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Correcteurs orthographiques et enseignement du français


Les traitements de texte récents possèdent souvent un correcteur intégré et tout utilisateur recourt, à un moment ou à un autre, à un tel outil, surtout lorsque cette correction peut s'effectuer "à la volée", et que les erreurs sont décelées et signalées dès que le mot est saisi.
Pédagogiquement, la question se pose alors de savoir si ce type d'aide à l'écriture peut bénéficier ou nuire à l'apprentissage des compétences orthographiques en classe. Peut-on permettre aux élèves de s'aider de ces outils pour produire un texte "sans fautes"? Les élèves ne vont-ils pas perdre leur jugement critique à force de se fier à l'ordinateur pour corriger leurs textes?
Avant de répondre à ces questions, il importe de comprendre d'abord comment fonctionnent les correcteurs, en vue de pouvoir évaluer leur apport pédagogique et d'élaborer des scénarios d'utilisation pédagogique.
Notre réflexion va donc surtout se pencher sur les limites des logiciels de correction orthographique, sachant que les élèves ont facilement accès à cet outil et qu'ils l'utilisent. Mais l'utilisent-ils à bon escient?

1. Les outils existants

Dans ces pages, le terme " correcticiel " servira à désigner l'ensemble des outils logiciels qui aident à la correction d'un texte (correction orthographique ou grammaticale).
Parmi les correcticiels qui existent à cette date (1999), il faut distinguer deux grands groupes:

1.1 Les correcticiels intégrés dans les traitements de texte
1.2 Les correcticiels indépendants

1.1 Les correcticiels intégrés dans les traitements de texte


L'efficacité des correcticiels intégrés dans les traitements de texte est notamment limitée par le fait qu'ils ont été initialement développés pour la langue anglaise, dont les structures grammaticales sont différentes de celles de la langue française.
Ils déçoivent surtout par leurs capacités syntaxiques et sémantiques.
Entre autres, les traitements de texte suivants disposent d'un correcticiel intégré (la liste est incomplète : le but n'est pas ici de recenser TOUS les traitements de textes...)
  • Dans l’environnement PC :
    • · Word (de Microsoft),
    • · WordPro (de Lotus)
    • · Wordperfect (de Corel).
    • · Appleworks (anciennement ClarisWorks) (de Claris)
    • · ...
  • Dans l’environnement Mac
    • · ClarisWorks (de Claris)
    • · Word , (de Microsoft),
    • · Wordperfect (de Corel).
    • · ...

 

1.2 Les correcticiels indépendants


Bien qu'indépendants, certains peuvent s'interfacer avec les traitements de texte courants; dans ce cas, ils permettent les corrections "à la volée".
Leur atout majeur est qu'ils sont élaborés par des spécialistes de la langue française et que leurs capacités syntaxiques et sémantiques sont dès lors plus performantes, sans pour autant atteindre des sommets.
Pour information, il apparaît que les produits canadiens sont, à l'heure actuelle, les plus performants.
  • dans l’environnement PC :
  • dans l’environnement Mac

2. Les grands types de correcticiels


Actuellement, il existe trois grands types d'aide logicielle à la correction des textes. Nous avons essayé de les classer ici par ordre croissant de complexité.
  • · Les dictionnaires de synonymes
  • · Les correcteurs orthographiques
  • · Les correcteurs syntaxiques
  • · Les correcteurs stylistiques
Il est important de noter que l'élément de base que traite un correcticiel est toujours une chaîne de caractères, laquelle est par défaut délimitée par un caractère blanc (un espacement), ou par d'autres caractères conventionnels (traditionnellement un signe de ponctuation).

2.1 Les principes de fonctionnement des divers types de correcticiels

2.1.1 Les Dictionnaires de synonymes


Les dictionnaires de synonymes sont des bases de données indexées, permettant l'accès à un ensemble de mots qui ont un sens équivalent ou très proche d'un terme sélectionné.
Une contrainte régulièrement rencontrée est la nécessité de connaître la forme du mot au singulier, parce que les entrées du dictionnaire sont au singulier. En cela, pas de grande différence avec un dictionnaire des synonymes sur papier.
Le scripteur est sollicité afin qu'il définisse le trait sémantique particulier, en sorte que l'outil informatique renvoie alors une liste de mots possédant le même trait sémantique.

Exemple: Le mot " terme " reçoit cinq traits sémantiques possibles: " borne ", " date" , " fin ", " délai ", " expression ", " relation ". A chacun de ces traits sémantiques est liée une liste de mots correspondants; ainsi, le trait sémantique " expression " offre une sélection de cinq mots: " expression ", " mot ", " formule ", " locution ", " terminaison ".

2.1.2 Les correcteurs orthographiques: Vérification lexicale


Faire la vérification lexicale consiste à s'assurer que chacun des mots d'un texte ou d'une phrase correspond à une forme réellement existante en français.
Pour y arriver, le logiciel doit confronter chacune des graphies aux chaînes de caractères que contient son lexique interne, c'est-à-dire à toutes les variations possibles des mots en genre et en nombre ainsi qu'à toutes les conjugaisons des verbes. Note: Lorsqu'une graphie ne concorde avec aucune forme du lexique interne, le logiciel ne peut poursuivre le traitement syntaxique de la phrase tant que l'erreur ne sera pas corrigée. Lorsqu'il rencontre une forme absente de son lexique, le logiciel correcteur fournit habituellement à l'utilisateur une liste de graphies possibles, susceptibles de remplacer la forme erronée.
En général, cette liste de graphies possibles sera établie par ressemblance alphabétique, combinée à des éléments de ressemblance phonétique. Exemple: En présence de la graphie " chapo ", le logiciel va proposer " chapeau " (par ressemblance phonétique), " chape ", " chapé ", " chapon ", " chap .", " chopa " (par ressemblance alphabétique).

2.1.3 Les correcteurs syntaxiques: Traitement syntaxique


Le logiciel de traitement syntaxique d'une phrase (laquelle est délimitée par une majuscule initiale et un point final, d'interrogation ou d'exclamation) fonctionne lui aussi par comparaison. Il construit le schéma syntaxique de la phrase, en vérifiant la compatibilité des catégories syntaxiques des mots dans l'ordre dans lequel ils sont placés, et en s'assurant que cet ordre correspond à l'un des schémas syntaxiques qu'il connaît parce qu'il a été placé comme référence dans sa base de données
Comme les mots peuvent appartenir à différentes catégories syntaxiques, le correcticiel va s'efforcer de diviser l'énoncé en plusieurs segments en se basant sur la ponctuation, les prépositions ou les subordonnants. Il s'ensuit que toute phrase mal ponctuée ou construite suivant un schéma syntaxique inconnu du correcticiel sera signalée comme étant incorrecte.
La base de données de la plupart des logiciels indépendants (voir ci-dessus: 1.2Les correcticiels indépendants) est établie au départ de la grammaire " Le Bon Usage " de Goosse-Grevisse. Cette particularité n'est pas sans conséquences quand sera envisagé l'usage pédagogique des correcticiels, parce qu'elle concerne le métalangage utilisé: les élèves utilisent-ils le même? (voir 0 plus loin: 3.2.2Un métalangage commun).

2.1.4 Les correcteurs sémantiques: Traitement sémantique

La sémantique considère les mots du point de vue de leur signification, de leur sens. Il y a accord sémantique lorsque les mots, dans leur rôle particulier, ne produisent pas de contradiction ou d'absurdité. " D'incolores idées vertes dorment doucement. ", par exemple, est une phrase grammaticalement correcte, mais absurde du point de vue sémantique.
Actuellement, rares sont les correcticiels qui intègrent des représentations sémantiques des phrases.

2.1.5 Les correcteurs stylistiques: Traitement stylistique

La correction du style d'un texte consiste à traiter la chaîne de caractères que forme la phrase pour, entre autres:
    • · détecter les chaînes dupliquées (répétitions),
    • · repérer certaines tournures syntaxiques (voix passive...)
    • · signaler les chaînes trop longues (au delà d’un certain nombre de mots, la phrase est trop longue...)
    • · détecter l’usage de mots " douteux " (anglicismes, barbarismes, pléonasmes, mots vulgaires...)

2.2 Les limites des correcticiels : Types d'erreurs impossibles à résoudre


On se rend vite compte que les faiblesses des aides logicielles à l'écriture tiennent à la manière dont elles fonctionnent. Mais c'est évidemment l'absence de prise en compte de la représentation sémantique des phrases qui pénalise le plus les correcticiels.
Compte tenu de ceci, on peut tenter d'établir ci-après les types d'erreurs qui échapperont presque toujours aux logiciels correcteurs.
    • Les erreurs dues à l'homophonie . En présence de la phrase: " Julie sait cassé la jambe", le correcticiel va suggérer de mettre cassé à l'infinitif, alors qu'un humain va comprendre immédiatement qu'il faut écrire s 'est au lieu de sait.
      "On navait beaucoup du plaisir qu'en même". Le correcticiel va proposer " n'avait" ou "navet", mais aussi "bavait", quand l'humain comprend que la forme erronée est générée par la liaison. De même, l'humain va corriger l'homophonie " qu'en" en " quand", alors que le logiciel passera outre, puisque la chaîne de caractères envisagée existe dans sa base. O n avait beaucoup du plaisir ne sera pas signalé comme erronée, la base de référence ne traitant pas les contiguïtés de type " beaucoup du ... "
    • Les problèmes d'ordre textuel. " J'ai reçu des fleurs de mes enfants, mais je les ai oubliés sur le siège arrière de ma voiture" Ici, le correcticiel ne pourra identifier l'erreur d'accord du participe, parce qu'il n'a pas la capacité d'identifier le référent du substitut " les" .
    • Les problèmes liés à une ponctuation incorrecte. Comme les délimiteurs de chaînes de caractères sont en grande partie des signes de ponctuation, toute erreur majeure de ponctuation (oubli du point final, mauvaise répartition des groupes dans la phrase, ...) va générer des suggestions de correction syntaxique aberrantes. Ici encore, l'humain va spontanément utiliser la sémantique pour maîtriser la situation.

3. En pédagogie du français peut-on utiliser les correcteurs?


Quand on tient compte des faiblesses des correcticiels, on en vient à penser qu'il vaut mieux en déconseiller l'utilisation par l'élève, du moins en dehors de l'aide que peut lui apporter le professeur, non pas parce que les correcticiels aident trop bien les élèves, mais, au contraire, parce qu'ils les aident trop mal! Il faut cependant nuancer quelque peu ce propos.

3.1 Le doute salutaire


Une première attitude qu'il faut absolument avoir quand on fait appel à un correcticiel, c'est de mettre en doute systématiquement les propositions qu'il fait. Il est clair, toutefois, que l'étendue du doute va dépendre des compétences orthographiques (graphiques, syntaxiques et sémantiques) de l'utilisateur. Toute proposition que fait un correcticiel ne peut être prise en compte qu'à la condition qu'elle soit comprise par son utilisateur .
Or, dans ce cas précis, on pourra dire que l'autonomie d'un élève en matière d'orthographe est obtenue, seulement s'il a la possibilité d'évaluer correctement la validité des propositions que fait un logiciel !
Bref, l'élève va devoir réfléchir car, s'il utilise aveuglément le correcteur, il va accroître le nombre de ses erreurs au lieu de les réduire.

3.2 Les aspects didactiques et pédagogiques des correcticiels

3.2.1 Les correcticiels et l'orthographe lexicale


Les erreurs d'orthographe lexicale sont d'origines variées: "fautes de frappe" au moment de la saisie au clavier, connaissances orthographiques erronées, distraction, etc.
De plus, un phénomène bien connu en matière d'orthographe est l'aveuglement face à sa propre production: on ne voit plus ses erreurs, alors qu'on repère facilement les mêmes erreurs dans les textes des autres. a) Ici, on peut affirmer que le correcteur orthographique "à la volée" est utile pour arrêter immédiatement le geste d'écriture dans le cas d'une faute de frappe ou d'attention, parce que la graphie correcte est connue de l'élève et qu'elle peut être immédiatement corrigée sans utiliser les propositions du correcticiel. En cela, le correcticiel est utile car il va limiter ce correcticiel. En cela, le correcticiel est utile car il va limiter ce d'aveuglement à l'égard de ses propres fautes. b) Dans le cas de connaissances orthographiques erronées ou déficientes, le fait de se voir proposer plusieurs graphies différentes peut, en outre, être un bon moyen pédagogique pour faire davantage comprendre aux élèves que le sens dépend de la graphie, puisque l'utilisateur y devra choisir la bonne graphie en fonction du sens.


Comme le français est une langue à haute fréquence d'homonymie, on peut donc exploiter cette propriété: après que l'élève a fait vérifier son texte par le correcteur lexical, le professeur identifie tous les items erronés qui subsistent, et il conseille à l'élève d'identifier le sens du ou des mots mal corrigés en s'aidant des outils habituels (dictionnaires, ...) ou en se faisant aider (par ses pairs, par le professeur, ...).
On peut en effet considérer que les mots mal orthographiés qui restent après le passage du correcteur lexical sont des mots dont l'élève n'a pas encore assimilé la graphie correcte.
Exemples:
- Si l'élève écrit "J'ai pêché des poisons" , cette erreur subsistera après passage du correcteur, parce qu'elle est lexico-sémantique. L'élève doit donc identifier le sens du mot " poison ".
- L'élève a écrit " Mon père m'a donné sant francs ". Après le passage du correcteur, il a mis " Mon père m'a donné sent francs ". Le professeur lui fait alors chercher le sens de " sent "car il ne distingue pas ces deux homonymes!

3.2.2 Un métalangage commun


Un aspect à ne pas négliger, c'est que l'élève doit maîtriser le métalangage du logiciel... En effet, la terminologie grammaticale n'est pas partout la même (exemple: Complément circonstanciel et complément de phrase, est-ce la même chose? L'élève comprend-il que cela peut être synonyme?)
On ne pourra donc pas laisser un élève utiliser avec profit un correcticiel (syntaxique) tant qu'il n'a pas acquis le métalangage nécessaire. A ce propos, les correcticiels utilisent généralement le métalangage des grammaires normatives comme " Le Bon Usage " de Grevisse-Goosse (voir 0 plus haut: 2.1.3Les correcteurs syntaxiques: Traitement syntaxique ) .

3.2.3 Les correcticiels et l'autonomie orthographique

3.2.3.1 L'autonomie orthographique

"Si la machine fait de l'orthographe à sa place, l'élève n'acquerra jamais la capacité de détecter ses propres erreurs d'orthographe grammaticale (erreurs d'accord, ...)", tel est l'argument invoqué par certains enseignants, pour qui l'autonomie orthographique d'un élève s'évalue à sa capacité de relire sa copie pour en repérer les erreurs.
Or, des pédagogues mettent en cause l'idée que l'orthographe est une activité liée à la phase de révision, c'est-à-dire dissociée de la phase de saisie: d'après eux, il faut que les automatismes soient tels que l'orthographe soit aussi parfaite que possible dès la saisie ! La révision ne sera plus alors qu'une ultime opération de contrôle portant sur un petit nombre d'erreurs, dues à la distraction par exemple.

La question à se poser ici est davantage de savoir reconnaître la cause réelle des erreurs produites par l'élève: sont-elles le fait:
    • d'une surcharge cognitive ( il a oublié qu'il fallait appliquer la règle, parce que lors de l'activité rédactionnelle, il doit à la fois garder en mémoire ses idées, les relier d'une manière logique, respecter le code orthographique et syntaxique... ),
    • d'un manque de connaissances grammaticales ( il ne connaît pas (encore) la règle à appliquer ),
    • d'une dispersion de l'attention ( il connaît les règles, mais n'applique pas la bonne )
    • ou encore du peu d'importance que l'élève attribue à l'orthographe ( il ne voit pas l'impact qu'a une graphie erronée sur la communication, parce qu'il ne fait pas de fautes quand il parle ).

3.2.3.2 Le correcticiel comme moyen de réfléchir sur la grammaire.


Seules les erreurs causées par la surcharge cognitive et par la dispersion de l'attention pourront être repérées par les élèves lors de leur activité de révision
.
Le correcticiel sera alors d'une aide précieuse parce qu'il va offrir à l'élève une série de propositions que celui-ci évaluera en connaissance de cause.
Suivant en cela l'idée qu'on ne devient pas autonome d'une façon autonome , le logiciel va apporter son aide et permettra finalement d'accroître l'autonomie de l'utilisateur, obligé de "trier" les propositions du correcticiel, si pas, parfois, de les rejeter toutes.

3.2.4 Les correcticiels et la rétroaction formative (feed-back)

3.2.4.1 Le feed-back en orthographe

Les théories de l'apprentissage reconnaissent le rôle important de la rétroaction dans la formation. Un tireur à la carabine ne peut se corriger que s'il tient compte de ce qui l'amène à rater sa cible (trop bas, trop haut, ...).
C'est l'aspect diagnostique de l'évaluation qui est important dans l'acquisition de l'orthographe: un élève va progresser s'il se rend compte qu'il fait toujours les mêmes erreurs (exemple: bontée, santée, qualitée, fleure ), mais à la seule condition qu'on lui donne le moyen de reconstruire correctement la règle erronée qu'il applique (dans l'exemple cité, l'enseignant va devoir dire à l'élève que tous les mots ne prennent pas [e] au féminin, c'est-à-dire qu'il va réorienter la stratégie orthographique de l'élève qui, lui, appliquait la règle " tous les mots au féminin prennent [e] à la fin ").

3.2.4.2 Les correcticiels et le feed-back

a) Dans l'état actuel de la situation, les correcteurs orthographiques fonctionnent au coup par coup, sans préoccupation formative - et c'est normal - car ils sont élaborés à des fins de compensation et non dans un but didactique: ils présument en effet que l'erreur est due à une mauvaise saisie, et non le résultat d'une méconnaissance. b) Dans le cas des correcteurs syntaxiques , les plus évolués d'entre eux vont fournir des indications qui peuvent nourrir le feed-back (exemple: Le verbe doit s'accorder avec son sujet ). Espérons qu'à la longue, l'élève intègre comme automatisme cette règle élémentaire, qu'il aura vue affichée de nombreuses fois, et qu'il puisse repérer la nature de l'erreur qu'il répète!
Cependant, il faut tenir compte qu'un correcteur est globalement peu fiable (voir Limites des correcticiels ) , ce qui le rend inapte à nourrir le feed-back: il est capable de générer de faux automatismes plutôt que de les corriger...

3.3 Les utilisations possibles des correcticiels

3.3.1 Les utiliser pour corriger un texte

a)Une manière efficace d'utiliser un correcticiel est, dans un premier temps, de laisser agir le correcteur orthographique "à la volée", et de laisser l'élève corriger ses erreurs au fur et à mesure. Dans un second temps, le professeur fait relancer la correction orthographique et demander que l'élève identifie, pour chaque erreur repérée par le correcteur orthographique, tous les items inconnus. De la sorte, on peut espérer enrichir le vocabulaire de l'élève, parce qu'il a sous les yeux divers homophones ou divers termes proches. Par exemple, si l'élève écrit palié , il faut qu'il vérifie tous les termes que lui suggère le logiciel, à savoir: palier , paillé , pallié , paille , plaie ,... (voir 3.2.1Les correcticiels et l'orthographe lexicale) b)Un autre exercice efficace est d'imposer le correcticiel " dictionnaire des synonymes" pour remplacer systématiquement tous les mots identiques qui se suivent deux fois (autres que les mots outils ou les verbes auxiliaires) . Toutefois, l'outil en question n'est que rarement capable de remplacer un terme par une périphrase ou une métaphore, autant de moyens pour arriver à remplir la consigne: le lion est le roi des animaux , le maître de la jungle , un félin ... L'outil papier est ici tout aussi efficace. c)Le correcteur stylistique, lui, peut servir pour repérer l'utilisation répétitive d'un même mot. Le professeur peut par exemple demander que l'élève s'efforce de supprimer presque toutes les répétitions que lui signale le logiciel.

3.3.2 Les utiliser pour faire de la grammaire

a)L'élève qui dispose d'un bagage cognitif suffisant utilisera avec profit un correcteur orthographique. Dans le cas contraire, l'élève placé seul devant la multitude des propositions que lui offre un correcticiel n'en tirera pas beaucoup de profit, sauf peut-être un surcroît d'erreurs générées par les propositions parfois farfelues que produisent les correcticiels! Dans ce cas, le remède est pire que le mal: une aide qui génère des erreurs au lieu de les corriger, on n'a pas vu pire... b)Donc, contrairement à ce qu'on pourrait penser, le correcteur peut ne pas apporter grand-chose à ceux qui semblent en avoir le plus besoin, c'est-à-dire aux élèves qui éprouvent les pires difficultés à maîtriser l'orthographe, parce qu'ils sont incapables de mettre en doute les multiples propositions qui les assaillent (du fait de leur manque de connaissances grammaticales, de leurs connaissances fragmentaires en métalangage ou de leurs immaturité réflexive face à la grammaire) . (Voir 3.1Le doute salutaire). Il faut cependant vérifier la cause des insuffisances constatées, avant de prendre la décision utile qui s'impose. c)On peut aussi utiliser les correcticiels en mettant systématiquement en doute les propositions de correction que fait le correcticiel: il y a là une exploitation possible des lacunes de l'outil pour pratiquer de la grammaire réflexive! d)Les limites du logiciel peuvent également être l'occasion d'approfondir certaines notions linguistiques ou grammaticales avec les élèves: le logiciel devient alors celui qui pourrait faire des erreurs, et on essaie de repérer l'erreur ou d'analyser d'où vient l'erreur. L'utilisation d'un data-show ou d'un vidéo-projecteur est ici très efficace pour réaliser cet exercice. e)De même, on peut suggérer aux élèves qui ont une bonne connaissance de la grammaire, ou qui manient avec aisance des formes syntaxiques recherchées, de créer des phrases ou des textes qui prennent le correcteur en flagrant défaut, alors que les énoncés soumis sont corrects, puis d'évaluer les réponses que fournit le logiciel. Par exemple, l'élève écrit " Le soir chantent les rossignols.": le correcteur va proposer chante . L'élève recherche pourquoi le correcticiel s'est trompé.

4. En conclusion

1. Utiliser efficacement un correcticiel suppose qu'on mette en doute les propositions de correction . Néanmoins, l'évolution en matière d'intelligence artificielle est telle qu'il faut s'attendre à d'énormes progrès en matière de correcteurs syntaxiques, dans les toutes prochaines années. C'est surtout l'amélioration des capacités sémantiques des logiciels qui va permettre de réduire les fausses interprétations syntaxiques. 2. L’apport des correcticiels actuels dans la pédagogie de la langue française est minime, et leur utilisation doit être bien réfléchie , sous peine de conduire à une aggravation des erreurs, surtout dans le cas des élèves qui connaissent de réelles difficultés en orthographe. Pour cette raison, il est essentiel que les élèves aient pu en mesurer quelques limites, par exemple lors de séances d’ateliers de travail d’écriture avec le traitement de texte, organisées par l’enseignant. 3. Les correcticiels n’arrivent que très partiellement à apporter un feed-back sur les difficultés orthographiques des élèves : les quelques outils qui existent à l’heure actuelle traitent des aspects particuliers de l’orthographe (règles d’accord des participes, par exemple), mais il n’existe pas encore d’outils valables qui le font pour l’ensemble de l’orthographe, tant lexicale que syntaxique. L’enseignant est toujours le mieux placé pour mettre l’élève en situation d’apprentissage, c’est-à-dire pour lui faire prendre conscience des régularités de la langue (dans le cas d’élèves qui accordent peu d’attention à l’orthographe), et pour susciter l’effort à fournir pour mettre en œuvre de nouvelles stratégies et faire appel à de nouveaux concepts (quand l’élève applique mal les régularités). 4.Des professeurs craignent que les correcticiels masquent les lacunes dans la maîtrise de l'orthographe, parce qu'ils feraient tout à la place de l'élève. Nous ne le pensons pas, du moins lorsqu'il s'agit de compenser les phénomènes de surcharge cognitive. Sans doute, un correcticiel n'apprendra-t-il rien à son utilisateur, mais il sollicitera sa réflexion sur ce qu'il connaît déjà , ce qui constitue une activité hautement intéressante et productive, notamment en matière d'orthographe. En fait, l'outil n'apporte valablement son aide qu'à celui qui connaît déjà l'orthographe; un correcteur n'est pas producteur de savoir, il est productif quand le savoir existe.

5. Bibliographie


DESILETS (Mario), Que penser de l'utilisation des logiciels correcteurs à l'école?, in Vie Pédagogique, no 107, avril-mai 1997.

DESMARAIS (L.), Proposition d'une didactique de l'orthographe ayant recours au correcteur orthographique , Université de Laval, 1994. <

Les correcteurs orthographiques à l'école? in L'Ordinateur individuel, no 92, Février 1998.

Observatoire Wallon des Industries de la Langue (page consultée le 18 mars 1999) Site de l'Observatoire Wallon de l'Inforoute et du Traitement Informatique des Langues [en ligne] http://www.owil.org/

POIROT-DELPECH (Bertrand), "Eviter le passé simple", in Le Monde, mercredi 06 avril 1999. [en ligne] http://www.lemonde.fr/nvtechno/techno/poirot.html
Copie de la page (sans les images!)

À propos de la correction grammaticale et des correcteurs informatiques.http://www.synapse-fr.com/maintenance/A_propos_des_correcteurs.htm [en ligne] [page consultée le 15 février 2000]
Par l'éditeur de Cordial, une critique assez fine des lacunes de correcteurs orthographiques fournis avec les logiciels bureautiques. Ne vous y trompez pas, l'article est critique, mais pour mieux vanter la valeur géniale du correcteur CORDIAL, que ses concepteurs prétendent génial. Autant être averti.

BIBEAU R., Ils apprennent à écrire à l'aide de l'ordinateur. L'intégration des TIC en classe de français (1983-1998)
http://vitrine.ntic.org/vitrine/veille/Textes/B-IBecrit.html#4 [En ligne] [Article consulté le 18/02/2000]
Spécialiste de l'apprentissage de l'écriture assistée par les TIC, R. BIBEAU mène une réflexion avancée sur l'utilisation des correcticiels en pédagogie. Il y vante les mérites d'Exploratexte (actuellement Correcteur 101 didactique). Cet outil cherche à déterminer la nature des erreurs syntaxiques et à les signaler à l'élève en utilisant un vocabulaire approprié. Mais de ce fait, ce n'est plus un correcticiel tout venant!

Chantal CHARNET, Rachel PANCKHURST, Le correcteur grammatical : un auxiliaire efficace pour l'enseignant ? Quelques éléments de réflexion.
http://alsic.univ-fcomte.fr/Num2/panck/defaut.htm [en ligne] [article consulté le 18/02/2000]
Comment aider l'enseignant à mieux suivre le parcours acquisitionnel de l'apprenant en langue étrangère ? Que peuvent alors apporter les nouvelles technologies ? Un correcteur grammatical pourrait-il servir d'“auxiliaire” pour identifier les erreurs, voire les lieux d'intervention didactique nécessaires ? Par le biais des Industries de la langue, différents outils fournissent un cadre de réflexion pour ce type de problématique. Un logiciel de vérification et de correction grammaticales s'avère utile dans divers contextes d'utilisation. Nous nous proposons d'apporter une contribution pluridisciplinaire, à la fois en linguistique - informatique et en didactique afin de cerner le fonctionnement et l'utilité d'un tel logiciel en situation d'apprentissage du français langue étrangère écrit.

Les outils dérivés, à orientation pédagogique

Un éditeur de logiciels a modifié quelque peu son produit pour qu'il réponde à la critique concernant le feed-back cognitif. Nous n'avons pas eu l'occasion encore de tester ce produit, aussi ne pouvons nous que vous renvoyer à la littérature descriptive., en tenant compte qu'elle est à visée commerciale.
Correcteur101 didactique
Sur les postulats qui ont guidé l'élaboration de ce produit (anciennement appelé Exploratexte), il est intéressant de lire ce qu'en dit son concepteur, R. BIBEAU, dans "Ils apprennent à écrire à l'aide de l'ordinateur. L'intégration des TIC en classe de français (1983-1998)"


F. BERTEN, professeur de français à l'Institut Saint-Joseph, à Saint-Hubert,
Membre de la Commission "Français et Informatique " (FESeC)
fernand.berten@planetinternet.be
http://users.skynet.be/ameurant/francinfo