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collège
Saint-François de Sales

    
     Les grandes dates
     Scolarisation
     Une journée de classe

     - le matériel de l'écolier
     - Les billes
     Photos de classe
       
1ère année
        2e année
        3e année
        5e année 

     Un bel oeil ! 
     Cinémascope !  
     Val d'Or
     Remerciements                                                                                                                             
blason du Collège
 
  ecu college
 
  Sites qu'Aloubè ne saurait trop vous conseiller, à vous, anciens du Collège : http://www.masomo.be  et  http://eville.be.tf  

Merci à Myriam Dormal, ancienne de Marie-José, pour sa très amicale collaboration :  myriamdormal@yahoo.fr

aerien college   Vue aérienne du Collège en 1962
 
 
On observe, pour ceux qui ne connaissent pas :
     1 - l'entrée avec la Procure, pignon blanc à droite
     2 - le préau à vélos
     3 - la cour des Primaires, à l'angle, le théâtre
     4 - le site de l'ancienne Chapelle
     5 - ciné Collège et le préau de basket-ball
     6 - la salle de gym où règne Zimboum
     7 - le bassin de natation
     8 - le jardin des Pères et leurs appartements
     9 - la salle d'études des pensionnaires
    10 - la nouvelle église
    11 - le dortoir du pensionnat
    12 - le réfectoire
    13 - la cour des Humanités
    14 - Radio Collège
    15 - Institut Marie-José
    16 - Parc de la Ville

  En arrière-plan, Marie-José et la clinique Reine Elisabeth
  où officiaient plusieurs soeurs en qualité d'infirmières.

Note préliminaire sur le site du Collège.
Sur la photo aérienne ci-dessus, on constate la forme fermée des constructions de la partie avant qui permet de  rendre la place rapidement et facilement inaccessible, défendable dans un maximum de sécurité et en totale autarcie. C'est la raison pour laquelle, d'emblée, le Collège a été choisi par les européens qui s'y sont réfugiés lors des émeutes qui ont suivi l'Indépendance. Personne n'est parvenu à déranger ceux qui se sont mis sous la protection des Salésiens.

aerien college  

Voici une autre vue saisissante du Collège et de Marie-José. Elle date de 1962 également et est offerte à tous les ndukus de la part de Jacques De Kegel. Un tout grand merci - son adresse : jacquesdekegel@tiscali.be . Un petit mot de votre part, anciens du Collège, lui ferait énormément plaisir.
Cliquez pour LA vue !

Les grandes dates
10.11.1911 - Arrivée de 6 premiers Salésiens à Élisabethville. Ils obtiennent un terrain et fondent un établissement d'enseignement professionnel pour congolais.
12.02.1912 - Le premier élève européen est inscrit.
20.11.1912 - Le Collège s'installe sur le terrain actuel, loin du centre (à l'époque !)
1918 - Le bâtiment original est construit et sert de classe et d'internat (photo ci-dessous).
1919 - Pâques - Inauguration de la Chapelle (4)
1922 - Le cycle complet des humanités est bouclé pour la première fois.
1928 à 1930 - les premières classes primaires indépendantes sont construites avenue Wangermée (aile droite extérieure de la photo aérienne).
1938 - Bâtiment des Pères et administration (8)
1940 - 400 élèves inscrits.
1944 - Aile pensionnat est construite (11)
1952 - 625 élèves inscrits.
1960 - près de 800 élèves fréquentent le Collège.
Aujourd'hui, le Collège se nomme
IMARA.

La scolarisation

college debut  

Le Collège comme Marie-José, (Marie-Chaussette pour les garçons) a été bâti pour l'internat des fils de prospecteurs et colons au début de leur implantation. Il héberge les enfants de parents qui se déplacent fréquemment. Le pensionnat tient une grande place dans les préoccupations des Salésiens. En 1908, les premiers missionnaires de l'Ordre obtiennent du gouverneur Wangermée un espace de terrain qu'ils n'auraient pu avoir un peu plus tard (en surface). Ils y installent une chapelle et un premier bâtiment de type "école professionnelle" pour la formation des enfants du personnel africain. Très vite, les colons affluent et ils déplacent les cours des élèves africains vers la Kafubu, réservant le Collège aux cours traditionnels de l'enseignement aux enfants des colons.
Les premières installations
(1914) - document des Salésiens.
On remarquera l'ancienne Chapelle (démolie après la construction de l'église) ainsi qu'un bâtiment pour les cours professionnels. Ces deux constructions forment la branche de croix manquante de l'intérieur (photo ci-dessus)

 
  histoire du Collège :  http://membres.lycos.fr/lubumbashi/divers/cadre3.htm
implantation des Salésiens : http://www.freeflights.net/sdbafc/histoire.htm

L'enseignement au Congo est d'abord assuré par les missionnaires. Ils ouvrent des écoles pour les enfants européens et congolais. Le principe de la séparation blancs/noirs est de rigueur, les enfants mulâtres sont difficilement acceptés, d'un côté comme de l'autre. Le Collège ouvre ainsi ses premières classes pour enfants européens en février 1912, après avoir créé des écoles pour congolais. Cette histoire est merveilleusement racontée sur le site http://lubumbashi.multimania.com/

internat  

 < Le pensionnat (11)
sortie du réfectoire en mi-matinée


Les classes primaires (3) >
et la salle de spectacle. La ligne
des manguiers à gauche est
celle de la photo du dessus,
en bordure de chemin.

  cour primaire

En septembre 1949, Aloubè entre en première année primaire au Collège Saint-François de Sales, sous la férule "dieulepèresque" du Père Wijdhooghe (puisse-t-il toujours me pardonner l'orthographe de son nom !), regard inquisiteur, teint frais et rougeaud du merveilleux et robuste salésien à la barbe blanche (*) caractéristique du missionnaire de Tintin. Un bon départ est donné.

* La barbe blanche.
Non, il ne s'agit pas d'un manque de lame de rasoir ! Les missionnaires, comme les autres, en possédaient. En réalité, ils ont remarqué que les africains ne développent pas de système pileux important. Donc, celui qui portait une barbe était chanceux, doué d'une grande sagesse (Baba ma n'devu - l'aïeul à la barbe) et digne d'être écouté. Cette observation les a conduits à se laisser pousser une barbe qui, l'âge aidant, devenait blanche et leur conférait un statut bienveillant facilitant certainement le contact.

refectoire

 

Tous les collégiens pensionnaires (ou ceux qui avaient communié le premier vendredi du mois) se souviendront des repas bruyants dans la grande salle luisante et sonore du réfectoire (12), de la minuscule chapelle (4) au clocher effilé et tôlé, au toit rouillé, flanquée au beau milieu de la cour interne et ceinturée par des classes bordées de manguiers généreux. Cette cour interne sert de terrain de jeu pendant la récréation. On y joue au football ou à Balle-chasseur (voir plus loin). C'est également le lieu de trocs inavouables comme une banane contre un bubble gum Bazooka, même déjà mâchouillé ! des billes contre un tube de Pez (étui distributeur de pastilles sucrées)...

 

Intérieur du réfectoire (photo de Georges Dehasse - un grand merci).
et
tube de pastilles PEZ

 

"Un jour de 1954, toutes les classes ont reçu le vaccin du Docteur Salk contre la poliomyélite. Les USA venaient de découvrir comment se prémunir de cette terrible maladie qui handicape et paralyse les membres inférieurs des enfants principalement. Une campagne de vaccination est alors organisée également dans tout le Congo. Ce sont les établissements scolaires qui rassemblaient le plus facilement tous les enfants et c'est également là que les médecins ont oeuvré au Collège en injectant le vaccin à plus de 700 élèves."

 
entree couleurs  

 < Entrée côté avenue Wangermée
Le monument aux morts (1997)
face au (2)
Disparus les sapins et les parterres fleuris !
Pourquoi y ressent-on tant de désolation ?

La cour des classes primaires >
fidèle à elle-même, 50 ans après.
Ah ! les jeux de billes sous les manguiers
entre (2) et (4).

 

  manguiers cour couleurs
pensionnat angle  

< Le pensionnat en 1960
angle avenues Wangermée et de Ruwé
(11)
Aloubè y a séjourné quelques jours lors du
voyage de ses parents en Afrique du Sud.

Le bassin de natation >
devant la salle de gym (7) offre un moment
de détente attendu de tous les Collégiens.

 

  bassin

Une journée de classe en 1950.
Tous les matins, la cloche rassemble en rangs les élèves sous la galerie couverte, chaque classe devant son local. Au signal, chaque file avance silencieusement vers l'entrée, passant devant le Père qui examine soigneusement les paumes que nous lui tendons d'ailleurs systématiquement. Ceux dont leur propreté laisse à désirer sont priés d'aller les nettoyer aux robinets des sanitaires proches.

Pas question de commencer la classe sans réciter une courte prière, chacun debout à côté de son pupitre ! Nos petits copains juifs en sont exemptés. Le Père autorise alors à nous asseoir. La leçon commence. Quand il n'est pas nécessaire d'écrire ou qu'il faut écouter, nous passons sagement les bras derrière le dos, par dessus le dossier du pupitre. La classe fleure bon la craie et l'encre bleue régulièrement versée dans les encriers de porcelaine blanche à col évasé encastrés par paire dans le haut du pupitre.
Les matinées sont rythmées par la récitation des tables de multiplication et les claquements d'une règle de bois sur un pupitre.
L'après-midi, les Pères ont la sagesse de ne pas demander trop d'efforts à des gosses écrasés de torpeur. C'est qu'il en faut du courage pour résister au sommeil ! (les parents font bien la sieste, eux !).

preau humanites  

L'apprentissage de l'écriture débute avec une touche et une ardoise. Ne pas oublier son petit matériel de nettoyage composé d'une éponge et d'un chiffon pour la sécher. Jambages, pleins, déliés, alignement de traits de plus en plus réguliers, exercices répétitifs et ardus pour de petites mains plus habiles à manier le kati que la touche, à façonner la potopote (glaise) que manipuler le boulier compteur. Que dire de la plume "ballon" ? (sergent-major) qui laisse une marque indélébile sur le bout du majeur droit. Pas question d'autoriser un gaucher à se servir de sa main préférentielle !

L'aile des humanités, le préau. Sous celui-ci, le garage aux vélos

Le calcul (qu'on affuble alors du qualificatif "arithmétique") débute par le maniement du boulier compteur aux billes colorées, les litanies de tables de multiplication reprises en chœur et scandées par toute la classe. Celle d'une classe voisine vient parfois troubler le silence de la notre. Alors éclate un grand éclat de rire général. La parole est quémandée en levant poliment l'index le plus haut possible.

Avec le temps, les livres deviennent de plus en plus volumineux, le cartable de plus en plus lourd. L'emploi du stylo à encre n'est autorisé qu'à partir de la 4ème. Le stylo à bille (Bic) n'est pas encore autorisé. Le crayon de couleur n'a pas de rival en le marqueur, les cahiers ne sont pas encore constitués de feuilles volantes accrochées à des spirales mais sont tous recouverts de papier bleu garni d'une étiquette collée selon les desiderata de l'instituteur. Ils sont et restent propres toute l'année.

Le matériel scolaire de l'écolier d'alors
Toutes les images qui suivent sont extraites du site émouvant http://ecoleautrefois.chez.tiscali.fr/chem.htm avec l'aimable autorisation de son créateur : Scipion Griffault - Un grand merci !

ardoise

L'ardoise est en carton enduit d'un aggloméré de poussière de schiste. Un cadre en bois protège les bords. Les touches sont en   et enrobée de papier pour empêcher qu'elles ne se brisent trop rapidement. Manque sur l'image, l'éponge ou le petit chiffon humide servant à effacer. La craie est parfois utilisée.

trousse

La trousse comprend divers crayons, porte-plumes, un taille-crayons, une gomme, un compas rudimentaire en bois et une boîte à plumes. Elle est en cuir ou en carton. C'est le cadeau de rentrée scolaire de troisième année.

Le plumier est constitué d'une boîte en bois et d'un couvercle coulissant. Deux compartiments séparent les plumiers des crayons. C'est le plumier qui est acquis avant la trousse.

plumier

La Plume Ballon se fiche à l'extrémité du porte-plume. Elle est trempée régulièrement dans l'encrier. Elle nécessite un habileté certaine avant de pouvoir écrire sans "pâtés" d'encre.

plume ballon

porte plumes

Différents modèles de porte-plumes, dont les manches sont en bois, en bakélite ou même, en ivoire.

cartable

Le cartable. Il est inévitablement en cuir, car, à l'époque, il est inconcevable de le trouver dans une autre matière. Il a déjà des bretelles. Ce modèle est en peau de croco.

Les encriers sont encastrés dans un trou pratiqué au milieu et à droite du pupitre (comme on le voit sur la photo de droite). Tant pis pour les gauchers ! C'est dans ce réceptacle que tombaient parfois les bébés caméléons que l'on parvenait à cacher du professeur.

encriers

Le pupitre d'écolier comprend deux places pour enfants. Il est composé d'un banc en lattes de bois verni et d'un meuble dont la partie écritoire se soulève sur charnière pour enfouir le matériel de l'élève. Parfois, un crochet de côté permet de suspendre le cartable par la poignée.

pupitre

parker 51

Stylo(graphe) - Ici, une paire Parker 51, créée au début des années 50 comprenant un porte-mine et un stylo. Récompense d'un travail scolaire méritoire,le stylo ne peut être utilisé qu'à partir de l'entrée en quatrième primaire. Voir la photo d'Aloubè ci-dessous.
 

Le bulletin est composé d'une carte hebdomadaire dont la couleur révèle immédiatement la qualité en matière d'éducation :
-
blanche : sans aucune observation, l'image même et le summum de la perfection, l'exemple à suivre ;
-
rouge : quelques petites remarques, parfois assorties d'un commentaire laconique, comme : "bavarde!" ;
-
jaune : sérieuses observations, désobéissance, une remontrance sentie est sollicitée implicitement auprès des parents ;
-
verte : le bannissement, l'excommunication, l'exclusion ou le renvoi ! La note est salée ! Dur, dur à faire signer par les parents !

classe premiere  

Photo de classe rituelle.
A cet effet, la cour est occupée par une série de bancs et  de chaises constituant des gradins pour des gosses que les parents ont endimanchés et peignés avec application. Tendres souvenirs pour les galopins de la photo. On se reconnaît parmi les 52 élèves ? Que sont devenus tous ces frais minois rigolards ?




1950 - Photo annuelle traditionnelle de la classe de 1ère année
avec la figure hiératique du père Wijdhooghe (3)

classe 2e  

Aloubè ne se souvient plus de son  instituteur de deuxième année. Qui peut donner son nom ? On se reconnaît parmi les 23 élèves ?

 

 


1952 - La deuxième primaire, contre le mur gauche de l'ancienne chapelle (4

classe 3e  

Le Père Sterckx a été le troisième. Merveilleux conteur qui terminait ses leçons, quand le temps s'y prêtait, avec les rocambolesques aventures de "Scaramanteka", transposition à peine déguisée de Tijl Uylenspiegel de Decoster. On se reconnaît parmi les 34 élèves ?

1953 - La troisième primaire, photo est prise devant le réfectoire.
Remerciements à Michel THOMAS sa collaboration iconographique.

 

Que le professeur de 4ème lui pardonne de ne pas avoir retenu son nom. Qui peut donner son nom ?

classe 5e  

Monsieur Résimont, tout de roux coloré, a été son instituteur de 5ème. On se reconnaît parmi les 21 élèves ?



1955 - 5e primaire. Classe de Mr Résimont ( à droite ) dans le patio des Pères (8)


Le Père Thomas, prof de 6e, est une personnalité que l'on ne peut oublier. Cet  ardennais sec, à l'aspect donquichottesque, dénote dans l'ensemble débonnaire flamand des pères d'Averbode (séminaire belge d'origine  des Salésiens du Collège) et semble avoir été, de tout temps, le pilier central de l' éducation, hiératique cerbère des candidats aux humanités. Qui aurait une photo de sa classe en 1956 ?

 
 

Anecdote
Un bel oeil !
"Balle chasseur" est le jeu du moment. Dans la cour, un chasseur tente de toucher ses camarades avec une balle de tennis. S'il est pris, il augmente le nombre de chasseurs qui peuvent recevoir la balle. Par élimination du gibier, les trois premiers "pris" sont condamnés à présenter, courbés et appuyés contre le mur de l'ancienne chapelle, leur fond de capitula afin de recevoir la balle du dernier gibier. Dans un lot de condamnés, Aloubè s'est exécuté, a présenter son postérieur... La balle tarde. Il se retourne et risque un regard pour voir qui tire et... pan, reçoit dans l'oeil une balle lancée en pleine force. Résultat : un bel oeil au beurre noir pendant une semaine !

Chaque année, fête du Collège (31 janvier - St Jean Bosco). Une pièce de théâtre (3) est interprétée par des garçons (qui jouent les rôles féminins également) et marque l'apogée de la fête du Collège. A cette occasion, des tournois de football sont organisés, des jeux, une fancy-fair avec tombola, toutes sortes de "baraques" de distraction, et un film que l'on essaye de projeter en primeur ( en 1953, la Tunique, en cinémascope - voir plus loin). C'est une occasion attendue avec énormément d'impatience, en rupture totale avec le train-train quotidien. Les compétitions sportives auront lieu quelques années plus tard, à l'extrémité de l'avenue de Saïo, lorsque les Pères auront acquis un terrain immense, une plaine de délassement. On l'appelle "la Plaine du Collège". Aloubè, comme tant d'autres, y sera moniteur plus tard, pour les plus jeunes. Quelques termitières auront fais les frais pour deux terrains de football. Quelques bâtiments seront construits pour servir de réfectoire. Une termitière spéciale a été creusée en forme de scène de théâtre et les colonies de vacance successives sont particulièrement fières d'inviter leurs parents à une soirée de sketches organisée en fin de stage. L'usine Coca-Cola, toute proche, livre des camions entiers de bouteilles pour toute cette joyeuse marmaille.

aloube 3e   1953 - 3e primaire - Pour la photo, Aloubè peut utiliser le stylo de Monsieur Gaston Robberechts, professeur / photographe.

Les billes !  Ah, les étoilées (bille de verre transparent contenant une hélice de couleur) et les katumbos (énormes) !  Celles qui tombent malencontreusement des poches, confisquées pour trouble de studieuse quiétude, alimentent les sacs distribués par la Procure (1) (approvisionnement de matériel scolaire) en lot de consolation aux infortunés de la tombola annuelle. Chaque récréation voit les mordus de la bille engager des parties acharnées de "pot" ou de "cigare" (*).Il y a une émulation puissante entre joueurs. Les spectateurs prennent souvent parti pour leur challenger, comme les marseillais pour leurs joueurs de pétanque. Ne devient pas champion qui veut ! Certains parviennent à développer une technique personnelle. Si elle donne de bons résultats, elle est immédiatement adoptée et copiée.  Les parties se jouent à l'ombre des manguiers du Père Thomas. Quelquefois, il est appelé à trancher les litiges délicats. Ses décisions sont sans appel.

interieur chapelle    

Qui ne se souvient pas, avec émotion, de cette Chapelle où la plupart d'entre nous allaient servir la Messe tôt le matin, avant les cours ? Il y avait un jubé au dessus de la porte d'entrée. C'est là qu'aloube a été chanter en solo pour une messe de Noël. Mon ami Georges Dehasse
a également été de service. C'est à lui que je dois cette belle photo. Je vous conseille de parcourir son site
www.kipushi-mpl.com

 

Vue de l'intérieur de l'ancienne Chapelle.

nouvelle eglise  

 

 


Construite en 1958, la nouvelle église du Collège (10) remplace la chapelle d'origine démontée en 1959.
Son caractère résolument orthogonal est un symbole d'équilibre et reflète une tranquille certitude dans l'avenir...(!)

(*) Pot - Un trou est creusé à 4m d'une ligne de départ. Comme au golf, chacun essaye de placer sa bille dans le trou. Celui qui y parvient peut, au départ du pot, toucher les billes les plus proches et les empocher. Au premier ratage, il perd ce droit. Cigare - dessiné au sol à quatre mètres d'une ligne de départ, chacun tente de toucher une des billes de chaque participant mise en gage dans le cigare. Se joue comme pour le pot, aussi longtemps que le joueur réussit à toucher.

Les trois premières années d'humanité latin - math sont marquées par Zim-Boum, prof de gym qui impose une discipline à vous faire préférer le service militaire.


Anecdotes authentiques
rapportée par Jacques De Kegel, ancien du Collège (un grand merci).

Avec ZIMBOUM. Je me souviens qu’en cours d’année, un nouvel élève est arrivé ( un boulaya ).Et on lui a dit, "attention il faut te présenter au garde à vous à Monsieur Weert" pour qu’il sache que tu es un nouvel élève. Hélas pour le pauvre gars, il s’appelait MONNOM ( ou quelque chose de très similaire ). Il se présente donc à Zim-Boum au garde à vous.
Le nouvel élève : Monsieur, je suis un nouvel élève.
Zimboum : Votre nom.
L’élève : Monnom.
Zimboum : Oui, je vous ai demandé votre nom.
L’élève : Monnom, M’sieur.
Zimboum manifestement énervé : alors votre nom.
L’élève : Monnom, M’sieur.
Zimboum au bord de l’apoplexie : Mais, je vous demande votre nom pour la dernière fois !!!!
L’élève en panique avancée : Mais mon nom, c’est Monnom M’sieur.

Zimboum n’était pas loin de la violence physique, quand un élève à oser s’interposer en en expliquant à Zim-Boum, que c’était bien le nom de famille de l’élève.
Ceci est rigoureusement authentique, mais même si on avait eu envie de rigoler, on l’a soigneusement caché, tant Zimboum faisait peur.

J’étais à quelques mètres du Père Ruymers ( Tintin ), quand il s’est effondré, dans une voiture, soutenu par d’autres Pères. Il venait de se blesser gravement avec une scie circulaire. Je pense qu’il avait perdu deux doigts. Mais, après quelques semaines, il n’avait pas perdu son humour. Car il tançait vertement  les élèves rebelles à la dure discipline du Collège, en mettant sa main handicapée en avant, en  disant « Vous me ferez 5 pages ».
 

Que de bon moments, par contre, lors du dernier cours du samedi matin qui consiste en une projection chahutée de courts films didactiques puisés dans l'immense catalogue des missions protestantes américaines et toujours introduits par le commentaire alambiqué de Malomo (préfet - Père Beckers) dans la première salle cinémascope d' Élisabethville (1953). 
Parfois, il arrive que Marie-José (les filles, bien entendu !) participe à la projection, dans la même salle que les garçons ! La ségrégation sexuelle étant de mise dans l'enseignement catholique du moment, comment faire ? La solution trouvée consistait à réserver aux filles une aile de la salle séparée par un couloir que Pères et Soeurs parcourent en silence, avec la vigilance de l'aigle fondant sur une proie un peu trop expressive à l'égard du sexe opposé.(voir photo ci-dessous). L'obscurité n'empêche cependant pas les quolibets de fuser. Quand ceux-ci deviennent trop importants, la projection est interrompue et le ou les coupables prié(s) de se dénoncer et de sortir de la salle au plus vite, suivi sur ses talons par un Père sermonneur. Le discours, à l'extérieur, doit être diablement efficace pour que le reste de la séance se déroule sans incident.

Cette salle de cinéma a servi de cadre également à diverses conférences, notamment celle d'Alain Bombard sur le traversée de l'océan Atlantique en naufragé volontaire. Aloubè a même eu l'occasion de toucher son esquif, le canot pneumatique baptisé l'Hérétique.

C'est là également qu'une troupe présentait un spectacle de marionnettes suspendues dont le héro s'appelait "Bilulu" (insecte) et qui quémandait l'aide des petits spectateurs en chantant : Bilulu, Bilulu, t'en fais surtout pas ! (bis) T'en fais surtout pas puisque nous sommes là ! (bis). Et cette chanson réussissait, chaque fois, à redonner confiance au malheureux héro, sous les cris d'encouragement des spectateurs.

un site très complet sur le cinémascope : http://www.widescreenmuseum.com/widescreen/wingcs1.htm

scope

cinemascope

En 1953, un nouveau procédé cinématographique basé sur l'anamorphose
permet de "relancer" l'industrie cinématographique et d'augmenter le nombre
de spectateurs face à la télévision naissante. La stéréo apparaît aussi.
En bistre, l'image jusque là projetée. Au format complet, la vision est superbe.
Extrait du film "La Tunique" (The Robe).

 
cine college  

Ciné Collège (5)

Première salle de la ville été équipée en 1953 du procédé cinémascope. Le premier film (La Tunique - The Robe) tourné par ce procédé a été projeté la même année avec un succès considérable dans cette salle qui servait aux concerts et n'a été dépassée que par le Théâtre de la Ville.


Kisugulu, la revue des anciens de l'Athénée et du Collège, mentionne sa destruction par incendie le 12 février 2000. Ce jour-là, nombre des rêves d'adolescents de l'époque se seront envolés en fumée

 

Le Collège possédait une troupe scoute dont le Chef de Troupe était le Père Van Houtte, dont Aloubè ne se souvient plus du totem scout. Il entraînait la "Septième" (uniforme kaki clair, foulard bleu à liseré blanc) dans des aventures extraordinaire et n'avait pas peur de prendre part aux jeux. Sa petite taille était plus que largement compensée par l'ascendant naturel qu'il avait sur ses "pupilles". Ses grosses lunettes brunes juchées sur un nez en trompette lui conféraient un air sérieux. Son dynamisme était envié par tous les scouts européens d'E'ville. Les scouts étrangers à la 7e l'auraient tous accepté comme chef. C'est le seul Père qui troquait volontiers sa soutane blanche pour un pantalon kaki. N'empêche, Aloubè l'a vu souvent s'introduire subrepticement dans une partie de football et jouer avec coeur, sans sembler le moins du monde être empêtré par son habit sacerdotal. Il apostrophait souvent et de manière très sympathique un élève avec une expression bien à lui qu'Aloubè ne retrouve plus, sinon : "Alors, Pèquenot ?" ou quelque chose de semblable. Un nduku peut-il se souvenir ? Il est décédé, dixit Jacques De Kegel, intarissable source de renseignements !
jacque.dekegel@tiscali.be .

C'est aussi ce nduku sympathique qui remémore le Père Wilmotte (Cyrano), le Père Dingenen (toujours à l'oeuvre en Afrique), le Père Seghers (Pilule), le Père Verfaille ( Oiseau-Mouche). Inoubliables mentors !

Le Collège a également une station de radio qui émet sous le code OQ2AC et est techniquement sous la houlette du Père Dethiers. Les programmes consistent essentiellement en musique classique et en répertoire de l'art lyrique. Aloubè se souvient de quelques heures passées en classe de troisième primaire à plier les programmes imprimés au format, les introduire dans une enveloppe, coller l'adresse prédécoupée et le timbre représentant une statuette congolaise en bois. pour les abonnés de la station. Peu avant l'Indépendance, une nouvelle station émettrice prenait place dans des locaux tout neufs, de l'autre côté de l'avenue Wangermée, près des terrains de tennis de l'angle avenue de Ruwé.

Note sur TV Collège
Peu après l'Indépendance, le Collège, sous l'impulsion du Père Dethiers s'est monté un studio de télévision et a émis des émissions jusqu'en 1968, date à laquelle la station de TV Collège a été zaïrianisée. Cette partie de l'histoire est inconnue à Aloubè, c'est pourquoi, il passe le relais à un nduku qui y a travaillé : Paul Vannès ( pva@barcodex.be )
"Le studio se trouvait à côté de la salle de cinéma, dans le coin côté IMJ à l'opposé (par rapport au cinéma) du premier studio radio qui permettait les transmissions entre le Collège et les missions salésiennes. Le fondateur de "TV Collège" est le Père Dethiers qui, avec le patron de Philips (je ne me rappelle plus du nom), ont fabriqué l'émetteur. L'antenne d'émission se trouvait sur la toiture du bâtiment des humanités de l'IMJ. Le studio de TV Collège comptait deux pièces. La première, la régie, avec la table son, deux télécinéma Ducretet Thomson, la table régie et une petite camera pointée sur une horloge de la brasserie SIMBA afin de donner l'heure au téléspectateur. L'autre pièce était le studio où nos speakerines (nous en comptions trois: Marie-Jeanne Desseranno, Mia Jacobs et Miche Vroonen) annonçaient le programme de la soirée. Nous avions deux caméras, l'une très belle de marque Ducretet Thomson et l'autre beaucoup plus petite dont nous nous sommes servis pour les quelques réalisations internes. Nous émettions de 19 H 30 à +/- 22 H / 22 H 30 chaque jour. Comme techniciens, nous étions deux par soirée en plus du Père Dethiers et souvent, comme invité, nous avions le plaisir d'avoir le Père Schmidt. Pendant les grandes vacances, je me rappelle avoir assuré pas mal de fois seul l'émission et, un soir où ma mère avait reçu des amis et mis les petits plats dans les grands, je n'y suis pas allé (par gourmandise) et les téléspectateurs évillois ont été privé de TV ! J'avais 18 ans. TV Collège a été zairianisé en 1968 et tous les européens ont été mis dehors... je ne sais pas ce qu'il en est advenu par après, j'étais rentré en Belgique."

L'antenne Belge du Collège
Don Bosco est le fondateur de l'enseignement catholique technique pour les enfants d'ouvriers en Italie. Les Salésiens, vous vous en souviendrez, ont ouvert une section technique à Elisabethville, avant d'entreprendre l'enseignement classique et primaire que tous les anciens ont connu au Collège. Cependant, les enfants ayant commencé des études au Collège et qui étaient rapatriés en Belgique (pour raison de congé parental ou autres...) pouvaient trouver un havre d'accueil à Bruxelles, en la commune de Woluwé Saint-Pierre, au collège du Val d'Or.
Cette possibilité a été rapportée par un nduku d'Aloube, témoin particulièrement concerné. Outre ce fait, il a écrit un texte de toute beauté qui traite du Collège et de son expérience de "gosse d'Afrique". Personne ne peut être insensible à sa prose. En voici des extraits particulièrement significatifs.

SOUTANES NOIRES – SOUTANES BLANCHES

En ce 6 janvier 1950, Paul fêtait frileusement ses 12 ans en entrant comme interne chez les Salésiens de l’Institut Don Bosco, avenue du Val d’Or à Woluwé Saint Pierre ; plus précisément il rejoignait la première année des humanités c’est-à-dire la 6e gréco-latine, puisqu’on comptait à rebours de ce temps-là. Il revenait d’Afrique avec ses parents, lesquels s’apprêtaient à goûter les 6 mois d’un congé que leur employeur, pour des raisons sanitaires, imposait à son personnel de prendre en dehors des tropiques. Au Congo, Paul avait fait ses classes primaires, ainsi que le premier trimestre de ses humanités, chez les Salésiens du Collège Saint François de Sales à Elisabethville. 

Si vous n’avez pas vécu cette époque en Afrique, vous ne pouvez  imaginer la douceur de vivre que connaissaient les Belges qui s’y étaient expatriés. Ils étaient en effet « expatriés », notre pays n’ayant pas eu l’astuce de créer le concept de « Belgique d’outre-mer » comme l’ont fait d’autres nations qui avaient, et ont d’ailleurs toujours, également des colonies. Ces « coloniaux », comme on les nommait avec une connotation péjorative et une pointe d’envie, n’avaient pas souffert des années de guerre et de son cortège de pénuries ; ce qui leur fut fréquemment reproché jusque dans les années ’60. En outre le Congo Belge avait participé à l’effort de guerre contre ce qu’on appelait les puissances de l’Axe. En effet, le minerai à forte teneur d’uranium des mines de Shinkolobwe au Katanga, qui dès 1942 avait été mis à l’abri aux États-Unis, avait servi, dans le cadre « du projet Manhattan », à l’élaboration des premières bombes atomiques. N’en déplaise à nos concitoyens d’aujourd’hui, mais Hiroshima et Nagasaki, c’est un peu nous aussi, les Belges ! En contrepartie de cet uranium cédé à bon compte, le Congo belge fut largement approvisionné en biens de consommations d’outre-Atlantique : électroménager américain, voitures américaines, outillage made in US. Sans être vraiment riches, ces  coloniaux ne  manquaient de rien.

Il faut également parler de l’espace infini de cette grande contrée. Dans un territoire grand comme 80 fois la Belgique, le Collège occupait tout un quadrilatère d’une ville de quelque 8.000 Européens ; ville datant du début du siècle, dont toutes les artères étaient parallèles ou perpendiculaires et sur le plan de laquelle on eut pu jouer une partie d’échecs ; ville paisible, doté d’un éclairage public mais sans feux de signalisation qu’un trafic rare aurait rendu superflu ; ville dont toutes les maisons étaient entourées d’un jardin ;  en bref, une sorte d’énorme village résidentiel entourant un centre commercial un peu plus dense. Au Collège, la chapelle était située au centre du site, n’était accolée à aucune autre bâtisse et était entourée d’arbres et d’espaces verts ; les salles de classe bordant le quadrilatère, toutes en rez-de-chaussée, s’ouvraient vers l’intérieur du site et de plain pied sur de vastes cours de récréation bordées de doubles rangées de manguiers, qu’en petits ouistitis agiles, tous les élèves escaladaient à l’envi lorsque les fruits mûrissaient. Les espaces de jeux étaient aussi parsemés de ces nombreux palmiers trapus à noix de palme, sur lesquels étaient prélevés les branches pour le dimanche des Rameaux ; en agitant ces branches de palmiers, les enfants de choeur s’identifiaient parfaitement à l’imagerie en tons de pastel de leurs manuels scolaires ; il s’en dégageait une impression beaucoup plus biblique que n’inspire le buis de nos contrées. La piscine en plein air, bordée d’un côté d’une autre variété de manguiers dite « langues-de-chat », avait déjà fait et allait encore faire la joie de générations d’écoliers ; des terrains de basket et de football et plus tard des courts de tennis, dans le quadrilatère voisin, complétaient un équipement qu’envieraient la plupart des écoles européennes d’aujourd’hui.  Plus tard, vers 1952, viendrait une salle de cinéma. 

La plupart des professeurs étaient des Salésiens dont le dévouement n’est plus à décrire. Les élèves s’adressaient à eux en les appelant « Père ».  Le Père Sterckx, géant blond au cheveu hirsute et à la voix de stentor, régnait sur la cour de récréation ; le  suave Père Weidhooge à la longue barbe blanche sonnait matines et autres offices à la chapelle ; le distrait et toujours souriant Père Dethier tentait d’inculquer à ces jeunes turbulents des notions de physique élémentaires. Quant au père Thomas, insubmersible titulaire de 6e primaire, et grand jardinier devant l’Eternel, il avait débarrassé Paul, en quelques semaines, d’un léger zozotement qui lui faisait prononcer les « T » à la canadienne, défaut qu’il traînait depuis sa tendre enfance et dont personne ne s’était inquiété.

Dans les missions situées en brousse, comme celles de Kipushi ou de Sakania, on découvrait des Salésiens, plus barbus que Fidel Castro et véritables broussards rugueux et généreux, qui se faisaient appeler par leur prénom ; il y avait le Père Paul, le Père Joseph, le Père Marcel, le Père Henri…Pourquoi cette différence ? Parce beaucoup d’entres eux portaient des noms d’origine flandrienne et que leurs paroissiens africains se seraient déboîté la langue à vouloir prononcer certains noms de famille ; c’était dès lors plus simple d’utiliser les prénoms.

Il y avait enfin le climat des hauts plateaux du Katanga situés à quelque 1.200 mètres d’altitude ; le soleil, sans être de plomb ni accablant, rythmait toute activité tout en irisant l’ombre violette des jacarandas, les bouquets écarlates des flamboyants, les taches jaunes des acacias ; ce même soleil qui faisait exploser les bractées pourpres des bougainvillées, les étoiles cramoisies des hibiscus et qui séchait les larmes collantes des euphorbes candélabres. En raison d’un beau temps persistant, tous les loisirs se déroulaient en plein air ; les plus jeunes Avec les divers groupements de jeunesse, scoutisme, patronage,  tous ces jeunes courraient la brousse, escaladaient les termitières qui devenaient des camps retranchés lors de leurs jeux de guerre, aventuriers de Koh-Lanta avant la lettre, petits Tarzans qui traversaient les rivières, accrochés à des cordes que les aînés fixaient dans la ramure recouvrant les cours d’eau ; qui rêvaient de Johnny Weissmuller en plongeant depuis un arbre en surplomb et émergeaient, le courant aidant, quelque 20 mètres plus loin, croyant avoir échappé aux crocodiles de leur  imagination.

Sous les tropiques, la durée du jour varie peu et il fait nuit, vers 18.00 H ou 18.30 H selon la période de l’année, très rapidement et sans d’interminables crépuscules. Le soir venu,  de « grands jeux de nuit » les égaillaient dans la brousse, munis de lampes torches pour identifier le numéro que devaient obligatoirement porter sur son front chaque « combattant » ; il n’était pas rare que l’un d’entre eux s’égare et qu’il faille organiser une battue sonore avec toutes les lampes disponibles, pour le retrouver transi de frousse et de froid, séchant des larmes qu’il niait, et affirmant haut et fort qu’il n’était pas perdu. Camper au bord d’une rivière, à 30 Kms de nulle part, en pleine brousse, ayant emmené vivres et eau potable qu’il fallait gérer et économiser, sans épicerie d’un inexistant village d’à côté ni ferme voisine, sans téléphone ni GSM, n’avait rien de commun avec le confortable camping bourgeois de nos jours.

Tout au long l’année, ils courraient en chemise à courtes manches et en « capitula », mot swahili pour désigner le short anglais, chaussettes, chaussures basses ou sandalettes ; tous se déplaçaient en vélo, engin indispensable dans une localité étendue mais dépourvue de transports en commun ; cette bicyclette leur était aussi nécessaire que le cheval au cow-boy. Seules les froidures matinales de la saison sèche leur faisaient enfiler un léger lainage jusque vers 10.00 H du matin ; ou un imperméable en cette saison des pluies que l’on nomme mousson en Asie. 
Deux saisons rythmaient l’année. La saison sèche, qui nous gratifiait de quelque 7 mois de beau temps, connaissait les plus grande variations de température, allant des gelées blanches à l’aube, à +/- 30° C à le méridienne ; la poussière ocre envahissait tout, la sécheresse de la végétation entraînait des feux de brousses qu’avec les adultes, les jeunes combattaient autant par jeu que par nécessité. Tous languissaient après la saison des pluies qui les débarrassait de la poussière et apportaient en 5 mois autant de précipitations que 12 mois en Europe ; les amplitudes de variation des températures étaient moindre, mais la boue omniprésente leur faisait souhaiter un rapide retour de la saison sèche.

Quant au trajet entre l’Afrique et l’Europe, les plus pressés de ces coloniaux le faisaient par un vol de la défunte SABENA, dont certaines escales de l’époque sonnent encore aux oreilles des plus anciens : Entebbe, Kano…D’autres, comme les parents de Paul, choisissaient une voie plus traditionnelle : 3 jours et 3 nuits de chemin de fer depuis le cœur de l’Afrique jusqu’à la côte angolaise, dans un tortillard tellement proche du tape-cul qu’on a peine à croire que le TGV en est l’héritier. Ce voyage n’amusait que les jeunes qui parvenaient à organiser des jeux dans les compartiments et des galopades dans les couloirs des wagons, tandis que les adultes prenaient leur mal en patience et tuaient le temps en étirant leurs séjours au wagon-restaurant qui servait une tambouille acceptable. Au terme de cette corvée ferroviaire, une croisière de 15 jours les attendait, sur un paquebot mixte de la CMB (Compagnie Maritime Belge), qui allait les mener à Anvers au cours d’un dolce farniente prélude aux mois de congé qu’ils s’apprêtaient à passer en Europe. Pour les jeunes, ces 15 jours de navigation paradisiaque se passaient en découverte du navire, visite de la salle des machines, chevauchées dans les coursives, et joutes nautiques dans la piscine dont le plan d’eau était en perpétuel mouvement en raison du tangage et du roulis ; tangage et roulis qui mettait le cœur au bord des lèvres de certains adultes et vidait les restaurants du bord à l’heure des repas.

Après ces années de soleil et de ciel bleu qui se terminaient par une croisière, Paul, môme de 12 ans, se retrouvait donc un dimanche soir d’hiver, en ce début janvier 1950, devant la façade de sa nouvelle école: un bâtiment de briques sombres, figé dans sa froidure, et dont l’aspect annonçait les couloirs austères qu’il allait découvrir. Il venait d’un monde d’espace, de lumière et de chaleur, élève externe d’un collège local; il arrivait dans un univers étriqué, sombre et froid, élève interne d’une institution spartiate. L’aimable  et bienveillant accueil du Père De Freyn n’allait pas suffire à calmer le sentiment d’abandon et de punition imméritée qu’il éprouvait en pénétrant ce nouvel univers. 

Ce n’était que pour deux trimestres, mais en ce temps-là, les années étaient infiniment plus longues qu’elles ne le sont de nos jours. En effet, Paul savait que tous ses devoirs et travaux commençaient, en haut à droite, par la date qu’il devait  soigneusement calligraphier ; de préférence, sans tirer la langue. Il se souvenait très bien  que, longtemps auparavant, il avait écrit un nombre incalculable de fois  mois très courts qui subissaient une brusque accélération parce que n’obéissant pas à la règle générale de la lenteur d’écoulement du temps. Lors de la rentrée scolaire, Paul avait accédé à une classe supérieure, plus sérieuse, qui n’avait rien à voir avec les « petits » de la classe inférieure ; et il s’était remis à écrire, pendant longtemps encore, une date se terminant par « 1948 ». Oui ! Les années duraient plus longtemps à cette époque.

Le dortoir du pensionnat, sous les combles, était un interminable alignement de lits aux draps rudes et aux couvertures grises, sans aucun cloisonnement, et au bout desquels un local abritait des rangées de lavabos à eau froide ; ceux de rhétorique, les « grands » dont le menton commençait à se garnir d’un ornement pileux, bordées de solides cornières métalliques pour ne pas en ébrécher les bords, pouvaient accueillir 8 élèves, soit 4 par banc ; sur la table, des piles de tranches de pain bis garnies de saindoux. Il découvrait cette « savoureuse » graisse de porc fondue, alors que, « là-bas », on l’avait gavé de pain blanc et de beurre, précédé de papayes, d’ananas ou de mandarines ; pour arroser ces délicieuses tartines, du café noir, sans plus. Plus d’un demi siècle s’est écoulé mais plus jamais il n’a mangé de saindoux ni bu de café noir ; aujourd’hui, en fin de repas, un convive qui déguste un café noir sans lait ni sucre, le ramène inévitablement à cette époque. 

Une ou deux fois par trimestre, les tranches de pain bis n’étaient pas garnies ; une motte de beurre fermier, tache de soleil incongrue dans la grisaille ambiante, trônait au milieu de chaque table. Après le bénédicité récité debout, huit paires de  bas enjambaient les bancs et dans le même mouvement, sept couteaux  aussi experts que gourmands fondaient sur l’assiette au beurre qui se vidait  comme par magie ; ces jours là, n’étant pas rompu à ce « chacun pour soi », Paul restait le couteau en l’air et regrettait l’absence de saindoux, car le pain sec passait plus difficilement, sous l’œil faussement indifférent de ses voisins de table. Le réfectoire était séparé de la cuisine par une cloison de bois dans laquelle s’insérait un tambour vertical ouvert d’un côté et monté sur pivot. Lorsque le pain ou les pommes de terre venaient à manquer, il suffisait de mettre le plat vide dans le tambour, de le faire pivoter de 180°, et quelques secondes plus tard il réapparaissait garni ; c’était magique  pour ces gosses qui ne voyaient pas et ne soupçonnaient pas le travail qui s’effectuait derrière la cloison.  

Durant le repas du midi, un « grand », élève de rhéto ou de poésie, leur faisait la lecture. Pierre Clostermann venait de publier, en 1948, « Le Grand Cirque » qui relatait ses souvenirs de pilote de chasse. Durant un trimestre, tous ont volé sur Spitfire ou sur Tempest avec Pierre Clostermann, participé aux combats aériens, descendu plus de « boches » qu’il n’y avait d’avions dans la Luftwaffe ; ils attendaient cette lecture méridienne comme d’autres attendent aujourd’hui leur feuilleton à la TV. Avec ce  « premier chasseur de France » d’à peine 24 ans, ils partagèrent le regret de son dernier vol avant démobilisation, lorsqu’il raconte : « Ensemble, nous (son avion et lui) avons fusé une dernière fois, droit vers le soleil. Nous avons fait un looping- deux peut-être- quelques tonneaux bien lents, fignolés, amoureux, pour que je puisse emporter dans les doigts la vibration de ses ailes obéissantes et souples. Et j’ai pleuré comme jamais plus de ma vie je ne pleurerai. » Plus d’un demi siècle plus tard, Paul comprend et partage encore la nostalgie  de Clostermann…mais avec un soupçon de culpabilité, car ce dernier vol marquait quand même la fin d’un des plus grands massacres du XXème siècle. Mais ces larmes ne traduisaient peut-être que la détente qui survient après des années d’angoisse et de tension ? 

Les espaces de jeux ne manquaient pas. Par temps de pluie, il y avait le préau où grouillait un troupeau moite et bruyant, dégageant un remugle de chien mouillé. Par temps sec ils envahissaient la cour située entre les trois bâtiments disposés en U. Elle était le théâtre de « grands jeux » initiés par les surveillants qu’étaient leurs professeurs Salésiens, jeux de courses auxquels certains d’entre eux participaient avec autant de fougue que les élèves. Il y avait à côté du préau,  le mur qui servait aux fervents de la balle pelote, emmenés par « Monsieur »  Thomaes. Paul s’était en effet plié aux usages locaux puisqu’on s’adressait aux Salésiens en disant « Monsieur » et non « Père » ; cela le heurtait car dans son univers, « Monsieur » désignait un laïc, ce que manifestement ils n’étaient pas. Plus loin il y avait un terrain de football qui ne comportait pas le moindre brin d’herbe. Ils y jouaient par tous les temps, que janvier neige ou que mars giboule. Lorsqu’il gelait, le sol figeait les empreintes boueuses du match précédent ; le ballon se comportait alors comme la boule d’un billard électrique car ses rebonds sur le sol inégal et gelé étaient totalement imprévisibles ; c’étaient les matches les plus frustrants, mais aux scores élevés parce que les gardiens de but rechignaient à « plonger », d’autant qu’ils n’avaient pas d’équipements rembourrés. Derrière le bâtiment de l’école technique se trouvait un autre espace de jeu au fond duquel on pouvait voir une excavation d’un diamètre de quelques mètres et d’une profondeur d’un mètre  Il se racontait qu’il s’agissait d’un cratère de bombe ; un bombardier américain, blessé en vol sur la fin de la guerre, aurait été contraint de larguer ses bombes dont une serait tombée dans le terrain vague situé derrière la palissade et l’autre dans la cour de l’école. 

C’était encore l’époque où les adultes décidaient pour les enfants. Il est probable que ses parents avaient fait savoir que depuis trois ans, et malgré un enthousiasme très discutable, on le menait au piano et au solfège et qu’il était donc une recrue utile aux offices religieux. Les répétitions de chorale avaient lieu, au grand dam des petits chantres, durant les heures de loisir et sous la baguette de Monsieur Lequis. Ce dernier, lorsqu’il n’obtenait pas les effets souhaités, savait piquer des colères qui inhibaient ses jeunes choristes et les éloignaient encore plus du but visé ; vint même un jour où, au comble du désespoir, la prunelle assassine, criant et postillonnant, il  pour s’interdire de leur tanner le cuir ? On préparait une messe solennelle qui effectivement frôla la catastrophe musicale : durant l’exécution de l’oeuvre, le pupitre des voix enfantines, dont Paul faisait partie, se tut progressivement à l’approche d’un passage difficile. Fort de sa connaissance de la musique, Paul était le dernier de son pupitre à émettre encore un timide filet de voix, mais avec beaucoup d’hésitations, tout en se demandant s’il ne valait pas mieux cesser de se distinguer et s’aligner sur le confortable et prudent silence des autres. Il se souvient encore du regard effaré de Monsieur Lequis dont les yeux exorbités le suppliaient muettement mais péremptoirement de ne pas s’arrêter ; c’est ce qu’il fit jusqu’à ce que, la difficulté franchie, les autres, un par un, réintègrent courageusement la partie. On venait d’échapper de justesse au  « Tu quoque, fili mi ?! »  de César à Brutus. 

Monsieur Dewulf était  plus beau qu’Apollon, délicat musicien mais de santé fragile, et portait toujours un cache-nez gris tricoté. Ayant eu vent des connaissances musicales de Paul et de sa voix qui n’avait pas encore mué, il était venu, lui aussi, le relancer ; durant les heures de récréation bien évidemment ! Il s’agissait de lui apprendre l’Ave Verum de Mozart que, lors d’une fête religieuse, il bêla avec plus ou moins de justesse, soutenu par l’harmonium sur lequel Monsieur Dewulf s’essoufflait en pédalant énergiquement. Depuis 50 ans que Paul fait partie de diverses chorales d’amateurs, il pense invariablement à cet épisode chaque fois que cette œuvre vient au pupitre ; plutôt que de se concentrer sur sa partition de ténor, il tend l’oreille vers la suave mélodie des soprani et ses yeux cherchent l’harmonium asthmatique de Monsieur Dewulf ; cela tient du réflexe conditionné décrit par Pavlov. 

Les pensionnaires n’étaient autorisés à rentrer chez eux qu’au milieu du trimestre ; c’était plus merveilleux que la permission bimensuelle qu’ils connaîtraient plus tard lors de leur service militaire. Privé de saindoux et de café noir, Paul vivait néanmoins ces heures avec délectation en profitant de chaque instant en famille, et le retour du dimanche soir était plus pénible encore que son inconsciente arrivée en janvier ; toutes proportions gardées, il était dans l’état d’âme du prisonnier qui réintègre sa cellule après un congé pénitentiaire. Les autres week-ends se déroulaient à l’internat ; les visites familiales étaient autorisées le dimanche après-midi, une semaine sur deux. Certains jouaient au football, d’autres étaient en salle d’études, et un surveillant venait les chercher : « Untel ! Visite ! ». C’était pire que rien du tout, car la visite ne durait qu’une heure ou deux et se terminait quand même par une séparation et son déchirement. Tant qu’à faire, il préférait les week-ends sans visites.  

Il y eut cet hiver-là, dans une coupe européenne, un important match de finale en football, qui se disputait un samedi ou dimanche après-midi, car on ne jouait pas en nocturne de ce temps-là. On avait réunis les internes dans la salle d’études ; au tableau, une main sportive avait dessiné un terrain de foot et écrit en lettres capitales les noms des joueurs en présence ; sur l’estrade, on avait glissé sur le côté le bureau du surveillant, mis une chaise sur le bureau et sur la chaise trônait un poste de radio. Alphonse Tetaert, nom qui au niveau radiophonique était encore plus lourd à porter que ne l’était celui de Paul-Marie au niveau scolaire, avait choisi de s’appeler Luc Varenne ;  il commentait le match de son débit inimitable qui allait, durant des lustres, faire sa gloire qu’estomperait le petit écran. Les yeux rivés sur le tableau, leur imagination complétait les commentaires de Luc Varenne et ces jeunes cervelles se faisaient une télévision dont ils ne savaient pas qu’elle existait déjà. 

Au cours du troisième trimestre de cette année scolaire 1949/1950, il y eut une retraite religieuse intra-muros. Son grand intérêt était la suspension des cours qui étaient remplacés par des exercices spirituels, seuls ou en groupes, ou par de nombreux offices à la chapelle, ou par des lectures édifiantes sur Saint François de Sales, Saint Jean Bosco, Dominique Savio. Ce dernier, qu’on leur citait tellement en exemple qu’ils culpabilisaient de ne pas lui ressembler, n’était encore qu’un modeste Bienheureux mais en bonne voie de sanctification. Sa canonisation n’allait pas tarder et serait prononcée en 1954 par Pie XII, le Souverain Pontife, qui n’était pas encore controversé pour son attitude à l’égard de l’Allemagne nazie, et qui pour lors inaugurait l’Année Sainte. Durant cette retraite, ils se livraient à des « concours de chapelet ». Non, ce n’était pas le lancer du chapelet comme il existe le lancer du javelot ! Cela consistait à faire 3 ou 4, voire 5 tours du terrain de football en marchant sur les lignes quasiment effacées et à réciter avec un maximum de ferveur et de rapidité le plus grand nombre possible de chapelets. En se croisant, de brefs conciliabules permettaient de se rendre compte des scores et des progrès des concurrents : « Combien ? » - « Sept et demi ! » Qu’ils aient du retard ou même de l’avance, ils redoublaient d’effort et de ferveur, tout en ralentissant le pas, pour mieux se concentrer et encore accélérer le débit ; un de leurs condis...dis…ciples était tou…tou…toujours lanterne rouge au dé…dé… décompte des Pater et des Ave ; et tous plaignaient ce retardataire sur les chemins tortueux du Paradis.

Les promenades du jeudi après-midi étaient interminables ; munis de paquets d’étiquettes rondes aux couleurs nationales avec le slogan « Oui ! Le Roi revient ! », ils étaient chargés de les coller sur tous les supports possibles et imaginables. Ce n’est que bien plus tard qu’ils comprendraient qu’ils étaient acteurs de la « question royale » et faisaient partie de la grande famille des colleurs d’affiches. Imaginez tout un pensionnat qui durant des heures se promène dans les rue de la cité avec des milliers de pastilles de papier : un coup de langue, « slurrp » et « plak » sur une boîte aux lettres, une façade, un kiosque, un mur, un abribus, un poteau d’éclairage public. A l’issue du scrutin, les gens chargés d’en effacer les traces ont dû les maudire. Paul se souvient d’un autre jeudi après-midi et d’une ballade qui les avait menés à la maison Salésienne de Grand-Bigard. C’était par une après-midi caniculaire du mois de mai et tous ces galapiats étaient plus assoiffés qu’ivrogne en voie de repentance ; un de leurs accompagnateurs l’avait-il prévu ? Probablement, car une bouteille de sirop de grenadine, surgie d’une profonde poche de soutane, fut vidée au fond d’un seau métallique, lequel seau fut rempli d’eau à un robinet voisin, et servit à abreuver le troupeau d’assoiffés. 

La fin de l’année scolaire s’annonçait avec ses examens redoutés si non redoutables. Un jour de juin, durant une volage partie de « balle chasseur », le tendre agneau qu’était Paul fut bousculé par un bouc brutal. En se recevant au sol, son poignet fit crrrac et il répondit  whouinnn !!! Attroupement, infirmerie, médecin, plâtre furent les suites de cet incident ; mais il reconnaît aujourd’hui ce qu’il n’aurait jamais osé avouer à l’époque : en se relevant et en hurlant de douleur,  il se dit, dans un petit coin bien caché de son cerveau : « Heureusement ! C’est le droit ! ». Il se voyait déjà, incapable d’écrire, échapper aux examens et se dédouaner à bon compte d’une année scolaire durant laquelle il n’avait pas été un forçat de l’étude. Dans les jours qui suivirent, on le fit rapidement descendre du petit nuage sur lequel il planait confortablement : il apprit ainsi l’existence de l’examen oral. Quant aux mathématiques, il était autorisé à se servir de sa main gauche et absous d’avance pour l’inélégance de son écriture,
les éventuelles cambrures de ses droites ou  les rectitudes de ses courbes. De plus, étant gaucher fondamental, on réussit à le persuader qu’il était à coup sûr  moins maladroit de la main gauche que tous les droitiers. Et puis, l’été était là, la fin de l’année scolaire s’annonçait ; chaotiquement peut-être, mais il réussit ses examens puisqu’ils étaient les prémices du retour vers les grands espaces, vers le soleil, les jacarandas, les flamboyants, les acacias, les bougainvillées, les hibiscus…

Paul-Marie reviendrait en 1953, comme externe et pour un trimestre seulement, lors de l’ultime congé de ses parents ; il allait retrouver d’anciens condisciples de 1950, et d’autres qui n’étaient pas là auparavant. Chez ces derniers surtout, une légende, alimentée par les premiers, s’était construite autour du « colonial » de 1950. On lui attribuait des exploits imaginaires, des chahuts qui n’eurent jamais lieu, des acrobaties dont il était incapable. « Il paraît qu’un jour tu as dit ceci, répondu cela, organisé telle blague ! Non ? » Il démentait, réfutait, rectifiait des incidents anodins que le temps et leur imagination avait gonflés démesurément  et voyait au fur  et à mesure leur déception grandir ; il ne s’en rendait pas compte, mais il était occupé à  casser leur train électrique…

Il n’a jamais oublié ce semestre de 1950. Sombre par le contraste des cadres de vie entre l’Afrique et l’Europe, sombre par la différence des climats. Mais avec le recul, tellement lumineux par le dévouement des Salésiens du continent blanc en soutanes noires, prolongement de celui des Salésiens du continent noir… en soutanes blanches.

Remerciements en guise de conclusion personnelle.
Quels qu'aient pu être les erreurs pédagogiques (peu nombreuses, en réalité) ou d'ordre relationnel avec l'autorité religieuse, les faiblesses dans leur éducation affective (c'était courrant à l'époque), Aloubè remercie les Salésiens pour la qualité de leur enseignement et la patience avec laquelle ils ont enseigné à des enfants venus de tant de milieux et origines ethniques différents, une culture générale étendue et susciter un intérêt réel pour la chose bien accomplie. Il n'est qu'à dresser la liste des anciens pour constater que tous tiennent parfaitement bien place dans la société actuelle et ne rechignent pas devant l'effort.
Aloubè constate aujourd'hui l'impact puissant qu'ont eue les Pères Salésiens sur la jeunesse de l'époque. Il n'est pas un élève du Collège qui ne se souvienne des moments, parfois sévères, parfois cocasses, passés dans ce prestigieux lieu d'enseignement. Autre signe, c'est toujours par le Collège que d'anciens
ndukus ya masomo se retrouvent. Voilà probablement le plus bel hommage que l'on puisse rendre aux "Pères" du Collège.

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