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Aaron de Najran... Quel drôle de nom pourriez-vous dire, un
nom qui sent le sable étoilé et l'eau rouge des mers.
Un nom qu'il vous dira avoir trouvé là bas... Et revêtu
comme une nouvelle peau... Un nom que je démystifie ici pour
vous....
Il
avait pris le pied de la lettre
Pas n'importe laquelle, non
Juste la lettre A
A
même pas le grand A,
Pas celui des enseignes des cafés, des vieux tabacs
Non, le tout petit, le lié aux autres
l'a des cahiers recouverts de papier cadeau
uniforme bleu gris,
et qui sentent la pomme croquée entre deux sonnettes.
L'a des amandes grillées dans les gâteaux maman.
L'a des amants de Claire
Une amie qui changeait la vie.
Des astres d'ivoire perlant
aux seins des femmes africaines.
Puis l'a des sables d'Arabie
hachurés sous les persiennes endormies.
Il
avait vraiment tout pris au pied de la lettre
et le pied avec,
restait le a, sans lien, sans rien, seul,
comme un rond dans l'O.
Juste
disait-il, la lettre première
celle des souvenirs de vagues
et des marmelades d'abricots
des âmes qu'il disait.
Juste
un a rond.
II
en fit son nom.
Florence

Stéphane
Méliade, qui a bu longuement le même thé
aux étoiles que lui.. le présente
bien mieux que moi:
"Voilà
longtemps que j'ai envie d'en parler, de l'écriture d'Aaron.
C'est la classe. Une écriture dénuée, dénudée
même, de toute emphase, de toute enflure, de tout pathos.
Une écriture qui *regarde*, alors qu'il y a tant l'écritures
qui *se regardent*.
Dans
ses textes, Aaron pose un fruit sur la table, un mouvement d'épaule,
une goutte de mer, et le tout additionné devient vaste comme
le monde.
Sa
poésie chuchote les cris, elle n'essaye jamais d'impressionner,
de brasser du vent, de faire la danse des sept voiles. Il lui suffit
juste d'écrire un peu en coin, avec un petit pétillement
dans les yeux, et on part en voyage. En lisant, on ne sait pas trop
si Aaron est un faux léger, une sorte de philosophe-jardinier,
ou un poseur de fruits, comme on dit "poseur de bombes".
Des bombes de saveur. Voilà ce qu'est Aaron : un poseur de
fruits.
Un
marcheur de mots aussi. Il faut remarquer dans ses textes toutes
les notations de mouvements, de saveurs, de couleur. Chacun de ses
textes est rempli de petites vies de toutes espèces. Rien
n'y est statique. Oui, un marcheur. Qui regarde avec ses pieds,
son nez, ses mains, son esprit.
Dans
le texte "portrait de femme" qui
a beaucoup de classe, la strophe avec l'encre, est pour moi de l'ordre
de l'inoubliable. Dire tant de choses en si peu de mots. Comme un
grand cri qu'il aurait taillé en bijou très fin. Réussir
à rendre un cri élégant, c'est fort.
Aaron,
tu es un aiguiseur d'âmes.
En
te lisant, on devient un enfant, mais un enfant qui aurait beaucoup
marché.
Stéphane
Méliade."
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