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~Les moments de Liette~


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Il
était une fois Liette....
Dire ces quelques
mots, c'est déjà poser sur l'air le poème de
la vie, avec l'essence de la tendresse. Liette c'est tout un conte.
Un conte à grandir et à guérir. Il y a des
gens comme ça, dont la peau a une histoire plus large à
nous raconter que l'étendue des caresses qu'on y déposerait.
Liette c'est la vie qui a trouvé son porte flambeau de douceur.
Mais, sous les
vagues tièdes d'un amour résolu, il y a un questionnement.
Perpétuel. Une interrogation du vivant jusqu'à ses
limites tremblantes. Traquer son souffle, capturer ses étincelles,
convoquer ses mouvements, abattre les masques, dégraffer
les corsages des sens, inventer un extraordinaire, débusquer
la lumière, rencontrer les ténèbres et les
laver de pluies de larmes. Sans fausse pudeur.
Les moments
de Liette, ce sont des instantanés profondément symboliques,
empreints des rêves et des cauchemars, des lueurs et des ombres
d'un quotidien en quête d'amour. C'est écrire, jour
après jour, à l'encre de vie, rouge corail, ces mots
pélerins:
"Du
ventre de l'ombre naît la grâce"
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Moment 8
Nuit du 13
au 14 janvier 2001
Un monstre
dévore votre ventre. Monstre à l'étoile.
L'enfant de lumière, l'enfant déchiré de ce
temps élargissant son coeur, l'enfant retourne le sens de
la terre, le sens de la lumière, pour atteindre l'étoile
morte, ce monstre mort dont l'ombre chaque nuit enflamme sa vue.
Ce monstre galopant dans le ventre de la vie, dans le vent de l'envie.
Le chemin du temps se trace dans la peau, cette peau de lumière
maladive, lumière clignotante noyant les pas de la nuit.
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Moment 7
Mercredi
2 février 2000
A toi, Phane,
et merci de ta question "combien d'ˇtoiles dans ton thˇ"
**Heure d'étoile**
" Combien
d'étoiles dans ton thé ? "
L'infirmier posait parfois de drôles de questions aux matins
de l'enfant encore engourdie dans sa nuit, et une odeur de thé
qui passait sous son sommeil la sortait vers la vie.
"Deux, ou non, trois étoiles, s'il te plait, pour y
entendre le cheval rouge, celui qui glisse dans le visage du soleil.
"
L'infirmier aimait poser des questions à cette enfant car
ses réponses apportaient des images et un souffle qui le
traversaient. L'enfant et l'infirmier se surprenaient sans cesse
au jeu des questions réponses.
Toujours un mot venait décoller, détourner et retrouver
le vrai pourquoi.
Ils s'émerveillaient l'un en l'autre.
L'infirmier, cette histoire de cheval, ça l'intéressait
bougrement !
" Raconte-moi, ton cheval. Dis."
L'enfant ne savait pas raconter, elle préférait écouter
ses histoires à lui, mais il insistait vraiment et n'en démordrait
pas. On le voyait dans ses lèvres s'agrandissant sur sa pommette
en point d'interrogation.
"Ce cheval était épuisé, parce qu'il voulait
apprendre à voler, et ne savait pas qu'un cheval ne peut
franchir les airs, ne peut se libérer du poids de la terre.
Il était amoureux d'une étoile, tu vois ... "
"Mais, pourquoi la terre lui pesait, hein, ma voix marine ?"
"A cause du poids de sucre dans le thé, à cause
que la terre était trop sucrée. Lui, il voulait le
sel de la vie, il voulait boire la mer et dans " le sel "il
entendait"" les ailes". Il pensait que l'étoile
était salée, puisqu'elle planait, et ne voyait pas
pourquoi, à lui, le sel lui serait interdit ... Tu comprends,
c'est une pensée de cheval rougie par cet ombrage d'astre
auquel il était tant attaché. "
Un jour où l'enfant saignait dans ses poumons, l'infirmier
lui avait fait don d'un livre avec un beau dessin de cheval rouge
et un petit poème à chanter. L'enfant s'est prise
de tendresse pour la chanson du cheval, et c'était leur secret
. Ce matin là, l'infirmier avait sorti le livre de la table,
tout en brandissant sa question. C'était un signe magique,
l'heure de poursuivre le rêve. Tous les deux, ils tissaient
une histoire, pour que le livre continue son chemin dans la vie
et réveille l'enfant du cauchemar étouffant ses nuits
et ses jours.
[Un
détour par le salon de thé??]
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Moment
6
Lundi 31
janvier
Le rire de l'enfant... Oui, un infirmier lui contait la mer et ses
éclaboussures. Oh, ça, l'enfant l'entendait frémir,
la mer ! Cette mer sauvage noyant les mots.
«Raconte-moi encore la couleur de mer.
-La mer c'est sans couleur, vois-tu, quand tu la regardes, tu retrouves
la couleur de l'air, la couleur du soleil, puis surtout, là,
dans cette vague précise, tu vois, celle-ci où vient
dormir la mouette, cette vague, c'est la couleur toi. Oui, un jour,
un coquillage avait glissé dans les jambes rondes de la vague
à coeur et la mouette a pris ce coquillage, s'est posée
sur mon
bateau, et me l'a déposé sur le cou. J'ai toute une
histoire avec la vague.
Le coquillage, là, il s'ouvrait aux grains de ma peau, j'avais
des grains qui miroitaient, car une voix sortait du coquillage,
et cette voix, je le sais, c'était la tienne."
Oh, cet infirmier, vous savez, n'était pas un infirmier ordinaire.
Ca se voyait quand il marchait, quand il parlait, et sutout, sa
voix, elle était profonde, elle était le monde. Puis
ses yeux, ah, c'était à peine croyable, vous oubliez
tout, toujours ! Ses yeux étaient votre arrière-pays.
Le coquillage, il avait l'air de ses paupières. L'enfant
devenait vent, devenait roche. Une grotte magique, il transportait.
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Moment
5
Dimanche
30 janvier 2000
Vous venez
de mordre la chair d'une voix, elle grandit dans votre ventre.
Vous aimez l'oiseau, et lui en voulez, ce secret, pourquoi l'écoutez-vous
?
La vie vous ignore, à quoi bon ses bondissements ? Vos mains
se referment en fêlure, le poison rit à vous donner
envie de glisser dans le creux de l'oreiller, de devenir une naine.
Une naine que la lumière ne pourra abîmer, une naine
pour que l'oiseau vous sorte de cet aveuglement. Qui est cette voix-là,
violant vos rêves, violant votre enfance ? La beauté
vous effraie, vous recherchez le noir, vous ne voulez personne.
Vous ne parlez pas, juste, des images arrivent en rafale dans vos
oreilles, bavent leurs couleurs.
Pourtant, vous entendez l'oiseau, vous entendez les voix, mais,
les mots ne prennent pas de sens, juste des sons, des odeurs, juste,
vous dévorez, aimez. Les mots vous font boiter sous le poids
du rythme.
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Moment
4
Vous savez,
une voix un jour, vous appelle. Vous appelle jusque dans les gouffres
de votre solitude, vous appelle et éveille votre vie, et
éveille votre corps endormi. Une voix-vent, une voix-mer,
une voix-moustaches. En vous, c'est le réveil, c'est la marée.
Vous débordez de vous, vous enveloppez l'espace, les murs.
Vous êtes vie, lumière, couleur.
Vous ne savez, pas cette vie. Vous l'entendez, juste. Un chant.
L'amour.
Cette voix, si vous l'aimez ainsi, c'est qu'elle est pleine. Elle
n'est pas seule, elle porte la vie, l'amour.
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Moment
3
Une voix
vous vient dans la nuit. Dans l'eau gelée de la mer, un soupir
cogne dans votre vue. La mer se détend pour ouvrir le soupir.
Rire magique de l'arbre nu, de l'arbre de votre vie. L'arbre pousse
sous la mer, pousse sur le ciel, et la nuit sourit de toutes ses
dents. La nuit qui mord votre vie, vos fruits, vos fleurs. Une ombre
flaire la voix, flaire le chant marin. Un noyau aime l'ombre, et
la pare de lueur, d'un éclat miraculeux où va dormir
le soupir. L'ombre qui mord vous donne la vie.

Une photographie de Bernard
Flucha
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Moment
2
Samedi 29
janvier 2000
Un oiseau sur sa fenêtre sans couleur la regardait. Lui était
libre, en vie.
Vous le verriez, avec son air de rien, pris dans son instant, sa
passion pour l'herbe verte. Ses gestes dessinaient l'amour, son
corps entier vibrait, en harmonie avec le vent, le soleil, le chant.
Sa couleur, ah, l'enfant aurait tant voulu la boire, la faire palpiter
au bout de ses orteils, au creux de ses cils lourds. Cet oiseau
avait une façon de sautiller, de tendre le bec et le cou,
ça vous rentrait dans le sommeil, ça vous réveillait
de la douleur. Un secret dansait sur cette fenêtre, et les
ailes de l'oiseau entouraient la transparence, virevoltaient en
arabesques.
Un langage commençait à naître, une vie sur
la fenêtre.
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Moment
1
Le mercredi
26 janvier 2000
Dans cette
chambre carnivore le rideau secoue l'air. Trop de blancheur, trop
de lumière.
La petite fille tend son visage vers les doigts du soleil.
Elle a perdu ses ailes le jour de sa naissance
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Moment
0
**Les yeux
de la nuit**
Les yeux
de la nuit crient et vous happent de leurs doigts ensanglantés.
Ils vous balancent leur sale désir, ses yeux violeurs. Ça
rugit, l'angoisse serrée dans vos paumes, les pieds aspirés
dans le sable empourpré. Un trou, là, ouvre votre
coeur. La lumière est noyée, baignée de sang,
vos poumons qui crachent, le souffle court, et la peur enlaçant
les feuillages de votre arbre-fée. Le tronc craque et bave
sa sève. Nuit rougie, laminée par l'espoir tout nu
couché sur la pierre. Vous aimeriez devenir cette pierre,
dure, renvoyant ce salaud qui vous broie la mémoire. À
vie, vous saignerez. Votre visage, il est là, dans ces yeux
de pierre, cachant la béance, la folie. Une main de tendresse,
dites, elle est où dans la nuit ? La main lèche le
sang, je prends la racine, la racine vierge, encore petite fille,
la racine au regard fermé, prêt à s'ouvrir,
au regard qui a lavé la mémoire. Mon coeur ne veut
plus saigner, plus appeler la vie, plus être cloué
dans cette chambre d'hôpital, où les yeux de nuit violent
votre fenêtre.
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