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Les passeurs de lumière

 

Regardez dans la rosace et suivez le chemin des textes...

"Donne moi tes mains, que mon âme y dorme"
- Louis Aragon
 


Vitraux de neige



Il marche dans l'église, il marche sous sa tête, s'imprime dans la pierre.
Il regarde le soleil s'aplatir contre les vitraux, comme un visage d'enfant qui regarde des mystères derrière le verre.

Ce visage tout contre le vitrail. Sa couleur est une expression. Rien ne le protège de la lumière.

Jadis, ici, il y a eu une bataille de boules de couleur et Dieu est remonté tout essouflé de bonheur, a demandé pour Noël quelques hommes à mettre dans sa cheminée. Ils font de belles flammes et crient avec art.

Dieu a très peur des hommes silencieux et des visages qui regardent en écarquillant les couleurs.

Il neige, les flocons tombent en croix, se coupent sur le verre, brisent la terre en la touchant.

Il pose sa main sur la rampe du ciel.
Le plomb règle le chant du verre, trace les plans de la lumière.

Il prie en éclats sur la pierre.
Des poches fouillent ses mains, les percent de leurs pas. Il lève les bras, devient arbre blanc, coeur penché, couleur assise.

Peu à peu, il ferme ses yeux et neige vers le ciel.
Il monte patiemment en cristaux de chant.
Ses lèvres s'allument bleues, mais cela ne veut pas dire qu'il meurt, juste qu'il fait peau dans ses mots.

Dans quelques minutes, il reviendra, coloré de ciel d'été.

En montant, sa tête a cogné contre la cloche. Les gens ont accouru, croyant à un mariage.

Il laissera leurs yeux ouverts.
Dans quelques instants, les siens neigeront en rayons dans les rues, prendront forme de buée en couleurs, riront de brûler vifs dans les paumes des gens qui prient.

Alors, le soleil entrera dans l'église et viendra mordre les âmes pour qu'elles s'éveillent.


24-11-99

Stéphane Méliade


 

 

 


Tournis

 

La taille flexible,
verbe sur le souffle,
il vous lance un défit :
se renverse d'un geste,
gerbe d'eau en vos paumes.
Les bras ouverts, à claire-voie,
il vous regarde entre son épaisseur, sa complexité.
Enfin... Il vous frissonne, vous happe effrangée, à lui, dans la travée...


Il a le temps. Piqué de murmures, de rires. Il vous a, vous ! Authentique.
Dans sa gorge profonde et séculaire, une même hachure s'inscrit, étrange.
Des expressions le chevillent à l'écho, pente douce.
Les copeaux de lumière s'échappent de la ligne, ce trait ossifié.


Il se déploie d'aventure, diapre les signes d'encore.
Le chemin s'égrenne : voix dissonantes, modulées, sauvages, impulsives...
Senteurs de poivre et d'orange amère.
Le vertige délivre. Quelques bulles mauves ruissèlent sur un zeste d'ambre.

Au bord de la conscience, seules les phrases bistres, ses croisillons vous
saisissent encore...
Absolu, vif, traversé de votre visage, enchâssé, il oscille... Vous
retient, vous
contient...
Au fil de ses feuillets, des serrements au coeur des mots.

Laurence de Sainte Mareville


 

 

" Tes lèvres allument
Une vie soufflée dans du verre
Un ciel forgé "


Stéphane Méliade,
Petites notes à lever le couvercle de la nuit

 

 

 

 

 

Obstinato Cantabile

Sous les tempes éblouies des baies,
Ton regard.

Il me courbe en arcanes de plomb,
Et m'invite au voyage d'une rosace bleue nue.
Il scelle l'onde priante en circonvolution
Où perce, blanche de crin,
La note basse du chant.

Je tâtonne un peu.
Les poignets exposés en proue
Cueillette d'anges du bout des doigts.

Je suis houle à ton puits.
Ton respir chatoyant gonfle les voiles de verre
Où les feux rythment la pulsation vermeille
Eclaboussant
Le médian de ta voix.

Je m'évase d'aimer,
versant la peau du ciel à même tes paupières.

Eclats de moi en offertoire,
J'engrange des goulées de lueurs.
Je me rends transparente à tes désirs dansants.
Je suis un pétale d'or
A claire voie de ton chant

Je me fais échancrure dans la chemise des âmes,
pour mieller ton toucher de voûte

Alors tu fermes les yeux.
Une pelure de ciel tombe,
Là, résonne en cercle
Ma soif émiettée.


24 novembre 1999 - 30 juillet 2000


Florence Noël

 

 

Soleil perforés

 

- L'enfant pousse la porte,
laissons-la écarquillée au quartier des jardins suspendus -


Les lunes perforées
s'agitent, claquent au vent...

L'enfant, lèvres ouvertes,
un petit galet sur la pointe du pied,
pointe le vitrail,
plancher sous la table des dieux :

- Que se jette infiniment, chancelante
la grève stellaire en pluie,
son âme numide, sa bouche vivante,
sur l'orgue de barbarie !

Un rimailleur pérore,
radoube sa coque,
badin, sort de son bouquet... Un rameau bleu,
le tend à l'enfant.

L'enfant allongé, déployé sur le sable blanc,
de l'intérieur de la pierre
ébauche les premiers cristaux du jour,
à petits Si, petits La
glisse à l'envers sur la spirale de Peter Pan
à larges syllabes
de ses mains suspendues...

Poète oublie ton galimatias...
Écoute les mouvements,
souffle à souffle,

il suffit !

Les soleils perforés
s'agitent, claquent au vent...

L'enfant, libère ses orteils,
détourne la manivelle au dessus du silence,
joue sur la mer,
roule une pâte de notes à sel où s'accrochent chapeaux d'écume,
dessins fantastiques, cerfs-volants,

nous partage ses yeux cette fois découverts
dans un objet qu'il nous apprend.

Il pleut des milliers de visages ...
Assoupis aux vastes plis des goémons verts.


Lo

( Aux enfants malades, aux malvoyants,
aux créateurs de pieds ou de bouche,
aux jeunes qui croisent un jour le monde blanc )


Laurence de Sainte Mareville

 

 

 


(Je confie ce poème à nous les enfants
qui seuls savons écouter la musique d'un vitrail
d'une décalcomanie ou d'une couleur de Chagall)

 

 

 

un vitrail de Aaron


***

Vitrail musique


(Je confie ce poème à nous les enfants
qui seuls savons écouter la musique d'un vitrail
d'une décalcomanie ou d'une couleur de Chagall)

C'est un petit vitrail tout simple. Il a une âme
un ciel,
grand, bleu, comme une myrtille qu'on ouvre
et sans garde-fou
il est tenu par des étoiles et des fils d'argent
(certains en soie de Samarkande)
Un enfant marche sur la voix lactée
d'un caillou à l'autre, sur la pointe des pieds
cheveux rouges dans l'écharpe du vent
il remue lentement les bras et les jambes
on dirait qu'il danse une flamme
non, il ramasse les étoiles qui tombent
et se blessent les chevilles
(de nos jours les étoiles filantes sont si vives et si cassantes)

suspendu à la fenêtre, l'enfant se balance
d'un rayon de lumière à l'autre, lentement
il regarde la colline en flanant, les mauves
les genets penchés sous la caresse du vent
c'est le vent d'Arles qui court aujourd'hui
il vient du marché
les voitures bourdonnent dans la terre
les avions battent leurs grandes ailes de lin
les cerises pendent aux oreilles des arbres
les gens sont assis dans la fissure des rues
une paille dans l'oeil
un cyprès jaune sur la table, grisé de pollen

assis sur le bord d'une étoile éteinte
l'enfant inconsolable
il n'y a personne pour écouter sa musique
personne pour raviver ses couleurs
les enfants sont partis, plus de bruit
les étoiles engourdies
le carreau est froid, la fenêtre muette
il veut revenir dans son pays
où le soleil brille dans l'orange de minuit
où les aurores boréales viennent coucher
nues dans les jardins de neige

***

Aaron de Najran

 

 

"(...) Il va, porté par ces images qui le ravissent,
qui lui laissent
à peine le temps de souffler sur le feu de ses
doigts.

- André Breton, Premier Manifeste du Surréalisme
(1924)
 


La marée des rosaces

 

 

Passants de pied ferme, silhouettes de terre pâle, bienvenue.
Mes gouttes, mes courants, mes frères, écoutez la prière de la marée des rosaces.

Sur mon souffle éteint passe en brillant le nuancier du rêve.
Je ne suis que le rêve des couleurs. Que le rayon s'éteigne et je deviendrai statue de corail mort, livre noyé, souvenir d'horizon.

La lumière est assise et file mon regard.
Dans le vitrail, continents de couleurs, les ors vifs font le tour du ciel. Je marche, dépose mes mains dans le vestiaire des cristaux de sang. Ils m'en donnent d'autres, des mains de mer qui savent respirer dans l'eau. Plus tard, lorsqu'elles me les rendront, mes mains digérées sauront se nourrir de la force des marées.

Paupières en pélerinage, ombres en escalier, aidez les couleurs à se parler, retrouvez le langage entouré de plomb. Faites tourner les étoiles de mer comme les manèges des enfants et cornons les vagues à la bonne page.
Ne joignez pas vos palmes et vos crètes, ici, la prière, c'est nous.
Que viennent les premières gouttes du chant.

La lumière de mer est entrée dans l'église.
Liseron d'ange, elle fait le tour des piliers, s'assied sur les chaises noyées pour la prière du feu. Lierre de soleil, elle remplit nos mains de courants de couleurs. Elle allume les filaments des algues et les torches des conques.
Mes yeux sont bulles de pierre, au coeur de la rose où l'eau prend lumière.
Une nuance au bout de chaque cil, ici c'est le regard qui teinte le monde.
Sur mes yeux, marées de cercles en volets, se révèle la rosace.

Soudain, je voudrais mourir, devenir plat comme une eau couchée, pâle comme l'intérieur d'une épave de paume.
Couché par les mots des couleurs carnivores, je plonge dans l'empreinte de mes pas à l'envers. Sourire de l'ange.
Vent de boucles tirées, rendues droites, j'avance sur le fil du plomb.
Là, je suis torrent de charbon, ceinture de flammes nègres, pont de lecture silencieuse. Rien ne peut me peindre où m'animer. Je suis rectitude et patience.
Au prochain rayon de la rose, je reprendrai feu.

Nageoires d'aurore, gestes à dire "viens" en couleurs, tracez la rosace des marées avec les pétales de vos pas.
Dansons la fleur des profondeurs, la marelle à faire sauter la mer de
ciel en ciel et vivons jusqu'aux étoiles.

L'âme dans l'eau, je nous marche.

Maintenant, la lumière est debout et le vitrail s'anime.
Les vagues tatouées font prier leur peau sous la rose du soleil.
Sur mes gestes de courant, la marée des rosaces brille en cercles croissants, toujours plus grands, toujours plus vivants, là où le ciel nous attend.
Par vent debout, ses rayons traversent même le plomb et vont de mes mains jusqu'aux tiennes.

13-08-99


Stéphane Méliade


 

Fiat Lux
Et la couleur se brisa.

 

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