Ignace Bikoula
Avant-Propos
Au seuil de ces lignes, il convient bien de
faire quelques remarques sur celui qui va s’exprimer, le ‘lieu’ d’où il parle,
ceux à qui il s’adresse et ce qu’il entend dire.
L’auteur de la présente
réflexion est un jeune africain qui a trouvé dans la manière cistercienne de
suivre Jésus de Nazareth ou Jésus le Christ, la voie qui lui convenait, la voie
que lui proposait le Père pour accomplir son existence d’homme et de chrétien.
Il a embrassé cette voie avec tous ses désirs, ses angoisses et ses souffrances
d’homme et d’Africain. Il lui a été demandé de parler de cette voie à partir de
son ‘lieu’, de sa situation. Il serait trop facile d’invoquer l’obéissance pour
motiver la réponse à la sollicitation reçue. Plus vraisemblablement, la
réflexion partagée sur la voie à suivre est déjà de quelque manière suivre la
voie sous le mode de l’anticipation dans l’esprit et le coeur. C’est donc dire
que d’une certaine manière, l’auteur de ces lignes en est aussi le premier
destinataire. En outre, les commanditaires de cette réflexion voulaient, par le
jeu différentiel de diverses ‘positions’, provoquer un enrichissement de tous
et une prospection des voies pour aujourd’hui et demain quant à l’actualisation
du charisme cistercien. Ces lignes sont écrites à la première personne. Non pas
que je prétende enseigner avec autorité, bien au contraire, je ne prétend rien
du tout, encore moins enseigner. J’écris à la première personne pour ne pas
forcer les autres Africains à se reconnaître malgré eux en ce que je dis, au
cas où mes considérations ne rejoindraient pas quelque chose de profond qu’ils
portent grosso modo. On lira donc les réflexions d’un Africain
et non de l’Africain. Les seconds destinataires de ces lignes sont de ce
fait les frères et les soeurs plus anciens, africains ou non, plus avancés dans
les voies de la conformation au Seigneur. En lisant ce que mon ignorance des
voies de Dieu a produit, ils me feront la charité de leur prière, et non pas
seulement à moi, mais également à tous ceux qui sont à mon stade et qui sont
les derniers destinataires – improprement – car ces lignes auront tout au plus
stimulé peut-être leur propre réflexion. Toutes ces considérations
préliminaires m’imposent d’ores et déjà de redimensionner la visée prospective
qu’on attendrait de ces lignes. Peut-être n’entendra-t-on pas une voie
prophétique, mais un murmure confus qui s’élève de la terre, d’un coin de
terre. Les sages discerneront et les prophètes authentiques intercéderont…
Introduction
La
formulation du thème de la prochaine RGM laisse entrevoir la structure
dialogale du projet à accomplir et des moyens à mettre en oeuvre. C’est le
premier point que je voudrais établir. Il suffira pour ce faire de partir des
termes même du thème.
Tel
qu’il se présente, le thème des prochaines RGM est un énoncé composé de deux
termes: “La grâce cistercienne” et “confomité au Christ”. Il sont reliés par
les deux points qui font office de copule. La “grâce cistercienne” reçoit en
quelque sorte le prédicat “conformité au Christ”. Sans prétendre me livrer à
des analyses sémantiques, et philologiques poussées, je me contente de faire
les deux remarques suivantes :
-
Le terme “conformité” traduit un état : le caractère de ce qui est conforme à,
la similitude de forme qui existe entre deux objets, la correspondance entre eux.
-
Ce qui m’interesse ici, c’est le fait que “conformité” traduise un état,
un être-devenu, le résultat d’un processus ou d’une action, la “conformation”,
rendue encore par le verbe “conformer”. Il convient de partir de ce verbe pour
délimiter le cadre de la présente réflexion et en établir les coordonnées.
Aussi, je voudrais me poser une question somme toute simple, sinon même banale
: qui se conforme à quoi ou à qui?
Qui se conforme?
La
réponse est évidente, c’est le Cistercien ou du moins celui qui voudrait le
devenir, celui qui veut embrasser la “grâce cistercienne”, celui qui définit et
comprend sa vie à partir d’elle, en elle. Il est donc permis de préciser dès à
présent que la ‘grâce cistercienne’ se présente comme l’offre ou le don d’un
projet de vie, d’un horizon de compréhension et de réalisation de soi offert à
l’homme. Mais qui est-il cet homme? De
nouveau la réponse de prime abord est toute facile : il s’agit d’un
homme, d’une femme bien concret(e), fruit d’une histoire individuelle,
inséré(e) dans une histoire collective, à l’intersection d’un temps et d’un
lieu. Autrement dit, cet homme, cette femme appartient à une culture humaine
déterminée qui en lui, en elle s’actualise. C’est à partir de cette culture et
de cette histoire qu’il détermine l’horizon de sens dans lequel il s’accomplit
comme homme. En d’autres termes, c’est cette culture qui lui offre le cadre
anthropologique originel à partir duquel il se comprend et essaie de se
réaliser en tant que personne humaine. En embrassant la ‘grâce cistercienne’
comme nouvel horizon de compréhension et de définition de soi-même, il se
produit une mise en présence de deux cadres de référence, certes pas au même
niveau, mais devant tout de même dialoguer, s’assimiler et s’intégrer l’un à
l’autre. Je voudrais anticiper un peu en notant déjà que l’homme qui rencontre
Jésus Christ par la ‘grâce cistercienne’ n’est pas un terrain vierge, sans
horizon et sans forme. Le nouvel
horizon qui se propose à lui par la grâce cistercienne n’est un horizon
de sens pour lui qu’à partir de son cadre originel. On peut déjà pressentir que
la conformation advient dans un mouvement qui réduit la distance entre les deux
cadres. Je ne voudrais pas encore entrer dans le contenu de sens du processus
de conformation et du verbe qui l’exprime. Il me suffit au moins d’avoir répéré
le sujet qui agit et d’avoir posé qu’il appartient à une culture humaine
déterminée, que cette culture lui offre un horizon de compréhension à partir
duquel la ‘grâce cistercienne’ comme conformation au Christ rêvet un sens pour
lui.
À qui ou à quoi
se conforme-t-il ?
Selon l’énoncé
duquel je suis parti, c’est au Christ qu’il se conforme. Il s’agit d’un autre
sujet. Mais ne faudrait-il pas peut-être inverser cette formulation et dire que
l’homme est conformé au Christ? Car selon ‘l’abécédaire’ fondamental de la vie
spirituelle que nous connaissons tous, c’est Dieu qui par l’action de l’Esprit,
rend l’homme conforme à son Fils, le Christ. Il est vrai que l’homme doit
collaborer, mais l’initiative appartient à Dieu. Nous sommes ici en présence de
l’éternelle question du rapport entre nature et grâce. Je n’ai pas la moindre
intention de l’affronter à nouveaux frais ici. De même, tout en reconnaissant
sur le plan théologique le caractère primordial de l’inversion de la
formulation, je retiens la première, celle qui fait de l’homme le sujet de la
conformation. En fait, j’essaie de me situer aux alentours du ‘degré zéro’ de
la conformation, quand l’homme ne sait pas encore vraiment que l’initiative est
de Dieu, quand il ne soupçonne pas encore jusqu’en quelle profondeur la
prévenance de Dieu l’enveloppe. C’est elle qui mystérieusement a le premier
mot. Mais la réponse de l’homme, si humble et laborieuse soit-elle, est
irremplaçable. À son point de naissance, peut-être n’a-t-elle pas conscience
vraiment de ce qu’elle est. Celui qui se met à la recherche, ne sait peut-être
pas encore, ou pas vraiment, qu’il se meut parce qu’au préalable il a été
trouvé. Bref, c’est un peu du point de vue du cheminement de cette réponse –
qui s’ignore encore comme telle – que je me place.
Ainsi, la conformation met en
présence deux sujets. De l’homme ou de la femme qui se conforme, nous savons
qu’il appartient à une culture. Que savons-nous du Christ? Comment le répérer?
La réponse ici aussi paraît simple : l’Évangile et la Tradition vivante de
l’Église qui le médiatise et l’interprète permettent de donner un visage au
Christ auquel l’homme se conforme. Or la Tradition vivante, justement parce
qu’elle est vivante et qu’elle se réalise dans l’histoire, offre des visages du
même et unique Christ. Ces visages ne sont pas contradictoires, ou opposés les
uns aux autres mais les différents reliefs qu’ils présentent veulent exprimer
la richesse d’un mystère qui doit rejoindre et se confronter aux hommes de tous
les temps et de tous les lieux, là même où ils essaient de construire le sens
de leur vie et de leur histoire. Marquée par les différents moments historiques
et les lieux où elle s’effectue, la Tradition vivante est ouverte, et tend vers
un accomplissement. Aussi, aucun lieu ni moment ne peut la renfermer ni la totaliser,
même s’il existe des lieux et moments normatifs pour les autres. En outre, il
me faut préciser que la ‘grâce cistercienne’ se présente comme un filon de la
tradition d’interprétation et d’actualisation de la figure du Christ. Elle ne
revendique pas l’exclusivité de la conformation au Christ. Mais aux côtés
d’autres filons, elle est animée d’un ‘principe oeucuménique’. Ce qui vaut du
tout vaut de la partie. La ‘grâce cistercienne’ comme filon d’une Tradition
vivante est ouverte, s’accomplit dans le temps et le lieux qui structurent une
histoire. Elle est conformation au Christ dans l’aujourd’hui d’un temps,
d’un lieu, d’une histoire. Le visage du Christ offert à la conformation de
l’homme est un visage pour aujourd’hui. Quel ‘Christ cistercien’
pour aujourd’hui? Il est tôt de le dire. Il faut répondre au préalable à
la question ‘pour quel homme de quel lieu’?
L’Africain
Je voudrais poser que la
conformation est toute contenue dans l’expérience de rencontre qui advient
entre les deux sujets. C’est dans cette rencontre que survient la décision
motivée de se conformer. La conformation et ses modalités se jouent dans le
regard que l’un pose sur l’autre et réciproquement. Il s’agit de découvrir les
dynamiques de ce regard, ce qui le suscite, le rend possible en le précédant,
ce qui le modifie, etc. S’agissant du regard humain sur le Christ, mon
hypothèse est qu’il est conditionné par la situation historique de la culture
du sujet qui regarde. C’est à l’intérieur de cette culture que la conformation
au Christ prend un sens et des modalités concrètes. Aussi dès à présent, je ne
puis plus parler de l’homme en général. Mon ‘je’ doit devenir résolument et
clairement celui d’un Africain d’aujourd’hui. Qu’est-ce-qui me
détermine? Qui suis-je en tant qu’Africain?
Les questions de l’identité et
des valeurs culturelles africaines ont largement préoccupé sinon tourmenté la
pensée africaine contemporaine et la conscience collective des peuples
d’Afrique[1]
. Pour parler de
ce qui me détermine comme Africain, ma vision de l’homme et du monde, je ne
partirai pas des résultats des innombrables études d’anthropologie culturelle
réalisées. Je ne prendrai pas non plus l’appui initial d’une de ces
“christologies africaines” qui ont fait leur apparition dans le champ des
expressions ‘contextuelles’ de la foi commune[2]. En fait, je
voudrais prêter attention à la voix chahutée de quelques ‘témoins’ qui
signalent ‘l’inopérativité’ de certaines tentatives africaines de ‘récupérer’
ou d’actualiser les valeurs traditionnelles. En soi, ces tentatives sont
légitimes, elles sont à entreprendre. Seulement, force est de constater que
jusqu’à présent, elles sont inopératives, quand il est question de sortir
l’Afrique du ‘ghetto de la modernité’ dans lequel elle demeure. Or cette
question est l’une des plus brûlantes pour les Africains, quels qu’ils soient.
Ils la portent le plus souvent dans les zones les plus secrètes de leur
conscience d’homme et de femme. C’est pourquoi, plus significatives à mon avis,
sont les approches de l’Africain comme par négation. En effet, il est aujourd’hui
plus caractérisé par les ‘zones poreuses’ de son être que par des acquis
fermement possédés, des ‘valeurs’ qui le fassent vivre et pour lesquelles il
soit prêt à donner sa vie, des valeurs qui de ce fait pourraient le définir. En
outre, il est le ‘pauvre anthropologique’, un être dont la condition
fondamentale aujourd’hui est marquée par la précarité et la fragilité, voir la
vénalité[3]. L’action et la pensée, vecteurs producteurs
et innovateurs de la culture dans toute existence humaine, connaissent dans
l’Afrique contemporaine une atrophie angoissante. Aussi, l’Afrique est-elle
marginalisée dans toutes les manifestations significatives de la vie
contemporaine. Sa présence et son apport se réduisent souvent au folklore...
pour la galerie des seigneurs. C’est ainsi que A. Mveng a parlé d’une crise de
dépersonnalisation chez l’Africain[4].
Kä Mana tirant les conclusions
de la vie concrète de nos peuples et de nos sociétés, pose clairement que la
crise et les impasses des sociétés africaines contemporaines, avant d’être une
crise et une faillite des structures est une crise d’hommes[5]. S’il y a un problème africain aujourd’hui,
c’est celui de la ‘reconstruction’ de l’homme, des personnes. Il serait
relativement aisé de retrouver ces motifs chez bien d’autres auteurs encore.
Mais je dois maintenir le cap vers la visée de cette réflexion. Il me faut
répondre à la question du qui suis-je en tant qu’Africain, au moment où je
rencontre le Christ et que je suis invité à une expérience de conformation à
lui.
Qui suis-je comme Africain? Un
être doté d’“un profond sens religieux, le sens du sacré, le sens de
l’existence de Dieu Créateur et d’un monde spirituel? Suis-je cet être qui a
une conscience
de la réalité du péché? Un être doté aussi d’un sens aigu de la famille, de la
vie, de la solidarité, de la vie communautaire”[6]? Oui peut-être, je suis cet être là, mais
dans les régions périphériques de mon être. En effet, des valeurs comme le sens
religieux, le sens du sacré, d’un monde spirituel, de la famille, de la
communauté, et bien d’autres encore, peuvent être la résultante d’une
configuration socio-économique et culturelle donnée. Elles sont donc sujet aux
mutations historiques qui affectent les sociétés. Elles ne sont pas données une
fois pour toute, comme par essence. Á l’évolution des conditions
socio-économiques des sociétés qui influent sur la production de la culture,
doit correspondre une réappropriation de ces valeurs par les sujets et par la
société qu’ils constituent. Or, les quelques considérations rapportées ci-dessus
sur la crise d’hommes qui frappe l’Afrique, la ‘pauvreté anthropologique’ qui
caractérise l’Africain contemporain laissent entrevoir que cette
réappropriation n’est pas effective, elle n’est pas en cours. Sa condition
fondamentale n’est pas réunie, et c’est cette absence qui caractérise le plus
l’Africain. Cette absence, c’est celle d’un sujet dont l’initiative historique
soit significative dans son effectivité, parce qu’elle tend à réduire la
“disproportion entre la théorie et la pratique, l’institué et le vécu, le conçu
et l’éprouvé”[7] dans la
situation concrète des sociétés africaines, la vie quotidienne des individus et
des nations. Réfléchissant sur les “Préalables socio-historique à une
théologie africaine de la mort”, Achille Mbembé a une conclusion très
incisive qu’on peut légitimement étendre au-delà du cadre où elle a surgie,
parce qu’elle traduit bien un aspect global et fondamental de la destinée
africaine contemporaine. “Dans le nouvel horizon d’attente caractéristique de
l’époque africaine actuelle, [l’]insuffisance – organisée – du sujet constitue
l’une des conséquences les plus difficilement assumables par une logique de
pensée chrétienne. Compte tenu de l’abattoir qu’est l’histoire africaine, et en
regard de la promesse de liberté que fut la prédication de Jésus, elle
[l’insuffisance du sujet] représente, non seulement la mort absolue, mais aussi
un déni caractérisé de résurrection”[8]. À la fin qui suis-je comme Africain? En
plagiant un peu l’auteur sacré, je dirais :
“Mon père était
un Muntu qui fut emporté en Égypte,
avec ses dieux,
son monde, tout son univers, il y descendit.
Les Égyptiens
nous maltraitèrent, nous brimèrent, et nous réduisirent en servitude.
Nous devînmes la
risée des nations, l’opprobre des peuples.
Du fond de notre
servitude, nous apprîmes l’existence du Dieu d’Abraham, d’Isaac, de Jacob et de
Jésus qu’on appelle Christ.
Avec une grande
clameur et des larmes, nous avons crié vers lui… À suivre”
S’il est vrai comme je l’ai dit
plus haut que la condition du sujet détermine le regard qu’il porte sur
l’autre, on pressent ici quel type de regard l’Africain porte sur le Christ, à
partir de quel ‘lieu’ le Christ est ‘intéressant’ pour lui, et la conformation
au Christ un horizon sensé, capable de cristalliser et de polariser ce qui lui
reste d’énergie. Ces paroles pourraient
sonner aux
oreilles de certains comme une réduction anthropologique excessive de l’Unique
Fils du Père, le Christ: une construction à priori d’un événement qu’il
faudrait au contraire accueillir comme inouï. Un événement imprévisible, qui de
ce fait même invite celui qui le rencontre à sortir de soi.
En fait, il ne s’agit pas d’une
‘construction a priori’, mais d’une espèce de ‘sensibilité
christologique’ de l’Africain. Elle n’est pas sans influence sur l’accueil de
fait de l’événement. Assurément, elle peut fonctionner comme un filtre. Mais le
plus important demeure qu’elle n’engloutisse pas le chameau en arrêtant le
moucheron. En outre, si en Jésus se manifeste vraiment le Totalement Autre, il
est inévitable qu’il ne coïncide pas tout à fait avec ce que je conçois et
attends de lui. Il est inévitable qu’à un certain point, il brise le cercle
plus ou moins fermé de mon horizon, de mes étroitesses, etc. il est inévitable
qu’à un certain moment, je ne puisse pas ne pas affronter le labeur de la
conversion. Je dis ‘à un certain moment’, parce que s’il n’y avait que rupture sans continuité le Messie ne
serait plus le Messie pour les hommes, le Messie des hommes. Seuls les hommes
seraient au Messie, pour le Messie, sans que la réciproque soit vraie de
quelque manière. L’Incarnation dans toute sa richesse n’en sortirait pas
indemne. Si donc le premier regard que je porte sur le Christ est un regard de
quelque manière ‘topique’, à partir d’un lieu où son universalité devient
concrètement ‘significative’ pour moi, on comprend alors que les médiations
concrètes par lesquelles la conformation advient ne peuvent pas être
‘indifférentes’ ou sans équivoque. Mais avant d’y arriver, je peux dès à
présent poser comme horizon général, que pour l’Africain, la conformation au
Christ prendra la forme d’une genèse, celle d’un sujet libre. Une telle liberté
est à caractériser comme fruit du ‘monde de la rédemption’. Je voudrais
reprendre ici à mon compte la distinction illuminante que fait un théologien
camerounais entre rédemption et salut[9]. Il faut
commencer par poser qu’entre l’une et l’autre, il y a un ‘bon ordre’ à
maintenir à tout prix. La méconnaissance ou l’oubli de cet ordre a souvent été
cause de bien de drames dans l’histoire chrétienne. Il faut donc tenir qu’on ne
peut opposer l’une à l’autre, ni les mettre en concurrence, ni non plus
substituer l’une à l’autre et réciproquement. Ceci étant dit, il faut ensuite
affirmer que la rédemption fait partie ou concerne ‘les réalités avant-dernières’,
tandis que le salut s’applique plus proprement aux ‘réalités dernières’.
L’articulation des unes aux autres est organique, intrinsèque.
“La rédemption fait partie des
réalités avant-dernières, qu’on peut voir, de celles qui permettent de ‘vérifier’
les dernières qui sont invisibiles, de les anticiper en espérance. La
rédemption est au salut ce que l’amour du prochain est à l’amour de Dieu. Dieu,
nul ne l’a jamais vu et celui qui prétend l’aimer alors qu’il n’aime pas son
frère qu’il voit s’illusionne et se ment à lui-même. Semblablement, nous
n’avons jamais vu d’homme sauvé, nous ne savons pas ce qu’est le salut,
nous ne pouvons que le croire et l’espérer. La rédemption concerne l’ici-bas,
le temps et l’histoire. Le salut parle de l’invisible, de l’éternité, de
l’au-delà. Le salut promet le bonheur sans fin, après le trépas, quand il n’y
aura plus ni larmes, ni besoins, ni péché. La rédemption ne connaît que la
guérison, le bonheur du repentir, du cheminement tâtonnant, l’assistance portée
au ‘prochain’ en péril, les serviteurs inutiles, la joie
des frères qui
habitent ensemble, celle plus rare d’avoir surmonté sa peur pour souffrir au
nom de la justice […]”[10].
À
la joie rare d’avoir surmonté sa peur pour souffrir au nom de la justice, il
faut ajouter celle suprême d’avoir surmonter sa peur pour donner sa vie pour
son prochain. Se conformer au Christ sera “reconstruire une destinée de liberté
réelle et de créativité humanisante” dans laquelle le “post-colonisé”[11] peut donner sa
vie, non pas parce qu’on la lui arrache par la violence politique, économique
et symbolique, mais parce qu’il est advenu à une nouvelle humanité. Ceci étant
dit, je voudrais maintenant me pencher sur les médiations de la conformation, le
lieu le plus concret du dialogue entre le Christ présenté et le Christ attendu,
entre la ‘sensibilité christologique’ de l’Africain que je suis et le ‘Christ
de la tradition cistercienne’.
Se conformer au
Christ dans la tradition cistercienne
La voie cistercienne de
conformation au Christ, dans ses éléments les plus essentiels, est largement
débitrice de la théologie biblique et patristique de l’image. L’homme a été
créé à l’image de l’Image de Dieu, le Verbe. Mais il a perdu la ressemblance
avec son modèle à cause du péché entendu comme désobéissance, révolte, orgueil,
refus de sa condition de créature et volonté ‘impossible’ d’usurpation de ce
qui est de Dieu. Avec l’Incarnation du Verbe en Jésus de Nazareth et par
l’événement de toute sa vie, la possibilité de recouvrer la ressemblance est de
nouveau offerte à l’homme. Il passera des régions de la dissemblance et de la
dispersion à celles de la ressemblance et de l’unité par la sequela Christi
sous l’action de l’Esprit Saint. En Jésus le Fils Unique, et par l’action de
l’Esprit, l’homme devient fils du Père. L’humilité, l’obéissance, la pauvreté,
la charité à l’imitation du Christ sont les thèmes orchestre de cette sequela
Christi. De même, toute la panoplie ascétique se justifie comme instruments
pratiques de la purification et de la rééducation de l’homme à une vie
consonante à l’être-image-ressemblante. Le ‘Christ cistercien’ à la
conformation duquel je suis invité est celui qui se retire dans la solitude et
le silence pour être en tête-à-tête avec son Père. C’est celui qui, sous
l’emprise de l’Esprit, ‘proclame la louange’ du Père. C’est le pauvre qui ne
dispose pas d’une pierre pour son repos, mais qui trouve sa plénitude dans la
volonté du Père. C’est aussi l’obscur travailleur de Nazareth qui vit du
travail de ses mains et le ‘frère universel’ saisi de compassion devant la
misère quelle qu’elle soit et de qui qu’elle soit. La question qui se pose est
celle de savoir comment en me conformant à lui, il assume le besoin de
rédemption collective et individuelle que je porte, comment la promesse de
salut qu’il apporte est rédemption pour moi dans l’aujourd’hui de mon histoire,
en d’autre termes, comment il me fait advenir à l’authenticité d’un
être-sujet-libre.
Le cadre d’une
réponse fondamentale
Il suffit de rappeler
ici quelques éléments essentiels de la doctrine chrétienne : le péché tel que
je l’ai brièvement noté ci-dessus est la racine de tous les maux. C’est lui la
cause de toutes les aliénations et il gît dans le coeur de l’homme : “celui qui
commet le péché est esclave du péché”. En s’attaquant à la racine du mal, en
rendant à l’homme sa ressemblance avec son Modèle divin, Jésus du même coup
rend possible la mise en oeuvre concrète de toutes les autres libérations. Il
ouvre la brèche par laquelle s’engouffre le dynamisme de la rédemption dans la
vie des hommes et des sociétés. Libérés primordialement par le Fils, nous
pouvons habiter la maison-terre de manière responsable. D’autres
développements, seraient à faire ici, mais le temps et l’espace ne le permettent pas. Je me contente de signaler
au passage la position que développe l’abbé d’un monastère bénédictin d’Afrique
de l’ouest, dans sa contribution au Colloque International de Kinshasa en 1989
sur Vie monastique et inculturation à la lumière des traditions et
situations africaines.
“Il n’y a pas de
doute que c’est le péché qui empêche et aliène l’homme à être pleinement
lui-même, unifié et accompli. La racine de ce péché est l’orgueil,
l’égocentrisme, le refus de toute dépendance de l’autre, de toute référence à
l’autre, au Tout Autre, Dieu comme genèse et accomplissement de l’homme.
L’homme africain n’est pas épargné par le péché. Ce qui libère du péché, c’est
l’obéissance. En conviant l’homme africain sur le chemin de l’obéissance, la
vie monastique l’entraîne sur la voie royale de la vraie liberté. […] Ainsi
libéré du péché qui aliène l’homme et de la peur qui le rend débile, l’homme
africain par la foi, l’espérance et la charité sera intérieurement fort pour
garder en face le complexe d’infériorité qui le paralyse en maint domaine de sa
vie et l’empêche d’avoir une juste confiance en lui-même”[12].
Comme on peut le constater,
cette position se meut parfaitement dans ce que j’ai appelé ‘le cadre d’une
réponse fondamentale’. Il est imprescriptible. Seulement, je crois qu’il n’est
pas totalisant et donc peut-être pas suffisant. En outre, une réponse qui se
contente de s’énoncer exclusivement dans ce cadre n’est peut-être pas sans
équivoque ni ambiguïté. Elle dirait en d’autres termes que la question de la
rédemption n’interesse pas ou pas d’abord le monachisme. Il est ‘pure’
recherche de Dieu, quête de vie spirituelle, du règne de Dieu dans les coeurs.
Il “est anticipation par la prière, ‘l’obéissance de la foi’, les saints désirs
et les sacrements de la vie paradisiaque”[13]. De fait, Dieu
n’a pas appelé Benoît pour en faire le Patron de l’Europe, ni ses moines
protagonistes d’une civilisation dans sa genèse. Le Patriarche a voulu
uniquement fonder une école du service du Seigneur où l’on apprenne à militer
sous les armes glorieuses du Christ. Les descendants du Patriarche, en
continuité avec l’intuition de celui-ci, en ont fait aussi une école de charité.
Les rôles historiques qu’ils durent assurer furent de simples accidents de
parcours, en somme des parenthèses. Une fois les conditions historiques
changées, on ne les rencontre plus sur les lieux où se fait et défait la vie
matérielle, morale et spirituelle (?) de ces peuples. On s’égare donc si
aujourd’hui on attend du monachisme – en Afrique par exemple – au moment où il
‘incarne’ le Christ en se conformant à lui, une contribution autre que le
silence de la solitude, la prière, avec les aumônes aux pauvres. Pour ma part,
je crois qu’il est possible d’aller au-delà de cette ‘fin de non-recevoir’[14]. Je crois en
effet que la conformation au Christ que vise le monachisme cistercien peut
intégrer les questions venues à la lumière au fil de ces lignes. Il peut les
intégrer dans sa démarche sans perdre son génie distinctif. Pour cela, quelques
réinterprétations sont pour le moins utiles. Mais à la base de toutes, il faut
poser la nécessité de communautés ‘christiques’ dont la note la plus
immédiatement répérable soit la joie de vivre.
La joie de
vivre.
Je voudrais ici reprendre la
lecture que fait B. Sesboüé de la proclamation du Règne de Dieu par Jésus[15]. En outre, dans
la prédication du Règne de Dieu en paroles et en actes, Jésus ‘crée un monde
symbolique’, une manière d’être et de faire où la réalité du Royaume est
vraiment engagée, mais sous le mode des figures et des réprésentations.
"Le Royaume
doit prendre une visibilité concrète, s’il ne veut pas s’évanouir dans des abstractions
; mais aussi il dépasse toute visibilité empirique, dans ce monde qui n’est pas
encore passé par le retournement définitif. Le Royaume ne peut donc se
manifester qu’en symbole, et toute la prédication de Jésus vise à créer un
monde symbolique, perceptible aux yeux de ceux qui se convertissent. […] C’est
qu’en effet tout l’événement de Jésus, dans sa consistance bien visible, est
une parabole. C’est le mot juste d’E. Schillebeeckx : ‘Jésus est une
parabole et il raconte des paraboles. Seules des paraboles peuvent interpréter
une parabole’. Le monde symbolique que Jésus cherche à créer avec ceux qui le
suivent est la grande parabole du Royaume de Dieu.”[16]
Se conformer au Christ par la sequela
Christi signifie alors devenir soi-même une parabole du Christ. Et puisque
l’être-avec-Jésus est simultanément un être-ensemble que le monachisme
recueille d’abord par la forme cénobitique de sa vie, c’est la communauté
elle-même qui devra être une parabole du Christ, une actuation pour aujourd’hui
du monde symbolique qu’il crée comme médiation du Royaume. J’ai parlé il y a un
instant de la joie de vivre comme note plus immédiatement répérable d’une telle
communauté. Une telle proposition peut laisser plus d’un perplexe, si l’on
pense seulement à la ‘sobriété’ que la tradition monastique a exaltée. En
outre, notre tradition spécifiquement cistercienne ou mieux encore trappiste,
est réputée pour son ‘austérité’. Enfin, l’une des veines les plus authentiques
de la tradition spirituelle chrétienne tout court, associe étroitement
l’expérience de la joie à celle de la croix[17]
. Comment se
situe la joie de vivre dont je parle ici? Elle ne veut pas certainement
supprimer une ascèse au service de la vie, l’ascèse purificatrice ou la
croix qui libère la joie parfaite. Mais peut-être continue-t-il d’exister une ascèse
et une austérité accusatrices de la vie. En fait, je voudrais surtout
souligner un des faits qui frappe dans la prédication du Règne. Le monde
symbolique que Jésus fait surgir et dont il est le centre de gravité est un
monde où des hommes font “l’expérience du bonheur d’être homme, expérience
toute simple, mais aussi toute nouvelle, qui révèle le meilleur de l’humanité
de l’homme et manifeste un monde encore inconnu”[18], où “la cause
de Dieu se révèle comme la cause de l’homme”[19]. Pour retourner
explicitement à l’horizon africain dans lequel je me meus, la joie de vivre
aura une fonction de guérison de la conscience et de l’imaginaire individuel
d’un homme, de l’imaginaire collectif de peuples dont ‘l’histoire est un
abattoir’[20]. Cet homme-là a
besoin de savoir et d’éprouver que sa vie à lui, sa vie aussi est approuvée par
Dieu, jusque dans ses conditionnements biologiques et matériels. C’est un
préalable presqu’indispensable à tout le reste. La communauté cistercienne qui
le manifeste devient pour elle-même et pour son peuple une parabole de Jésus le
Christ, une parabole du Règne.
La solidarité
comme forme christologique de la stabilité monastique cistercienne
La stabilité monastique a
souvent reçu une interprétation prévalemment ascétique[21]. Peut-être
peut-on la lester d’un poids christologique qui la proposerait au premier plan
de notre attention, avec des conséquences immenses.
J’aimerais traduire aujourd’hui
stabilité par solidarité. La stabilité monastique serait alors solidarité du
frère, jusqu’à la fin avec cette communauté-ci, dans ce lieu-ci. Elle
serait en même temps solidarité de la communauté avec ce lieu-ci, cette Église
particulière, ce peuple… Mais si je traduis stabilité par solidarité, je ne
puis alors ne pas penser à cette autre Solidarité, celle en vertu de laquelle
le Fils de Dieu s’est fait fils de l’homme, pauvre, de riche qu’il était, afin
de nous enrichir par sa pauvreté. “Il a dû devenir en tout semblable à ses
frères, afin de devenir dans leurs rapports avec Dieu un grand prêtre
miséricordieux et fidèle” (Héb 2, 17). La ‘stabilité’ de Jésus pour ainsi dire,
c’est son enracinement irréversible dans un milieu socio-culturel. Même quand
il brise les limites et les étroitesses de ce milieu, il le fait de
l’intérieur, non pas de l’extérieur, par la violence arbitraire qui est le fait
des conquérants. Incarnation et Rédemption sont les deux faces du ‘mystère’ de
la solidarité divine vis-à-vis des hommes. La conformité au Christ ne peut ne
pas devenir alors une solidarité globale vécue avec les hommes mes frères, à
commencer par ceux qui avec moi font partie du ‘monde symbolique’ que nous
essayons d’incarner. Est-ce un hasard que bon nombre de communautés de l’Ordre
en situation difficile se trouvent en terre africaine, et que l’une d’elle soit
allée jusqu’au témoignage suprême au nom de cette solidarité? Quel enseignement
pour les autres? Peut-être la stabilité-solidarité n’aura pas toujours ce
caractère dramatique. Mais si nous recueillons bien son fondement
christologique et si nous courons le risque d’en faire une des clés de
lecture de notre vie cistercienne aujourd’hui, nous ferions une expérience de
renouveau et de fécondité inédite.
Obéissance
monastique, obéissance du Christ et violence symbolique
L’obéissance a toujours été
considérée comme la vertu monastique par excellence, l’imitation absolue du
Christ qui s’est fait obéissant jusqu’à la mort. Quiconque se met à la suite du
Christ, quelque soit le lieu et le temps auxquels il appartient, ne peut
oblitérer ce passage fondamental. La théologie contemporaine a suffisamment mis
en lumière la dimension foncièrement théologale de l’obéissance religieuse, ses
points de démarcation de la vertu humaine, la distance abyssale qui la sépare
de ses contrefaçons, etc. Je n’ai point l’intention d’affronter de nouveau ces
points ici. Simplement, je voudrais signaler que dans un contexte qui n’est pas
exempt de violence symbolique, où l’imaginaire collectif et la mémoire
historique en portent encore les stigmates, l’obéissance monastique pourrait ne
pas être de manière immédiate l’obéissance du Christ, et de ce fait être
quelque peu ambiguë. Comment peut-elle assumer le désir d’émergence d’un sujet
libre comme je l’ai indiqué ci-dessus? Comment contribue-t-elle à restaurer
l’initiative historique et la capacité de créativité de personnes minées par la
peur et un certain fatalisme ‘historique’, où les décisions qui comptent
vraiment pour soi, en presque tous les domaines, sont prises ailleurs, par
d’autres, pour soi. La conformation au Christ dans l’horizon des réalités
africaines, ne peut éviter de répondre à ces questions, si elle veut être
vraiment genèse d’un homme nouveau.
Faut-il conclure et comment
conclure? Il me faut d’abord me résumer. J’ai surtout voulu dire que la
conformité au Christ est un dialogue entre l’homme et le Christ. Du côté de
l’homme, il est conditionné par sa situation historique ou sa vision de soi, du
monde et de l’histoire en train de se faire. Il faut connaître ce lieu d’où on
parle, d’où on est. S’agissant de l’Africain, la conformation au Christ
rencontre un autre processus, au moins à l’état de désir, de velleité, celle
d’une nouvelle genèse de l’homme africain. Pour l’heure, il est surtout l’objet
de la ‘paupérisation’ anthropologique. Le Christ de la tradition cistercienne
peut accueillir et assumer ce désir, en s’attaquant à la racine de tous les
maux, le péché. Mais il est indispensable aussi qu’il me donne la joie de vivre
comme expérience de l’approbation et de la promotion de ma vie d’homme. Ne
crée-t-il pas un monde symbolique qui est la parabole du Règne ici et
maintenant? Ce monde symbolique est
expression de la solidarité rédemptrice de Dieu vis-à-vis de mon monde.
Mon insertion stable et solidaire dans mon monde devient alors éminemment
conformation au Christ. Habitant mon monde – devenu monde symbolique du Christ
– je peux obéir à la manière du Christ, sans craindre la violence symbolique.
Tout ceci étant dit, à la
vérité, il n’y a pas ici de conclusion possible pour moi, mais une suspension.
Après avoir essayé de partager quelques reflexions et considérations, il me
faut me souvenir de l’incommensurabilité du mystère pascal du Seigneur. C’est
en lui que ma vie d’Africain est appelée à être fondée. En outre il est
irréductible et c’est lui qui juge ultimement toute chose. Il me faut suspendre
pour que la parole retourne à la confrontation avec la vie, là où la
conformation au Christ est à faire, ou mieux encore, à être reçue de l’Esprit
qui agit aujourd’hui. Je ne sais pas si j’ai réussi non pas tant à prospecter
des chemins pour aujourd’hui et demain mais à poser quelques questions dignes
d’attention.
Frère Ignace
BIKOULA
Koutaba -
Cameroun
[1] A lui seul, ce fait est lourd de
signification. On sait qu’en général, quand la définition, la sauvegarde ou la
‘restauration’ de l’identité deviennent des préoccupations majeures, on se meut
dans un contexte de crise, quel que soit le groupe humain considéré.
[2] À propos de christologie africaine, cf.
par exemple l’essai bien réussi de Chemins de la Christologie africaine,
F. KABASÉLÉ – J. DORÉ – R. LUNEAU (éd.),
« Jésus et Jésus-Christ » 25, Paris 1986. Les modèles
christologiques proposés peuvent être interessants dans le contexte de
certaines sociétés africaines, et pour l’usage qui peut en être fait dans la
tradition monastique.
[3] Sur la notion de ‘pauvre anthropologique’,
voir A. MVENG, l’Afrique dans l’Église : Paroles d’un croyant,
l’Harmattan, Paris 1985, p.199-213. Il est important en outre de signaler que
pour Mveng, la pauvreté anthropologique est le résultat d’un processus
historique, celui de la paupérisation anthropologique, qu’il décrit de manière
fort convaincante.
[4] Ibid., p.78-92.
[5] Kä Mana, Foi chrétienne, crise
africaine et reconstruction de l’Afrique, Haho-Ceta-Clé,
Nairobi-Lomé-Yaoundé, 1992, p.100 et suivantes. Cf. aussi son ouvrage: L’Afrique
va-t-elle mourir ? Essai d’éthique politique, Karthala, Paris 1993.
[6] cf Ecclesia in Africa, nº42-43. Il
s’agit bien ici d’un ensemble de valeurs universellement reconnues comme
‘africaines’, non exclusivement, bien sûr. Inutile donc de citer ici d’autres
auteurs.
[7] F. EBOUSSI BOULAGA, La crise du Muntu.
Authenticité africaine et philosophie, Présence africaine, Paris 1977,
p.234-235. Cf aussi KÄ MANA, L’Afrique va-t-elle mourir ? p.34-38
[8] A. MBEMBE, « Mourir en Post-Colonie.
Préalables socio-historiques à une théologie africaine de la mort », in Pâques
Africaines d’aujourd’hui, ed. J. Doré – R. Luneau – F. Kabasélé, Jésus et
Jésus-Christ 37, Desclée, Paris 1989
[9] cf F. EBOUSSI BOULAGA, Christianisme
sans fétiche. Révélation et domination, Présence africaine, Paris 1981,
p.192-195
[10] F. EBOUSSI BOULAGA, opcit, p.193.
[11] Je tiens l’expression ‘post-colonisé’ de
KÄ MANA, Foi chrétienne, crise africaine et reconstruction de l’Afrique.
Dans son analyse des pensées africaines, il arrive à une nouvelle mise en
perspective de l’histoire africaine dans laquelle chaque Africain comprend
« qu’il est au fond de lui-même, au coeur de sa société et dans la
dynamique de la vie de tout le continent, un colonisé, un décolonisé, un
néo-colonisé et post-colonisé (c’est moi qui souligne) obligé de
reconstruire son espace de vie et de reconstruire une destinée de liberté
réelle et de créativité humanisante ». p.37.
[12] R. MAWULAWOE, « Théologie de la vie
monastique et inculturation. Point de vue africain », in Vie monastique
et inculturation à la lumière des traditions et situations africaines.
Actes du Colloque International de Kinshasa, février 1989, Archidiocese de
Kinshasa et Aide-Inter-Monastères.
[13] F. EBOUSSI BOULAGA, Christianisme sans
fétiche… p.194.
[14] Peut-être suis-je en train de ‘défoncer’
une porte largement ouverte, ou au contraire suis-je en train de verser
carrément dans ‘l’hérésie monastique’ ?
[15] Cf. B. SESBOÜÉ, Jésus-Christ dans la
Tradition de l’Église, Jésus et Jésus-Christ 17, Paris, 1982, p.233-254
[16] Op.cit, p.240-241.
[17] La perplexité peut être d’autant plus
justifiée que nous sommes grosso modo, dans un monde qui voudrait une
‘vie aseptisée’ contre la souffrance, la douleur et la mort, et tendant de ce
fait à occulter ces réalités de l’expérience humaine.
[18] B. SESBOÜÉ, Op.cit, p.234.
[19] Ibid.
[20] cf ci-dessus, p.4.
[21] je dis prévalemment parce que mon
ignorance de la littérature monastique à ce sujet ne me permet pas d’en dire
davantage.