Théologie
patristique:
Cours du P.Irénée Rigolot
(18 heures)
La
perspective des cours de 3ème année est intentionnellement ecclésiologique:
"la vie selon le Christ". Cette vie nous en saisirons l'expression à
travers la théologie patristique, objet de notre cours, et nous percevrons
mieux dans cette "Eglise des Pères" le phénomène de la Tradition
vivante qui constitue l'Eglise.
L'Eglise,
comme sacrement du Christ (LG 1), nous apparaîtra dans sa dimension de
communication signifiée de la grâce; dimension sacramentaire si présente à la
pensée des Pères.
La
réflexion philosophique sur l'homme et sur l'agir humain (Théologie morale),
nous amènera à considérer l'homme comme "chemin de l'Eglise" (cf.
J.P.II, Redemptor hominis). Les Pères
sont aussi des "experts en humanité".
La
Théologie (discours à partir de l'Ecriture sur Dieu se révélant) peut être dite
"patristique" - mot en
usage à partir du XVIIème s. - lorsque ce discours prend en considération la
réflexion croyante de ces grands témoins de la foi que sont les Pères au cours
des 8 premiers siècles de l'Histoire de l'Eglise. Ils ont en effet largement
contribué, par leur réflexion priante et leur contemplation du Mystère, à
formuler dans un langage ce que croit l'Eglise depuis ses origines
apostoliques, tout en assumant le développement nécessaire à l'expression du
dogme pour s'adapter aux diverses cultures où vit l'Eglise du Christ. Le cours
de Théologie patristique voudrait être une propédeutique (instruction
préparatoire) à la lectio Patrum
(lecture des écrits des Pères). La "patristique" étudie donc
essentiellement la doctrine des Pères pour en tirer un enseignement
théologique.
Le
terme "patrologie"
s'applique à l'approche historique du patrimoine laissé par les Pères.
Cette approche a aujourd'hui la primeur. Cependant l'étude historique doit être
menée au profit d'une meilleure investigation du contenu de l'enseignement
doctrinal de la pensée des Pères.
Voir
le tiré-à-part.
.
Const. sur "La Révélation divine" (Dei Verbum); la Tradition et
les Pères:
n°8 = "La Tradition reçue des
Apôtres,...comprend tout ce qui contribue à conduire saintement la vie du
peuple de Dieu et à en augmenter la foi; ainsi l'Eglise perpétue dans sa
doctrine, sa vie et son culte et elle transmet à chaque génération, tout ce
qu'elle est elle-même, tout ce qu'elle croit.
Cette
tradition qui vient des Apôtres se poursuit dans l'Eglise, sous l'assistance du
Saint-Esprit: en effet, la perception des choses aussi bien que des paroles
transmises s'accroît, soit par la contemplation et l'études des croyants qui
les méditent en leur coeur (cf. Luc 2,19 et 51), soit par l'intelligence
intérieure qu'ils éprouvent des choses spirituelles, soit par la prédication de
ceux qui, avec la succession épiscopale, reçurent un charisme certain de
vérité. Ainsi l'Eglise, tandis que les siècles s'écoulent, tend constamment
vers la plénitude de la divine vérité, jusqu'à ce que soient accomplies en elle
les paroles de Dieu.
L'enseignement des saints Pères
atteste la présence vivifiante de cette Tradition, dont les richesses passent dans la pratique
et la vie de l'Eglise qui croie et qui prie"...
n°23 = "L'Epouse du Verbe incarné, l'Eglise, instruite par le
Saint-Esprit, s'efforce d'acquérir une intelligence chaque jour plus profonde
des Saintes Ecritures, pour offrir continuellement à ses enfants la nourriture
de la parole divine; aussi favorise-t-elle
également à bon droit l'étude des saints Pères, tant d'Orient que d'Occident,
et celle des saintes liturgies"...
.
Nombre de Pères ou auteurs ecclésiastiques cités: 60 au total, dont
Ignace
d'Antioche = 14 fois; Irénée = 14 f.; Origène = 8 f; Cyprien = 13 f. ; Jérôme =
9 f.; Augustin = 41 f. (S.Thomas d'Aq. = 23 f.); Basile de Césarée = 3
f.; Grégoire de Naz. = 3 f.; Grégoire de Nysse = 1 f.; Jean Chrysostome = 14
f.; Cyrille d' Alex. = 6 f. ; Jean Damascène = 6 f.
On
remarquera la prééminence de S.Augustin par rapport aux Pères grecs: Grégoire
de Naz., "le Théologien", n'est cité que 3 fois, et Grégoire de
Nysse, une seule fois. Quant à son frère, Basile de Césarée, le grand
législateur de la vie monastique et de l'Eglise d'orient, il n'est que 3 fois
mentionné. Vatican II est un Concile "pastoral", ce qui peut
expliquer la référence à certains auteurs, plus "pasteurs" que
d'autres.
Se
reporter à la présentation du cours (Doc. STIM).
Le
cours s'articulera autour de 4 pôles ou moments essentiels correspondant à 4
crises majeures de l'Eglise ancienne:
I-
La "Gnose" (IIème-IIIème s.) et la première théologie chrétienne,
marquée par Irénée de Lyon et Origène. Il s'agit de réfuter Valentin et
Marcion.
II-
L'arianisme (IVème s.) et la réflexion christologique. S'illustreront Athanase
et Hilaire de Poitiers, les Cappadociens, Jérôme et Jean Chrysostome. Les
adversaires à réfuter sont Arius, Eunome et Apollinaire.
III-
Le Pélagianisme, en occident (fin IVème s.-début Vème s.); Augustin développe,
en opposition à Pélage, sa doctrine de la grâce et de la liberté. Ses
adversaires sont Célestius, disciple de Pélage, et Julien d'Eclane. En orient,
le débat est christologique (Vème s.) avec la montée du nestorianisme et du
monophysisme; Nestorius et Eutychès en sont les partisans. Les réfuteront entre
autres Léon le Gd et Cyrille d'Alexandrie. Jésus, le Christ sera confessé
"vrai Dieu et vrai homme" au Concile de Chalcédoine (451).
IV-
La crise monothéliste (VIIème s.) marquera le terme du grand débat christologique.
Maxime le Confesseur est le génial théologien qui maintiendra contre Sergius
(le patriarche) et Honorius (l'empereur), la doctrine de la double volonté
humaine et divine du Christ. C'est bien par l'acquiessement de la volonté
humaine du Fils de Dieu fait homme que notre salut a pu se réaliser.
Sur
ce tableau figurent en abcisses des dates allant de 100 (mort supposée de Jean,
le dernier Apôtre), à 749 (mort de Jean de Damas). Il est convenu de distinguer
entre 100 et 749, 3 époques patristiques successives: de 100 à 300, "la période des origines"
("Pères Apostoliques" de 100 à 150; "Apologistes",
"Pères du IIIème s.");
de 300 à 430, "le Grand siècle
patristique";
de 430 (mort d'Augustin) à 749, "les
derniers siècles".
En
ordonnées, figurent de haut en bas, les courants "hérétiques" ou
hétérodoxes, les Conciles oecuméniques, les pays ou zones géographiques dans
lesquels vécurent les Pères d'occident et d'orient.
"Les
Pères sont des praticiens de la foi ecclésiale. La manière dont ils se sont
affrontés à la pratique de la foi et de la raison, la manière dont leur oeuvre
immense tente de déchiffrer la nature de l'humanité dans sa relation à Dieu et
dans la diversité de ses états, nous rappelle avec force qu'il est toujours
urgent pour chaque génération - et peut être encore plus pour celles qui
viennent - de sonder la leçon des Pères qui, dans leur variété, mais aussi dans
l'unité de la foi, nous ont laissé, au-delà de la difficulté érudite, une
source désaltérante et indispensable" (Discours du Président des Amis des
Sources Chrétiennes, B.Yon, le 26 mars 1999; Bulletin de l'Ass.n°80, juin 99,
p.14).
"Les
saints Pères ont tiré du Trésor de la Parole de Dieu du neuf et de l'ancien, de
l'ancien avec une fidélité obéissante et du neuf avec une audace qui était un
fruit paradoxal de leur fidélité même" (Mgr Billé, même jour, à Lyon, dans
son homélie).
Nous
nous mettons donc à leur école pour apprécier ce qu'ils nous ont transmis de
l'approfondissement fidèle des vérités de la Révélation.