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~Stéphane Méliade~

 

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Six programmes au choix sur nos chaînes

Turangalila

Quand ma maison viendra s'asseoir sur mon seuil

Par quatre chemins

Coraline émergée

N'oubliez aps de m'ouvrir demain matin

Un instant suspendu

Dans la cave à ouvrir les mondes

 

 

"Il existe une télévision pour passer le temps et une autre pour comprendre le temps"
-- André Malraux

-- Six programmes au choix sur nos chaînes --

1. Pas moyen d'inviter des amis.


Ma télé
souffre de graves troubles de la vie
elle s'est enfermée entre quatre murs blancs
et refuse de recevoir de la visite

J'essaie de la soigner
en la regardant avec beaucoup d'attention
mais tout seul
je n'arrive pas à entourer
tous ses côtés

2. Les bouddhistes rient beaucoup.


A cette altitude

on ne sait plus respirer
sans bouteilles de ciel

Pourtant
l'enfant s'est assis sur le livre de prières
et glisse en riant sur la neige
vers la lamasserie

3. Je ne sèche pas n'importe comment.


Vous m'apercevez de loin
étendu sur la corde à linge
j'aime me faire le plus large possible
mais si vous me voyez
c'est que vous avez beaucoup marché
en portant trop de maisons sur votre dos

il est temps de vous étendre un peu
à côté de moi


4. Il n'y a pas de problêmes, mais que des solutions.


Dans ces bûchers
on a séparé les filles et les garçons
le bourreau
ne voulait plus voir
leurs cendres mélangées

On songe même
à faire brûler en permanence
des brasiers de couleurs différentes
pour que chacun et chacune sache à l'avance
dans lequel se jeter


5. C'est à ton âge que tu apprends à compter ?


Quand j'étais plus grand
il y avait trop de gens à la fois
sur la terre

Maintenant
qu'il y a eu le grand tremblement de lumière
je m'y retrouve mieux
bien que j'ai encore du mal
à savoir combien tu es
au chiffre près

6 . Mon sourire a encore grandi de cinq centimètres.


Quelques saisons passées à pleurer
et voilà qu'il dépasse de mon visage
et me raconte
des histoires de couloirs bleus
et de ponts froids sur des rivières chaudes

Mais tout de même
grandir comme ça il exagère
je ne peux pas me payer
un nouveau toit tous les ans


"Celui qui chante va de la joie à la mélodie,
celui qui
entend va de la mélodie à la joie."
(Rabindranath Tagore)

-- Turangalila * --
(aube en trois mouvements)


1. La terre qui s'ouvre.


La nuit est tombée
et quelque chose s'obstine à briller
dans la pierre la plus noire
dans la foudre compacte
qui lave le visage
et la terre
cette enfance éblouie
qui vole sous les yeux

Je ne sais pas
je sais si peu
l'ordre premler des mots
ni les derniers étages de ton coeur
dessiné dans le mien
le nombre de centimètres cubes
pour atteindre le toit du monde
je sais juste le poids des couleurs
qui soutiennent
la courbe de ces feuilles
qui traversent l'hiver
dans nos paumes esquifs

Je voudrais te parler
de la roue et du moyeu
dessiner le mouvement
la folie électrons
éclairs de pas à pas
ce noyau floraison
qui te rend si belle
cette valse
qui t'allume
jusque dans les pièces noires de la maison

Je voudrais te le dire
sans mots sans cymbales
ni raideur amertume
mais doucement
très doucement
si doucement
avec trois traits de rosée
que je dessinerais sur le ciel
avec toi
pendant une promenade
quelques pas rien qu'à nous
un matin si doux
que les chiens de la ville
seraient sans mâchoires

Un matin si profond
qu'il contiendrait la mer entière
cette vague si tranquille et puissante
assise sur ses draps d'anges
sous des musiques d'algues
cette harmonie d'abysses
avec son eau qui nous ressemble
quand nous chantons de couler
vers le haut de la montagne

Le soleil est tombé
dans l'escalier
et la terre s'est ouverte
je tangue l'orichalque
je le frange l'éboule l'instaure
ce métal mouvant
dans le creux du coude
d'une étoile aux bras vivants
il y a des moments tu sais
où j'oublie d'oublier
ton tissu soulevé d'encre claire
la rivière où tu bouges
ce palais parcouru d'ailes et d'eau

2. Le feu aux poudres.

Puis
tendrement
entre deux doigts
cette mêche
qui court de tes pieds à ta tête
et incendie chaque seconde
pesée sur la balance
sur ces rides de justice
un enfant rajeunit la patine
et ce sont les greniers
les premiers nés des bois du monde

Ecoute moi
laisse moi juste une fois
remonter les noeuds
de la corde du fleuve
et te luire à l'oreille
ce soleil complot
cet arpège sans butoir
et te dire
avec les rails de ma silhouette
que tu es un train sans fin
le plus grand des voyages
le début écarquillé
d'un monde aux jambes ouvertes

Je voudrais
t'accompagner
jusqu'aux plus basses marches de l'escalier
jusqu'au ciment terrible
des tessons de poumons
et souffler souffler
ta forme sillonnée d'amour
à travers ces ballons qui tremblent
hisser des peaux ruisselantes de fruits
comme des voiles
comme un baiser
qui reste longtemps dessiné sur l'eau

Je voudrais ramer dans l'or blessé
avec toi
de l'autre côté de ta paume
qui couvre mes yeux de bruits sourds
et croit me protèger
de son rideau à mourir
mais la mort est ton exact antipode
même couchée tu marches



3. Le dehors, le dedans.

Souvent
mes mains n'ont pas d'équerre
pour faire le tour de tes angles
clair de lune sans diamètre
cordes froncées des plis du front
harnais à comprendre
c'est pourquoi je crie de cuir
et gémis de lanières

Si tu savais les nuits dièses
d'escapades sans mesures
où chaque lambeau de peau
accroché aux buissons
écrit en lettres roses
que je marche avec toi
si tu savais
ma tête cognée contre l'aube
quand je reviens de la tournée des oiseaux
mes yeux grands ouverts
toute la nuit
toute la vie
qui t'appellent
qui t'appellent

J'ai appris à pleurer transparent
pour te regarder
à travers ces chutes qui montent
déboîtées d'ascension
sans baillons de perles
sans levées de lest
avec toi
ma cathédrale d'églantines
toi que je clame toute entière
avant de refermer mes lèvres
doucement
sur cet intérieur tendre
cette alcôve irriguée
où les heures se cherchent et se touchent
avec le bout de nos doigts

13-03-2001

 

"je voudrais rentrer à la maison
mais la maison c'est moi"

- Marie Mélisou

-- Quand ma maison viendra s'asseoir sur mon seuil --


Lorsque je rentrerai ce soir
ma maison aura changé de place
je m'en apercevrai
aux coutumes différentes des chats sur les toits

Elle ne se souviendra pas de moi
sa porte me reniflera suspiscieusement
"le monde a tourné sur lui même"
m'expliquera une chatte en position du lotus

Ma maison voudra des preuves
me demandera de déposer nos moments heureux sur
son seuil
pour expertise

"Soit" concédera t-elle
je te reconnais
mais je ne comprends pas
avant, vous étiez plusieurs"

Assis sur le seuil
caressant sur mes genoux
les lointains descendants de mes chats
je me me souviendrai tout haut :
"ils m'ont habité longtemps
mais un jour ils ont construit un dehors
en pierre d'horizon
puis leur absence m'a cambriolé"

Ma maison m'ouvrira grande la porte du jardin
"regarde
j'ai créé des fleurs à votre effigie
j'aime les offrir aux passants sur la route
pour que vous soyiez surs de vous rencontrer
partout où tu marches"

Alors
ma maison et moi
nous pleurerons longtemps
à grandes larmes de glycine
à grands claquements de volets

Puis nous irons marcher dans le jardin
et donnerons des noms d'étoiles aux chats
en faisant semblant de penser à autre chose
comme si nous étions des enfants
construisant une cabane en brindilles de mémoire
l'après-midi au bord de l'eau
avant de rentrer à la maison

11-10-2000