inablement toutes choses furent
accordées: et le lendemain fit
le comte de Charolois une grand'monstre pour sçavoir quelles gens il avoit, et ce qu'il pouvoit avoir perdu; et sans dire gare, y revint
le roy, avec trente ou quarante chevaux; et alla voir toutes les compagnies, l'une après l'autre, sauf celle de
ce mareschal de Bourgongne, lequel n'aymoit pas
le roy, à cause que dès
pieça, en Lorraine
ledit seigneur luy avoit donné
Espinal, et puis osté, pour la donner au
duc Jean de Calabre, dont grand dommage en avoit eu
ledit mareschal. Peu à peu reconseillioit
le roy avec luy les bons et notables chevaliers qui avoient servy
le roy son père, lesquels il avoit désappointés à son advènement à la couronne, et qui, pour cette cause, s'estoient trouvés en cette assemblée: et connoissoit
ledit seigneur son erreur. Il fut dit que le lendemain se trouveroit
le roy au chasteau de
Vincennes, et tous les seigneurs qui avoient à lui faire hommage; et pour sureté de tous,
bailleroit
le roy
ledit chasteau de Vincennes au
comte de Charolois.
Lendemain s'y trouva
le roy et tous les princes, sans en faillir un: et estoit le portail et la porte bien garnie des gens dudit
comte de Charolois en armes. Là fut lu le traité de paix.
Monseigneur Charles fit hommage au
roy de la duché de Normandie; et
le comte de Charolois des terres de Picardie, dont il a esté parlé; et autres qui en avoient à faire. Et
le comte de Saint-Pol fit le serment de son office de connestable. Il n'y eut jamais de si bonnes noces qu'il n'y en eust de mal disnés. Les uns firent ce qu'ils voulurent; et les autres n'eurent riens. Les moyens et bons personnages en tira
le roy; toutesfois la plus grand'part demourèrent avec
le duc nouveau de Normandie, et
le duc de Bretagne, qui allèrent à
Rouen prendre leur possession. Au partir du
chasteau du
boys de Vincennes, prirent tous congé l'un de l'autre, et se retira chascun à son logis; et furent faites toutes lettres, pardons et toutes autres choses nécessaires, servant au fait de la paix. Tout en un jour partirent
le duc de Normandie et
le duc de Bretagne, pour eux retirer audit pays de Normandie, et
le duc de Bretagne, puis après, en son pays; et
le comte de Charolois pour se retirer en Flandres; et comme
ledit comte fut en train,
le roy vint à luy, le conduisit jusques à
Villiers-le-Bel, qui est un village à quatre lieues près
Paris, monstrant par effet avoir un grand désir de l'amytié dudit
comte; et tous deux y logèrent ce soir.
Le roy avoit peu de gens, mais il avoit fait venir deux cens hommes d'armes pour le reconduire; dont fut adverty
le comte de Charolois, en se couchant, qui entra en une très grand'suspection, et fit armer largement de gens. Ainsi pouvez voir qu'il est presque impossible que deux grands seigneurs se puissent
accorder, pour les rapports de suspection qu'ils ont à chascune heure: et deux grands princes qui se voudroient bien entr'aymer, ne se devroient jamais voir, mais envoyer bonnes gens et sages les uns vers les autres, et ceux là les entretiendroient ou amenderoient les fautes.
Lendemain au matin, les deux seigneurs dessusdits prirent congé l'un de l'autre, avec bonnes et sages paroles; et retourna
le roy à
Paris, en la compagnie de ceux qui l'estoient venu
quérir: et cela osta la suspection que l'on pouvoit avoir eue de luy, et de leur venue. Et
ledit comte de Charolois prit le chemin de
Compiègne et de
Noyon: et partout luy fut ouvert, par le commandement du
roy. Et de là à
Amiens, où il reçut les hommages de ceux de la Rivière de Somme, et des terres de Picardie, qui lui estoient restituées par cette paix: desquelles
le roy avoit payé quatre cens mil escus d'or, n'y avoit pas neuf mois, comme
j'ay dit ailleurs cy-dessus. Et incontinent passa outre et tira ou pays de
Liége, pour ce qu'ils avoient desja fait la guerre par l'espace de cinq ou six mois à
son père (luy estant dehors) ès pays de
Namur et de Brabant; et avoient desjà lesdits Liégeois fait une destrousse entre eux. Toutesfois à cause de l'yver il n'y put pas faire grand'chose. Nonobstant y eut grand'quantité de villages bruslés, et de petites destrousses furent faites sur les Liégeois; et firent une paix, et s'obligèrent lesdits Liégeois à la tenir, sur peine d'une grand'somme de deniers; et s'en retourna
ledit comte en Brabant.