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Peter Pan~
À Pierre-Yves.
Et à tous les hommes et femmes de pierre.
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Ils
t'ont donné un nom de bâtisseur d'églises.
De redresseur d'envers. Un solide prénom d'enfant sans
âge. Depuis toujours, il revient en mémoire des
multitudes d'hommes en quête.
Qu'est-ce qui est plus proche de l'éternité que
la roche millénaire ?
Aujourd'hui,
mon petit amour, tu comptes tes cousins, galets ronds et tranquilles,
que je jette à la mer. Et tu ris de les voir voler, amerrir
et voler, puis sombrer en brisures d'écume.
Nous
nous attardons, ensemble, famille cimentée de ton nom,
à regarder ces flux de notre mer bretonne. Et c'est toi
qui nous chantes des ballades de marins, des tempêtes
à gogo puis des arrimages doux sur des côtes herbeuses.
Nous restons là, comme au jour de la naissance du monde
à croître d'un rêve égrainé
de cailloux.
Etre
un héros à ton âge, mon petit frère
salin, le héros de notre histoire
statufié
mais vivant... mon petit frère intemporel. Sans toi,
la vie aurait un goût d'écorce. De meurtrissure
de chair. Ils t'ont donné un nom prémonitoire.
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Photographie
de Florence Noël |
*

Photographie de Françoois Barniche
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Dans
la travée, sous les coulées chatoyantes des vitraux
incendiés, tu chantes pour le Saint Pierre aux clés.
Je te laisse à ton jeu : ta main capture vertes, puis
écarlates de minuscules poussières. Demain, peut-être,
ce geste sera souvenir qui jouera dans tes rêves. Je te
laisse apprendre à oublier déjà quelle
est la troublante portée de ton pouvoir. Demain, mon
petit magicien, les poussières te captureront toi, innocent,
au regard seul vivant.
Ce
sont mes paumes lisses, de tant de pieux espoirs, qui reprendront
ton chant. Tu lanceras tes pensées trop vivantes contre
les voûtes séculaires. Le temps d'un souffle, elles
deviendront de chair, souples et frissonnantes, en croissance.
Tu
me le raconteras mille fois ce songe merveilleux, cette église
poussant contre les portes du ciel. Vivante, tatouée
de verres multicolores, enjambant des fleuves morts, des forêts
défrichées, bondissant aux abîmes. C'était
si vrai, diras-tu.
Je
regarderai tes jambes droites et raides, soupèserai ta
main, envelopperai toutes les plaines douces de ton corps figé
de mon corps souple et sain. Et je t'accompagnerai dans tes
étranges voyages sur des rives offertes, intemporels
mirages
Mon petit homme de pierre.
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*
Dans
la lueur penchée de ce soir de printemps, ton vélo
à trois roues s'attarde encore un peu près de
la porte verte du garage. Bientôt, il me faudra le ranger,
frérot, dans une cave obscure. Mais là, patient,
presque solitaire, il nous donne encore à vivre tes heures
de liberté. Nous le donnerons, promis à un enfant
au nom prémonitoire. Il ne rouillera pas, silencieusement
gardé, nos mémoires d'escapades, de pains chauds,
de vitesse, d'indépendance suprême. Nous n'avons
que faire des regrets
Le vent te prendra en auto stop
pour nos prochaines ballades. Tu sais bien dans l'amour, le
mouvement est si fort
Il t'adoube chevalier. Tu gagneras,
c'est vrai, comme eux, toutes les batailles.
*
Tu
grandis en horizon. Ta faiblesse, c'est ma force. Nos silences
aimants, ce sont tes mots qui les transmutent. Tu inventes des
histoires que je trace sur un écran scintillant. Je te
lis mes poèmes.
Tu
te portes présent dans le temps qui t'habite toi, plus
que nul autre. Tu ne renies pas un seul des instants que tu
vis. Tu les exaltes, tu les chantes, tu nous soulèves
quelques fois, en trois notes sublimes. Tu es la roche sur laquelle
nous bâtissons jour après nuit notre maison.
*
Hier
tu es tombé. La douleur t'a fait crier grave et haut
à la fois. Mon frère clair-obscur
Je suis
fatiguée de ne plus espérer. Je voudrais croire
encore
qu'ils trouveront le gène.
*
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Tu
es, petite statue, alité et tu chantes. J'ai appris avec
toi que le temps compte en double. Demain
Tu auras accompli ton destin de calcaire.
Sur
l'écran scintillant, écris en bleu, quelques mots
clamés dans ton sommeil rocheux : "Ne me réveille
pas
. J'ai trouvé les clés
"
*
Ton
ombre multicolore s'attarde sur mes murs.
Mes mains dansent en dedans. J'ouvre grand les fenêtres.
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