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"Celui qui chante va de la joie à la mélodie,
celui qui
entend va de la mélodie à la joie."
(Rabindranath Tagore)
-- Turangalila * --
(aube en trois mouvements)
1. La terre qui s'ouvre.
La nuit est tombée
et quelque chose s'obstine à briller
dans la pierre la plus noire
dans la foudre compacte
qui lave le visage
et la terre
cette enfance éblouie
qui vole sous les yeux
Je
ne sais pas
je sais si peu
l'ordre premler des mots
ni les derniers étages de ton coeur
dessiné dans le mien
le nombre de centimètres cubes
pour atteindre le toit du monde
je sais juste le poids des couleurs
qui soutiennent
la courbe de ces feuilles
qui traversent l'hiver
dans nos paumes esquifs
Je
voudrais te parler
de la roue et du moyeu
dessiner le mouvement
la folie électrons
éclairs de pas à pas
ce noyau floraison
qui te rend si belle
cette valse
qui t'allume
jusque dans les pièces noires de la maison
Je
voudrais te le dire
sans mots sans cymbales
ni raideur amertume
mais doucement
très doucement
si doucement
avec trois traits de rosée
que je dessinerais sur le ciel
avec toi
pendant une promenade
quelques pas rien qu'à nous
un matin si doux
que les chiens de la ville
seraient sans mâchoires
Un
matin si profond
qu'il contiendrait la mer entière
cette vague si tranquille et puissante
assise sur ses draps d'anges
sous des musiques d'algues
cette harmonie d'abysses
avec son eau qui nous ressemble
quand nous chantons de couler
vers le haut de la montagne
Le
soleil est tombé
dans l'escalier
et la terre s'est ouverte
je tangue l'orichalque
je le frange l'éboule l'instaure
ce métal mouvant
dans le creux du coude
d'une étoile aux bras vivants
il y a des moments tu sais
où j'oublie d'oublier
ton tissu soulevé d'encre claire
la rivière où tu bouges
ce palais parcouru d'ailes et d'eau
2.
Le feu aux poudres.
Puis
tendrement
entre deux doigts
cette mêche
qui court de tes pieds à ta tête
et incendie chaque seconde
pesée sur la balance
sur ces rides de justice
un enfant rajeunit la patine
et ce sont les greniers
les premiers nés des bois du monde
Ecoute
moi
laisse moi juste une fois
remonter les noeuds
de la corde du fleuve
et te luire à l'oreille
ce soleil complot
cet arpège sans butoir
et te dire
avec les rails de ma silhouette
que tu es un train sans fin
le plus grand des voyages
le début écarquillé
d'un monde aux jambes ouvertes
Je
voudrais
t'accompagner
jusqu'aux plus basses marches de l'escalier
jusqu'au ciment terrible
des tessons de poumons
et souffler souffler
ta forme sillonnée d'amour
à travers ces ballons qui tremblent
hisser des peaux ruisselantes de fruits
comme des voiles
comme un baiser
qui reste longtemps dessiné sur l'eau
Je
voudrais ramer dans l'or blessé
avec toi
de l'autre côté de ta paume
qui couvre mes yeux de bruits sourds
et croit me protèger
de son rideau à mourir
mais la mort est ton exact antipode
même couchée tu marches
3. Le dehors, le dedans.
Souvent
mes mains n'ont pas d'équerre
pour faire le tour de tes angles
clair de lune sans diamètre
cordes froncées des plis du front
harnais à comprendre
c'est pourquoi je crie de cuir
et gémis de lanières
Si
tu savais les nuits dièses
d'escapades sans mesures
où chaque lambeau de peau
accroché aux buissons
écrit en lettres roses
que je marche avec toi
si tu savais
ma tête cognée contre l'aube
quand je reviens de la tournée des oiseaux
mes yeux grands ouverts
toute la nuit
toute la vie
qui t'appellent
qui t'appellent
J'ai
appris à pleurer transparent
pour te regarder
à travers ces chutes qui montent
déboîtées d'ascension
sans baillons de perles
sans levées de lest
avec toi
ma cathédrale d'églantines
toi que je clame toute entière
avant de refermer mes lèvres
doucement
sur cet intérieur tendre
cette alcôve irriguée
où les heures se cherchent et se touchent
avec le bout de nos doigts
13-03-2001
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