B   La divinité du Saint Esprit et le Concile de Constantinople (381)

 

Introduction

 

          Auteurs et textes:        . Athanase; "Lettres à Sérapion de Thmuis" (SC 15).

 

                                               . Basile de Césarée; "Contre Eunome" (SC 299 et 305).

                                                                                "Sur le Saint Esprit" (SC 17 bis);

                                               . Didyme l'Aveugle; "Traité du S.E." (SC 386).

                                              

          - Jusqu'au milieu du IVème s., la question de la divinité du S.E. était restée une possession paisible de la foi, sans que sa Personnalité ait été tirée au clair. Mais les longs débats sur la divinité du Fils ont transformé la problématique ancienne.

          - Vers 360, la divinité du S.E. est mise en question, au moment où s'affirme la divinité du Fils: un choc en retour! Dès lors que l'Esprit Saint n'est ni inengendré, ni engendré, ne doit-il pas être tenu pour "créé"?

 

1)   L'émergence des hérésies "pneumatistes"

 

          Elles tirent leur origine d'une triple forme:

     a) L'arianisme radical d'Aèce et d'Eunome:

          - Aèce = un syrien qui se manifeste entre 355 et 365; un dialecticien pointu. Il déclare le Fils "dissemblable du Père" (c'est l'anhoméisme). Il est déposé du diaconat en 360.

          - Eunome = un cappadocien, disciple d'Aèce, mais supérieur à lui par son art dialectique. Par la présentation très habile de son "Apologie", il échappe à la condamnation qui déposa Aèce du diaconat (Concile de Constantinople de 360). Il reçoit même l'évêché de Cyzique. Mais peu après, il fut condamné à l'exil et mourut en 394.

          - Aèce et Eunome développent les implications de l'arianisme radical, à partir de 357. Les idées maîtresses sont les suivantes:

                            . Demême que le Fils est la première créature du Père, de même le Saint-Esprit est la première créature du Fils.

                            . De même que le Fils est d'un rang ontologique inférieur au Père, de même le S.E. est d'un rang ontologique inférieur au Fils et lui est soumis.

                            . Le grand principe est donc le suivant: "tel est le rapport du Fils au Père, tel est celui de l'Esprit au Fils".

     Donc la Trinité présentée est une Trinité dégradée: "le troisième en dignité et en ordre, est aussi le troisième en nature" ("Apologie", SC 305, p.299). L'unité divine repose sur un rapport d'inégalité:

"La divinité et la puissance démiurgique font défaut à l'Esprit, mais il est rempli de la puissance de sanctification et d'enseignement" ("Apologie", SC 305, p.287).

          - Basile de Césarée réfute Aèce et Eunome au début de son Traité sur le Saint Esprit (II-VIII). Il nous fait connaître leur argumentation sur les particules et les prépositions ("qui" est relatif au Père; "par qui" concerne le Fils; "en qui" renvoie à l'Esprit). "Les êtres dont on parle de façon dissemblable sont de nature dissemblable", prétendait Eunome (Basile, Traité du S.E., II,4).

     b) Les "Tropiques" égyptiens

          - Ils argumentaient sur les "tournures" (tropoï) ou "figures de mots" employées par l'Ecriture. Le Père aurait, d'après Amos "créé le Pneuma" (cf. Am 4,13: "C'est Lui - le Seigneur - qui crée le vent"). Puisque l'Esprit n'est pas engendré (alors que le Fils l'est), il ne peut pas être consubstantiel au Père. Dans leur esprit, Dieu ne peut être qu'"Inengendré".

     c) Les "Pneumatomaques d'orient

          -Vers 359-360, le groupe des Macédoniens (du nom de l'évêque de Constantinople, Macédonius) sont les "combattants contre le Saint-Esprit" D'où leur nom de "pneumatomaques". Il défendent l'infériorité de nature de l'Esprit. Selon eux, il ne doit pas être glorifié avec le Père et le Fils. Ils sont cependant orthodoxes vis à vis du Fils, comme les "Tropiques". Eustathe de Sébaste, l'ancien maître de Basile, se ralliera à eux, à la grande déception de Basile: d'où son Traité sur le Saint-Esprit.

 

2) Les grands arguments en faveur de la divinité du S.E.

 

     Dans le nouveau débat, trois hommes prennent en main la cause de la divinité du S.E.: Athanase d'Alexandrie ("Lettres à Sérapion"), Basile de Césarée ("Traité sur le S.E."), et, dans la ligne d'Athanase, Didyme l'Aveugle ("Traité sur le S.E.").

     a) Athanase d'Alexandrie (+373).

     (1)- Dans ses Lettres à Sérapion de Thmuis, il répond aux objections des Tropiques d'Egypte. Il leur montre que le S.E. ne peut être ni une créature, ni un ange, puisque l'Ecriture lui attribue des prérogatives divines: il vient de Dieu (1 Co 2,12); il "remplit l'univers" (Sg 1,7); il est unique comme Dieu le Père et le Seigneur Jésus (1 Co 12,4-6). Ses activités sont celles de Dieu et non d'une créature: il sanctifie celles-ci et les renouvelle (1 Co 6,11; Tt 3,5-6; Ps 103,30); il les vivifie (Rm 8,11; Jn 4,14; 7,39); il les marque de son onction et de son sceau (Is 61,1; Eph 1,13; 1 Jn 2,27); il les rend participants de la nature divine (1 Co 3,16-17; 1 Jn 4,13). Bref,

"Celui qui unit la créature au Verbe, ne peut pas être lui-même du nombre des créatures; celui qui confère la filiation par adoption ne peut être étranger au Fils" (Lettre à Sérapion, I,25).

     Quant à Amos 4,13, interprété par les Tropiques comme indicatif de la nature "créée" de l'E.S., Athanase répond tout net - et avec un simple bon sens -: il s'agit ici du "vent" et non pas de l'E.S., précisant: quand le mot pneuma veut simplement dire "vent", il est employé seul, sans article, ni détermination; quand il signifie "Esprit", il est toujours accompagné d'une détermination qui lève l'ambiguité: "Esprit de Dieu", Esprit du Père", "du Xt", "Saint-Esprit", "Esprit consolateur", etc... Au minimum, il est alors doté de l'article (cf. Lettre à Sérapion, I,4). Nous avons là un bel exemple d'argumentation "linguistique" qui appartenait à la technique exégétique des Pères.

 

     (2) Un second argument, qu'Athanase tire des relations trinitaires. Une conviction doctrinale veut que l'Esprit ait le même rapport au Fils que le Fils au Père. L'appartenance propre du Fils au Père, est identique à l'appartenance de l'Esprit au Fils. Ou bien l'un et l'autre sont créatures, ou bien l'un et l'autre appartiennent au Mystère de Dieu (cf. Lettre à Sérapion, III,1).

     (3) Troisième argument: Si l'Esprit est une créature, s'en est fait de la Triade. Il n'y a plus qu'une Dyade. Or, ceci ruine la foi baptismale. Le Symbole trinitaire est fondé sur le caractère unique et inséparable des Trois Noms Divins dans l'Ecriture (cf. Rm 8,15; 1 Jn 4,12-13; Jn 3,16; 16,14.17; 17,4 etc...).

 

     (4) La question de l'origine de l'Esprit

          Elle repose sur une conviction ontologique: il n'y a pas de milieu entre Dieu et la créature. L'Esprit doit être ou d'un côté ou de l'autre. Pourtant l'Ecriture ne nous dit rien de son origine: il n'est ni créé, ni engendré. Il "procède" (cf. Jn 15,26). Mais cela concerne la "sortie" de l'Esprit dans l'économie du salut, non son origine dans la Trinité. Athanase cite Jn 14,26; 16,14-15 et 17,10 où il est dit que l'Esprit est envoyé "au nom" du Fils, qu'il "reçoit" de lui, et que, ce qui lui appartient - donc l'Esprit -, appartient aussi au Père. Il n'en dit pas plus. Athanase ne creuse pas un Mystère qui le dépasse. Pour lui, l'Ecriture insinue seulement une relation originelle de l'Esprit avec le Père.

     b) Didyme l'Aveugle

          Il fut influencé par Athanase. Il écrit vers 374-375 sur le Saint-Esprit - donc juste après la mort de l'évêque d'Alexandrie. On y retrouve les mêmes argumentations que dans les Lettres à Sérapion. Si pour le Fils, il était possible au chercheur d'aller de l'origine à la consubstantialité, cette voie est interdite pour l'Esprit puisque l'Ecriture garde le silence sur son origine. Il faut donc prendre le mouvement inverse: partir de la consubstantialité affirmée par l'Ecriture, et en déduire qu'il a lui aussi une origine divine.

          Didyme est plus clair que Basile lui-même dans l'affirmation que l'Esprit-Saint est Seigneur et Dieu. Il parle aussi de la consubstantialité de l'Esprit au Fils et au Père:

"Pour que nous sachions que l'Esprit-Saint donné aux croyants est Dieu, apprenons-le de la bouche du Prophète Isaïe qui représente Dieu disant à quelqu'un: 'Mon Esprit est sur toi et j'ai mis mes paroles dans ta bouche' (Is 59,21). Ce que montre ce passage, c'est que celui qui a reçu l'Esprit de Dieu possède simultanément avec lui les paroles de Dieu, c'est à dire les discours de sagesse et de science"...(Tr. du S.E., §224)

§79 "[...] Jean écrit en parlant du Père: 'Si nous marchons dans la lumière, comme lui-même est dans la lumière, nous sommes en communion avec lui' (1 Jn 1,7), et encore: 'Notre communion est avec le Père et avec son Fils Jésus Christ' (1 Jn 1,3).

§80 "Par suite, puisque quiconque communie à l'Esprit Saint communie aussitôt (statim) au Père et au Fils, celui qui a la charité du Père la reçoit du Fils par l'Esprit Saint, et celui qui est participant de la grâce de Jésus Christ reçoit cette même grâce du Père par l'Esprit Saint".

§81 "De tout cela (l'éditeur - le P.Louis Doutreleau - fait remarquer en note, que dans les §§ 74 à 80 on relève 19 citations ou allusions scripturaires; et dans le même développement abordé par Ambroise de Milan - De Sp.S. I,12,§§126-131 -, on en relève 17, dont 11 qui se retrouvent chez Didyme, ce qui manifeste que ce dernier est une source d'Ambroise), se tire la preuve qu'il n'y a qu'une même opération du Père, du Fils et de l'Esprit Saint. Or des êtres dont l'opération est unique, unique aussi est la substance, car ceux qui ont même substance - homoousia -, ont mêmes opérations, et ceux qui sont de substance différence - heterousia - ont des opérations discordantes et diverses" (cf. §§ 96, 105, 120, 122 où il sera dit que des êtres de même substance peuvent avoir des opérations diverses, mais non contradictoires).

     c) Basile de Césarée

          - Son "Traité sur le S.E." date de 375. Déjà, dans son "Contre Eunome", il avait consacré un Livre bref à l'Esprit Saint (Livre III, SC 305, p.145ss.).

     (1) Dans son "Traité", Basile part d'un incident liturgique provoqué par les "pneumatomaques" (Tr.du S.E., I,3). Il s'agit en somme d'une controverse sur les "particules". Deux doxologies sont traditionnelles et orthodoxes: "Rendre gloire à Dieu le Père, avec le Fils et avec le S.E.", ou "par le Fils et dans l'Esprit"...

     Le reproche qui est fait à Basile procède de l'argument linguistique d'Aèce selon lequel "ce qui se dit différemment est différent quant à l'être". Or, Basile démontre par l'Ecriture que le "par" et le "dans" se disent aussi du Père (1 Co 8,9; 2 Co 1,12; Eph 3,9; 2 Th 1,1). De même, le "de" et le "dans" se disent aussi du Fils, et le "de" et le "par" du S.E. (Mt 1,20; Jn 3,6; 1 Co 2,10; 12,8). D'ailleurs, la doxologie qui dit "avec" est fondée sur l'ordre baptismal de Mt 28,19 qui "connumère" l'Esprit avec le Fils et le Père à l'aide de la particule "et" (kai).

     L'Eglise est donc conséquente et dans sa profession de foi, et dans sa liturgie baptismale.

     (2) La seconde argumentation part de la Règle de foi baptismale

     Pour Basile, la Règle baptismale est celle de la foi et de la doxologie:

"Nous croyons comme nous sommes baptisés, et nous glorifions comme nous croyons" (Lettre 159,2; datée de 373).

     Dans le Traité sur le S.E., Basile développe cet argument baptismal (X,26).

     Mais, à propos de l'identité divine de l'Esprit, Basile ne reprend pas le terme de "consubstantiel". Il lui préfère celui "d' identité d'honneur" (homotimos). L'égalité d'honneur, dans la confession de foi et dans la doxologie, prouve, selon lui, la connaturalité des Trois Personnes. Commentant le Ps 32,6 ("Par la Parole du Seigneur les cieux ont été faits et par le souffle de sa bouche leur toute puissance"), Basile s'exprime ainsi:

"Il s'agit d'une Parole qui était avec Dieu depuis le commencement et qui est Dieu (cf. Jn 1,1), et du Souffle de la bouche de Dieu, le Souffle (= Esprit) de vérité qui procède du Père" (Tr. du S.E. XVI,38).

     Ce Souffle qui sort de Dieu est une indication sur l'origine de l'Esprit, qui n'a pas lieu par mode de génération. Cette vision de l'Esprit dans le Mystère de Dieu s'intègre pour Basile dans la théologie trinitaire:

"Le chemin de la connaissance de Dieu va donc de l'Esprit qui est un, par le Fils qui est un, jusqu'au Père qui est un; et en sens inverse, la bonté naturelle, la sainteté de nature et la dignité royale s'écoulent du Père, par le Monogène, jusqu'à l'Esprit. Ainsi, confesse-t-on les hypastases sans battre en brèche la pieuse doctrine de la Monarchie" (Tr du S.E., XVIII,47).

     La prudence de Basile pourrait surprendre. Il ne dit en effet jamais en clair que l'Esprit Saint est Dieu. Il y a deux raisons à cela: 1- cette affirmation ne se trouve pas telle quelle dans l'Ecriture; 2- elle fait difficulté à certains chrétiens, faibles dans leur foi. Pour facilité la communion entre les Eglises, Basile demande non seulement l'acceptation de la foi de Nicée, mais aussi la profession que l'Esprit n'est pas une créature. C'est sans doute un exemple d'oecuménisme avant la lettre... Cependant, les "traditionnalistes" de l'époque lui en feront grief (comme la Lettre 58 de Grégoire de Nazianze le lui rappelle). Cette prudence sera imitée finalement par la séquence du Symbole de Nicée-Constantinople qui s'en tiendra à proclamer l'Esprit Saint, "Seigneur" (Kyrios). C'était dire qu'il était du côté de Dieu et non des créatures.

 

3) La réunion du Concile de Constantinople I (381)

 

     - Constantinople I: un cas unique

          Ce n'est qu'à Chalcédoine (451) que les Pères conciliaires prirent conscience que Constantinople I, à la suite de Nicée, était un concile oecuménique dont les caractéristiques sont les suivantes:

     . Ce fut un concile de l'orient chrétien, convoqué par l'empereur Théodose, présidé d'abord par Mélèce d'Antioche, puis par Grégoire de Nazianze (démis après des contestations), puis par Nectaire, nouvel évêque de Constantinople.

     . Les Actes de ce concile sont perdus.

     . Il eut pour rôle doctrinal de mettre fin en orient à l'hérésie arienne et de proclamer la divinité du S.E.

     . Il eut aussi un rôle disciplinaire: reconnaître l'autorité de l'évêque de Constantinople, la "Nouvelle Rome", et les questions de préséance entre patriarches (Constantinople aura le "second rang", après Rome, au détriment d'Antioche et d'Alexandrie). Mais les papes refuseront toujours d'avaliser ce canon, comme plus tard, le canon 28 de Chalcédoine sur le même sujet.

     - Réunion de 150 évêques (la moitié de Nicée)

     . Parmi eux, des membres éminents: les deux frères de Basile (+379), Grégoire de Nysse et Pierre de Sébaste, son ami, Grégoire de Nazianze, Amphiloque d'Iconium, correspondant de Basile, Mélèce d'Antioche pour lequel Basile avait toujours pris  partie; Cyrille de Jérusalem et Diodore de Tarse...

     a) Le Symbole de Nicée-Constantinople

     On trouvera le texte dans H.R. Drobner, pp.311-312.

     - L'origine du texte est obscure: des traces se retrouvent dans l'Ancoratus d'Epiphane de Salamine, datant de 374, donc 7 ans plus tôt. Epiphane en serait-il l'auteur? Le témoignage de Théodore de Mopsueste (+428) est important ("Homélies catéchétiques", IX,1 et 14). Il semble qu'il y ait eu un concile occidental antérieur qui aurait complété le 3ème article de Nicée. Il y a d'ailleurs des affinités entre le Symbole de Constantinople et l'ancien Symbole romain. Malheureusement ce Symbole envoyé par Damase à Antioche et appelé Romano-Nicaeum, est perdu. La rédaction de la séquence pneumatologique qui affirmait la divinité du S.E. avait pour but de faire revenir les Macédoniens à l'orthodoxie nicéenne. L'entreprise échoua.

     - En tout état de cause, ce troisième article présente une récapitulation de la pneumatologie basilienne et s'appuie, dans une situation nouvelle, sur le précédant de son attitude conciliatrice.

     - Réception: après 382 (Lettre des Pères du Synode de 382 au pape Damase), le Concile de Constantinople sombre dans l'oubli jusqu'en 451 où Constantinople I sera associé à Nicée. Le Symbole de Nicée-Constantinople deviendra alors la référence incontournable de la foi.

     b) La séquence sur l'Esprit Saint

          Cinq clausules:

     (1) "Et en l'Esprit Saint"...

          . L'unicité de l'Esprit n'est pas affirmée alors qu'elle l'est du Père et du Fils, mais la sainteté de l'Esprit en est l'équivalent, puisque "Dieu seul est saint". En affirmant sa foi à la sainteté, l'Eglise exprime le fondement de sa foi à sa propre sainteté et au baptême qui sanctifie.

     (2) "Qui est Seigneur"...

          . Une réserve basilienne, mais le nom de "Seigneur" est un nom divin. La LXX traduisait ainsi le tétragramme (YHWH). Il n'y a donc pas d'ambiguité. "Le Seigneur est l'Esprit" (2 Co 3,17).

     (3) "Et qui donne la vie"...

          . L'esprit vivifiant se réfère à son rôle créateur, recréateur, et divinisateur dans l'économie du salut (cf. 1 Cà 15,45: "Esprit vivifiant"). Il est du côté de ceux qui donnent et non de ceux qui reçoivent.

     (4) "Qui procède du Père"...

          . Jn 15,26: "L'Esprit qui procède du Père". Grégoire de Nazianze y fait appel dans so Discours théologique 31,8-9. De même que le Fils est engendré, l'Esprit procède. Il n'est donc pas une créature. Il n'est ni inengendré comme le Père, ni engendré comme le Fils. Cependant son origine est éternelle. La visée dépasse le cas de l'économie. Elle vise la théologie.

          . La controverse future entre latins et grecs sur le Filioque  reste étrangère à l'intention du Concile. L'addition unilatérale faite par l'occident au temps de Charlemagne, sera source d'un contentieux qui dure encore.

     (5) "Qui avec le Père et le Fils est conjointement adoré et glorifié".

          . C'est là la correspondance entre la lex credendi et la lex orandi. L'Esprit fait partie de l'unique adoration qui s'adresse à Dieu. Echo des argumentations de Basile contre les "pneumatomaques".

     Après Nicée, Constantinople I met fin aux 50 ans de conflit qui ont ravagé l'orient chrétien.

 

D. L'illustration du débat par les "Discours théologiques" de Grégoire de Nazianze

 

1- Introduction:

 

     - Les "Discours théologiques" (l'expression est de Grégoire lui-même: Disc.28,1) furent prononcés à Constantinople fin 380. Ils sont au nombre de cinq: les Discours 27 à 31 (voir SC 250).

     - Ils défendent la foi de l'Eglise contre les Eunomiens et contre les Macédoniens. L'enjeu en est donc une juste expression de la doctrine concernant le Christ et l'Esprit Saint.

     - Ils sont un mûrissement de la doctrine trinitaire.

2- Analyse succinte:

          . Discours 27 = Il sert d'introduction à la série des quatre suivants. Il traite des conditions requises pour les discussions théologiques. Il précise en particulier qu'il convient d'abandonner la "technologie verbale" d'Eunome, pour faire de la "théologie" kata hodon, mot à mot = selon un chemin, c'est à dire "méthodiquement".

          . Discours 28 = Y sont traités les questions théologiques de l'existence, de la nature et des attributs de Dieu, dans la mesure où l'esprit humain peut les comprendre (voir Dossier, texte Disc.28,28-31).

          . Discours 29 = "Sur le Fils". Il démontre l'unité de nature des Trois Personnes divines, la divinité du Logos et sa co-égalité avec le Père (voir Dossier, texte Disc.29,17-21).

          . Discours 30 = Il réfute des objections ariennes contre la divinité du Fils et les passages scripturaires opposés abusivement à cette divinité (voir Dossier, Disc.30,1-8 qui traite des 4 premiers points relatifs à des paroles de l'Ecriture abusivement interprétées par les ariens: Pr 8,22; 1 Co 15,25.28 + Ac 3,21; Ps 21,1 + Heb 5,8; Jn 14,17; 20,7).

          . Discours 31 = "Du Saint Esprit". Il défend la divinité du Saint Esprit contre Macédonius (voir Dossier, texte Disc.31,3-5; 7-10).

3- Extraits des 3 "Lettres théologiques"(dans SC 208)

     Deux Lettres sont adressées à Clédonios, le prêtre remplaçant Grégoire comme pasteur à Nazianze. La troisième est adressée à Nectaire, l'évêque de Constantinople qui succéda à Grégoire. Dans les trois cas, l'adversaire visé et réfuté est Apollinaire de Laodicée. Voir au Dossier:

          a) Lettre 101,9-35 et 66-74 (à Clédonios).

          b) Lettre 102,12-32 (à Clédonios).

          c) Lettre 202,1-22 (à Nectaire).

 

Fin de la Seconde Partie