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~Laurence de Sainte Maréville~

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Vent Plombé

Vent cuivré

Vent concave

Vent indiscret

Vent de sable

Vents de Aaron en écho

Une infographie de Laurence de Sainte Maréville

 

 

 

Cinq vents soufflés sertis face au Simoun

 

VENT PLOMBÉ


Émaux d'ici,
brise-vents...

Au hameau racorni, coin de feuille,
une peuplade d'invisibles dépose la nacre,
intérieur coquille.
Bientôt damier, les boutons ferment la robe...

Les bicyclettes d'argile pèsent
aux flaques d'eau perdue.

Rouilles, râpées sous les crachins :
les pierres,
consciences double-tour.

L'estaminet arrache ses lettres,
saveur fantôme.

La vie gaule son dernier fruit,
égare son petit bruit,
télégraphie monotone...

Les jalousies de nuit, de jour
bâillonnent les fenêtres,
les mains palpent
ce qui ne peut se dire...

Le temps vagabond dépose sa couleur de muraille,
les ruelles, écorchées d'opales,
mènent la phrase en bandoulière.

Parfois une mansarde s'ouvre, oblique,
un falot d'aubépine alors se penche au balustre d'un nuage...

- N'attends pas que ton corps délite !
Décèle le gypse, pierre à plâtre. Utilise ta racine pourpre.
Écris-toi,
intègre-toi.

De l'autre côté des collines,
balayée de rires, de guets-apens
la chevelure des vivants fait la roue,
une turquoise de Sinaï, bleu des marées, aux coins des yeux.


 

 

 

 

 

 

Cinq vents soufflés sertis face au Simoun

 

VENT CUIVRÉ


Là-bas, musc, tamariniers verts,
mèches de vent,
poursuivent insolents leurs voyages...

Ici, sous le front des nuages plissé,
la rapière, aux branches odorantes ...
Livre un mortel combat.

La vie afflue sous la paupière,
l'éphémère épanche le poète,

Impudente, comment oses-tu ?

Non,
ici...

De simples rêves... Flacons illunés.
Verres qui coudoient de farouches parfums.

Mais aux lambris havane,
l'échappée,
nudité plaquée dans sa chemise,

choit et...

Met le feu !


 

 

 

 

 

Cinq vents soufflés sertis face au Simoun

 

VENT CONCAVE


Ciel !

Des petits bouts de rien
pris dans la corde à noeuds,
filets verticaux
racines torves,
abris de crabes et d'une multitude d'oiseaux.
Tacites côtes.

Ciel ...

Le vent fait voler fruits, squelettes de marées.

Je m'enferme dans le coquillage.
Il fait clair à l'intérieur.
Vent.
Spirale.
Temps.

Ciel !

J'aspire à exprimer,
intérieur et extérieur.
Expressif.
Incruster sur la trame de mon carnet organique,
ce qui ne se peut.

 

 

 

 

 

 

Cinq vents soufflés sertis face au Simoun

 

VENT INDISCRET


Quelques feuilles de galax vert
petits paquets rouges sombres, roses.
Ce n'est rien ;
un esprit de bouquet
sur la tranche,
dorure d'un missel.

Joignez-y vermeilles
des souffles candides,

agrafés, livides
des yeux aux manchettes.

Ne pas oublier
au sol, l'ébat de l'aile,
aux brèches d'un ciel émietté.

Parce que...
Dans les vasques d'avril
sur la pierre en éclats,
le vent qui nous saigne
nous flagelle tout-bas,
les râles du coeur.


 

 

 

 

 

 

Cinq vents soufflés sertis face au Simoun

VENT DE SABLE

"Le soleil devint noir comme un sac de crin...
Le ciel se retira comme un livre qu'on roule..."

Verset de l' Apocalypse

Le désert, nuage minéral roulé par les tempêtes...

L'âme brûle, pressée de toutes parts. Mystères, frôlements, nivellement impudique. Volonté de survivre aux strates du temps.

Il est un silence, immense, que l'on n'écoute plus. Il a plus de résonance que le tumulte de la vie. Les hourvaris ont usé nos oreilles : cuillères à chagrins. Sous la lumière crue, l'on croit entendre imperceptibles et étranges... Nos voix intérieures.

Mais ce ne sont, probables, qu'hallucinations sur l'émeri du vent. Des murmures dans l'aveugle chaos des lignes pures. Le bruit de l'eau salé qui s'écoule de l'outre, le pas feutré des soles des méharées, peut-être...

Mon sang parait couler avec plus de lenteur, illusion ! Les lames de sable bouchonnent sur une géométrie de cubes : bordjs aux toits plats. Là, les amandes sèchent. Le pain cuit sous le sable.

- Yeux ? Langue ? La voix soufflée, je m'interroge. Je cherche les vrais visages.

Des sombres flottent, fantômes de khôl, femmes vivantes. Sous leurs traces affleurent les frontons des temples.

Aux hautes murailles des citadelles, leurs silhouettes s'esquissent, graciles, seins d'ambre.

"Le soir donne au désert un sourire de femme" écrivait un poète. Le poète est-il ce personnage qui sculpte dans la réalité... Les songes ?
Beauté éphémère, fleurs du désert. L'éclosion brutale... Suites des orages les plus violents. Fleurs de sable...


Sable et ciel - Dieu et eau - Clés du désert. La parole ne devient blasphème au silence.

Le simoun, la voix, pulsation. Il souffle l'encens idolâtre de la Mecque, corrode les roches qui, à sa conquête, s'opposent. Le souffle imaginatif du vent sauvage surgit toujours à l'écoute attentive...

Reste un arbre. L'arbre. Sentinelle, burinée par les siècles, bois d'homme. Fruit du sable à l'arôme des vents.



 

 

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