'ost du
dessusdit duc de Milan, qui avoit
sa fille pour femme.
Dès ce que
le roy eut ouÿ parler
ledit comte, il
me fit appeller, et eut en conseil s'il
bailleroit ce saufconduit ou non. Ceux qui vouloient rompre la paix (comme
messire Jean Jacques et autres, qui parloient en faveur du
duc d'Orléans, ce leur sembloit) monstroient vouloir la bataille (mais ils estoient gens d'Eglise et ne s'y fussent point trouvés) disoient estre bien assurez que les ennemys deslogeroient, et qu'ils mourroient de faim. Autres disoient (et
j'estoye de ceux-là) que plustost nous aurions faim, qu'eux qui estoient en leur pays, et si avoient la puissance trop grande pour s'enfuyr et se laisser destruire, et que ces paroles venoient gens qui vouloient qu'on se hasardast et combattist pour leurs querelles. Toutesfois, pour abréger, le saufconduit fut accordé et envoyé, et dit que le lendemain, à deux heures après midy,
ledit prince d'Orenge,
le mareschal de Gié,
le seigneur de Piennes, et
moy en leur compagnie, nous trouverions entre
Bourg et
Camerian, près d'une tour où ils faisoient le guet, et que là parlerions ensemble: et nous y trouvasmes bien accompagnez de gens d'armes.
Ledit marquis et un Vénissien qui avoit la charge de leurs
Estradiots y vinrent et usèrent d'honnestes paroles, disans que, de leur part, ils désiroient la paix: et fut conclu que, pour parler plus à loisir, ils viendroient le lendemain quelques gens des leurs en l'ost, et que
le roy après envoyeroit des siens au leur; et ainsi se fit. Et vint le lendemain devers nous
messire Francisco Bernardin Visconte pour
le duc de Milan, et un secretaire du
marquis de Mantoue, et nous trouvasmes avec eux, ceux que
j'ay nommés et
le cardinal de Saint-Malo, et entrasmes en la pratique de la paix; et demandoient
Novarre, en laquelle cité estoit assiégé
le duc d'Orléans. Aussi demandions
Gènes, disans que c'estoit fief de
roy et que
ledit duc de Milan l'avoit confisqué. Eux s'excusoient, disans n'avoir riens entrepris contre
le roy que pour se deffendre, et que
ledit duc d'Orléans leur avoit prise
ladite cité de Novarre et commencé la guerre, avec les gens du
roy, et qu'ils croyoient que leurs maistres ne feroient riens de ce que demandions; mais que toute autre chose voudroient faire pour complaire au
roy. Ils furent là deux jours, et puis retournèrent en leur
ost, où nous allasmes
le mareschal de Gié,
monseigneur de Piennes et
moy, tousjours sur la demande de
cette cité. Bien eussions nous esté contens que
Novarre se fust mis en la main des gens du
roy des Romains qui estoient en leur
ost (dont estoient chefs
messire Georges de Pietre Plant et
messire Frederic Capelare, et un nommé
messire Hance), car nous ne le pouvions secourir que par la bataille, que nous ne désirions point; et le disions parce que la duché de
Milan est
tenue en fief de
l'Empereur, et pour honnestement s'en descharger. Plusieurs allées et venues se firent de nous en leur
ost, et des l eurs au nostre, sans conclusion; mais
je demouroye tousjours au giste en leur
ost, car tel estoit le vouloir du
roy qui ne vouloit riens rompre.
Finablement y retournasmes, et davantage y vint
le président de Gannay, pour porter la parole en latin, et un appelé
monsieur de Morvilliers,
bailli d'Amiens (car jusques alors
j'avoye parlé en mauvais italien), et estoient à coucher nos articles. Et estoit notre façon de procéder que, dès ce que nous estions arrivés au logis dudit
duc, il venoit au devant de nous, et
la duchesse, jusques au bout d'une galerie, et nous mettions tous devant luy, à l'entrée en sa chambre, où nous trouvions deux grands rengs de chaires l'un devant l'autre, et bien près l'un de l'autre. Ils se seoyent de l'un des costés et nous de l'autre. Premier estoit assis, de son costé, un pour
le roy des Romains,
l'ambassadeur d'Espagne,
le marquis de Mantoue, les deux providateurs Vénissiens, un ambassadeur Vénissien, et puis
le duc de Milan,
sa femme, et le dernier l'ambassadeur de
Ferrare; et de leur costé ne parloit nul que
ledit duc, et du nostre, un; mais nostre condition n'est point de parler si posément comme ils font, car nous parlions quelquefois deux ou trois ensemble, et
ledit duc disoit: «Ho, un à un.» Venant à coucher les articles, tout ce qui s'accordoit estoit escrit incontinent par un secrétaire des nostres et aussi par un de leur costé, et au
despartir le lisoient les deux secrétaires, l'un en italien et l'autre en françois, et quand on se rassembloit aussi, afin de voir si on y avoit point riens mué et aussi pour nous abréger, et est bonne forme pour expédier grand affaire. Ce traité dura environ quinze jours, et plus; mais, dès le premier jour que commençasmes à traiter, fut
accordé que
monsieur d'Orléans pourroit partir de là; et fismes une trève, ce jour, qui continua, jour après autre, jusques à la paix; et, pour sureté dudit
duc, se mit en ostage
le marquis de Mantoue entre les mains du
comte de Fouez, qui très volontiers le fit, et plus pour faire plaisir que pour crainte; et premier nous firent jurer que nous procedions à bon escient au traité de paix, et que nous ne le faisions point pour délivrer
ledit duc d'Orléans seulement.