en retournant aux ducs
de Normandie et
de Bretagne, qui estoient allés prendre possession de la duché de Normandie, dès que leur entrée fut faite à
Rouen, ils commencèrent à se diviser, quand ce vint au
despartir du butin: car encores estoient avec eux ces chevaliers que
j'ai devant nommés, lesquels avoient accoutumé d'avoir de grands honneurs et de grands estats du
roy Charles; et leur sembloit bien qu'ils estoient à la fin de leur entreprise, et qu'au
roy ne se pouvoient fier; et vouloit chascun en avoir du meilleur endroit.
D'autre part
le duc de Bretagne en vouloit disposer en partie: car c'estoit celuy qui avoit porté la plus grand'mise, et les plus grands frais en toutes choses. Tellement se porta leur discord, qu'il fallut que
le duc de Bretagne se retirast au
mont de Sainte-Catherine, près
Rouen; et fut leur question jusques là que les gens dudit
duc de Normandie, avec ceux de
la ville de Rouen, furent prests à aller assaillir
ledit duc de Bretagne jusques au
lieu dessusdit; et en effet il fallut qu'il se retirast le droit chemin vers Bretagne. Et sur cette division, marcha
le roy près du pays; et pouvez penser qu'il l'entendoit bien, et qu'il aydoit à le conduire: car il estoit maistre en cette science. Une partie de ceux qui tenoient les bonnes places, commencèrent à les luy
bailler et en faire leur appointement avec luy.
Je ne sçay de ces choses que ce qu'il
m'en a dit et conté, car
je n'estoye pas sur les lieux. Il prit un parlement avec
le duc de Bretagne, qui tenoit une partie des places de la basse Normandie, espérant de lui faire habandonner
son frère de tous points. Ils furent quelque peu de jours ensemble à
Caen; et firent un traité, par lequel
ladite ville de Caen et autres demourèrent ès mains de
monseigneur de Lescut, avec quelque nombre de gens payés; mais ce traité estoit si troublé, que
je croy que ni l'un ni l'autre ne l'entendit jamais bien. Et s'en alla
le duc de Bretagne en son pays; et
le roy s'en retourna tirant le chemin vers
son frère.
Voyant
ledit duc de Normandie qu'il ne pouvoit resister, et que
le roy avoit pris
le Pont de Larche et autres places sur luy, se délibéra prendre la fuyte, et de tirer en Flandres.
Le comte de Charolois estoit encores à
Saint-Tron, en une petite ville au pays de
Liége; lequel estoit assez empesché, son armée toute rompue et deffaite, et, en temps d'yver, partie empeschée contre les Liégeois; et lui
douloit bien de voir cette division; car la chose du monde qu'il désiroit le plus, c'étoit de voir un duc en Normandie, car par ce moyen il luy sembloit
le roy estre affoibli de la tierce partie. Il faisoit amasser les gens sur la Picardie, pour mettre dedans
Dieppe; mais avant qu'ils fussent prests, celuy qui tenoit
ladite ville de Dieppe en fit son appointement avec
le roy. Ainsi retourna au
roy toute ladite duché de Normandie, sauf les places qui demourèrent à
monseigneur de Lescut, par l'appointement fait à
Caen.