Bulletin AIM 68, P. Francis Acharya, de Kurisumala


 

titre original : 'The Week of the Life-giving Passion and the Night of the Resurrection in the Syro-Malankara Church of Asia' 

 

Au rythme de la Semaine Sainte, le P. Francis Acharya nous fait entrer dans la richesse séculaire de la liturgie syro-malankar , expérience du mystère pascal vécu en union intime avec le Christ. De quoi renouveler notre célébration de la Pâque. Laissons-nous conduire.

La Semaine de la Passion et la Nuit de la Résurrection

dans l'Église d'Asie de rite syro-malankar

Prélude

Le prélude à la Passion de notre Seigneur est la célébration de Son jeûne de quarante jours. A la suite, le vendredi qui précède le dimanche des Rameaux, l'Église prie :

" C’est aujourd’hui la fin du Jeûne, et la Passion du Christ approche.

Bénis soient ceux qui l’ont réjouit par leur jeûne ;

Ils portent des dons spirituels pour le jour de la Résurrection ".

Les célébrations se déroulent suivant le récit évangélique, jour après jour ; on célèbre d'abord deux fêtes annonçant le mystère de Pâques : le trouble de Jésus à la mort de Lazare, suivi par la résurrection de Son ami, et, le jour suivant, Son entrée solennelle à Jérusalem.

Ces deux célébrations sont pour l’Église occasion de renouveler sa foi dans l’humanité et la divinité de son Seigneur. Les larmes de Jésus sur la tombe de Son ami témoignent de Son humanité, ainsi les amis juifs observent:" Comme il l’aimait ". Son pouvoir sur la mort révèle Sa divinité quand Il commande d’une voix forte : 'Lazare, viens dehors !' et le mort sort, mains et pieds liés de bandelettes. Le dimanche des Rameaux, Il entre solennellement à Jérusalem, acclamé avec exubérance comme 'Messie' par les jeunes et le peuple ; Il n'est cependant pas intronisé dans la gloire, mais siège sur un pauvre petit âne, tandis que les Pharisiens murmurent contre Lui, percevant dans un tel événement une menace pour l’état juif :

" Notre Seigneur est venu dans ce monde dans l’humilité.

Poussé par Son amour de toutes créatures, Il se fait chair,

Et n’use pas de la monture ornée de la puissance.

Il monte un âne pour visiter Son peuple dans l’humilité ".

La prière de l’Église Syrienne durant cette semaine atteste une profonde compréhension du Mystère vécu par le Sauveur, Son amour pour les hommes et Son extraordinaire humiliation, afin de réconcilier l’humanité avec le Père. Belle expression de la culture chrétienne, ni latine ni grecque, cette prière appartient au monde de l’ancienne Asie sémitique. Les énoncés sont simples et directs ; d’inspiration très biblique, ils sont dépourvus de l’apport de la pensée philosophique occidentale postérieure. Ce sont de superbes écrits poétiques sur les mystères de la Passion, de la Mort et de la Résurrection de notre Seigneur.

Ces mystères sont célébrés simultanément durant toute une semaine, dans une seule optique : la mort du Fils de Dieu livré aux mains des hommes et Sa Résurrection d'entre les morts. Ils proclament Sa victoire sur Satan, la mort et le péché, avec comme conséquence la restauration, pour Adam et ses fils, d’une entière participation de la vie de Dieu. Chaque jour garde néanmoins son caractère propre.

Jour par jour, heure par heure, l’Église s’identifie à son Seigneur dans Ses paroles et Ses gestes prophétiques, Son agonie et Ses tribulations, Sa crucifixion et Sa mort, son ensevelissement, Sa descente aux enfers pour y annoncer, là d'abord, Sa résurrection.

Le caractère dramatique de la Célébration

Le dimanche soir, la scène est prête pour la célébration de la semaine ; le sanctuaire reste clos, l’autel a été dénudé, dans la nef toutes les icônes ont été retirées. Le rideau sera retiré seulement le jeudi pour la célébration du Grand Passage. La communauté priante va maintenant se rassembler pour le culte sans célébration de l’Eucharistie, autour de la Bible, en ce lieu d’où est proclamé l’Évangile à la finale de chaque heure. Les prières de l’Église sont centrées sur le Christ ; nulle prière n’est adressée aux saints ni ne les mentionne, sauf le jeudi et le samedi durant la célébration de la communion des saints.

D’où la place centrale donnée cette semaine à la Parole ; nous lisons un récit expressément tissé pour l'occasion à partir des quatre évangiles, en lecture continue, sans omettre aucun détail, aucune variante, afin que nulle miette ne tombe à terre, que rien ne soit perdu de cette fantastique histoire de la Passion du Fils Unique de Dieu.

La célébration va reprendre tous les événements humains et toutes les interventions divines. Cela va très loin, puisque la Passion de notre Seigneur est préfigurée dès la création et la chute de notre premier père, la vocation et le sacrifice d’Abraham, les mauvais traitements de ses descendants en Égypte, leur libération par la main de Dieu et leur installation en terre promise, les Juges et les Rois messianiques, les Prophètes et les Sages, la Loi et le Temple, les fêtes annuelles et les sacrifices quotidiens. Le Fils de Marie émerge de tout cet ensemble, avec des traits qui s'affinent au long des lectures. Il est le Serviteur du Seigneur, le Maître, le Médiateur du Salut, mais aussi la Victime Innocente venue pour souffrir afin que les coupables se repentent et soient pardonnés à l’heure du jugement. Ce même Serviteur a été reconnu ensuite par Ses disciples Image de Dieu Invisible, Premier-Né de toutes créatures.

Lundi et mardi :

Les lundi et mardi, la prière de l'Église nous montre l’opposition croissante à la mission de Jésus. Deux thèmes bibliques principaux ressortent des lectures de l'Écriture, repris dans les hymnes : le thème de la vigne de Dieu et la vigilance requise dans l'attente du Seigneur. Le thème de la vigne est d’abord évoqué dans le récit du meurtre de Nabot par les mains du roi Achab qui s’empare ainsi du vignoble du pauvre homme. Plus touchant, plus longuement évoqué, voilà le chant de la vigne en Isaïe, le chant de l’amour de Dieu rejeté par le bien-aimé. Plus poignante encore est la parabole des vignerons homicides, car elle fut prononcée par Jésus lui-même et Il se l'appliqua à lui-même ; cela lui confère un poids insurpassable. Cette parabole est un jugement et une promesse tout ensemble.

La persécution et le meurtre des prophètes culminent dans la persécution et la mort du Fils. Mais la pierre rejetée devient pierre d’angle. Le Messie, rejeté par la jalousie des chefs du peuple, sera exalté par le Seigneur dans la Résurrection. Sa victoire sur la mort marque le temps de l'Église qui reçoit une vie nouvelle, et fait entrer dans le royaume de Dieu où sont récoltés les fruits de l'Esprit : amour, joie, paix, patience, longanimité, bonté, honnêteté, vérité, humilité et maîtrise de soi. Il est remarquable que le sedros, la prière eucharistique qui est le sommet des heures du lundi et du mardi, sera repris chaque jour de la semaine.

Mercredi

Le mercredi est appelé Mercredi du Complot. L’Évangile dit que les chefs des prêtres et les anciens du peuple, le Sanhédrin, la plus haute Cour de justice et l’assemblée suprême, conspirent pour arrêter Jésus secrètement et le mettre à mort. Leur antagonisme a atteint son apogée et prend un tournant décisif :

" Un peuple stupide et aveugle conspire pour Le condamner à mort

parce qu’Il est venu chez eux cueillir, dans la vigne plantée selon ses vœux,

quelques fruits de reconnaissance . "

La caractéristique la plus funeste du complot est évidemment la trahison de Judas qui revient par intermittence dans la prière de l’Église :

" Le mercredi et le jeudi, à Jérusalem,

il y a intrigue et tension entre acheteur et vendeur,

et nul d’entre eux ne fait quelque profit.

Judas vend et Caïphe achète.

Ce sont des marchands de déception.

Celui qui vend ne gagne rien, celui qui achète, non plus.

Jésus lui-même est troublé en son esprit,

Quand il révèle la trahison de ses disciples,

Judas reçoit le pain et sort dehors. Il faisait nuit . "

Ailleurs Jésus révèle aux disciples l’ensemble du drame avec beaucoup de sérénité :

" Mercredi, notre Seigneur révéla un mystère caché

à ses disciples : ‘Ne pleurez pas, mes petits,

parce que c’est pour vous que je meurs. Le peuple va me prendre

et me crucifier au Golgotha. Ils vont me percer

les mains avec des clous pour l’amour d’Adam,

le premier père. Je l’aime à en mourir ".

 

Jeudi du Grand Passage

Le nom de cette célébration atteste son origine vétéro-testamentaire. Mais s'il s'agit de la fête juive de la Pâque ou de l’Agneau pascal, sa nouveauté s’impose dès la prière d’ouverture :

" Christ, qui par Ta Pâque

as accompli la Pâque de l’agneau,

Réjouis-nous par Ta Pâque et prends pitié de tous. "

Comme d’ordinaire, les répons et les hymnes sont véritablement tissés de citations bibliques. La théologie du jour, théologie des mystères c’est-à-dire des sacrements, s’enracine dans la Prière Eucharistique :

" Après avoir mangé avec Tes disciples l’agneau prescrit par la Loi, lors de la célébration de la Pâque, Tu leur fis comprendre que la préfiguration devait maintenant être accomplie, que le présage devait venir à la lumière, que la vérité devait être manifestée. J’ai un Mystère. J’ai un Mystère, moi et les enfants de Ma maison, un nouveau Mystère qui leur est révélé. Et prenant le pain dans Tes mains saintes, après avoir prononcé la bénédiction Tu le rompis, Tu le donnas à Tes disciples, les enfants de Ton Mystère, en disant : Ceci est Mon corps rompu pour la multitude et donné pour les péchés du monde. Puis Tu mêlas la coupe de vin et d’eau et la leur donna à boire en disant : Ceci est la coupe de la Nouvelle Alliance en Mon sang. Prenez et buvez-en tous. Ne doutez pas que Je Me sacrifie et Me consacre Moi-même pour vous. Dorénavant l’ancien ordre est passé et toutes choses sont nouvelles. Faites ceci en mémoire de Moi.

Ce soir Tu confères le sacerdoce à la noble compagnie de la maisonnée de Pierre, et ils prennent en charge le Trésor divin pour distribuer Ton Corps vivant parmi les peuples et les nations, et pour donner Ton sang comme boisson à toutes tribus et races. De même ce soir, il est donné en rémission des péchés pour tous les peuples et pays, selon Ton commandement, Seigneur, pour accomplir le mémorial de Ta Passion ".

Le Seigneur avait déjà révélé la nouveauté de Sa Pâque lorsqu’Il avait lavé les pieds de ses disciples. Le Lavement des pieds était sans nul doute destiné à ôter des Douze, qui sont les colonnes de l’Église, tout triomphalisme et auto-suffisance dans l’accomplissement de leur mission. Tout ceci :‘Toutes choses sont nouvelles’ et le ‘Mystère merveilleux’ ne peut provenir que de l’humilité et du plénier auto-sacrifice du Christ, et, ensuite, de Ses disciples.

 

Le Grand Vendredi de la Crucifixion

La célébration de la Passion culmine le Vendredi. Dans l’hymne bien connue de la lettre de saint Paul aux Philippiens sur le Mystère du Verbe fait chair, c’est la kénose du Christ dans sa mort qui marque l’accomplissement de Son humiliation et ouvre le chemin de Sa glorification. Le Vendredi du la Grande Souffrance, comme nous l’appelons, est le jour le plus marqué au Kerala. Le Vendredi Saint étant chômé, on cesse tout travail, on prie et on jeûne toute la journée. Dans les églises, la journée est rythmée par de longues cérémonies. A l’Ashram, nous prions de quatre heures du matin à trois heures de l’après-midi, avec quelques brèves coupures. Il y a deux processions : la première, à l’extérieur, lorsque le Christ est conduit au Golgotha ; la seconde, à l’intérieur, après l’adoration de la Croix, lorsque le corps du Christ - la Croix nue - est porté au sanctuaire et déposé sous l’autel. Mais le fil d’or de la célébration est la proclamation de l’Écriture, heure par heure, des passages appropriés de la Loi, des Prophètes et des écrits apostoliques, avec des psaumes, des hymnes et des leçons judicieusement choisis.

La prière de l’Église n'a pas tendance à magnifier les apôtres. On répète à plusieurs reprises leur totale incapacité à tenir bon auprès de leur Maître et Seigneur, tous sans exception. Le reniement de Pierre est rappelé comme la chute la plus misérable ; mais un Madrosho complet de saint Ephrem décrit, en termes très intransigeants, le tiraillement de la conversion qui le ramena aux pieds du Maître. Le repentir du larron est opposé à l’inconstance des disciples :

"  La foi du larron est vraiment forte et ferme,

lorsqu’il implore la miséricorde du Seigneur pendu à la Croix. 

Alors que ses mains et ses pieds sont percés par les clous il s'écrie :

‘Pardonne-moi mes méfaits’.

Simon Pierre le renie sous serment :

je ne connais pas cet homme.

Jean, la Vierge et les disciples fuient et sont dispersés,

mais le criminel s’écrie : ‘Souviens-Toi de moi, Seigneur,

quand Tu viendras dans Ton Royaume’ ". 

L’une des plus stupéfiantes prières du Grand Vendredi de la Crucifixion est le chant de supplication de l’office du matin. Nous lisons dans l’Évangile : à la fin du procès nocturne, lorsque le Sanhédrin condamne Jésus à mort, on Le conduit alors à Pilate au petit matin pour obtenir le verdict du Gouverneur. A cette annonce, l’Église, voyant dans la mort de son Époux l’avènement de la Nouvelle Vie, la nouvelle création, laisse éclater sa louange :

" Gloire à toi, Christ du Matin (anglais : Christ-Morning).

De la part de toute Ta création :

Gloire à Toi, en chaque matin, parce que Tu es le Matin qui tous les éclaire.

Toutes les beautés te chantent :

Gloire à Toi, parce que Tu es la Beauté suprême.

Tu es Celui qui revêt de splendeur plantes et fleurs.

Gloire à Toi, support de tous ceux qui ont besoin d’appui.

Gloire à toi, Seigneur de grâce.

Gloire à toi, Seigneur de tout, mille fois (gloire à toi).

Gloire à Toi, myriade de myriades de fois (gloire à toi).

Gloire à Toi, Juge des juges, qui sièges au tribunal.

Ton Église T’acclame : Gloire à Toi, notre Seigneur.

Tes enfants te prient : Gloire à Toi et au Père qui T’a envoyé.

Et que l’Esprit Saint soit exalté ".

 

Samedi de la Bonne Nouvelle

Cette célébration est propre à l’Église d’Antioche. Les heures sont toujours célébrées face à un rideau tiré devant le sanctuaire. Un autel a été dressé devant ce rideau pour la célébration de l’Eucharistie, l’après-midi, après la Prière de la Sixième Heure. Tout est fait " sotto voce ", à voix basse, par respect pour le corps du Christ qui repose dans le sanctuaire. Nous célébrons la première annonce de la Résurrection de Jésus, quand Il descend Lui-même dans la mort. Son corps est mort sur la croix, Son âme descend aux enfers. Bien que non célébré dans les églises latines et grecques, c’est un événement de l’histoire du Salut bien attesté dans les Saintes Écritures, dans les deux Testaments. Pierre disait au jour de la Pentecôte, après avoir cité le psaume de David : " Ma chair elle-même reposera dans l’espérance que Tu n’abandonneras pas mon âme au shéol et ne laisseras pas ton saint voir la corruption " : lorsque David disait qu’il ne serait pas abandonné au shéol et que sa chair ne verrait pas la corruption, il prophétisait la résurrection du Messie. La descente du Christ aux enfers, quoique non mentionnée dans le Credo de Nicée, se trouve dans plusieurs symboles de foi postérieurs : " Jésus(...) a été enseveli, est descendu aux enfers, le troisième jour est ressuscité d’entre les morts(…) ". Longtemps populaire dans l’iconographie chrétienne, c’est encore aujourd’hui l’icône propre à la Résurrection. La descente de Jésus dans la mort est célébrée comme une épiphanie de Sa victoire sur les puissances de la mort ; en ce sens elle anticipe les apparitions de Jésus après sa Résurrection au troisième jour.

Nous lisons le récit évangélique de l’ensevelissement de Jésus. Les prières célèbrent dans ce mystère la manifestation de la puissance du Christ sur la mort.

"  Par Son ensevelissement il arrose la mort d'une rosée de grâce, de compassion et de vie nouvelle ". On dit qu'Il va visiter Adam, se coucher à son côté, se faisant mort parmi les morts pour leur annoncer la vie. "  Aujourd’hui une grande lumière brille dans l’Hadès qui n’avait jamais vu de lumière ". Le réalisme du mystère est majestueusement annoncé, en recourant comme d'habitude aux contraires : " Le Christ, Vie Divine, Incorruptible et Immortel, a embrassé la Mort au point de s’unir à elle ". Marie est instituée témoin de ce drame, avant même l'ensevelissement :

" Marie s’approcha de Jésus.

Elle déposa sa tête contre la Croix,

affligée elle entonna pour Lui une lamentation.

Mon Fils, qui me donnera des ailes d’aigle

pour voler aux quatre coins de l’univers

inviter toutes les nations à venir

à la célébration de Ton grand massacre ".

Les puissances à l’œuvre dans le conflit de la Création avec Dieu sont personnifiées:

" Le Seigneur clama d’une voix puissante et la Mort l’entendit.

La Création fut terrifiée et les rochers se fendirent.

La lumière jaillit dans les ténèbres

et l’éclat du Fils anéantit la Mort.

Ceux qui gisaient prostrés dans les enfers applaudirent

à la voix de la Résurrection qui les appelait.

La mort figée de terreur hurlait à Satan,

son ami : Entendez de moi ce qui advient :

les tombeaux se sont ouverts et les morts en sont sortis.

‘Il s’appelle Jésus’, répondit le Mauvais.

C’est le fruit venu par la Vierge.

Il est Fils de Dieu, et la terre a tremblé

quand Il fut crucifié sur le Golgotha.

Il a ôté votre fardeau, Celui qui fut crucifié

à la face du peuple qui était attentif à mes paroles ".

Puisqu’on célèbre la victoire du Christ sur la mort et Son salut, on fait mémoire de ceux à qui est annoncée la résurrection, toux ceux qui ont expérimenté son salut (cf. Évangile selon saint Matthieu).

" Aujourd’hui le Shéol retentit de prières

et les morts joyeux jusque dans leurs tombeaux

ressuscitent comme des fleurs au mois d’avril. (…)

Les captifs retournent à leur place première.

Aujourd’hui tous ceux qui dormaient s’écrient unanimes :

Bénie soit la gloire de notre Seigneur aujourd'hui et à jamais ".

L’office de la communion des saints à la Vigile nocturne, tout à fait exceptionnelle en cette semaine, se change alors en commémoraison de tous les saints et justes depuis les origines :

" Des guirlandes de prières et d’adorations sont offertes

par les justes qu’Il a éveillés par Sa crucifixion.

En premier, Adam, le principe de toutes les races vient adorer,

et Seth le beau, et la maison de Noé ainsi qu’Abraham.

Ensuite viennent les justes, les pères et les chefs de tous les peuples,

les prêtres et les rois que le prince des enfers retenait captifs.

Moïse et tous les prophètes, le prêtre Aaron et

tous les prêtres, fils de Lévi, viennent adorer. "

Enfin le mystère est porté plus près de nous lors du dernier office de la journée, l’office du pardon mutuel qui sera clôt à la nuit, à la fin de l’office de la Résurrection, par le don mutuel de la paix qui suit l’Exaltation de la Croix du Christ Ressuscité.

 

La nuit de la Résurrection

Il est seulement " une " fête Chrétienne, la célébration de la Résurrection du Seigneur d’entre les morts. C’est la fête des fêtes et il n’y en est pas d‘autre ; toutes les autres fêtes découlent d’elle comme une rivière coule de sa source. C’est aussi la couronne de gloire de toutes les autres célébrations. Une nouvelle humanité est créée, le genre humain est racheté et vivifié après la victoire sur la mort, le péché et Satan.

" De même que tous les hommes meurent en Adam,

ainsi tous revivront dans le Christ. (…)

Comme prémices, le Christ, ensuite ceux qui seront au Christ (….).

Puis ce sera la fin, lorsqu’il remettra la royauté à Dieu le Père (…)

afin que Dieu soit tout en tous . "

Aujourd'hui toutes les prophéties sont accomplies, la Création chante sa louange au Christ Ressuscité. Remplie de sainte lumière, comme le tombeau à la Résurrection, l’Église ne cesse de chanter des louanges :

" Le Jour qui ne finit pas (…)

le Jour Nouveau qui dissipe les ténèbres passées (…)

le grand Matin que rien ne pourra voiler (..)

la Fleur de la Résurrection

qui marque la fin des souffrances

et rend les créatures de la terre semblables à celles du ciel. "

Une fois de plus la nouveauté du mystère est communiquée en une cascade de contrastes :

" Hier le Berger était frappé et les brebis dispersées,

aujourd’hui ils se rassemblent dans la joie et l’exultation.

Hier Judas recevait les trente pièces d’argent

et Caïphe donnait des ordres qui étaient exécutés.

Anne accusait.

Les grands prêtres et les anciens faisaient bien pire.

Les scribes répandaient la terreur.

Assis Pilate jugeait, debout le Seigneur se tenait devant lui.

Aujourd’hui Caïphe est confondu.

Anne est tourné en ridicule et Judas s’est pendu

après avoir jeté les trente pièces d’argent.

Les scribes sont effrayés.

Les grands prêtres et les anciens sont écartés.

Les Pharisiens sont couverts de honte

et s’accusent mutuellement d’avoir commis un péché.

Aujourd’hui le chemin vers la tombe retentit de bonnes nouvelles

dont l’écho monte au Golgotha encore plongé dans le deuil . "

Nous avons appelé cette fête la Nuit de la Résurrection, pour indiquer que tous nos offices sont célébrés entre le coucher du soleil du samedi et l’aube du dimanche. A la fin de la Troisième Veille de la nuit, bien avant l’aube, les prêtres et les diacres entrent dans le sanctuaire pour l’Office de la Résurrection, quand la Croix - le corps du Christ caché sous l’autel le Vendredi - est sorti du tombeau, non plus sous la forme d’une Croix nue, mais comme la Croix glorieuse, vêtue d’une étole rouge, comme le conquérant de Isaïe quand on lui demandait : " Pourquoi es-tu vêtu de rouge " ? L’étole rouge est le vêtement de la victoire. La Croix est présentée trois fois aux fidèles par le célébrant principal : " Nous vous annonçons une Bonne Nouvelle. Le Christ est remonté de la tombe " (…) tandis que l’assemblée répond à chaque fois : " Nous croyons et nous confessons qu’Il est vraiment ressuscité ". Et dès que les prêtres et les diacres ont regagné leur place, retentit à neuf reprises l’Alleluia triomphal, qui sera repris chaque jour de l’année pour marquer la Quatrième Veille de la Vigile nocturne, la salutation de l’aube, le jour nouveau.

L’Eucharistie, célébrée après les Laudes, se termine habituellement à l’aube du dimanche.

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Le P. Francis a fondé l’ashram de Kurisumala au Kerala (Inde du Sud), récemment incorporé à l'Ordre des Cisterciens de la Stricte Observance. Le P. Bede Griffiths y a séjourné pendant une dizaine d’années. Fondé en 1958 par le Père Francis venu de Scourmont, l'ashram s’est beaucoup investie dans une recherche d’inculturation de la liturgie et de la vie monastique.