TROISIEME PARTIE

 

Les relations trinitaires (apport des Cappadociens et de S.Augustin) et les débats christologiques du Vème s. (Nestorius et Cyrille d'Alex.; Eutychès, Léon le Gd et Flavien). Ephèse (431) et Chalcédoine (451).

 

Introduction:

 

          Le Mystère trinitaire est au centre du débat théologique du IVème s.qui tente d'élucider la question des relations en Dieu. Deux types de réflexion sont déterminantes: celle de S.Basile en orient et celle de S.Augustin en occident.

          La question qui se pose est celle-ci: comment l'Eglise chrétienne pouvait-elle continuer à professer la monothéisme (cf. Dt 6,5; Mt 22,34-40) tout en affirmant la parfaite divinité du Fils et de l'Esprit?

          C'est au cours du IVème s. qu'auront lieu des débats souvent passionnés pour scruter la nature de la distinction trinitaire - réflexion préalable et nécessaire à l'élaboration d'une formule trinitaire qui ferait l'unanimité de la confession de foi. Cette formule se résume en cela: il y a trois personnes distinctes en une seule nature divine. Cette formule s'est développée depuis Tertullien en occident. Les orientaux s'y rallieront après un laborieux travail conceptuel. Le terme de "personne" (prosôpon) étant jugé insuffisant pour rendre compte de la distinction réelle des trois Noms Divins (P., F., et E.S.), il lui fut associé pour l'appuyer le terme d'hypostase, c. à d. d' "acte concret de subsister dans l'unique substance divine". La formule grecque s'exprimera donc ainsi: "trois hypostases ou personnes dans une seule substance ou nature"

 

A. De la réflexion conceptuelle à l'élaboration de la formule trinitaire

 

          Comment l'affirmation de trois personnes en Dieu ne "diviserait"- elle pas la substance divine?

          L'affirmation nicéenne de l'entière divinité du Fils exigeait une réponse argumentée; car c'est sur le terrain de la raison que l'adversaire - en orient ce sera Eunome - posera l'inconséquence du fait affirmé. Un langage approprié était encore à trouver pour rendre compte de ce qui est un et de ce qui est trine en Dieu. Devant la multiplicité des expressions émises dans les Eglises entre 325 et 381, il était urgent de "trouver une formule trinitaire équilibrée et s'imposant à tous" (B.Sesboué). Elle serait seule capable de recomposer l'unanimité des croyants dans leur confession du Dieu unique en trois personnes.

          Le rôle majeur de cette tâche revient à Basile de Césarée. Son travail s'effectua en deux temps: 1- l'élaboration conceptuelle de la distinction trinitaire contre Eunume; 2- l'élaboration d'une formule équilibrée pouvant être admise dans toute l'Eglise.

 

1- La contestation trinitaire du "technologue" Eunome de Cyzique (en Cappadoce).

 

          a)- L'argumentation se résume ainsi (voir son "Apologie", SC 305):

 

1ère Thèse: l'Inengendré est la substance de Dieu (s.e. donc le Fils, engendré, n'est pas Dieu). Dieu ne saurait donc jamais souffrir de génération (Apol.7).

"La substance (une) est incommunicable"; autrement dit, les partisants nicéens du "consubstantiel" sont illogiques.

"Dire que quelque chose coexiste avec l'Inengendré est parfaitement ridicule. Il ne serait plus seul (Apol.10).

"Personne n'est assez insensé, ni audacieux dans l'impiété pour déclarer le Fils égal au Père puisque le Seigneur disait en termes précis: 'Le Père est plus grand que moi' (Jn 14,28). S'il est inengendré, il n'est pas Fils; s'il est Fils, il n'est pas inengendré" (Apol.11).

 

Thèse principale: Le Fils a été engendré alors qu'il n'était pas (Apol.15)

"'rejeton' (gennèma) et 'créature' (poièma) désignent la substance du Fils" (Apol.12).

"Le Fils n'a pas été engendré alors qu'il était. A celui qui est, est-il besoin de génération? Et il ne peut y avoir deux Inengendrés. Pas de production possible en Dieu".

"La substance de Dieu n'admet pas de génération. Sauvegardons l'analogie dans l'usage des Noms (Père, Fils), mais sans prêter à Dieu la passion dans l'union".

"Il est légitime donc d'appeler le Fils 'rejeton' et 'créature'; mais cette appellation exclut la similitude de substance".

"Il y a deux voies de connaissance: (1) l'examen des substances elles-même, selon la raison; (2) l'examen des activités (jugement à partir des oeuvres créées et des effets).

 

2ème Thèse:  Aucune des deux voies de la connaissance ne permet de montrer la similitude de substance entre le Père et le Fils".

Preuves scripturaires données: voir Apol. §21, SC 305, p.277.

"Nous ne nous servons pas de ce qui vient d'être dit pour nier la divinité du Monogène, ou sa sagesse, ou son immortalité, ou sa bonté, mais pour discerner la supériorité du Père".

"De sa formation (du Monogène) nous disons que le Père est la cause, Lui qui est sans cause".

 

3ème Thèse:  Entre le Père et le Fils, il y a similitude selon l'activité.

"L'activité de l'Inengendré n'est pas identique à sa substance. L'activité n'est pas sans commencement puisque l'oeuvre ne l'est pas. La substance, elle, est sans commencement. Impossible de ramener à l'unité l'activité et la substance.

"Le 'vouloir' est l'activité la plus véritable: celle qui convient le mieux à Dieu. Elle suffit pour que toutes choses existent et soient conservées (cf. Ps 113,11)".

"Le Fis est image du Père: il est soumis à la volonté du Père. Il conserve la similitude non sous le rapport de la substance mais de l'activité qui est aussi la volonté. Père et Fils renvoient à l'activité, non à la substance".

 

4ème Thèse: L'Esprit-Saint, troisième en ordre et en nature, est la créature du Fils.

"De même que le Fils est la créature du Père, de même l'Esprit est la créature du Fils".

"La divinité et la puissance démiurgique (créatrice) lui font défaut", mais il est rempli de la puissance de sanctification et d'enseignement" (Apol. § 25).

 

          Suit l'appendice qui résume les quatre thèses et la "thèse principale" ci-dessus présentées  (Apol. § 28, SC 305, pp 297-299).

 

b)- Réflexion critique.

          L'analyse du système d'Eunome permet de dégager trois aspects:

 

 

(1) un point fort

Sa thèse fondamentale, à savoir "l'Inengendré est la substance de Dieu", est l'expression d'une transcendance absolue et, chez Eunome, la marque d'une foi religieuse. Mais cette thèse s'oppose aux énoncés de la foi traditionnelle: si le nom et la réalité de l'Inengendré sont le tout de Dieu, il est évident que le Fils - par hypothèse engendré et 'rejeton' - ne peut être Dieu au même sens. Il sera donc rejeté du côté des créatures. Entre l'Inengendré et le 'rejeton', il y a hétérogénéité de substance. Comment, dès lors, Dieu pourrait-il avoir un Fils en tout semblable et égal à Lui? Comment Dieu serait-il Trinité?

La réponse d'Eunome se fait selon le schéma néo-platonicien d'une "émanation dégradée de principes" (cf. Plotin, Ennéiades: l'Un, le Logos, l'Âme du monde). Eunome est incapable, devant l'annonce de la foi chrétienne dans l'Eglise, de remettre en cause ses propres catégories "que lui ont dictées Chrysippe et Aristote", selon l'expression de Basile.

(2) un point faible

Il réside dans une conception arbitraire du langage, qui isole dans l'absolu le nom d'Inengendré. Il sépare le langage en deux domaines: - les noms qui viennent directement de Dieu (inengendré, engendré), et les noms qui sont le fruit d'inventions humaines (père, fils...). Cette scission du langage exclut toute analogie. Le langage ainsi dissocié, devenant une sorte de nominalisme, engendre confusion et contradiction.

(3) une habileté:

Eunome combine son idée monarchienne de Dieu qui rejette le Fils et l'Esprit du côté des créatures, avec le langage scripturaire et la formule du Symbole de la foi. Sa prouesse: soutenir que le Fils reste vrai Dieu, puisqu'il est créateur et semblable au Père - le terme de Père étant subtilement distingué de Dieu comme l'activité de l'Inengendré. Ces artifices du langage et le recours à l'homonymie visent à camoufler ce que le sens de la foi des simples chrétiens rejetait.

(Voir B.Sesboué, "S.Basile et la Trinité", Desclée 1998, pp.49-51).

 

c)- Comment Basile procède-t-il dans sa réfutation du "technologue" et nominaliste Eunome?

          - Il rend compte en vérité du Symbole trinitaire en accord avec le témoignage de l'Ecriture (ces deux repères sont toujours indispensables dans un débat théologique).

          - Il attaque la théorie du langage et de la connaissance d'Eunume, en déboulonnant l'appellation d'inengendré de son piédestal inaccessible pour le remettre dans la catégorie du langage humain (celui des épinoïa, des dénominations).

          - Il complète la vérité de son argumentation par une théorie des noms: noms propres et noms communs. Les noms propres (Pierre et Paul, par ex.) désignent des "propriétés" particulières, non pas le sujet substantiel (Pierre et Paul sont des hommes; ils diffèrent par leurs propriétés personnelles). Basile fait alors une distinction capitale:

          . parmi les noms communs, il convient de distinguer entre noms absolus (homme, cheval, boeuf) et noms relatifs (fils, esclave, ami);

          . le terme de "rejeton", revendiqué par Eunume pour désigner le Fils, est relatif. Il est incapable de désigner la substance. Les concepts d'"éternel" et d'"inengendré" doivent être distingués. Ils sont formellement différents:

"On dit 'inengendré' ce qui n'a nul principe ni aucune cause de son être, et 'éternel' ce qui est, selon son être, plus ancien que tout temps et tout siècle" (Contr. Eun. II,17).

          Il est donc possible de concevoir une génération éternelle. L'opposition entre 'inengendré' et 'rejeton' n'est plus une opposition de substance mais une opposition relative au sein de la même substance. L'attribut d'inengendré a quitté ainsi le rang des attributs essentiels pour rejoindre celui des attributs relatifs. C'est pourquoi il ne peut être communiqué au Fils. Comme Pierre et Paul, le Père et le Fils ne désignent pas la substance divine mais les propriétés personnelles de l'un et de l'autre:

"Dits pour eux-mêmes, Père et Fils expriment seulement la relation de l'un à l'autre. Est père celui qui procure à un autre le principe de son être dans la nature semblable à la sienne; est fils, celui qui a reçu d'un autre par génération le principe de son être" (Contr. Eun. II,22).

 

Conclusion

          Cette réflexion est décisive: elle permet de penser en Dieu une génération spirituelle, sans séparation de substance, parfaitement éternelle, purement relative. Un grand texte récapitulatif: Contr. Eun. II,28 (voir Dossier).

          Le paradoxe trinitaire: Père et Fils deviennent dans l'usage trinitaire des noms propres et désignent des sujets. Mais ils gardent un contenu relatif (opposition de relation).

          L'effort de réflexion de Basile aboutit à la jonction définitive de la visée des relations et de celle des propriétés. La propriété a pour contenu une relation; cette relation désigne un sujet divin comme tel (le Père ou le Fils, qui sont simplement désignés sous le nom de propriétés. Le terme de "personne" ou d'"hypostase" n'est pas encore explicité, car les ariens employaient le terme d'hypostase pour désigner la substance; d'où la prudence de Basile.

          Les propriétés en Dieu sont donc des "concepts subsistants", c. à dire concrets. Basile s'arrête là. S.Grégoire de Nazianze cherchera à définir la propriété de l'Esprit, Basile ne l'ayant seulement définie que comme "sainteté". Grégoire proposera le terme de "procession" (Disc. Théol. 31,8-9): "L'Esprit procède - ekporeuetai - du Père. Le Fils est engendré". Et si l'Esprit procède, il ne peut être une créature.

          On voit combien Basile cherche la cohérence avant de proposer une formule.

 

2- L'élaboration de la formule trinitaire

 

          a)- Les débats consécutifs au Concile de Nicée avaient manifesté une grande confusion dans le langage. Une débauche de formules de très nombreux Conciles locaux embrouillaient la juste appréciation de la réalité trinitaire. Un vrai "schisme du langage" s'en suivit qui, dans les formules, privilégiait pour les uns l'unité (hantise du "trithéisme" et rapprochement d'avec le modalisme sabellien), pour les autres la distinction (hantise de "la tentation judaïque" et usage d'une terminologie suspecte de trithéisme).

          b)- Il était urgent de mettre de l'ordre et d'adopter une expression conceptuelle synthétique qui traduise adéquatement les deux côtés du dogme trinitaire: unité et distinction. Or, Athanase, déjà vieux, ne sentait pas le besoin d'une clarification. C'est donc Basile et les deux Grégoire qui poursuivront l'élaboration du langage adéquat pour la foi. Le "consubstantiel" ne pouvait plus rester isolé. Marcel d'Ancyre qui le défendait était suspect de sabellianisme. Il fallait maintenant préciser le concept d'hypostase:

          . la traduction latine d'hypostasis donnait sub/stantia. Ainsi, parler de "trois hypostases" revenait, pour les latins, à parler de "trois substances" et donc de "trois Dieux". Les "vieux-nicéens" disaient: "Une substance ou hypostase en trois personnes". L'occident était spontanément favorable aux "vieux-nicéens, alors que les "néo-nicéens" se battaient pour la nouvelle formule: "Une substance en trois hypostases ou personnes". Cette dernière formule l'emportera.Mais au Synode d'Alexandrie de 362, les deux formules sont encore admises.

 

 

 

      3- Le rôle joué par les Cappadociens dans l'élaboration de la formule trinitaire. Un acte d'intelligence théologique.

 

     .Basile: dans le Contre Eunome, le terme d'hypostase est absent des textes-clés qui élaborent la distinction trinitaire. Le seul terme désignant les personnes divines est celui de "propriétés" (idiotès). Basile sait en effet qu'Eunome pense sans plus "trois hypostases" au sens de "trois substances". L'expression est donc trop chargée d'ambiguité pour être utilisée sans précaution. Il parlera de "propriétés relatives et subsistantes". Avec Basile, le terme d'hypostase quitte définitivement le côté de l'unité en Dieu pour rejoindre celui de la distinction.

     Le "consubstantiel" laissé à lui-même est aussi ambigu (voir Marcel d'Ancyre et son sabellianisme). Le terme dit l'unité en Dieu sans dire la distinction. Basile, en cela, s'oppose à Damase défenseur de Paulin, "vieux-nicéen" (siège d'Antioche) et soutient Mélèce, "néo-nicéen".

     Les "trois hypostases": expression également ambigue tant que n'est pas levé le doute qui pèse sur l'unicité divine et la consubstantialité des hypostases.

     Il fallait donc "marier" ces deux langages, associer l'un à l'autre: trois hypostases consubstantielles dans l'unité de la divinité.

     . Les Eglise "homéousiennes", encore non-nicéennes ou néo-nicéennes, devront accepter sans arrière-pensée le "consubstantiel".

     . Les Eglises des "vieux-nicéens" devront professer sans réticenses les "trois hypostases parfaites".

      On trouve de cela un écho significatif dans les Lettres de Basile: Lettres 53,2; 113; 125-126; 210,3-5. La différence entre substance et hypostases est bien articulé dans la Lettre 236,6 datée de 376:

"La substance et l'hypostase ont entre elles la même différence qu'il y a entre le commun et le particulier, comme, par exemple, celle qu'il y a entre l'animal en général et tel homme déterminé. C'est pourquoi nous reconnaissons une seule substance dans la divinité, de telle sorte qu'on ne peut donner de l'être des définitions différentes; l'hypostase, au contraire, est particulière, nous le reconnaissons, pour qu'il y ait en nous sur le Père, le Fils et l'Esprit-Saint une idée distincte et claire.

En effet, si nous ne considérons pas les caractères qui ont été définis pour chacun, comme la paternité, la filiation et la sanctification, et si nous ne confessons Dieu que d'après l'idée commune de l'être, il nous est impossible de rendre sainement raison de notre foi. Il faut donc joindre ce qui est particulier à ce qui est commun et confesser ainsi la foi: ce qui est commun, c'est la divinité; ce qui est particulier, c'est la paternité; puis il faut réunir ces notions et dire: je crois en Dieu le Père. Dans la confession du Fils il faut faire la même chose [...]. De même encore pour l'Esprit Saint [...]. Ainsi l'unité sera complètement sauvegardée dans la confession de l'unique divinité, ce qui est particulier aux personnes sera confessé dans la distinction des propriétés particulières que la pensée attribue à chacune".

 

4- Evaluation

 

          En orient les débats trinitaires se poursuivront jusqu'à la fin du Vème s.

     Après Basile, Grégoire de Nysse répondra par un nouveau "Contre Eunome" à ce dernier; l'évêque de Cyzique avait en effet répondu à Basile par une "Apologie de l'Apologie"...

     Jean Chrysostome prononça IX homélies "Sur l'incompréhensibilité de Dieu", contre les Anoméens (qui prétendaient que le Fils n'était pas semblable au Père).

     Cyrille d'Alexandrie entra, lui aussi, dans la controverse anti-arienne avec ses "Dialogues sur le Trinité" (le VIIème répond à Eunome).

     La formule peut se résumer ainsi: Une substance ou nature d'un côté, trois hypostases ou personnes de l'autre:

"En disant Père, Fils et Saint-Esprit, ce n'est plus à partir de ce qu'est indivisiblement la nature entière de la divinité qu'on donne une indication; c'est à partir de ce qui permet, dans l'identité de la substance de la Sainte Trinité, de discerner des hypostases propres - le langage répartit alors à chacun des êtres conçus le nom qui lui convient et établit dans leur hypostase propre ceux qui lui sont unis par la substance" (Cyrille d'Alex.; Dial./Trin. SC 231, p.239).

 

          On voit par là avec quel sérieux l'Eglise ancienne prit en compte la contestation d'Arius et d'Eunome.

 

5- Bilan

 

          L'orient de langue grecque développera, en fidélité à Basile, une théologie des hypostases considérées "en soi". La "triadologie" orientale voit dans le Père la source de toute la déité. Du Père proviennent la génération du Fils et la procession de l'Esprit, connaissables à leur tour par les propriétés qui les constituent dans leur originalité incommunicable. A travers le Fils et l'Esprit, les "énergies" du Père découlent vers le monde dans l'acte créateur? La considération de la nature est seconde par rapport à celle des personnes. C'est encore aujourd'hui l'horizon de la théologie trinitaire des Eglises orthodoxes.

          L'occident concentrera sa réflexion sur la notion de relation, et arrivera avec S.Thomas (XIIIème s.) au concept de personne comme "relation subsistante" dans la ligne de S.Augustin.