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Quelle didactique pour le courriel ?

Auteur :
F. HENRIETTE-TOUSSAINT, pour Français et Informatique

"...c'est amusant, on ne doit pas avoir d'effaceur,
ce n'est pas sale, c'est plus rapide et on n'a pas de
crampe aux mains" ...
(un élève)

 


1. Le courriel et nos élèves : résultats d'une enquête

1. 1. L'utilisation du courriel

La réflexion qui suit résulte d'une enquête sur l'utilisation du courriel dans un établissement d'enseignement secondaire. Environ 50 élèves entre 15 et 18 ans, ont répondu de façon spontanée et anonyme à un questionnaire portant sur leur utilisation personnelle du courrier électronique.

De cette enquête il ressort que le courriel est abondamment utilisé par les jeunes, plus encore que la recherche d'informations sur Internet.
Pourquoi cet engouement ?

  1. La première raison est d'ordre affectif. Le courrier électronique offre la possibilité de communiquer très vite avec autrui en passant outre d'une timidité personnelle : "Quand j'ai commencé à correspondre par Internet, j'avais du mal à communiquer de façon traditionnelle (orale) et ce procédé était plus facile pour moi; de plus je pouvais me confier sans problème.", aveu qui, sous des formes différentes, revient plusieurs fois.
    La communication par courriel apparaît ainsi comme la porte qui peut entrouvrir un jardin secret... Même, les jeunes avouent volontiers qu'ils sont ainsi entrés en contact avec des inconnus par l'intermédiaire de "chats", de forums de discussion, de dialogues en direct. Peut-être aussi assistons-nous à un nouveau mode de rencontre amoureuse, car "on imagine l'autre comme on veut", disent-ils... Cyber-romantisme ? Pourtant non, car le plus souvent, avec réalisme, les jeunes s'accordent pour dire que cela ne remplace pas une "rencontre en direct, face à face".

  2. La seconde raison avancée est le plaisir procuré par ce media, qui séduit par sa nouveauté - " ça change de la lettre", sa rapidité : "c'est rapide et amusant", " les messages vont plus vite que par la poste et donc possibilité de s'en envoyer plus" et son moindre coût, "c'est moins cher que le téléphone".

  3. Enfin la dernière raison est que le courriel apparaît comme un media "buissonnier" pourrait-on dire, car ce type de communication épistolaire s'exerce en dehors du contexte scolaire, loin d'une tâche qui serait évaluée par un professeur. Il se présente comme un "message codé" sur lequel l'école ne peut avoir de prise, et d'autant que beaucoup de professeurs n'osent pas encore aborder en classe ce media nouveau.
Cependant, l'enquête révèle que, malgré l'engouement pour ce nouvel outil de communication, les élèves n'utilisent pas toutes les potentialités techniques du courriel qu'ils semblent méconnaître. Les seules utilisations déclarées sont
  • l'intervention dans des forums de discussion
  • la suppression de messages, par souci d'économie spatiale du disque dur, "pour gagner de la place sur le disque dur".
  • le recours aux abréviations
  • l'utilisation de "smileys", mais ceci reflète l'avis d'un seul élève, qui déclare "avoir fait avec un copain un concours pour voir qui en inventait le plus".

 

1. 2. L'écriture

La rédaction même du courriel telle qu'on l'observe chez les élèves engage une réflexion sur ce genre épistolaire nouveau.
  • Au niveau du message, tous affirment écrire un message court, "sauf si la boite aux lettres utilisée est Caramail", ajoute un élève. Ceci prouve que les élèves connaissent les services de courriel gratuits, même si la longueur du message n'a rien à voir avec la boîte utilisée.
  • Les incipit appartiennent au langage oral et jouent avec des formules familières "salut", coucou, "hello", "salut c'est moi", "salut c'est x", "hello", mon ... ". Pour des personnes inconnues ou envers qui la déférence s'imposerait, on rencontre autant de "bonjour", "cher", "chère" que "Madame", "Monsieur, "cher monsieur"...
    Même, il peut n'exister aucune formule d'incipit : "pas de formule, je rentre tout de suite dans le sujet, comme si la personne était en face de moi".
  • Les formules d'adieu sont en parfaite corrélation avec celles d'incipit et on y découvre la même familiarité. Les formules citées le plus souvent sont : "bisous", "gros bisous", "au revoir et à la prochaine", "bye bye", "hasta la vista" Et, pour une personne inconnue : "à plus", "au revoir", "à bientôt"...
  • Message et formules vont de pair avec un tutoiement généralisé.
  • La signature peut consister en un diminutif ou même, très souvent, un pseudonyme , ce qui confirme l'aspect "jardin secret" déjà mentionné.
    La langue d'échange est la langue maternelle mais l'anglais est fréquemment utilisé, l'espagnol parfois. L'arabe est cité une fois par un élève.
  • Orthographe, ponctuation et style ne préoccupent les jeunes en aucune façon.
De tout ceci il ressort que :
  • Le courriel est manifestement un genre épistolaire nouveau qui se conjugue avec un mode d'écriture neuf qui mérite qu'on s'interroge et qu'on s'y intéresse, en particulier à l'école. C'est un fast-food communicatif avec ses avantages et inconvénients. On communique pour communiquer vite, toujours plus vite ... mais .... pour dire quoi ?
  • Il faut, pour bien l'exploiter, en connaître toutes les potentalités techniques.
  • L'on a le droit de s'interroger sur une possible utilisation didactique du courriel à l'école et à quelles conditions, mais auparavant il importe de définir et de préciser les caractéristiques de ce genre nouveau ainsi que ses règles d'écriture.