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Dans l'effeuillage des souffles


FLORENCE  NOËL

Livre 2 - Par les chemins d'épiderme

« (…)
parlez bas
son corps est une architecture de racines
parlez bas
c'est la vie qui coule
les fleurs qui chantent les cicatrices
à qui prier
les veines décousues
le territoire vagabond de sa peau »

Geneviève D'Hoop

 

 

Parchemin de terre


fête basse,
chuchotement des drapeaux
enchevêtrement des serres d’oripeaux
je goutte à gouttes
tu bois mes racines à même la fièvre


tes yeux rincent mon visage
lorsque je grimpe au silence des ors
mon ventre amène les sources à rebrousser ta peau
à accueillir le sec
qui déborde des vases


tu m’apprends les patiences de femmes décousues
des filets tamisent les taches de rousseur
sur le lait des rivages


en notes dévêtues la ville escalade
les murailles de chiens
rêvés par les promeneurs


les marches renoncent à moi
je les laisse rouler jusqu’aux croix des clochers
le soleil assis ballant sur l’éternit
mesure les visages déserts


j’éternue
un ange mouche l’ombre d’un saint

 

Une infographie de Bernard Flusha

 

Et de dire aux passants

 

et ce souffle que je cherche jusque sur mes cuisses rondes
sous mes coudes déliés du poids des enfançons
je le cherche d’intime
l’insondable feu
tandis que mon cœur imprime dans la cendre
sa pulsation de bouton étouffé
flétrissures d’or soumis
d’or pillé

 

des voix chiffonnées plaident pour mon corps en berne
soulèvent ma nage vulcanienne
les antiennes des forgerons nocturnes
me fondent rose bronze
et me voici nudité du son
diapason d’interdit
tige que gonfle l’inflexion indécente
de l’offrande

 

quand aurais-je la force de mourir jusqu’à toi ?
et de dire aux passants, respirez ma poussière
je suis le Phoenix noir issu d’un œuf de lave
nervures inversées
pétales nonchaloirs
doléances charbonnées
contre la joue inclinée de la nuit
là où ton visage me naîtra

 

*texte écrit sur une oeuvre de Laurence de Sainte Maréville

 

Les chemins cerclés de vert

 

ta silhouette labourée monte
comme si l'échelle de mon ombre
inclinait la colline
la respiration du chemin dressé sous l'horizon
gonfle ses côtes d'herbes étagées
et toutes les faveurs d'un ciel verdoyant
cautérisent d'une langue précise
nos plaies de lumière

vois, une clameur se pose
dans un grand ébrouement de boue
sur les canaux de tes jambes
nos mains bifurquent
étreintes d'hémisphères
nos lèvres irriguent
le poudroiement des vignes

nous logeons à la nuit
des morts qui dansent
en dedans de clôtures immenses
quadrille de semences sur le dos de nos faims
et nous cultivons pour eux
l'étendue de nos bras
sourire de gestes dont chacun possède
l'exacte moitié
d'une aile d'ange

 

*écrit sur un tableau de Paul Klee

 

 

 

Page Précédente du recueil "Dans l'effeuillage des souffles" . Deuxième livre : par les chemins d'épiderme" : suite

 

 

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