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Dans l'effeuillage des souffles


FLORENCE  NOËL

Livre 3- Initiation au crépuscule

« Descendre pour enlever à l'éblouissement de la nuit
un vol de rapace
une courtilière au sable
un souffle à ses louanges
Et comme écartelée à mes oreilles
une profondeur alanguie de mâture me souhaita
le vent de toutes ses risées"

"Descente aux vents", Bernard Flucha

 

 

la grâce a déposé ses pétales
sur le froissé gris d'un tablier d'enfance
contre l'usure d'une poignée
enflée comme par la soif


tu aurais dit
les portes s'étiolent
grippées de pluies soudain sorties des arbres
las
l'automne s'allonge le sourire aux aguets


pourtant
l'or fait frétiller les feuillaisons
poisson volé aux ires de papier
petite pèche de sens


vois la lumière saute par-dessus
tous ces Grands Feux d'atermoiements
ces os rongés par contumace
et le vent bourgeonne du mystère
autre lieu de tes partances


bien sûr,
tu m'entends reclure ces bruits dans un coffret :
rugueuses machineries
d'horloges alitées
exclamations sauvages
que des seuils effarouchés
charrient sous ton poids
foi assourdie de désert
contre ta vie brocardée de chansons


alors je racle ta mémoire :
cercles perlant à même ces ventres
de femmes doublées dans le plaisir
sortilège d'une seule couleur
et chant sorcier roulé sous l'ambre
il y a tout à soulever
dans ton bonsoir lesté d'étoffes
tes aquarelles en acier brut


derrière
il y a cette certaine prudence des formes
à s'avouer danseuses sur fil
entre ici et l'aujourd'hui
où l'équilibre te fit défaut


depuis ces corps émiettés
je cachette la pliure d'un genou
recroquevillé sur une lettre
comme un poings serti de ton nom

Copyright: © Gérard RHINN    grhinn@i2m.fr

 

 

 

 

 

 

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dans l’extrême Nord de l’allégresse
nous labourons des champs de glace
en prévision de ces stupeurs
que lèvent les étés sous nos fourches


les duvets d’argents étrillent nos pas
et les souvenirs de cavalcades
mutismes d’un ébrouement des chairs
crient voyages sur nos fronts


ainsi
il nous suffira d’esquisser
le trajet des yeux vers la voûte
confidence de tourbe à vertige
et de nos paumes en offertoire
pétrir le franchissement du large

qui de nous deux
encore
psalmodiera les étreintes du fleuve et des sylves ?


les méandres et les courbes
que cueillent les fruits d’orages
apposés sur nos bouches
sceaux de grands remuements ?


nous venons
caresser les rives éteintes
de nos souffles calleux
déposer nos âmes rauques
au ressac des vagues encloses


la cendre pousse au cercle des vieilles souches
nos pieds n’y dansent pas
non
des joutes d’ailes et de becs
embrasent l’étendard
des frondaisons superbes


 


Copyright: © Gérard RHINN    grhinn@i2m.fr

 

 

 

tu dis qu’il fera beau demain
sinon
qu’une goutte sur deux s’excuse
et que la mer replie
ses airs de grandes vacances
dans le giron d’avril


tu chantes une mélodie de rien
pas facile
un peu peur de ce silence
contourné en pudeur
chaque fois que revient
mon pourquoi
en habit de bonjour


je pense qu’il faut du temps
de l’espace,
mieux : le large
réponds-tu sans regard


je raccroche songeuse
m’insurge de ta voix
je te croyais parti
la cabine téléphonique s’évente soudain
soif mendiant dans une écharpe de sable


mes paumes crient famine

pourquoi

trop loin pour qu’au revoir
soit enfin prononcé ?


Copyright: © Gérard RHINN    grhinn@i2m.fr

 

 

 

 

c’était l’interstice
entre le talon et la terre
l’ombre imbriquée dans l’oeil
et son dialogue de pépite

quelque chose du feulement d’un voyage frotté
des jambes au brut d’une chair de macadam
et ces soupires qui ne diraient plus rien de ça
à personne
si jamais

c’était un feu de vieille lande
couvant désolé les sanglots
d’une partance
laquelle…
on ne sait plus bien non plus
mais qui se désancre chaque pas davantage
et crie mer comme on froisse un mouchoir

 

 

 

 

 

 

Copyright: © Gérard RHINN    grhinn@i2m.fr

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c’était une aube crue
sans littérature
exempte de mots, toujours
exempte de recuit, du rabâchement des voiles
des pas décomptés puis comptants
un moment sans histoire à contresigner
l’origine peut-être ou l’oméga
qu’importe l’heure où la lumière
pourvu que la foudre

elle était tout pour moi

c’était tout cela
quand mes pas se liaient à la nuit
et que la nuit
s’en déliait

 

Page Précédente du recueil "Dans l'effeuillage des souffles" . Quatrième Livre : "L'Inespéré" : suite

 

 

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