Cours de liturgie rédigé par Soeur Claire, Abbaye Notre Dame de Jouarre

L’ANNÉE LITURGIQUE

Plan

I. Le temps et la Liturgie

II. L’année liturgique

III. Le Dimanche

IV. La fête de Pâques et le cycle pascal

V. Noël—Épiphanie - Avent

VI. Le temps "ordinaire"

VII. Les fêtes et solennités du Seigneur

VIII. Les fêtes des saints et de la Vierge Marie

 

Chapitre I

le temps et la liturgie

Nous célébrons la Liturgie des Heures au long du jour

Nous célébrons de façon particulière un jour de la semaine: le dimanche

Nous célébrons les fêtes et solennités au long de l’année dont la plus grande est la solennité de PAQUES

La Liturgie est ainsi liée avec le temps et ses rythmes

La perspective de la Bible

Elle nous fait découvrir, dès la première page, l’importance

du jour

et de la semaine

Lire Gn 1, 1 à 2, 3.

 

Le temps dans la Bible

La Bible nous apprend que Dieu est à l’origine du temps et de ses rythmes: c’est lui qui a séparé la lumière des ténèbres, créant ainsi les jours et les nuits (Gn 1, 4-5)

Ensuite, il a créé les “luminaires au firmament du ciel pour séparer le jour de la nuit et servir de signe tant pour les fêtes que pour les jours et les années" (Gn 1, 14)

Et la création du ciel et de la terre, et de l’homme est présentée symboliquement dans le cadre d’une semaine: Six jours où Dieu a créé le monde et un septième, béni et sanctifié par Dieu, car il avait chômé après tout son ouvrage de création (Gn 2, 1-3). Ainsi sera le sabbat (Ex 20, 8-11)

Lire Gn 1, 1 à 3, 3

La Bible, c’est aussi le récit de l’intervention de Dieu dans l’histoire d’un peuple, le peuple hébreu qu’il a choisi afin de le libérer du péché et de le ramener vers lui.

Au livre de l’Exode, nous voyons la célébration de la PAQUE.

Elle célèbre la libération du peuple de Dieu de l’Égypte. (Ex 12,14 et 42).

Lire tout le chapitre 12.

C’est une célébration annuelle ; elle rend présente à chaque génération la libération d’Egypte. Ainsi la liturgie actualise et rend présente l’action de Dieu dans l’histoire pour libérer son peuple.

Temps liturgique et le mystère du Christ

Dès l’Ancien Testament, le temps liturgique est donc en relation avec l’action de Dieu dans l’histoire humaine.

“Quand vint la plénitude du temps, Dieu a envoyé son Fils, afin que nous soyons des fils et des héritiers de par Dieu” (Gal 4, 4). Ce Fils, Jésus, a réalisé la libération, le Salut par sa Passion, sa Mort et sa Résurrection. C’est le mystère pascal. C’est par la Liturgie de l’Église que nous y avons part.

Lire Constitution sur la liturgie du Concile Vatican II (SC 5 et 6)

Par la Liturgie, le Christ est présent. La Liturgie est un AUJOURD’HUI car c’est la rencontre avec Dieu

“Le salut est maintenant plus près de nous qu’au temps où nous avons cru… le jour est arrivé” (Rm 13, 11-12).

Lire Constitution sur la liturgie du Concile Vatican II (SC 7)

La Pâque de Jésus s’accomplit aujourd’hui pour chacun de nous. Elle fait entrer l’humanité dans un temps nouveau. Le passé est rendu présent, ainsi que le futur ou le devenir.

“Voici que je fais l’univers nouveau” (Ap 21, 5)

“Il n’y a auprès de Dieu qu’un “aujourd’hui” divin qui est bien différent de cet “aujourd’hui” que nous concevons à la façon des hommes. Quand nous disons “maintenant”, ce “maintenant” s’écoule aussitôt; il tombe déjà dans le passé, tellement notre instant présent et l’aujourd’hui de la terre sont fugitifs. Mais auprès de Dieu, il y a un “aujourd’hui” qui ne passe pas, qui signifie une présence sans fin, un présent qui dure toujours. Nous ne saurions le comprendre.

Par les saints mystères (c’est-à-dire la liturgie et au plus haut point l’Eucharistie), Dieu nous attire dans sa vie à lui et c’est ainsi que vivant encore sur la terre, nous nous tenons déjà dans l’éternel aujourd’hui de Dieu, pour prendre part à l’action de la vie céleste”…

Odon Casel

(grand théologien de la liturgie)

1886-1948

(dans LMD 65)

“Dans le christianisme, le temps a une importance fondamentale. C’est dans sa dimension que le monde a été créé, c’est en lui que se déroule l’histoire du salut qui a son apogée dans la “plénitude du temps” de l’Incarnation, et atteint sa fin dans le Retour glorieux du Fils de Dieu, à la fin des temps. En Jésus-Christ Verbe incarné, le temps devient une dimension de Dieu qui est en lui-même éternel. Avec la venue du Christ commence les “derniers jours” (cf. He 1, 2), la “dernière heure” (1 Jn  2, 18), avec elle commence le temps de l’Église qui durera jusqu'à la Parousie.

… Chaque année, chaque jour, chaque moment est inclus dans l'Incarnation et la Résurrection du Christ pour se retrouver ainsi dans la Plénitude du temps. C'est pourquoi l'Église, elle aussi, vit et célèbre la liturgie dans l'espace d'une année. L’année solaire est ainsi imprégnée par l’année liturgique qui reproduit en un sens tout le mystère de l’Incarnation et de la Rédemption en commençant par le premier dimanche de l’Avent pour se terminer par la solennité du Christ-Roi, Seigneur de l’univers et de l’histoire. Chaque dimanche rappelle le jour de la Résurrection du Seigneur.”

Jean-Paul II         Lettre apostolique tertio millenario adveniente (10 nov. 1994)

 

Chapitre II

L’annÉe liturgique et son organisation

Elle déploie au long de l'année le mystère du Christ et de notre Salut.

"L’Église, chaque semaine,  au jour qu’elle a appelé le Jour du Seigneur,  fait mémoire de la Résurrection du Seigneur qu’elle célèbre encore une fois par an en même temps que sa bienheureuse Passion par la grande Solennité de Pâques. Elle déploie tout le mystère du Christ pendant le cycle de l’année, de l’Incarnation et la Nativité jusqu’à l’Ascension, jusqu’à la Pentecôte et jusqu’à l’attente de la bienheureuse espérance et de l’avènement du Seigneur.”

Constitution sur la liturgie du Concile Vatican II (SC 1O2)

Lire aussi SC 103 et 1O4

— Noter dans quel ordre le Concile énumère les célébrations de l’année

— Comment voyons-nous évoqués dans ce passage

le passé

le présent

l’avenir

rendus présents dans la liturgie?

— Saint Benoît parle-t-il de l‘année liturgique?

(cette question sera reprise dans les pages suivantes)

“Dans son ensemble et sa totalité, l’année liturgique est bien l’image de l’éternelle et divine économie du salut et elle contient tout le mystère du Christ. Mais à l’intérieur du grand cycle et au cours de son rythme, le mystère se conforme à l’œil de l’homme qui n’est pas encore capable, comme il le sera au ciel, d’embrasser d’un seul regard la totalité. Et de même que l’année contient une présence divine, ainsi chacun des jours du cycle ramène et fait revivre l’événement sauveur qui autrefois lui a conféré sa sainteté particulière (…)

Ce qui donne au mystère cette signification particulière, ce n’est jamais la seule pensée humaine, mais toujours la présence divine.”

Odon Casel

Organisation de l’année liturgique aux premiers siècles

Les célébrations chrétiennes sont liées aux fêtes juives, non pas directement, mais plutôt parce que Jésus a vécu ces fêtes; sa Vie et spécialement sa Mort et sa Résurrection ont eu lieu dans le cadre des fêtes juives et de la Pâque juive.

Dès le Nouveau Testament, après la Résurrection de Jésus, nous voyons la célébration du dimanche, le “premier jour de la semaine”, le lendemain du sabbat. Le dimanche célébre, chaque semaine, la Résurrection de Jésus.

Au siècle suivant, un dimanche de l’année est solennisé: celui qui est le plus proche de la date de la Pâque juive, afin de célébrer la Passion et la Résurrection de Jésus au jour anniversaire. C’est la Solennité de Pâques, la Fête des fêtes. Le centre, en est la Veillée pascale, la nuit de Pâques.

A partir du 3e siècle, la fête de Pâques est prolongée durant cinquante jours de façon festive: c’est la Cinquantaine pascale ou Pentecôte, sans que le 50e jour soit déjà spécialement marqué.

De même, Pâques se déploie sur 3 jours pour célébrer de façon plus différenciée la Passion et la Résurrection de Jésus: du vendredi au dimanche (sans que soit marqué de façon spéciale le jeudi).

Le 4e siècle connaît, tout à la fois, le développement et l’organisation de la liturgie et de la vie de l’Église:

Le Carême apparaît (déjà un peu au 3e siècle) et s’organise surtout comme le temps de préparation au Baptême: c’est le temps du catéchuménat, puis le temps de pénitence des baptisés.

Le jour de la Pentecôte se différencie des 50 jours de Pâques.

puis apparaît l’Ascension, aux 40 jours.

Noël et le temps de Noël apparaissent également, puis l’Avent se développe peu à peu.

A ces temps forts de l’année liturgique qui célèbrent le Mystère du Christ et notre Salut, il faut ajouter les Célébrations des Saints, en premier lieu celles des Martyrs, et celles de Marie, la Mère de Jésus. C’est le “Sanctoral”.

1er s.

            I  I  I  I  I  I  I  I  I  I  I  I  I  I  I  I  I  I  I  I  I  I  I  I  I  I  I  I

          Célébration de Pâques chaque semaine: le Dimanche, “Jour du Seigneur”

 

2e s.                           *

            I  I  I  I  I  I  I  I  I  I  I  I  I  I  I  I  I  I  I  I  I  I  I  I  I  I  I  I  I

                                     Pâques

          Solennisation d’un dimanche pour célébrer Pâques

 

3e s.                           ******************

            I  I  I  I  I  I  I  I  I  I  I  I  I  I  I  I  I  I  I  I  I  I  I  I  I  I  I  I  I

                                             Pâques

                                             La Cinquantaine pascale ou Pentecôte

                                                                          *

4e s. *  ____________ *************         *                         *            *

            I  I  I  I  I  I  I  I  I  I  I  I  I  I  I  I  I  I  I  I  ------I  I  I  I  I  I 

            Carême                  Pâques       Pentecôte        Avent     Noël+Épiphanie Ascension

 

Chapitre III

Le Dimanche, Le “Jour du Seigneur”

L’origine du Dimanche

La célébration du dimanche remonte au jour de la Résurrection de Jésus: les quatre évangélistes précisent que c’est le premier jour de la semaine, le premier après le sabbat que Jésus, ressuscité, s’est manifesté à ses disciples:

Mt 28, 1

Mc 16, 1

Lc 24, 1

Jn 20, 1

Ce même jour, les disciples d’Emmaüs reconnaissent Jésus à la fraction du pain (expression qui désigne primitivement l’Eucharistie) (Lc 24, 35).

Le soir de ce jour également, Jésus transmet à ses Apôtres l’Esprit et le pouvoir de remettre les péchés, et il les envoie en mission (Jn  20, 21).

Plusieurs autres textes du Nouveau Testament montrent encore l’importance du dimanche et nous devinons que sa célébration est rapidement hebdomadaire:

Jn 20, 26: “Huit jours après”, donc le dimanche qui suit sa Résurrection, Jésus se manifesta encore à ses disciples réunis

Ac 20, 7-12: Les disciples de Jésus sont assemblés, avec S. Paul, le “premier jour de la semaine” pour “rompre le pain” et écouter la parole de Paul. Ainsi, la célébration du dimanche avec le rassemblement des chrétiens pour l’Eucharistie et l’écoute de la Parole, afin de faire mémoire de la Résurrection du Christ est une constante de l’Église depuis l'origine:

La Lettre de Pline le jeune à l’empereur Trajan (début du 2e siècle) témoigne de cette fête du Jour du Seigneur en parlant des chrétiens qui “ont coutume de se réunir à jour fixe, avant l’aurore, pour chanter entre eux un hymne au Christ comme à un dieu”

Voici le témoignage de S. Justin:

“Le jour qui est appelé le jour du soleil, tous les nôtres qui habitent les villes ou les campagnes s’assemblent en un même lieu. On lit les mémoires des Apôtres ou les écrits des prophètes… Nous nous assemblons tous le jour du soleil, parce que c’est le premier jour, où Dieu, tirant la matière des ténèbres, créa le monde et que, ce même jour, Jésus-Christ, notre Sauveur, ressuscita des morts.”

“Ordonne et persuade au peuple d’être fidèle à prendre part à l’assemblée du dimanche. Que personne n’y manque, que chacun soit fidèle à se réunir afin que personne ne diminue l’Église en n'y venant pas et diminue ainsi d'un membre le Corps du Christ."Didascalie des Apôtres (3e siècle)

C’est aussi ce que dit la Constitution sur la Liturgie (Vatican II):

“L’Église célèbre le mystère pascal en vertu d'une tradition apostolique qui remonte au jour même de la Résurrection du Christ, chaque huitième jour, qui est nommé à bon droit le jour du Seigneur, ou dimanche. Ce jour-là, en effet, les fidèles doivent se rassembler pour que, entendant la Parole de Dieu et participant à l'Eucharistie, ils se souviennent de la Passion, de la Résurrection et de la Gloire du Seigneur Jésus, et rendent gloire à Dieu ‘qui les a régénérés pour une vivante espérance par la résurrection de Jésus-Christ d'entre les morts.’”(I P 1, 3). Aussi le jour du Seigneur est-il le jour de fête primordial… jour de joie et de cessation du travail.… Il est le fondement et le noyau de toute l’année liturgique.”

Lire Constitution sur la liturgie du Concile Vatican II (SC 106)

 

Le Sabbat et le Dimanche

Au début, les Juifs devenus chrétiens ont d’abord continué à célébrer le sabbat et le culte juif et à fréquenter le temple et les synagogues (Ac 13, 14). Ensuite, le “premier jour de la semaine” va prendre la place de la célébration du sabbat comme jour consacré à Dieu, jour de joie et de cessation du travail, mais il reste toujours le jour de la Résurrection du Christ:

“Ceux qui vivaient selon l’ancien ordre des choses, sont venus à la nouvelle espérance: n’observant plus le sabbat, mais le dimanche, jour où notre vie s’est levée par le Christ et par sa mort.” St Ignace d’Antioche

Le “Jour du Seigneur”, cette expression apparaît en Ap 1, 10; le mot grec employé donnera le mot latin dominicus dies, ou dominica et en français, dimanche (alors que les langues germaniques ont gardé l’expression “jour du Soleil”).

Le mot Seigneur désigne le Christ Jésus ressuscité et non d’abord Dieu Créateur et Père, car Jésus est Seigneur par sa résurrection (Ac 2, 36).

Jour du culte et jour du repos

Aux trois premiers siècles, ce jour n’était pas chômé (les juifs avaient le sabbat, le monde païen avait d’autres jours). Ce n’est qu’après l’édit de Constantin (4e siècle) que ce jour devint chômé; il est alors le jour de l’assemblée liturgique et jour de repos.

Le “Huitième jour”

Les Pères de l’Église ont employé cette expression pour souligner la nouveauté du monde dans lequel est entré le Christ par sa résurrection et dans laquelle il nous fait entrer; quant au 7e jour, il achève la création.

La célébration du Dimanche

Elle comporte:

— Le rassemblement des chrétiens, c’est ainsi que se constitue l’Église. Le mot Église désigne le rassemblement de la communauté chrétienne “convoquée par Dieu et par les ministres de son salut” pour célébrer la liturgie.

L’écoute de la Parole de Dieu et l’Eucharistie. Le lien de l’Eucharistie avec le dimanche est affirmé de façon massive par la tradition de l’Église. (Lc 24; Ac 20).

La vigile du dimanche a été célébrée dans l’Antiquité chrétienne, surtout en Orient. La prière dans la nuit a une dimension pascale.

La Liturgie des Heures commence le samedi soir par les “premières vêpres” qui constituent l’entrée dans le dimanche

          Les Sacrements (Baptême, Confirmation, Ordination) sont souvent célébrés le dimanche dans l’assemblée chrétienne.

L’atmosphère pascale doit marquer le dimanche. C’est un jour de joie, c’est le jour où l’Église prend conscience de la Présence du Christ Ressuscité.

C’est pourquoi les pères de l’Église (spécialement S. Basile) recommandaient de ne pas jeûner ce jour-là et de prier debout, non à genoux.

“L’usage de ne pas plier le genou pendant le ‘jour du Seigneur’ est un symbole de la Résurrection par laquelle nous avons été libérés, grâce au Christ, du péché et de la mort; la “Mort” a été mise à mort par le Christ”. S. IrÉnÉe (2e siècle)

“Nous nous tenons debout quand nous prions le jour consacré à la Résurrection, parce que ce jour-là paraît être en quelque sorte l’image du siècle à venir. (…) Chaque fois que nous fléchissons les genoux et que nous nous redressons, nous montrons en acte que le péché nous a jetés à terre et que l’amour de notre Créateur pour les hommes nous rappelés au ciel” S. Basile (4e siècle)

—— Saint Benoît parle-t-il du dimanche?

—— Qu’en dit-il?

—— Dans la vie monastique,

qu’est-ce qui distingue le dimanche

des autres jours?

—— Retrouver le sens du dimanche

dans les textes de la liturgie du dimanche:

dans la prière eucharistique,

dans les hymnes,

dans le choix des psaumes.

Le dimanche étant la Pâque hebdomadaire où est rappelé et rendu présent le jour où le Christ est ressuscité d’entre les morts, c’est aussi le jour qui révèle le sens du temps. Il n’y a pas de relation avec les cycles cosmiques selon lesquels la religion naturelle et la culture humaine tendent à rythmer le temps, cédant éventuellement au mythe de l’éternel retour. Le dimanche chrétien est bien autre chose! Jaillissant de la Résurrection, il traverse le temps de l’homme, les mois, les années, les siècles comme une flèche qui le pénètre en les tournant vers le but de la seconde venue du Christ. Le dimanche préfigure le jour final, celui de la Parousie, déjà anticipé en quelque sorte par la gloire du Christ dans l’événement de la Résurrection. (…) La sanctification du dimanche est un témoignage significatif que les chrétiens sont appelés à donner pour que les temps de l’homme soient toujours soutenus par l’espérance.”

Jean-Paul II, Lettre apostolique Dies Domini 1998

Chapitre IV

La fete de Paques et le cycle pascal

Dans sa liturgie, l’Église célèbre le Mystère pascal:

“Jamais l’Église n'omit de se réunir pour célébrer le Mystère pascal en lisant dans les Écritures ce qui concernait Jésus (Lc 24, 27), en célébrant l’Eucharistie dans laquelle est rendue présente la victoire et le triomphe de sa mort, et en rendant grâces “à Dieu pour son don ineffable” (II Cor.        ))9, 15) dans le Christ Jésus, pour la louange de sa gloire (Eph. 1, 12) par la vertu de l’Esprit-Saint”

Constitution sur la liturgie du Concile Vatican II (SC 6)

Les différentes célébrations du cycle pascal

Dès le début de l’Église, le dimanche fut, nous l’avons dit, la célébration hebdomadaire de la Résurrection du Christ; puis un dimanche devint, dès le 2e siècle, la célébration solennelle et annuelle de Pâques (cf. ci-dessus, c. II).

Le cœur de la solennité de Pâques, et donc le cœur de l’année liturgique, est la Veillée pascale. Mais la célébration de Pâques s’étend sur trois jours: du vendredi au dimanche et commence par la célébration de la Cène, le jeudi soir, en suivant de près les événements rapportés par les évangélistes: c’est le Triduum pascal

Le Temps pascal prolonge la célébration festive durant cinquante jours.

Le Carême prépare la solennité pascale et y achemine catéchumènes et chrétiens dans la pénitence et l’approfondissement de la foi.

I. La Veillée pascale

“La veillée pascale, en la nuit sainte où le Seigneur est ressuscité, est considérée comme la “mère de toutes les saintes veillées” (S. Augustin). L’Église y attend la Résurrection du Christ en veillant, et la célèbre dans les Sacrements.

“La Célébration doit se faire entièrement de nuit.” Normes universelles de l’année liturgique n° 22

“Depuis les temps les plus reculés, cette nuit est une “veille en l’honneur du Seigneur” (Ex 12, 42). Elle est ordonnée de telle façon que selon la recommandation de l’Évangile (Lc 12, 35) les fidèles, tenant en main leurs flambeaux allumés soient semblables à des hommes qui attendent leur maître, afin qu’à son retour, il les trouve en train de veiller et les fasse asseoir à sa table.” Missel romain

C’est une veillée nocturne comme la Pâque juive, nuit de veille qui commémorait pour toutes les générations la nuit où Yahvé avait veillé pour délivrer Israël et le mener à la liberté.

C’est dans la nuit de notre péché et de notre esclavage que Dieu intervient encore aujourd’hui

La solennité de Pâques fut d’abord marquée par le jeûne pascal qui s’achevait dans une veillée nocturne comportant des Lectures de l’Ancien et du Nouveau Testament et l’Eucharistie.

Ainsi, à l'origine, la célébration de Pâques ne comportait que cette veillée: elle était marquée par le jeûne que vient rompre la fête, le matin à l’aube, heure de la Résurrection. Ce jeûne est un jeûne d’attente:

Déjà au 3e siècle, puis au 4e, le Baptême est célébré la nuit de Pâques, durant cette veillée.

Au cours des siècles, il y eut une certaine perte du sens de la veillée nocturne de Pâques, au point d’en venir à la célébrer le samedi matin! Elle fut remise en valeur comme célébration de nuit en 1951 et 1955 et retrouva sa place et son sens à la réforme de Vatican II, avec toute la réforme liturgique.

Sa structure et ses symboles

Après la Liturgie de la Lumière - rite d’ouverture -, la veillée pascale comprend 3 parties:

1. Liturgie de la Parole (développée)

2. Liturgie du Baptême (et Confirmation)

3. Liturgie de l’Eucharistie

Les grands symboles de la liturgie y sont présents:

La lumière (qui jaillit dans la nuit)

L’eau (pour le Baptême)

L’huile (pour la Confirmation si elle a lieu)

Le pain et le vin pour l’Eucharistie

La liturgie de la lumière, rite d’ouverture

La Bénédiction du Feu Nouveau est une amplification de l’usage juif de la Bénédiction de la lampe, usage solennisé pour les fêtes. Le Feu Nouveau est la première lumière qui jaillit dans la nuit. Il dit la Nouveauté apportée par le Christ Ressuscité. Sa flamme se prolonge dans celle du cierge pascal et dans les cierges des fidèles.

Le cierge pascal symbolise le Christ, “Lumière du monde”, qui brille dans notre nuit, et les cierges tenus par chaque fidèle symbolisent la lumière que tous reçoivent.

L’annonce de la Pâque (ou Exultet) est une proclamation lyrique de la Solennité. Le texte est riche et évoque nombre de passages bibliques. C’est un poème d’action de grâce dont le chant perce la nuit comme la lumière.

“Nuit où le ciel s’unit à la terre

où l’homme rencontre Dieu…

Sois heureuse, notre terre

irradiée de tant de feux

car il t’a prise dans sa clarté

et son règne a chassé la nuit.

Réjouis-toi, mère Église,

toute parée de sa splendeur

entends vibrer en ce lieu

l’acclamation de tout un peuple…

       Chant de l’Exultet

La liturgie de la Parole

Elle est la dernière catéchèse de ceux qui vont être baptisés, et comporte des textes bibliques majeurs, sur l’Histoire du Salut réalisé à Pâques: la Pâque du Christ annoncée dans la Pâque juive; la création du monde par “Dieu qui vit que cela était bon”; le sacrifice d’Isaac par Abraham; le Passage de la Mer Rouge et la Sortie d’Égypte; l’Alliance entre Dieu et son peuple. L’Église relit des textes de l'Ancien Testament à la lumière du Christ Ressuscité, de même que Jésus a ouvert l'esprit de ses disciples à l'intelligence des Écritures (Lc 24, 27, et 44-45). L’œuvre du Christ est une Création Nouvelle et une Alliance Nouvelle.

La lecture de la Lettre aux Romains montre comment le Baptême fait entrer dans une vie nouvelle avec le Christ.

L’Alléluia de Pâques retentit après cette lecture (voir plus loin)

—— Voir comment les psaumes et les prières qui les suivent

mettent en relief le sens pascal

des textes de l’Ancien Testament

—— Quelle est la progression de l’ensemble

de la Liturgie de la Parole ?

Les récits évangéliques

La célébration du Baptême

La veillée pascale s’est organisée en fonction de la célébration du Baptême. Il est bon qu’elle comporte aujourd’hui la célébration du Baptême pour ceux qui ont suivi le chemin du Catéchuménat, au cours duquel ont eu lieu les étapes préparatoires à ce sacrement.

La confirmation suit normalement le Baptême (elle peut être célébrée plus tard pour des raisons pastorales). Avec l’Eucharistie, ces trois sacrements constituent l’Initiation chrétienne.

Tous les fidèles s’unissent à la célébration du Baptême, de façon particulière, grâce au renouvellement de leur propre Baptême, dans le rite de la rénovation de la profession de foi baptismale suivi de l’aspersion avec l’eau nouvellement bénite par le célébrant. Le sens baptismal de cette veillée est donc pour tous.

L’Eucharistie

Le sommet de la veillée est l’Eucharistie, présence du Christ Ressuscité à son Église comme au repas d’Emmaüs (évangile qui est lu le soir de Pâques).

II. Le Triduum pascal

Autour de la veillée pascale, se sont développés les trois jours (du jeudi soir au dimanche soir). Le triduum pascal a ses racines dans la pratique des pèlerins de Jérusalem qui désiraient suivre pas à pas les événements rapportés dans les Évangiles.

Nous avons ainsi une célébration pascale en plusieurs jours.

Cependant, c’est l’unité et la totalité du mystère pascal qui est célébré.

L’expression “trois jours”, ou “troisième jour” fait partie de la proclamation de la foi: c’est le noyau central du “Credo”: “Il est ressuscité, le troisième jour, selon les Écritures” (cf. I Cor. 15, 4 et Ac 10, 40).

 

 

 

 

 

 

Le Jeudi Saint

La messe du Jeudi Saint

C’est la première célébration du triduum pascal. Elle a lieu le soir, en mémoire de la Cène (repas du soir) où Jésus institua l’Eucharistie.

“La nuit où il était livré, il institua le sacrifice eucharistique de son Corps et de son Sang pour perpétuer le Sacrifice de la Croix au long des siècles, jusqu’à ce qu’il vienne, et en outre pour confier à l’Église, son épouse bien-aimée le mémorial de sa Mort et de sa Résurrection: sacrement de l’amour, signe de l’unité, lien de la charité, banquet pascal dans lequel le Christ est mangé, l’âme est comblée de grâce, et le gage de la gloire future nous est donné.” Constitution sur la Liturgie (SC 47)

Le lavement des pieds

A ce repas, S. Jean dit que Jésus a lavé les pieds de ses disciples (Jn 13) et leur a laissé le grand commandement de l’amour au moment où lui-même manifestait cet amour par le don de sa vie pour les siens. Le rite du lavement des pieds au cours de cette célébration rappelle le geste de Jésus.

“Soudain Jésus brûle d’amour:

il se lève de table

et commence à réaliser les mystères,

à parachever la Pâque véritable”

       Saint Ephrem,

Théologien et poète (4e siècle)

Le “reposoir”

A l’Eucharistie du Jeudi-Saint, sont consacrées des hosties pour la communion du Vendredi-Saint. Elles sont conservées dans un lieu de l’église où il est possible de prier. L’histoire de la liturgie a vu se développer-là une adoration de l’Eucharistie. Ce temps de prière est aussi destiné à suivre et accompagner Jésus à Gethsémani, et à veiller avec lui, sans être une reconstitution historique des événements de la Passion.

La matinée et l’après-midi du Jeudi-Saint ne font pas partie du Triduum pascal qui ne commence qu’avec la messe du soir. La matinée comporte cependant une célébration importante: la “messe chrismale”.

La messe chrismale

C’est la messe au cours de laquelle l’évêque consacre le Chrême (pour la Confirmation, l’Ordre, la consécration des églises) et bénit les autres huiles: l’huile des catéchumènes, l’huile des malades; le saint-chrême et l’huile des catéchumènes serviront pour le baptême et la confirmation conférés aux catéchumènes dans la nuit de Pâques.

Pour des raisons pratiques, la célébration de la messe chrismale peut avoir lieu, le mercredi ou le mardi de la semaine sainte.

Cette célébration a une dimension sacerdotale:

“La messe chrismale est l’une des principales manifestations du sacerdoce de l’évêque et le signe de l’union étroit des prêtres avec lui” Missel romain.

Les prêtres du diocèse y sont tous invités. Les fidèles le sont aussi. Et c’est le sacerdoce de tout le peuple de Dieu qu’exprime l’antienne d’ouverture du Missel romain:

A celui qui nous aime, Jésus-Christ

qui a fait de nous le royaume

et les prêtres de son Dieu et Père,

A lui gloire et puissance, pour les siècles des siècles

Antienne d’ouverture de la messe chrismale

(Ap 1, 6)

L’unique prêtre est Jésus-Christ qui s’offre à Dieu son Père sur la Croix pour le salut du monde et confie à son Église l’Eucharistie. C’est ce que nous célébrons le soir du Jeudi-Saint.

Le Vendredi Saint

Le vendredi-Saint commémore la Passion du Seigneur. A Jérusalem, au 4e siècle, la liturgie itinérante, dont nous avons parlé, suivait le chemin qu’a suivi Jésus jusqu’au Golgotha. La célébration comporte une liturgie de la Parole avec la lecture de la Passion selon Saint Jean, suivie d’une Prière universelle très développée. Son texte est ancien; cette prière universelle était restée la seule utilisée jusqu’à la réforme de Vatican II, la prière universelle ayant pratiquement disparu des célébrations.

Vient ensuite la Vénération de la Croix après sa présentation par le prêtre: elle est vénérée solennellement par l’assemblée, par un geste (prostration ou agenouillement) et un instant de silence, puis chacun vient ensuite la baiser ou la vénérer par un autre geste.

Il n’y a pas de célébration de l’Eucharistie, ce jour-là, mais une communion au pain consacré la veille: ce jour de jeûne est aussi jour de jeûne par rapport à la célébration des sacrements.

Cette liturgie austère et grave est cependant déjà marquée par la Résurrection, comme le chante en particulier une antienne:

“Ta Croix, Seigneur, nous l’adorons

et ta sainte Résurrection, nous la chantons:

c’est par le bois de la Croix

que la joie est venue sur le monde.”

Le Samedi Saint

Le Samedi Saint prolonge le Vendredi Saint dans le jeûne et le “silence du tombeau”.

La liturgie ne comporte que la Liturgie des Heures; pas de célébration des sacrements. C’est l’attente de la Veillée pascale.

Les derniers rites de préparation au Baptême peuvent avoir lieu.

L’Église veille ce samedi avec Marie dont la place, dans la liturgie de ces jours, est très discrète.

—— chercher dans la liturgie de ces jours

(lectures, chants, prières):

des aspects humains

des aspects spirituels

des aspects théologiques.

Le Jour de Pâques

Si le sommet de la célébration pascale est la veillée de la nuit de Pâques, la journée du dimanche célèbre encore la Résurrection du Christ et par une messe comportant d’autres lectures que celles de la nuit, et par la Liturgie des Heures .

L’Alléluia qui a jailli dans la nuit est repris le jour et durant les cinquante jours de Pâques.

III. Le temps pascal

Dès le 3e siècle — peut-être plus tôt — le jour de Pâques se prolonge en une Cinquantaine ou Pentecôte: ces cinquante jours sont comme un seul jour de fête et de joie:

“Voici le jour que le Seigneur a fait

              Jour de fête et de joie”

                         Ps 117

“C’est le temps où le Seigneur ressuscité se manifesta fréquemment aux disciples, le temps où la grâce du Saint-Esprit leur fut communiquée, et qui laissa entrevoir à leur espérance le retour du Seigneur” TertullieN (vers 200)

Durant la Cinquantaine pascale, comme le dimanche,

on ne jeûne pas

on prie debout et non à genoux

le chant de l’Alléluia retentit.

“Voici que nous chantons l’Alléluia:

il est doux, il est joyeux,

il déborde de grâce et de tendresse”

                   S. Augustin

Et S. Augustin continue en disant que ce chant de l’Alléluia est le chant de l’éternité, que nous chanterons sans nous lasser.

La Pentecôte

Les cinquante jours restent indifférenciés aux trois premiers siècles. Ce n’est qu’à partir du 4e siècle que le cinquantième jour est plus spécialement marqué par la célébration de la venue de l’Esprit-Saint et le début de la prédication évangélique, le jour de la Pentecôte juive, selon le récit des Actes des Apôtres.

L’Octave de Pâques

L’octave de Pâques (ou les huit jours qui suivent Pâques, jusqu’au dimanche suivant inclus) a également un relief particulier. Ces jours ont été organisés au 4e siècle pour la catéchèse “mystagogique” des baptisés de Pâques, c’est-à-dire la catéchèse après le baptême qui explique les rites sacramentels après qu’ils ont été vécus. Nous avons des textes des catéchèses baptismales des Pères de l’Église: S. Cyrille de Jérusalem, S. Augustin, ainsi que Théodore de Mopsueste. Les lectures évangéliques de ces jours sont les récits des apparitions de Jésus Ressuscité que les Pères commentaient aussi:

“Vous avez été conduits près de la sainte piscine du divin baptême, comme le Christ de sa croix au tombeau tout proche. Et chacun fut interrogé: croyait-il au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit? Et vous avez professé la profession salvatrice, par trois fois vous vous êtes plongés dans l’eau et vous avez émergé symbolisant ainsi le triduum du Christ au tombeau. Quand vous étiez immergés, vous étiez dans la nuit et vous n’avez plus rien vu, tandis qu’en sortant de l’eau, vous vous trouviez comme en plein jour. C’est dans le même acte que vous mouriez et que vous naissiez.” S. Cyrille de Jérusalem

L’Ascension

L’Ascension se différencie comme la Pentecôte à partir du 4e siècle, au quarantième jour après Pâques, selon le récit des Actes des Apôtres pour célébrer la montée de Jésus au ciel.

Ce jour célèbre surtout la gloire du Christ Ressuscité à laquelle l’humanité est appelée à participer.

“Dieu qui élève le Christ au-dessus de tout, ouvre-nous à la joie et à l’action de grâce, car l’Ascension de ton Fils est déjà notre victoire: nous sommes les membres de son Corps, il nous a précédés dans la gloire auprès de toi et c’est là que nous vivons en espérance” Prière d’ouverture de la messe de l’Ascension

De l’Ascension à la Pentecôte

La prière de ces jours est un appel intense à l’Esprit-Saint:

“Vous allez recevoir une force, celle de l’Esprit-Saint qui viendra sur vous. Alors, vous serez mes témoins…” (Ac 1, 8)

avait dit Jésus à ses disciples.

La diversification de ces liturgies d’après les récits des Actes des Apôtres nous aide à mieux y entrer; cependant, il ne faut pas oublier que ce temps de Pâques célèbre le Mystère de Pâques dans sa totalité: Passion et Mort—Résurrection et Exaltation de Jésus.— Don de l’Esprit — Mission universelle de l’Église dans l’Attente du Retour du Christ. De plus, toute célébration liturgique est toujours célébration du Mystère pascal.

— A partir de textes liturgiques

(lectures bibliques, prières, hymnes, préfaces des messes)

voir ce qui est dit du temps de Pâques:

quelle est notre foi — notre espérance — nos demandes

— S. Benoît parle-t-il de la Solennité de Pâques? du temps pascal?

— Qu’en dit-il? Comment sont-ils caractérisés?

Au temps pascal, sans en faire partie, se rattachent les solennités de la Sainte Trinité, du Corps et du Sang du Christ: chacune de ces solennités est riche de sens (cf. ci-dessous le c. 5).

 

 

IV. Préparation à Pâques: le Carême

 

Le carême est le temps de préparation à Pâques

Durant les trois premiers siècles, cette préparation comprenait seulement un jeûne de deux jours, le vendredi et le samedi précédant Pâques: c’est l’origine de la Semaine Sainte.

Ensuite, le jeûne s’est encore développé: d’abord trois semaines, puis quarante jours sans compter les dimanches qui ne sont pas des jours de jeûne.

Les jeûnes étaient destinés à préparer

— Les Catéchumènes au Baptême dans la nuit de Pâques

— Les Pénitents à la Réconciliation (au temps de la Pénitence publique)

— Tous les Fidèles à la célébration de Pâques, par un temps de pénitence, en union avec les catégories précédentes.

Puis, ce temps s’est enrichi liturgiquement: d’abord marqué par le jeûne, il devint un temps liturgique avec des lectures bibliques et des textes de prières qui lui sont propres.

C’est en fonction du jeûne et de l’aspect pénitentiel de ce temps que les textes liturgiques ont été choisis et composés.

L’imitation du jeûne de Jésus au désert durant quarante jours donne aussi le sens de ce temps liturgique.

Les textes insistent sur ce qui doit accompagner la pratique:

— la prière et l’aumône (Mt 6)

— La lecture et la méditation de la Parole de Dieu

— se détourner du péché

Aimer Dieu et le prochain en faisant “l’aumône”

“Quel est le jêune qui me plaît? (dit Dieu)

N’est-ce pas faire tomber les chaînes injustes,

rendre la liberté aux opprimés?

N’est-ce pas partager ton pain avec celui qui a faim,

recueillir chez toi le malheureux sans abri,

ne pas te dérober à ton semblable?

                               Is 58, 9

“Laissez-vous réconcilier avec Dieu”

                               II Cor. 5, 20

Le Mercredi des Cendres

Le mercredi des Cendres ouvre le temps du Carême par l’imposition des cendres, geste pénitentiel lié au jeûne, geste courant dans la Bible et très parlant.

Le Carême et le symbolisme des quarante jours

Le nombre 40 a donné son nom au Carême. Le symbolisme de ce nombre se trouve dans l’Ancien et le Nouveau Testament:

Ainsi, les Hébreux ont séjourné 40 ans au désert avant l’entrée en Terre Promise: c’est un temps d’épreuve et de grâce, un temps de foi, où on ne s’appuie que sur Dieu (Dt 8, 2-6).

Moïse et Élie ont rencontré Dieu pendant 40 jours: tandis que ce fut 40 jours et 40 nuits pour Moïse; ce fut après 40 jours et 40 nuits de marche pour Élie (Ex 24, 18; I R 19, 18).

Pour Jésus, c’est le temps de sa tentation au désert et de son combat spirituel dans le jeûne (Mt 4, 2). La mention de 40 jours et de 40 nuits est symbolique et rappelle les événements de l’Ancien Testament. Le désert est le lieu du choix définitif pour Dieu.

Le temps du Carême est aussi le temps de la tentation et du combat:

“Le serpent est au bord de la route, guettant ceux qui passent: il suit des yeux ceux qui sont en train de se sauver et cherche à les dévorer. Garde ton âme pour qu’il ne puisse la saisir” S. Cyrille de Jérusalem

Le temps de la tentation et du combat spirituel est aussi celui de tout chrétien.

Le premier dimanche du Carême nous fait lire le récit de la tentation de Jésus au désert.

Carême et préparation au Baptême

Dès le 4e siècle, les baptêmes étaient célébrés dans la nuit de Pâques, comme ils le sont aujourd’hui et le Carême fut, dès le début, le temps de préparation au Baptême. Le jeûne est une des composantes essentielles du catéchuménat, grand élément du combat spirituel. Toute la communauté chrétienne le vit avec eux.

Le temps du Carême s’est ensuite organisé en fonction des diverses étapes du catéchuménat.

C’est le temps de la prière pour les catéchumènes (des “scrutins” et de la transmission du “Notre Père”).

Et le temps de leur catéchèse, avec la transmission du “Credo”. Certaines lectures bibliques sont particulièrement adaptées à cette catéchèse, comme l’évangile de la Samaritaine, celui de l’aveugle de naissance et celui de la résurrection de Lazare (Jn 4; 9; 11).

La Semaine sainte

La dernière semaine avant Pâques ou “Semaine Sainte”, ou encore “Grande Semaine” (pour les Orientaux), nous fait suivre de plus près Jésus qui va subir la Passion et la Mort.

Elle s’ouvre par le Dimanche des Rameaux et de la Passion. La procession des Rameaux vient d’un usage antique de Jérusalem: elle célèbre l’entrée de Jésus à Jérusalem, et elle acclame le Messie.

Le récit de la Passion est le second aspect de cette célébration. Il y a un aspect déjà pascal dans cette célébration.

Il ne s’agit pas de mimer un événement historique mais, comme en toute célébration liturgique, de marcher aujourd’hui à la suite de Jésus et de l’acclamer comme Sauveur du monde en sa Pâque.

Le Carême proprement dit se termine avec le Triduum pascal, c’est-à-dire le jeudi-saint avant la Célébration de la Cène.

La messe chrismale, dont nous avons déjà parlé, a lieu juste avant le Triduum pascal et réunit les prêtres autour de l’évêque.

La célébration de la Réconciliation se situe bien en cette fin du carême: soit en une célébration communautaire, soit en une célébration individuelle.

A Rome, vers les 6e et 7e siècles, avait lieu avant la fête de Pâques la Réconciliation des Pénitents. La “Pénitence publique”, n’existe plus; mais la démarche de pénitence et de réconciliation de tous les chrétiens doit garder un sens communautaire et ecclésial.

—— A partir de textes liturgiques

(lectures, prières, hymnes)

retrouver les grands thèmes du Carême.

—— S. Benoît parle-t-il du Carême?

Qu’en dit-il?

—— Comment vivons-nous notre propre baptême

en ce temps liturgique?

 

 

Chapitre V

Noel--Épiphanie — Avent

Origine et sens des Fêtes de Noël et de l’Épiphanie

Contrairement au Dimanche et à Pâques dont l’origine remonte au jour même de la Résurrection du Christ, les deux fêtes de Noël et de l’Épiphanie n’apparaissent qu’au 4e siècle qui, après la paix de l’Église, voit un grand développement de la vie de l’Église et de sa liturgie.

Il s’agit de christianiser des célébrations païennes du Soleil au moment du solstice et de les remplacer par celles du Christ, “Soleil de Justice” (Mal 4, 2) et “Lumière du monde” (Jn 2 et 8; Is 9).

A l’origine le 25 décembre à Rome et le 6 janvier en Orient sont équivalents. Puis Rome et l’Orient adopteront chacun les deux dates en les différenciant.

Noël à Rome célèbre le Christ-Soleil, le “Soleil invaincu” (“Sol invictus”): c’est une fête de gloire et en même temps la naissance du Christ selon la chair, son Incarnation et sa venue dans notre monde (c’est le sens du mot latin “Adventus”).

En effet “Adventus” (Avent) “Natale” (Nativité) et le mot grec “Epiphania” (Épiphanie) désignent à peu près la même réalité: la Manifestation.

“La grâce de Dieu s’est manifestée (mot grec: Epiphania) pour le salut de tous les hommes. C’est elle qui nous apprend à rejeter le péché… pour vivre dans le monde présent en, hommes raisonnables… et pour attendre le bonheur que nous espérons avoir quand se manifestera la gloire de Jésus-Christ, notre grand Dieu et notre Sauveur” Tite 2, 11-13 (Lecture de la nuit de Noël)

Les deux manifestations du Christ sont: sa venue en notre monde (sa naissance en notre humanité), et sa manifestation dans la gloire, que nous attendons; ce dernier thème sera très présent dans la liturgie de l’Avent.

Le 6 janvier en Orient célèbre la même réalité. Cette date sera plus tard adoptée à Rome pour célébrer la manifestation de Jésus aux Mages et par eux au monde. L’Orient adoptera également la célébration du 25 décembre.

L’insistance sur l’enfance et la naissance de Jésus est plus tardive. S. François d’Assise y a été sensible, et a réalisé une crèche. Cet aspect devint traditionnel à partir de cette époque (13e siècle).

La célébration de Noël

La célébration de Noël est centrée sur la naissance de Jésus. Cette naissance est orientée vers le mystère de Pâques toujours présent dans la liturgie. Nous y trouvons déjà les grands thèmes de Pâques: Jésus vient nous sauver pour que nous vivions d’une vie nouvelle et devenions “participants de la nature divine”.

Les trois messes

—— Initialement, à Rome, était célébrée une messe par le Pape avec la lecture du Prologue de l’Évangile de S. Jean qui affirme la divinité du Verbe qui vient en notre chair.

—— A Bethléem une messe se célébrait la nuit à la grotte de la Nativité avec la lecture du récit de la nativité de Jésus (Lc 2, 1-14). Cet usage fut adopté à Rome et par tous.

Cette célébration nocturne a une dimension pascale: c’est la venue de la lumière dans les ténèbres de l’humanité.

Is 9 est un texte messianique qui décrit le salut comme une lumière. C’est le chant de Noël car il parle de la naissance d’un enfant; et le chant de la Paix car cet enfant apportera la Paix.

—— Une troisième messe peut être célébrée à l’aurore avec des textes propres

—— Enfin, une messe (récente) est propre à la veille au soir.

Le “Gloire à Dieu” (Gloria) est l’une des plus anciennes hymnes chrétiennes. On le chante à la messe des dimanches et solennités; mais primitivement, il n’était chanté qu’à Noël, puis à Pâques (primitivement aussi chanté à Laudes, puis à la messe). C’est le chant de Noël car il commence par le chant des anges, à la naissance de Jésus, dans le récit de S. Luc (2, 14). Ce message des anges est tourné vers Dieu et vers les hommes:

“Gloire à Dieu au plus haut des cieux,

         et paix sur la terre aux hommes qu’il aime”

La célébration de l’Épiphanie

La manifestation à toutes les nations

L’Épiphanie célèbre la manifestation aux mages, de la venue de Jésus; ceux-ci s’étant rendus à Bethléem (Mt. 2, 1-12). Au-delà de ces hommes venus de loin, l’Épiphanie célèbre l’universalité du salut.

Aujourd’hui, tu as dévoilé dans le Christ

le mystère de notre salut

pour que tous les peuples en soient illuminés”

Préface de la messe

Dans la liturgie de Noël:

comment les textes parlent-ils

—— de la lumière et des ténèbres?

—— du thème de la paix et de la joie?

Dans la liturgie de l’Épiphanie:

—— comment les textes parlent-ils

de la manifestation du Salut à tous les peuples?

La fête du Baptême du Christ

Le Baptême du Christ dans le Jourdain est encore une manifestation du salut donné aux hommes: le Christ est déclaré Fils; il est l’Agneau de Dieu qui efface le péché du monde.

Cette fête est orientée vers Pâques et le baptême des chrétiens.

La 3e manifestation, le miracle de l’eau changée en vin, à Cana, est elle aussi orientée vers Pâques. Elle a sa place dans la liturgie. L’évangile en est proclamé, dans la liturgie actuelle, le 2e dimanche du temps ordinaire de l’année C.

Les trois manifestations sont présentes dans la liturgie de l’Épiphanie et du Baptême du Christ. L’antienne latine de “Magnificat” pour la fête de l’Épiphanie les cite toutes les trois.

Autres célébrations pendant le temps de Noël

—— Le 8e jour après Noël, on célèbre Marie, la Mère de Dieu. C’est la plus ancienne célébration de Marie, dans le cadre de Noël.(Cf. ci-dessous, le c. sur les fêtes mariales)

—— Le temps de Noël se termine par la Fête du Baptême du Seigneur, nous l’avons dit.

—— Enfin, sans appartenir liturgiquement au temps de Noël, la fête de la Présentation de Jésus au Temple, 40 jours après Noël, s’y rattache par le sens. Elle est aussi orientée vers Pâques, comme le Baptême du Seigneur.


 

L’Avent

C’est le temps de préparation à Noël et Épiphanie. Il dure environ 4 semaines.

Le mot Avent est la traduction du mot latin “adventus” manifestation, ou avènement (cf. ci-dessus, c. II). Il pourrait désigner la célébration de Noël et de l’Épiphanie également, mais son sens s’est réduit au temps qui prépare à ces fêtes. C’est un temps où la liturgie est très riche et dense.

Le sens de l’Avent

L’Avent se présente comme un temps d’attente.

L’attente caractérise l’histoire du peuple d’Israël dans l’Ancien Testament, en relation avec les promesses de Dieu.

Les promesses de Dieu caractérisent la liturgie de l’Avent qui fait lire beaucoup de textes de l’Ancien Testament (spécialement le Livre d’Isaïe). Israël est tout entier tourné vers la venue du Messie, qui est la venue de Dieu dans le pardon et le renouvellement.

L’attente de l’Église. Nous savons que le Messie est venu, il ne s‘agit pas de revivre l’attente d’Israël, mais le chrétien est tendu vers la plénitude du Règne de Dieu, vers l’heure où il rencontrera Dieu personnellement et cette heure où le monde entier sera renouvelé et s’épanouira en Royaume de Dieu.

C’est dans l’Eucharistie que nous rencontrons aujourd’hui le Seigneur

“Quand nous mangeons ce pain

et buvons à cette coupe,

nous célébrons le mystère de la foi:

Nous rappelons ta mort, Seigneur Ressuscité,

et nous attendons que tu viennes.”

Chant de l’anamnèse de la Messe

Nous avons dans ce temps de l’Avent les trois dimensions de la Liturgie: le passé, le présent, l’avenir ou “à venir”, et les trois se réalisent aujourd’hui.

—— A partir des textes liturgiques de l’Avent,

retrouver ces trois dimensions du temps:

passé, présent, avenir

—— Quelle est notre attente?

—— Noter le mot “aujourd’hui” dans les textes

de la liturgie de Noël

(“hodie” en latin)

On peut remarquer que les textes liturgiques et bibliques du temps de l’Avent, dont un certain nombre sont marqués par l’attente de la venue du Seigneur, trouvent un écho dans ceux de la fin de l’année liturgique.

Temps de conversion. L’Avent est lié à l’attente: nous sommes invités à être vigilants car “nous ne savons ni le jour ni l’heure” (Mt 8, 5-11).

Les  répons de l’Avent montrent bien cette exigence de conversion:

Rejetez le péché et les passions d’ici-bas pour vivre dans le monde présent en hommes raisonnables, justes et religieux, et pour atteindre le bonheur que nous espérons (cf. Tite 2, 11-13)

Exigence rappelée encore dans la nuit de Noël par la lecture de ces mêmes versets, à la messe.

La dernière partie de l’Avent: du 17 au 24 décembre

La dernière partie de l’Avent est plus directement orientée vers Noël: les lectures rappellent les événements précédant immédiatement la naissance de Jésus dans S. Matthieu et S. Luc.

La Liturgie des Heures est alors très dense. Les antiennes du “Magnificat” (Cantique de Marie), dites “Antiennes O” sont toutes un intense appel à la venue du Christ. Elles sont inspirées de nombreux thèmes bibliques importants.

Tandis que dans la première partie de l’Avent, la figure de Jean-Baptiste est présente, par sa prédication et son annonce de celui qui vient après lui; dans la seconde, le même Jean-Baptiste, en raison de sa naissance, est présenté comme le Précurseur de Jésus. Ensuite, au temps de Noël, nous l’avons dit, il est présent à la fête du Baptême du Seigneur.

Marie, la Mère de Jésus, est présente, surtout la dernière semaine de l’Avent

“Marie et Jean Baptiste tous deux en référence totale à l’Autre, le Christ, s’oubliant dans une humilité et totale transparence comme “Ami de l’Époux” et “Servante du Seigneur” Paul Evdokimov

chapitre VI

Le temps “ordinaire” pendant l’Année

Nous avons vu que le cycle de Pâques (Carême et Temps Pascal) est un temps de 13 semaines et le cycle de Noël, un temps de 6 semaines environ. Les 34 ou 33 autres semaines constituent ce qu’on appelle le Temps ordinaire ou “Pendant l’année” (en latin, “per annum”). Il commence après la fête du Baptême du Seigneur et se voit interrompu par le Carême; il continue aussitôt après la Pentecôte jusqu’à l’Avent. Le temps liturgique cependant n’est jamais “ordinaire” au sens courant du terme. En effet,

“La liturgie est le sommet auquel tend l’action de l’Église et en même temps la source d’où découle toute sa vertu” Constitution sur la liturgie du Concile Vatican II (SC 10)

Tous les jours, la liturgie édifie les membres de l’Église pour en faire un temple saint dans le Seigneur, une habitation de Dieu dans l’Esprit… C’est d’une façon étonnante qu’elle fortifie leurs énergies pour leur faire proclamer le Christ, et ainsi elle montre l’Église à ceux qui sont dehors…” Constitution sur la liturgie du Concile Vatican II (SC 2)

La liturgie est “épiphanie” de l’Église

“Pour l’accomplissement d’une si grande oeuvre, le Christ est toujours là auprès de son Église… il s’associe toujours l’Église…” Constitution sur la liturgie du Concile Vatican II (SC 7)

“Les actions liturgiques qui sont célébrées au long de l’année et des jours célèbrent le mystère du Christ” Constitution sur la liturgie du Concile Vatican II (SC 6)

 

Le Dimanche

Le Dimanche est la célébration chrétienne la plus ancienne et le “jour de fête primordial” (SC 106). Ceci est vrai de chaque dimanche.

— Certains dimanches appartiennent à un temps liturgique particulier: dimanches de l’Avent, du Temps pascal, etc.

— Les autres sont dits du “temps ordinaire”. Les lectures des messes sont des lectures continues (ou semi-continues car les passages sont choisis dans l’ordre, mais les livres bibliques ne sont pas lus tout à fait en entier). Ceci est vrai des lectures évangéliques et de celles du Nouveau Testament. Les lectures de l’Ancien Testament sont choisies en fonction de la lecture évangélique.

La Liturgie des Heures marque beaucoup le caractère pascal de chaque dimanche

 

Chapitre VII

Les fetes et solennités du seigneur

Les fêtes du Seigneur sont d’origines diverses.

La Fête de la Présentation de Jésus au Temple

La fête de la Présentation du Seigneur, le 2 février, commémore la venue de Jésus au temple de Jérusalem, comme le rapporte S. Luc (Lc 2, 22-40). Cette fête est importante en Orient, à Jérusalem, où elle a son origine, dès le 4e siècle, et où elle est nommée “Fête de la Rencontre”.

La liturgie comporte une procession avec des cierges pour célébrer le Christ, “Lumières des nations”, selon les parole de Syméon.

La solennité de l’Annonciation du Seigneur

La solennité de l’Annonciation du Seigneur (25 mars) commémore l’annonce de l’ange à Marie, et la conception de Jésus en elle; le “fiat” de Marie qui répond à l’ange, envoyé du Père, et celui que Jésus adresse à son Père, en entrant dans le monde (cf. He 10), se font écho. Ce jour est, de façon indissociable, une fête de Marie et une fête du Seigneur.

La Trinité, le Corps et le Sang du Christ et le Sacré-Coeur de Jésus

Les trois solennités qui suivent le temps pascal sont des célébrations relativement récentes et limitées à l’Église d’Occident. Leur célébration ne s’intègre pas comme les autres dans la suite organique des dimanches de ce temps, n’état pas liées à un dimanche ou à une semaine fixe. Elles tranchent cependant avec le Temps ordinaire où l’on ne célèbre pas un aspect particulier du mystère du Christ, mais où l’on commémore plutôt le mystère même du Christ  dans sa plénitude, particulièrement le dimanche. (Normes universelles de l’année liturgique, n° 43).

La solennité du Christ Roi de l’univers

Cette solennité termine l’année liturgique comme un couronnement dans une vision globale et universelle. Cette fête, récente (20e siècle), a varié quant à la date de sa célébration et à son contenu. Célébration de gloire, elle nous montre aussi l’humilité du Christ, sa royauté affirmée dans sa Passion et sa proximité de pasteur de ses brebis

Trois fêtes importantes en Orient et en Occident:

La Transfiguration du Seigneur

La Transfiguration du Seigneur, le 6 août. A l’origine c’est la date anniversaire de la Dédicace de la basilique du Mont Thabor, lieu de la Transfiguration du Seigneur Jésus. Cet événement de la vie du Seigneur a une grande importance, surtout en Orient: il exprime la théologie de la divinisation de l’homme.

La Croix glorieuse

La Croix glorieuse, le14 septembre, commémore la découverte de la Croix du Christ à Jérusalem et la Dédicace de la basilique de la Résurrection, bâtie, au 4e siècle, sur le lieu de la crucifixion de Jésus. C’est une grande fête, en Occident comme en Orient, en l’honneur de la Croix du christ.

La Dédicace des églises

La Dédicace des églises est la liturgie qui consacre une maison-église comme lieu de la prière et de la célébration Eucharistique tout spécialement, et comme lieu de l’assemblée liturgique. Rappelons que le mot “Église” (“ecclesia”) signifie en premier lieu l’Assemblée liturgique). La Dédicace est donc une célébration de l’Église, Épouse du Christ, Temple de l'Esprit, dont les chrétiens sont les “Pierres vivantes”, bien plus importantes que les pierres matérielles.

“Tu veux habiter cette maison de prière

afin que ta grâce, toujours offerte,

fasse de nous un Temple de l’Esprit,

resplendissant de ta sainteté;

de jour en jour, tu sanctifies l’Épouse du Christ,

l’Église,

dont nos églises sont ici-bas l’image

jusqu’au jour où elle entrera dans la gloire du ciel.

PrÉface de la DÉdicace des Églises

Chaque église célèbre chaque année l’anniversaire de sa propre Dédicace.

On célèbre aussi la Dédicace de la basilique de Rome, Saint Jean de Latran (9 novembre).

D’autres fêtes de la Dédicace sont à l’origine de quelques célébrations (cf. ci-dessus, la Transfiguration du Seigneur).

—— D’après les textes liturgiques de l’une de ces fêtes,

chercher quels en sont les thèmes?

—— Que nous disent-ils du Christ?

—— Ces célébrations contribuent-elles

à faire du dimanche et de Pâques

les célébrations les plus importantes?

—— Qu’est-ce que ces textes liturgiques

nous disent de la vie du chrétien?

 

Chapitre VIII

Les fetes des saints et de la Vierge Marie

L’origine du culte des saints: les Martyrs

Le judaïsme contemporain de Jésus honorait les “justes”, mais c’est autour des tombes des martyrs qu’est né le culte des saints dans le christianisme. C’est d’abord une forme du culte des défunts.

La mort des martyrs prend un sens aux yeux des chrétiens qui relisent dans leur mort la Passion du Christ. Ainsi, en est-il, par exemple dans les Actes des Apôtres: l’accusation portée contre Étienne et ses paroles au moment de mourir ressemblent à celles de Jésus lui-même; et il tient ses yeux fixés sur Jésus “debout à la droite de Dieu” (Ac 6, 11-14 et 7, 55-60).

Le livre de l’Apocalypse nous montre le triomphe des élus dans le ciel:

“Ceux qui viennent de la grande épreuve ont lavé leurs robes et les ont blanchies dans le sang de l’Agneau” (Ap 7, 14).

Mais au centre de cette vision, il y a celui qui siège sur le trône, et l’Agneau.

Parmi les martyrs, les Apôtres ont droit à une place et une vénération particulière, S. Pierre et S. Paul en premier lieu.

Également Jean-Baptiste, le plus grand des enfants nés de la femme.

Au 2e siècle, nous avons un beau témoignage des chrétiens à propos de Polycarpe, évêque de Smyrne et disciple de S. Jean, martyrisé en 155:

“Nous avons recueilli ses ossements plus rares et plus précieux que les pierres de grand prix. Nous les avons déposés au lieu qui convenait. Que le Seigneur nous donne de nous retrouver là quand nous pourrons, dans la joie et l’allégresse, célébrer le jour anniversaire de son martyr, fêter la mémoire de ceux qui sont partis et préparer ceux qui devront suivre.”

La prière d’ouverture de la messe de la fête de ce saint exprime en condensé ce qu’est le culte des martyrs:

“Accorde-nous à sa prière, de prendre part comme lui, à la coupe du Christ, pour ressusciter à la vie éternelle.”

— Le saint est un intercesseur: il prie pour ceux qui sont sur la terre

— Il est un modèle. Ce qu’il faut imiter en lui, c’est sa participation à la coupe du Christ, c’est-à-dire à sa Passion et à sa mort afin de ressusciter aussi avec le Christ. Le martyr a participé au mystère pascal du Christ, et c’est cela que la communauté chrétienne célèbre.

Le culte auprès de la tombe du martyr comportait certainement des lectures bibliques et la célébration de l’Eucharistie, au jour anniversaire de sa mort et sur sa tombe.

En définitive, en célébrant la fête des martyrs, c’est Dieu seul que l’on prie, et c’est le Christ, en son mystère pascal, que l’on célèbre.

Nous avons bien d‘autres témoignages par rapport aux martyrs.

Les Confesseurs de la foi: évêques ou non

Le culte des saints s’est ensuite étendu aux “confesseurs de la foi”, c’est-à-dire à ceux qui avaient confessé leur foi dans la persécution sans avoir à verser leur sang.

Les évêques, en ce cas, étaient spécialement honorés par les fidèles de leur Église.

Les diverses formes de sainteté

— Les ascètes et les vierges sont honorés comme les martyrs et les confesseurs: la vie ascétique est perçue par beaucoup dans les premiers siècles comme un martyre qui dure la vie entière

“Mortifiez et crucifiez votre corps, vous recevrez la couronne du martyre” S. Jean Chrysostome

Il s’agit d’une participation au mystère de mort et de résurrection du Christ

S. Martin, évêque de Tours (4e siècle) est vénéré comme moine et comme évêque et évangélisateur. Sa sainteté est considérée comme égale à celle d’un martyr.

Au long des siècles, le nombre des saints et les formes de sainteté, honorés dans la liturgie, se sont beaucoup plus étendus.

“Tu es glorifié dans l’assemblée des saints:

lorsque tu couronnes leurs mérites,

tu couronnes tes propres dons.

Dans leur vie, tu nous procures un modèle,

dans la communion avec eux, une famille

et dans leur intercession, un appui

afin que, soutenus par cette foule immense de témoins,

nous courions jusqu’au bout

l’épreuve qui nous est proposée

et recevions avec eux

l’impérissable couronne de gloire

par le Christ, Notre Seigneur

prÉface des saints

 

 

L’année liturgique et le calendrier ont connu des surcharges par l’augmentation des célébrations de saints. Le concile, Vatican II (1962-1965), ainsi que des réformes qui l’avaient précédé ont redonné un équilibre à l’année liturgique

— en privilégiant le dimanche comme “jour de fête primordial”

— en privilégiant les célébrations du Seigneur: tout d’abord, la fête de Pâques et la veillée pascale.

Pour conserver la richesse du Sanctoral (célébrations des saints) sans lourdeur, l’actuel calendrier liturgique des saints comporte:

— quelques Solennités et Fêtes des plus grands saints de l’Église universelle (en premier lieu, les Apôtres)

— des Mémoires de saints de l’Église universelle

— des Mémoires facultatives

— des célébrations locales de saints d’Églises locales (diocèses, nation, paroisses, familles religieuses)

Lire la Consitution sur l’Église: Lumen gentium (LG 49-50)

Les fêtes de la Vierge Marie

Les fêtes de la Vierge Marie apparaissent dans le calendrier liturgique à partir du 4e siècle, et surtout après le 5e siècle et le concile d’Éphèse (431) qui a défini Marie comme Mère de Dieu.

C’est dans la liturgie de Noël et du temps de Noël, depuis la dernière semaine de l’Avent (liturgies apparues également vers le 4e siècle) que Marie est surtout présente. Comme le disait Paul VI (Le culte marial), le culte de Marie a comme “point de référence indispensable, le Christ” dans son mystère de l’Incarnation. Marie est également associée à la vie de l’Église et à sa naissance à la Pentecôte (Jean-Paul II: Redemptoris Mater).

La Solennité de la Mère de Dieu

La solennité de la Mère de Dieu (1er janvier), le 8e jour après Noël (jour octave), exprime la référence indispensable d’une fête de Marie au mystère du Christ: la liturgie qui est encore celle de Noël, regarde cependant Marie, sa mère. C’est, nous l’avons dit, la plus ancienne fête mariale; orientée aussi, à certaines époques, vers la circoncision de Jésus.

Autres Solennités et Fêtes

Sur l’Annonciation (25 mars), fête du Seigneur et indissociablement de Marie, cf. ci-dessus, le c. VII. La date de la fête est liée à celle de Noël.

L’Assomption (15 août), cette fête est très ancienne. Pourtant, sa véritable portée théologique n’a été définie que récemment par le dogme de l’Assomption (1950): Marie est “dans la gloire de son Fils

L’Immaculée Conception (8 décembre), fête de Marie “comblée de grâce” depuis le premier instant de sa conception pour être “une demeure digne de son Fils”. Le dogme ne fut défini de façon précise qu’en 1854.

Fêtes et Mémoires

La Nativité de Marie (8 septembre) revêt une grande importance dans les liturgies orientales. Elle est en lien avec l’Immaculée Conception.

La Visitation (31 mai). L’Évangile met l’accent sur la Présence du Christ en Marie qui suscite la joie et l’action de grâces avec le “Magnificat”.

D’autres fêtes et mémoires existent encore (dévotions; pèlerinages; familles religieuse)

Fêter Marie, c’est fêter le Christ et reconnaître la place de sa Mère dans le plan de Dieu; c’est aussi reconnaître le rôle de celle-ci dans l’Église dont elle est la figure et l’image, “signe d’espérance pour le peuple de Dieu en marche” ConsTitution sur l’Église: Lumen gentium (LG 68).

Lire le c. VIII de la Consitution sur l’Église: Lumen gentium, spécialement le n° 66.

Bibliographie

Sur l’Année Liturgique

Martimort, L’Église en prière, Desclée, éd. 1984, t. IV, p. 13-163.

— Sous la direction de J. Gelineau, Dans vos assemblées (t. I, p. 102-122; cf. la Bibliographie et la p. 122)

A. Adam, La Liturgie aujourd’hui, Brépols, p. 262-300.

— A. Nocent, Célébrer Jésus-Christ (L’année Liturgique, ed. J. P. Delarge (épuisé) 7 vol.

Jours du Seigneur Publications de Saint André - Brépols (7 vol.) Commentaires des textes liturgiques

— J. DaniÉlou, Bible et Liturgie, Cerf 1951.

— Revue Célébrer (CNPL, Cerf) n° 178-181

— Revue La Maison-Dieu 65 (1961); 147-148 (1981)

Sur le dimanche

Le Jour du Seigneur éd. Robert Laffont, 1948

Enzo Bianchi, Le Jour du Seigneur, Mame.

Jean-Paul II, Dies Domini 1998

Sur le cycle de Pâques

La Maison-Dieu 67-68 (1961); voir aussi n° 26; 37; 41; 45

Sur les Saints et la Vierge Marie

— Revue Liturgie (CFC), n° 81, 82, 88

Paul VI, Le culte marial.