|
"Le
simple fait que j'existe prouve que ce monde n'a pas de sens"
- Cioran
La
maison qui dit plusieurs choses à la fois
Nous sommes les volets d'une grande maison à la campagne,
évident refuge, sous le ressac d'une éternité
furtive.
Ce temps où on retrouve le soleil, pourquoi cette étrange
sensation de l'avoir volé et de le tenir embrassé
contre soi ?
Qui parle ?
Sans se morceler, l'été des petites ombres continue
de s'étirer dans les coins.
Un sentiment de perte permanente se réfugie dans les yeux.
Embryon de fêlure séduisante, il commence à
grandir. Plus tard, au temps des mêches grises, cela plaira
aux femmes, grimpées sur nos épaules comme à
leur commencement.
Les guêpes s'en foutent. Elles ne sont pas nombreuses cet
été. Elles ne piquent pas, se bornent à constater
les enfances désertées mais pleines à ras-bord.

Les volets expliquent qu'il faut protéger la table avec une
nappe, car elle est un corps déguisé. Le nôtre,
ou pas.
Les repas durent
le temps d'une bougie passée au bout du doigt, comme un dé
à coudre.
La bouche de bois fait circuler la vérité du ventre
des marionnettes, comme le sang d'un tableau célèbre
qui passerait d'homme en homme.
La lumière
jauge les différentes hauteurs de la famille des poussières
rassemblées pour la saison. Si elles ont grandi, la lumière
est contente et les faits danser dans un service de grands verres
à réunion.
Une crue d'oiseaux lisse les toits. Quelques fruits rentrent par
surprise.
Mascarades grandes ouvertes par les bouches de bois. les volets
articulent l'ombre et la lumière.
Et c'est la vérité, légère sous les
plis lourds.
Et c'est le tonnerre qui passe sous le velours.
Sans méprise,
une joue fraîche ouvre grands les volets sans rien se demander
de tout cela.
Stéphane
Méliade
21-08-2001
|