A.     La Tradition et la Règle de la foi

 

     Les témoignages que nous avons précédamment invoqués sont déjà porteurs du message chrétien: en eux, la référence aux principaux articles de la foi - ce que l'on appellera progressivement le "dogme" ou les "dogmes" - est déjà présente.

 

1.      Le dogme avant le dogme: la Règle de la foi

 

     La Didachè parle de "précepte de l'Evangile" (to dogma tou euaggeliou); il s'agit de l'Evangile et de son message, de son autorité unique dans l'ordre de la foi et des conditions de fidélité à sa vérité. Il existe déjà au IIème s. la conscience vive que la foi chrétienn comporte une "normativité", une "règle", ou encore des "articles" de foi.

     L'idée que la foi chrétiennedoit demeurer fidèle à elle-même, garder son identité, ne pas admettre de mélange avec des doctrines étrangères, est déjà présente dans le N.T. Se référer à Ga 1,8-9, au Concile de Jérusalem (Ac 15). Le terme "dogma" figure en Ac 16,4 qui rend compte d'une prescription disciplinaire à finalité doctrinale majeure pour l'avenir du christianisme. Le souci de l'orthodoxie c.à d. du maintien de l'authenticité de la foi face aux déviations menaçantes, s'exprime dans les épîtres dites "pastorales" du corpus paulinien (1 Tim6,3-6; 2 Tim 4,1-4; Tt 3,10-11). Il est recommandé d'éviter "les bavardages impies et les objections d'une pseudo-gnose" (1 Tim 6,20). Le danger de la gnose est déjà présent. La IIème de Pierre met en garde contre les "pseudoprophètes" et les "pseudodidascales" (2 Pi 2,1). Le terme d'hairesis (école, secte, faction) est déjà employé en 1 Co 11,19; Ga 5,20; 2 Pi 2,1; Tt 3,10, de même que par les juifs à propos des chrétiens (Ac 24,5.14).

     Clément de Rome alerte les Corinthiens qui ont destitué leurs épiscopes et leurs presbytres de l'enjeu doctrinal d'une telle décision. Ignace d'Ant. recommande l'union de la communauté autour de son évêque; il exhorte les Tralliens à "s'abstenir de toute plante étrangère, qui est l'hérésie", c'est à dire des opinions qui "entremêlent Jésus Christ à leurs propres erreurs en cherchant à se faire passer pour digne de foi". Car c'est "en restant inséparables de Jésus Christ et de l'évêque et des préceptes des apôtres" que les chrétiens restent "purs" et trouvent la vérité de l'Evangile (cf. Tral. VI,1-2).

     La recherche d'une norme remonte donc en-deçà de la littérature apologétique du IIème s. Il est vrai que c'est avec Justin que les deux concepts d'orthodoxie et d'hérésie se formalisent l'un par rapport à l'autre. L'univers doctrinal de la gnose ne peut se concilier avec le christianisme. L'erreur crée la norme. Une série de "déviations" dans le domaine de la foi a suscité dans l'Eglise une autre série de décisions et d'institution ordonnées au maintien de l'authenticité de la foi. Théophile d'Antioche relève l'incompatibilité "entre les doctrines de la vérité" et "les doctrines de l'erreur, c.à d. les hérésies" (Ad Autolycus II,14).

 

2.      Les formes de la Règle de la foi: "l'ordre de la Tradition" (S.Irénée)

 

     "Au début était la Tradition" (Y.Congar, "La Tradition et les traditions", p.21). La Tradition, c.à d. à la fois cequi est transmis (l'Evangile) et l'acte de la transmission. Le terme est donc à entendre de façon englobante: il s'agit de l'unique Tradition de la foi reçue de la prédication apostolique et portée par un peuple et ses ministres.."Depuis les origines l'Eglise vit sous le régime de la Tradition" (B.Sesboué).

 

     a) La Tradition dans le N.T.

          Sous le terme de "tradition" (paradounai / paradosis), S.Paul entend, d'un même mouvement,          (1) le message de la foi (1 Co 15,1-5);

                        (2) des règles concernant la vie interne des communautés (1 Co 11,2; 2 Th 2,15);     (3) le comportement idoine des chrétiens: un éthos (Eph 4,17-32).

          Chez Luc et Jean, le concept de "tradition" s'exprime par le vocabulaire du témoignage (Lc 24,48-49; Ac 1,8.22; Jn 15,17 etc...). L'Esprit-Saint répandu sur les Apôtres (cf. Ac 2) en est le gage.

          Dieu lui-même se livre, se transmet en la Personne de son Fils (Rm 8,32). Le Fils est la Tradition du Père. Il s'est à son tour "livré" (Ga 2,20).

          A l'origine de la Tradition chrétienne, il y a l'acte fondateur par lequel Dieu a livré son Fils pour nous, et, envoyé par le Père, le Fils s'est lui-même livré afin de se donner aux hommes.

     b) La Tradition chez les P.A.

          Clément de Rome:

"Les Apôtres ont reçu pour nous la Bonne Nouvelle par le Seigneur Jésus Christ; Jésus, le Christ, a été envoyé par Dieu. Donc le Christ vient de Dieu, les Apôtres viennent du Christ; les deux choses sont sorties en bel ordre de la volonté de Dieu" (Aux Corinth. 42,1-2).

          Il demande aux Corinthiens de se conformer "aux normes glorieuses et vénérables de la Tradition" (o.c.7,2).

          Ignace d'Ant.:

"Celui que le Maître de maison envoie pour administrer sa maison, il faut que nous le recevions comme Celui-là même qui l'a envoyé" (Eph VI,1)

 

"De même que le Seigneur n'a rien fait, ni par lui-même, ni par ses Apôtres, sans son Père, avec qui il est un, ainsi vous non plus ne faites rien sans l'évêque et ses presbytres" (Magn.VII,1; cf. XIII,1-2).

          La Didachè n'est que le premier mot du titre complet aisi libellé: "Doctrine des Douze Apôtres". Cette Doctrina est à la fois et successivement catéchétique, liturgique et disciplinaire, et se dit expression de la tradition ecclésiale venue des Apôtres. La "Tradition Apostolique" d'Hippolyte (vers 215), reprendra ce propos en le développant.

          L'"A Diognète": l'auteur affirmera

"Je transmets exactement la tradition de ceux qui se font les disciples de la Vérité"...et "je célèbre la foi dans les Evangiles affermie et la tradition des Apôtres conservée" (XI,1 et 6).

 

     On voit poindre, en ce IIème s., le passage d'une tradition apostolique à une tradition post-apostolique dans une continuité concrète et une succession; pourtant la discontinuité n'en est pas moins radicale. Qui fera le lien? L'Esprit-Saint qui fera que la tradition post-apostolique reste soumise à la tradition apostolique.

     c) La Doctrine de la Tradition chez Irénée de Lyon

          C'est Irénée qui, le premier, apporte une doctrine réfléchie de la Tradition. Il perçoit et met en lumière les deux moments de l'oral à l'écrit et le passage de l'un à l'autre:

"Le Seigneur de toutes choses a en effet donné à ses apôtres le pouvoir d'annoncer l'Evangile, et c'est par eux que nous avons connu la vérité, c.à d. l'enseignement du Fils de Dieu...Cet Evangile, ils l'ont d'abord prêché; ensuite, par la volonté de Dieu, ils nous l'ont transmis dans les Ecritures, pour qu'il soit le fondement et la colonne de la foi" (A.H. III, Préface et 1,1).

     La Tradition des Apôtres reste l'englobant des Ecritures nouvelles. Elle est attestée dans toutes les Eglises. Cette Tradition globale, Irénée l'appelle "Tradition Apostolique" (cf. A.H. III,3), ou "antique Tradition des Apôtres" (III,4,2), ou "règle de la vérité", expression qu'Irénée affectionne tout particulièrement (A.H. I,22,1; II,27,1; III,2,1; 11,1; 15,1; IV,35,4...), ou encore "Tradition de la vérité ou "ordre de la Tradition" (III,4,1):

"Telle est, mon cher ami, la prédication de la vérité, telle est l'image de notre salut, tel est le chemin de la vie, que les Prophètes ont annoncé, que le Christ a établi, que les Apôtres ont transmis, et que l'Eglise, sur toute cette terre, transmet à ses fils. Il faut le garder avec tout le soin possible par une volonté bonne et en étant agréable à Dieu par des oeuvres bonnes et une façon de penser saine" (Démonst.p.a. n°98).

     La doctrine de la Tradition ne s'invente pas. Les successeurs d'Irénée la reprennent à leur compte: Hippolyte, Tertullien, Clément d'Alex.,Origène (voir Y.Congar, o.c. p.44).

     Le contenu de cet "ordre de la Tradition" ou "Règle de la foi" peut se résumer en trois données fondamentales et solidaires entre elles:

          - la succession apostolique;

          - le canon des Ecritures;

          - le symbole de la foi.

     Ces trois éléments n'auraient pu survivre l'un sans l'autre. Ils constituent comme la matrice du développement à venir du Dogme.

 

 

3.      La succession apostolique, gage du maintien de la Règle de la foi

 

     - La mission reçue du Père par le Christ et dans l'Esprit, est à l'origine de la Tradition.

     - Elle s'exprime dans la succession apostolique des évêques, instance de régulation de la foi qui apparaît très tôt comme telle dans la littérature chrétienne.

          a) Dans le N.T.: si l'expression "succession apostolique" ne figure pas, le contenu y est bien présent; voir les Epîtres dites pastorales du Corpus paulinien; "fidélité au dépôt", garde la la saine doctrine: cf.1 Tim6,20; 2 Tim 4,3; établissement des presbytres dans les Eglise: cf. 1 Tim 5,17.22; Tt 1,5; Ac 14,23; 20,17; rite de l'imposition des mains pour l'investiture des presbytres: cf. 1 Tim 4,14; 5,22...

          b) Chez Clément de Rome:

"Ils (les Apôtres) prêchaient dans les campagnes et dans les villes et ils en établissaient les prémices, ils les éprouvaient par l'Esprit, afin d'en faire des épiscopes et des diacres des futurs croyants...(Aux Corinth.42,4)

"Ils établirent ceux dont on vient de parler, et posèrent ensuite comme règle qu'après la mort de ces derniers d'autres hommes éprouvés leur succéderaient (diadekôntai) dans leur office. Donc ceux qui ont été établis par eux, ou ensuite par d'autres hommes éminents, avec l'approbation de toute l'Eglise, qui ont rempli leur office envers le troupeau du Christ de manière irréprochable, ...nous estimons qu'il n'est pas juste de les démettre de leurs fonctions" (ibidem 44,2-3).

          c) Chez Ignace d'Antioche: l'apostolicité de la trilogie hiérarchisée des ministres, épiscopes, presbytres (plus exactement presbyterium), diacres, dont il est le premier témoin, s'exprime non par l'idée formelle de succession, mais par celle de leur conformité à "l'enseignement du Seigneur et des Apôtres" (Magnes.XIII,1). Selon une identification mystique, Ignace se représente l'évêque entouré de son presbyterium comme représentant symboliquement le Christ entouré de ses Apôtres (cf.Eph.VI,1).

          d) Chez Hégésippe (113-175), que nous connaissons par Eusèbe de Césarée (H.E. IV,22,2), la succession apostolique a pour rôle premier de  maintenir les Eglises dans la vérité fidèlement gardée de la foi des Apôtres:

"L'Eglise des Corinthiens demeura dans l'orthodoxie jusqu'à ce que Primus devint évêque de Corinthe. Lorsque je naviguais vers Rome, j'ai vécu avec les Corinthiens et j'ai passé avec eux plusieurs jours pendant lesquels nous nous sommes réconfortés de leur orthodoxie. Etant arrivé à Rome, j'y établis une succession jusqu'à Anicet, dont Eleuthère était diacre. Soter a succédé à Anicet et, après lui, il y a eu Eleuthère. Dans chaque succession et dans chaque ville, il en est comme le prêchent la Loi, les Prophètes et le Seigneur".

     Ainsi est établi un lien entre orthodoxie et succession, le seconde étant garante de la première.

          e) Chez Irénée de Lyon:

"Ainsi donc, la Tradition des Apôtres, qui a été manifestée dans le monde entier, c'est en toute Eglise qu'elle peut être perçue par tous ceux qui veulent voir la vérité. Et nous pourrions énumérer les évêques qui furent établis par les Apôtres dans les Eglises, et leurs successeurs jusqu'à nous. Les Apôtres voulaient que que fussent absolument parfaits et en tout point irréprochables ceux qu'ils laissaient pour successeurs et à qui ils transmettaient leur propre mission d'enseignement...

     Mais comme il serait trop long...d'énumérer les successions de toutes les Eglises, nous prendrons seulement l'une d'entre elles, l'Eglise très grande, très ancienne et connue de tous, que les deux très glorieux Apôtres Pierre et Paul fondèrent et établirent à Rome; en montrant que la Tradition qu'elle tient des Apôtres et la foi qu'elle annonce aux hommes sont parvenues jusqu'à nous par des successions d'évêques, nous confondrons tous ceux qui...constituent des groupements illégitimes" (A.H. III,3,1-2).

     Notons

          - qu'il s'agit d'une succession officielle, institutionnelle et vérifiable - à la différence de la tradition ésotérique des gnostiques;

          - qu'Irénée prend l'exemple de l'Eglise de Rome pour faire bref (il aurait pu faire de même pour Smyrne ou Ephèse;

          - que les évêques sont les garants de "l'ordre de la Tradition" venu des Apôtres;

          - que trois composants de la succession apostolique peuvent être retenus:

                                    . succession dans l'épiscopat;

                                    . parole "saine";

                                    . intégrité inattaquable de la conduite.

f) Chez Tertullien, héritier direct d'Irénée, les "rejetons" des Eglises apostoliques seront elles-mêmes considérées comme apostoliques:

"Dans chaque cité les Apôtres fondèrent des Eglises auxquelles dès ce moment les autres Eglises empruntèrent la bouture de la foi (traducem fidei), la semence de la doctrine, et l'empruntent tous les jours pour devenir elles-mêmes Eglises. Et par cela même elles seront considérées comme apostoliques, en tant que rejetons des Eglises apostoliques" (De la Prescription chez les hérétiques, 20,5-6).

     L'image est celle du marcottage. S'adressant aux hérétiques, Tertullien reprend avec son talent propre l'argument d'Irénée:

"Montrez l'origine de vos Eglises; déroulez la série de vos évêques se succédant depuis l'origine, de telle manière que le premier évêque ait eu comme garant et prédécesseur l'un des Apôtres ou l'un des hommes apostoliques restés jusqu'au bout en communion avec les Apôtres!" (De la Prescript., 32,1; cf. 32,3).

     Tertullien met en évidence la nécessité de l'étroite communion entre Eglises locales, et la grande réalité de la collégialité épiscopale, si vivement mise en lumière par le Concile Vat.II.

 

Conclusion

     "La succession épiscopale est le fondement de l'unité de l'Eglise particulière; elle est également au service de la communion de toutes les Eglises" (Groupe des Dombes, "Le ministère de communion dans l'Eglise universelle", n°18, Centurion, 1986).

     Cette nécessité suscite le premier développement des synodes et conciles locaux dont l'autorité s'impose à chaque évêque local.

     Dans cette concertation, l'Eglise de Rome "qui préside à la charité" et "qui instruit les autres" (Ignace d'Ant. "Aux Rm", Adresse et III,1), celle qui est fondée sur les Apôtres Pierre et Paul, et qui est investie à ce titre d'"une plus grande autorité de fondation", est appelée à jouer un rôle de "primauté". Elle jouera très tôt le rôle d'une "instance d'appel", et son autorité ne cessera de s'affermir au cours du temps.

 

4.      La norme de la "règle de la foi"

 

     a) Formation du "canon" chrétien des Ecritures (voir meilleure étude actuelle: Ch. Théobald, "Le canon des Ecritures, études historiques, exégétiques et systématiques", Cerf, 1990).

     Kanôn, signifie "règle"; "canon des Ecritures" veut dire "règle des Ecritures, ou forme de la détermination et de la clôture d'un catalogue de livres. C'est une donnée fondamentale de la règle de la foi. C'est un principe d'autorité qui se met en forme et avec lui un principe d'obéissance: les deux sont compris comme un héritage apostolique. Le principe de la succession étant posé, avec lui est posé le principe d'authentification des Ecritures "sans addition ni soustraction" (S.Irénée). On estime nécessaire de clôre le Corpus des Ecritures de façon définitive de manière à maintenir les Eglises dans la fidélité à l'enseignement des Apôtres. A remarquer que l'idée du "canon" se présente toujours comme un "déjà-là", lorsqu'on étudie les citations de l'Ecriture chez les auteurs anciens: l'acte de réception du "canon" a précédé de beaucoup toute décision magistérielle.

     b) Genèse du "canon" de l'A.T.

     L'Eglise chrétienne ne l'a pas inventé. Elle le reçoit comme un héritage juif (voir J.Trublet, "Constitution et clôture du canon hébraïque"). Il y eut "récollections" au retour d'exil, sous Esdras et Néhémie, et constitution des principaux Ecrits en trois groupes: (1) Thora; (2) Prophètes antérieurs (Josué, Juges, 1 et 2 Sam, 1 et 2 Rois), et Prophètes postérieurs (Grands et Douze Petits Proph.); (3) Autres Ecrits (Psaumes et Ecrits de Sagesse ou Hagiographes).

     Notons une différence d'appréciation pour la clôture du "canon juif" entre le judaïsme palestinien qui retient 24 Livres (ou 22 si l'on joint Juges et Ruth d'une part, et Jérémie et Lamentations d'autre part; le nombre 22 correspondant aux nombre de lettres de l'alphabet hébreu), et le judaïsme alexandrin qui compte 44 Livres, à partir de la LXX (cf. témoignage d'Augustin dans De Doctrina Christiana II,8).

     c) Genèse du "canon" du N.T.

     Pour les P.A., le terme d'Ecriture recouvre seulement les Livres de l'A.T.

     Comment les Ecrits chrétiens sont-ils venus prendre place aux côtés des Ecritures Anciennes? Relevons déjà qu'en 1 Tim 5,18 est désigné sous le nom d'Ecriture aussi bien Dt 3,16 que Lc 10,7; d'autre part, 2 Pi 3,15-16 parle "des autres Ecritures", comme si l'A.T. ne les contenait pas toutes.

     Avec J.N.Aletti, il convient d'admettre que "le processus de canonisation du N.T. est interne au N.T. lui-même". Deux points d'émergence: - la référence aux Ecrits pauliniens (cités comme "Ecriture" par d'autres auteurs - cf. 2 Pi 3,16 ); - la citation de "Paroles du Seigneur" qui font appel à la Tradition vivante ou à l'Evangile et dont l'autorité dépasse celle des Ecrits Anciens.

     S.Irénée: son témoignage est capital (voir B.Sesboué, "La preuve par les Ecritures chez S.Irénée", NRTh 103, 1981, pp.872-887). Pour lui, l'autorité du Seigneur (Evangiles) et l'autorité des Apôtres s'appuyant sur celle des Prophètes (Epitres), sont les deux piliers du futur Corpus du N.T.

     Le "Canon de Muratori", daté de 250 et retrouvé au XVIIIème s., relève déjà 4 évangiles, 13 épitres de Paul, l'épitre de Jude, 1 et 2 Jean, l'Apocalypse; manquent Hébreux, Jacques, 1 et 2 Pi; sont adjoints une "Apocalypse de Pierre", et le Pasteur d'Hermas.

     La liste d'Eusèbe de Césarée reproduite en H.E.III,25, est représentative de l'usage des communautés palestiniennes vers 300; il distingue - les Livres homologués, - les Livres contestés, -et les Livres apocryphes.

     Le "Décret" dit de Gélase (Vème s. Il serait peut-être de Phébade d'Autun...), donne la liste actuelle des Livres du N.T.

     Le Concile de Florence (1442), dans son "Décret pour les Jacobites", donne la liste complète des "Livres saints".

     Le Concile de Trente, dans son Décret "Sacrosancta" de 1546, reprend la liste de Florence

d) Signification dogmatique du "Canon des Ecritures"

     L'établissement du "canon" par l'Eglise est un acte dogmatique. Comme le percevait A.von Harnack, "l'histoire du 'canon' est un chapitre de l'histoire du dogme". Il dit le rapport intime entre Ecriture et Tradition, entre Ecriture et Eglise; d'où son importance considérable. D'autre part, l'Eglise hérite du canon juif sous la forme de la Bible grecque de la LXX. C'est l'Eglise des témoins apostoliques qui compose ce qui deviendra le N.T.. C'est l'Eglise post-apostolique qui confère à ces nouveaux écrits le caractère sacré d'Ecritures et constitue à partir d'elles un nouveau "canon".

     La liste des Livres de l'Ecriture n'est donc pas scripturaire. Il n'y a d'Ecriture autorisée que dans la Tradition vivante. L'Eglise fonde l'Ecriture, et l'Ecriture fonde l'Eglise. La canonisation des Livres saints est, de la part de l'Eglise, un acte de réception et d'obéissance de la foi. Elle "autorise" le "canon des Ecritures", décide de ce qui lui appartient et de ce qui ne lui appartient pas. L'Esprit Saint lui en donne l'audace et la maintient "servante de l'Ecriture".