omme nous eusme sçu toutes lesdites choses, nous tirasmes jusques aux fauxbourgs d'Abbeville; et fusmes les premiers par qui, en ce quartier-là, ceux du party du
duc de Bourgongne en furent advertis. Nous trouvasmes que le peuple de
la ville estoit desjà en traicté avec
monseigneur de Torcy, lequel de long-temps ils aimoient très fort. Les gens de guerre et ceux qui avoient esté officiers dudit
duc, traictoient avec nous, par un messager qu'avions envoyé devant; et, sur notre espérance, firent partir quatre cens Flamands qu'ils avoient. Mais incontinent que le peuple vit ceux-là dehors, ils ouvrirent les portes à
monseigneur de Torcy, qui fut le grand dommage des capitaines et autres officiers de
ladite ville; car ils estoient sept ou huit, à qui nous avions promis des escus et
aucunes pensions (car nous avions ce pouvoir du
roy), dont ils n'eurent riens, pource que les places ne furent point rendues par eux.
La ville d'Abbeville estoit des terres
baillées par
le roy Charles septiesme, à
la paix d'Arras, lesquelles terres devoient retourner, en deffaut d'hoir masle; par quoi n'est de merveille si légèrement elle nous ouvroit.
De là nous tirasmes à
Dourlans, et envoïasmes sommer
Arras,
chef d'Artois, ancien patrimoine des comtes de Flandres, et qui de tout temps avoit accoustumé aller à fille comme à fils.
Monseigneur de Ravestain et
monseigneur des Cordes qui estoient en
ladite ville d'Arras, entreprirent de venir parler à nous au
Mont-Saint-Eloy, une abbaye près dudit
Arras, et avec eux ceux de
la ville. Il fut avisé que
j'irois, et
aucuns avec
moi; car on doutoit bien qu'ils ne feroient point tout ce que nous voudrions; et pour ce n'y alla point
ledit admiral. Après que
je fus venu audit
lieu, y arrivèrent tantost après les dessusdits seigneurs
de Ravestain et
des Cordes, et plusieurs autres gens de bien avec eux, et aussi
aucuns de
ladite ville d'Arras. Et entre les autres estoit pour
ladite ville leur pensionnaire, et qui parloit pour eux,
maistre Jean de la Vaquerie, depuis premier président en parlement à
Paris. Pour cette heure là leur requisme l'ouverture pour
le roy, et qu'ils nous reçussent en
la ville, disans que
le roy la prétendoit sienne, par le moyen de confiscation, et le païs; et que s'ils faisoient le contraire, ils estoient en danger d'être pris par force, vue la deffaite de
leur seigneur, et que tout le païs estoit dépourvu de gens de deffense, à cause de ces trois batailles perdues. Les seigneurs dessusdits nous firent dire par
ledit maistre Jean de la Vaquerie: que cette comté d'Artois appartenoit à
madamoiselle de Bourgongne, fille du
duc Charles, et lui venoit de vraye ligne, à cause de
la comtesse Marguerite de Flandres, qui estoit comtesse de Flandres, d'Artois, de Bourgongne, de
Nevers et de
Retel,
laquelle comtesse fut mariée au
duc Philippe de Bourgongne, le premier, lequel fut fils du
roy Jean et frère maisné du
roy Charles-le-Quint; et supplioient au
roy qu'il lui plût entretenir la trève qui estoit entre luy et
le feu duc Charles. Nos paroles ne furent point trop longues; car nous attendions bien d'avoir cette réponse. Mais la principale occasion de mon allée auxdits
lieux, estoit pour parler à
aucuns particuliers de ceux qui estoient là, pour les convertir pour
le roy.
J'en parlay à
aucuns, qui tost après furent bons serviteurs du
roy. Nous trouvasmes ce païs bien espouvanté, et non sans cause, car
je crois qu'en huit jours ils n'eussent sçu
finer huit hommes d'armes, ni d'autres gens de guerre n'en y avoit, en tout ce païs-là, qu'environ mil et cinq cens hommes, tant de pied que de cheval, qui estoient vers
Namur et en Hénaut, et estoient échappés de
ladite bataille, où estoit mort
le duc de Bourgongne. Leurs anciens termes et façons de parler estoient bien changés, car ils parloient bien bas et en grande humilité; non pas que
je les veuille charger que le temps passé eussent plus arrogamment parlé qu'ils ne dussent; mais vray est que du temps que
j'y estois, ils se sentoient si forts qu'ils ne parloient point au
roy, ni du
roy, en telle révérence qu'ils ont fait depuis. Et si les gens estoient bien sages, ils seroient si modérés en leurs paroles, durant le temps de prospérité, qu'ils ne devroient point avoir cause de changer leur langage en temps d'adversité.
Je retournay vers
monseigneur l'admiral faire mon rapport; et là
je trouvay nouvelles que
le roy venoit,
lequel s'estoit mis en chemin tost après nous; et avoit fait escrire plusieurs lettres, tant en son nom que de ses serviteurs, pour faire venir gens devers luy, par le moyen desquels il espéroit réduire ces seigneuries, dont
j'ai parlé, en son obéyssance.