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Réflexions sur la négritude.
La vision du Noir par le Blanc.
Comme la grande majorité
des européens de l'époque (de la Colonie), les Belges ne sont ni plus ni moins racistes
que les autres vis-à-vis des Noirs. Ils ne les connaissent tout
simplement pas. Face à cette constatation, trois réactions
prévalent, à savoir :
- l'indifférence, pour ceux qui ignorent même qu'ils ne sont pas seuls au monde
;
- la discrimination négative, pour ceux qui craignent tout ce qu'ils ne comprennent pas
;
- la discrimination positive, pour ceux qui aiment la découverte, le rapprochement et le
contact avec tout ce qui est étranger.
Comme la crainte populaire engendre des
réactions plutôt négatives, le Noir a été perçu, dès les premiers âges, comme un
être diabolique. Est-ce dû à la couleur de sa peau ? à ses attitudes
incompréhensibles lors des premiers contacts ? à son absence de vêtements qui
laisse apercevoir une grande surface de peau nue, à l'instar des animaux ? ou,
au contraire, à ses oripeaux effrayants ? (homme-léopard, masques
impressionnants...), enfin, son comportement de groupe impressionne-t-il à ce
point l'imaginaire (voir le film Zoulou) ?
On frémit à la lecture de cet article
vieux d'un peu plus d'un siècle et qui en dit long sur la manière dont le Noir
est perçu à la fin du 19e siècle :
Article "Nègre"
"C'est en vain que quelques philanthropes ont essayé de prouver que l'espèce
nègre est aussi intelligente que l'espèce blanche. Un fait incontestable et qui
domine tous les autres, c'est qu'ils ont le cerveau plus rétréci, plus léger et
moins volumineux que celui de l'espèce blanche. Mais cette supériorité
intellectuelle qui selon nous ne peut être révoquée en doute, donne-t-elle aux
blancs le droit de réduire en esclavage la race inférieure ? Non, mille fois
non. Si les nègres se rapprochent de certaines espèces animales par leurs formes
anatomiques, par leurs instincts grossiers, ils en diffèrent et se rapprochent
des hommes blancs sous d'autres rapports dont nous devons tenir grand compte.
Ils sont doués de la parole, et par la parole nous pouvons nouer avec eux des
relations intellectuelles et morales, nous pouvons essayer de les élever jusqu'à
nous, certains d'y réussir dans une certaine limite. Du reste, un fait plus
sociologique que nous ne devons jamais oublier, c'est que leur race est
susceptible de se mêler à la nôtre, signe sensible et frappant de notre commune
nature. Leur infériorité intellectuelle, loin de nous conférer le droit d'abuser
de leur faiblesse, nous impose le devoir de les aider et de les protéger."
Pierre Larousse, Article "Nègre", Grand Dictionnaire Universel du 19e s.
(1872)
L'image du Noir dans les espaces publics
Il n'y a pas d'endroit en Belgique qui
ne fasse pas référence à son passé colonial. Chaque ville possède des édifices
publics, des places, des statues qui commémorent, le plus souvent en l'honneur
du colonisateur, la présence belge au Congo. Les images sont souvent des
allégories, des rappels de faits historiques, des commémoration et des
souvenirs. Le Noir y a pratiquement toujours le rôle passif. Les principaux
exemples sont illustrés dans les extraits suivants
de « L'Autre et Nous, "Scènes et Types" ». Achac,
éd. Syros, Paris 1995 : 253-257.- Édouard
VINCKE
La statuaire
De façon générale, les monuments, qui constituent, avec
les toponymes l'espace légitime ont comme fonction explicite d'exprimer des
valeurs à destination de l'ensemble des citoyens. Leur sens est très global, et
leur symbolisme, ni pointu ni ésotérique, utilise l'allégorie, dont un des
éléments est la redondance.
Le Monument du Congo, situé à
Bruxelles, est particulièrement éclairant. Inauguré en 1921, il comporte
vingt-neuf personnages : Arabes, Belges, Congolais, sans compter un crocodile.
Le groupe de faîte est composé de quatre personnages nus. Une femme noire
implorante présente son enfant à une Belgique protectrice ; un peu plus loin, un
enfant accroché aux rochers regarde le cortège des Belges et Congolais du
bandeau. Ce groupe est sous-titré: "La race noire est accueillie par la
Belgique". Le bandeau, en ronde-bosse, campe les pionniers coloniaux, un
missionnaire et six explorateurs, dans des rôles dynamiques : on voit tout de
suite qu'ils guident et ordonnent. Un Congolais est courbé. Les autres
personnages sont des femmes et des enfants qui, guidés par le missionnaire,
convergent vers un des Blancs, assis.
Les groupes latéraux donnent une légitimation
supplémentaire à la colonisation. A droite, deux militaires belges. Le texte est
: "Le soldat belge se dévoue pour son chef blessé à mort." A gauche, un
soldat belge écrase de sa botte le visage d'un Arabe qu'il va sans doute
achever, car il retire son sabre du fourreau. Sous le groupe, une inscription
explique : "L'héroïsme militaire belge anéantit l'Arabe esclavagiste. "
Sous l'ensemble est couché un Congolais nu, à côté d'un crocodile, les deux
personnifiant le fleuve.
Ce qui saute aux yeux, c'est que les Congolais
sont nus, alors que les Belges ainsi que l'ennemi arabe sont vêtus de pied en
cap. Les personnages allégoriques - Belgique, "race noire ", fleuve Congo - sont
également nus. Mais alors que la Belgique, qui surplombe l'ensemble, domine et
protège les êtres humains, le Congolais-fleuve Congo, placé tout au-dessous,
jouxte un animal féroce. Le monument est axé sur quelques oppositions simples :
nature-culture, civilisation-barbarie, protection-subordination des Congolais,
héroïsme belge-malignité des Arabes. Les moyens utilisés sont l'opposition
vêtements-nudité, la gestuelle des acteurs, en plus de leur situation
signifiante dans l'espace.
La toponymie souvenir.
Qu'en est-il des toponymes bruxellois relatifs à l'Afrique
centrale ? Nombre d'entre eux sont empruntés à la géographie du Congo belge, et
plusieurs "héros" coloniaux sont cités. Or, il n'y a pas un seul nom de
Congolais ni d'Africain dans ce registre urbain. Cela signifie précisément qu'en
près d'un siècle de commerce avec l'Afrique centrale, la mémoire collective
transitant par les édiles n'a retenu que des héros blancs, campés dans un
paysage congolais.
Le personnage symbolique.
Le père Fouettard, compagnon domestique de saint Nicolas se voit
dans les vitrines, escortant son patron, au cours de la semaine qui précède le 6
décembre. Depuis quelques années, son image
se raréfie, par un processus d'autocensure. Cette extinction partielle a été
précédée d'une période de glissement au cours de laquelle ce père Fouettard
a perdu ses attributs diaboliques (petites cornes, air méchant) pour prendre des
traits infantiles.
Le "Maure" est enturbanné, en culottes
bouffantes, portant boucles d'oreilles et babouches : c'est une livrée d'esclave
de prestige. Sous forme de statuaire domestique de luxe, toujours produite et
présentée dans des vitrines d'Europe occidentale, c'est le "Maure vénitien ". Il
est parfois nu, supportant une table basse, plus souvent en riche livrée,
portant un flambeau.
Les enseignes représentant le Noir étaient
autrefois fréquentes. En Europe centrale, où il est encore très répandu, le Noir
a servi d'enseigne à des cafés et à des pharmacies En Allemagne, il est
l'emblème de grandes marques de bière et de chocolat . Il y eut des céramiques
illustrant la raison sociale d'établissements coloniaux : une céramique
parisienne très connue, rue du Grand-Cerf, montre un esclave apportant le tabac
à son maître, un planteur.
Des T-shirts présentent des caricatures
de Noirs : cannibales transportant un explorateur ficelé, personnage avec un
os dans les cheveux, ou autres images dénigrantes. Les images positives sont
celles de musiciens noirs, ou d'hommes politiques incarnant la négritude
revendiquée. A l'occasion de fêtes, maintes villes d'Europe font sortir des
groupes folklorisés qui puisent à deux sources l'image constitutive du Noir. La
première source est précoloniale.
Les différents signes iconiques renvoient à
des valeurs et à des rôles. Les plus signifiants concernent sans doute
l'opposition nudité-habillement, et les vêtements signifiant la condition. La
statuaire coloniale, qui utilise régulièrement l'opposition nature-culture, ne
peut signifier plus clairement une valeur, l'état de dépendance, qu'il s'agisse
de l'Afrique ou des Amériques. La livrée du groom l'habille totalement, du bout
des doigts au sommet du crâne (on peut observer d'ailleurs que les singes de
bateleurs étaient souvent revêtus du seul chapeau de groom). Ainsi, par l'habit
ou la nudité, la condition servile est autant signifiée. Naturellement, la
gestuelle iconisée surdétermine le message : l'expression faciale, les objets
portés, l'attitude offrante. Les diverses représentations du Maure avaient
oscillé et oscillent encore entre les pôles nudité-livrée, et ce depuis plus de
trois siècles : il est soit quasi nu, guerrier ou esclave, soit revêtu d'une
riche livrée d'esclave orientalisé. La nudité se prolonge dans la publicité
caritative tiers-mondiste.
Illustrations de ce
sujet
joueur
de tam-tam
L'homme exotique
dans les manuels belges de géographie édités en français.
par Édouard VINCKE
Le
Congolais.
C'est un
personnage central des manuels jusque dans les années soixante. On le fait
appartenir à "la "race bantoue", entretenant ainsi l'habituelle confusion entre
le linguistique et le culturel. Son portrait physique est brossé en quelques
traits archétypiques souvent désobligeants, et qui sont loin de refléter la
diversité humaine réelle. On en fait souvent une description bestialisante. On
insiste avec lourdeur sur le côté "rudimentaire" de son mode de vie : il habite
des huttes misérables, son agriculture est rudimentaire, sa musique aussi, ainsi
que sa statuaire. Il va nu, peu habillé, ou alors il s'habille de couleurs
criardes. On passe sous silence les adaptations techniques ou écologiques
réussies, de régions où l'alimentation était suffisante et les populations
florissantes, où divers arts s'épanouissaient. On fait grief au Congolais de son
anthropophagie, réelle dans certaines régions mais dont on exagère nettement et
la fréquence et la répartition. Un des auteurs principaux (la Procure) la passe
cependant sous silence, et le fait a retenu mon attention. D'après le contexte,
ce n'est point par sympathie excessive pour le Congolais. Il s'agit en fait du
point de vue prosélyte et missionnaire, qui nie l'évolution biologique et
considère le Congolais non comme un Sauvage à l'aube de l'humanité, mais comme
un être déchu objet de rédemption. On verra donc surtout les obstacles à ce
sauvetage, et l'obstacle principal est le "féticheur". Pour la plupart des
auteurs l'animisme était simplement une religion rudimentaire, grossière. Pour
"la Procure", il y a plus: le Féticheur pervers est l'ennemi du Missionnaire.
C'est pourquoi les portraits culturels contourneront le problème de
l'anthropophagie, pour souligner avec force un problème qui pourrait sembler
mineur : celui des ordalies. Cet aspect de la justice villageoise -sur lequel je
ne prends pas position ici- est stigmatisé avec force, parce qu'il est perçu
plus ou moins consciemment comme une structure légaliste qui s'oppose à l'ordre
colonial et à l'ordre missionnaire.
En 1909,
un auteur esquisse et fixe le portrait psychologique du Congolais : "Deux traits
frappent surtout en étudiant le nègre ; d'abord, son impuissance à abstraire et
à arriver à des idées générales ; ensuite son inaptitude à des initiatives
spontanées... Mais à côté de ces graves défauts il possède deux qualités
essentielles : un instinct commercial développé, et une aptitude extraordinaire
à l'imitation". Ce thème sera inlassablement repris pendant des décennies par
nombre d'auteurs qui montrent à leur tour un extraordinaire instinct
d'imitation. Mais il n'y a là rien d'étonnant. Il s'agit d'une prédiction
créatrice initialement mise en forme par un explorateur du début du siècle, E.
Dupont. La formulation plût et fut retenue, car elle correspondait trop bien au
rôle qui serait assigné au Congolais. Son incapacité à l'abstraction le vouait
au second rôle et appelant à l'élever par l'éducation, le reléguait en même
temps à une position biologiquement inférieure. Son manque d'initiative ne
pouvait en faire qu'un être à commander. Heureusement, son instinct commercial
ouvrait des perspectives prometteuses à l'économie de marché. Et enfin, son
esprit d'imitation, tout en lui retirant d'office le droit et la capacité à
l'autonomie, rendait légitime et prometteur l'effort d'éducation qui lui serait
prodiguée. Tout est en place pour une colonisation réussie. Le discours
ethnographique des manuels est détaillé, fouillé, et ajusté à une cible :
justifier la colonisation.
La chanson et l'imagerie
populaires.
Ici, le nègre est sujet à pitié.
Les thème récurrents sont l'esclavage et le
travail forcé. La chanson qui suit date d'avant la dernière guerre. Elle est
l'archétype d'un double sentiment à l'égard des Noirs. D'une part, la condition
malheureuse dans laquelle le Blanc l'a plongé et dont Dieu seul est responsable
; d'autre part, le Noir pense en "petit nègre" (tendance généralisée de la part
du Blanc - à tel point que le Noir américain force aujourd'hui sur ce côté par
retour de moquerie).
Le grand voyage du pauvre nègre
paroles de Raymond Asso
chanté par Edith Piaf
1
Soleil de feu sur la mer Rouge.
Pas une vague, rien ne bouge.
Dessus la mer, un vieux cargo
Qui s'en va jusqu'à Bornéo
Et, dans la soute, pleure un nègre,
Un pauvre nègre, un nègre maigre,
Un nègre maigre dont les os
Semblent vouloir trouer la peau. |
3
Toujours plus loin autour du monde,
Le vieux cargo poursuit sa ronde.
Le monde est grand... Toujours des ports...
Toujours plus loin... Encore des ports...
Et, dans la soute, pleure un nègre,
Un pauvre nègre, un nègre maigre,
Un nègre maigre dont les os
Semblent vouloir trouer la peau. |
5
Au bout du ciel, sur la mer calme,
Dans la nuit claire, il voit des palmes,
Alors il crie : "C'est mon pays !"
Et dans la mer il a bondi
Et dans la vague chante un nègre,
Un pauvre nègre, un nègre maigre,
Un nègre maigre dont les os
Semblent vouloir trouer la peau. |
2
"Oh yo... Oh yo...
Monsieur Bon Dieu, c'est pas gentil.
Moi pas vouloir quitter pays.
Moi vouloir voir le grand bateau
Qui crach' du feu et march' sur l'eau
Et, sur le pont, moi j'ai dormi.
Alors bateau il est parti
Et capitaine a dit comm' ça :
"Nègre au charbon il travaill'ra."
Monsieur Bon Dieu, c'est pas gentil.
Moi pas vouloir quitter pays.
Oh yo... Oh yo..." |
4
"Oh yo... Oh yo...
Monsieur Bon Dieu, c'est pas gentil.
Y'en a maint'nant perdu pays.
Pays à moi, très loin sur l'eau,
Et moi travaille au fond bateau.
Toujours ici comm' dans l'enfer,
Jamais plus voir danser la mer,
Jamais plus voir grand ciel tout bleu
Et pauvre nègre malheureux.
Monsieur Bon Dieu, c'est pas gentil,
Moi pas vouloir quitter pays.
Oh yo... Oh yo..." |
6
Oh yo... Oh yo...
Monsieur Bon Dieu, toi bien gentil,
Ramener moi dans mon pays.
Mais viens Bon Dieu... Viens mon secours,
Moi pas pouvoir nager toujours.
Pays trop loin pour arriver
Et pauvre nègre fatigué.
Ça y est... Fini !... Monsieur Bon Dieu !...
Adieu pays... Tout l'monde adieu...
Monsieur Bon Dieu, c'est pas gentil.
Moi pas vouloir quitter pays.
Oh yo... Oh yo... |
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Une vision in situ, plus nuancée
La vision du Noir n'est pas la
même pour tous les Blancs. Certains le connaissent mieux, pour ne pas dire
intimement et lui découvrent les mêmes qualités et travers que les Blancs. Le Noir n'est pas sujet à moquerie ou
dérision et une tentative de lui rendre justice est amorcée déjà au début de la
colonisation. Celle-ci ne fait cependant pas l'objet de critique et sa
"nécessité" n'est pas remise en question. On voit cependant poindre un
esprit paternaliste dont les coloniaux les plus favorables à l'émancipation ne
se départiront pas facilement.
A quelle aune mesurer les différences existantes ?
Comment ne pas tomber dans un discours de supérieur à inférieur ?
A quel moment opter pour le vouvoiement lorsque le Noir lui-même considère
celui-ci comme peu naturel et marquant encore plus la différence ?
A la
découverte des civilisations africaines précoloniales.
L'ethnologue allemand Léo Frobénius
(1873-1938) a entrepris près de 12 expéditions en Afrique entre 1904 et 1935. Il
nous lègue une description détaillée de la situation de l'Afrique noire à
l'arrivée des premiers Européens. Les écrits de Léo Frobénius nous permettent
d'une part, d'apprécier les richesses vestimentaires de certains peuples et
d'autre part, de découvrir les villes et les civilisations africaines telles
qu'elles étaient à l'arrivée des occidentaux :
"Lorsqu'ils (les navigateurs européens) arrivèrent dans la
baie de Guinée et abordèrent à Vaïda, les capitaines furent fort étonnés de
trouver des rues bien aménagées bordées sur une longueur de plusieurs lieues par
deux rangées d'arbres : ils traversèrent pendant de longs jours une campagne
couverte de champs magnifiques, habités par des hommes vêtus de costumes
éclatants dont ils avaient tissé l'étoffe eux-mêmes ! Plus au sud, dans le
Royaume du Congo, une foule grouillante habillée de soie et de velours, de
grands États bien ordonnés et cela dans les moindres détails, des souverains
puissants, des industries opulentes. Civilisés jusqu'à la moelle des os ! Et
toute semblable était la condition des pays à la côte orientale, la Mozambique,
par exemple".
Les récits des voyageurs
étrangers qui ont exploré le continent africain avant la colonisation, nous
permettent d'apprécier la situation réelle à l'intérieur des terres. Ceux-ci
sont encore résumés par Frobénius qui avoue l'objectif caché de l'entreprise de
dévalorisation de l'image des noirs par les puissances coloniales :
"Les révélations des navigateurs portugais du XVème au XVIIIème
siècle fournissent la preuve certaine que l'Afrique nègre qui s'étendait au sud
de la zone désertique du Sahara était encore en plein épanouissement, dans tout
l'éclat de civilisations harmonieuses et bien formées. Cette floraison, les
conquistadores européens l'anéantissaient à mesure qu'il progressaient. Car le
nouveau pays d'Amérique avait besoin d'esclaves et l'Afrique en offrait : des
centaines, des milliers, de pleines cargaisons d'esclaves ! Cependant, la traite
des Noirs ne fut jamais une affaire de tout repos ; elle exigeait sa
justification ; aussi fit-on du Nègre un demi-animal, une marchandise. Et c'est
ainsi que l'on inventa la notion du fétiche (portugais : feticeiro) comme
symbole d'une religion africaine. Marque de fabrique européenne ! Quant à moi,
je n'ai vu dans aucune partie de l'Afrique nègre les indigènes adorer des
fétiches (…) L'idée du "Nègre barbare" est une invention européenne qui a, par
contre coup, dominé l'Europe jusqu'au début de ce siècle".
Et il poursuit encore :
« En 1906, lorsque je pénétrai dans le territoire de Kassaî
Sankuru, je trouvai encore des villages dont les rues principales étaient
bordées de chaque côté, pendant des lieues, de quatre rangées de palmiers et
dont les cases, ornées chacune de façon charmante, étaient autant d'œuvres
d'art. Aucun homme qui ne portât des armes somptueuses de fer ou de cuivre, aux
lames incrustées, aux manches recouverts de peaux de serpents. Partout des
velours et des étoffes de soie. Chaque coupe, chaque pipe, chaque cuiller était
un objet d'art (…) En était-il autrement dans le grand Soudan ? Aucunement (…)
L'organisation particulière des États du Soudan existait longtemps avant
l'Islam, les arts réfléchis de la culture des champs et de la politesse… les
ordres bourgeois et les systèmes de corporation de l'Afrique Nègre sont plus
anciens de milliers d'années qu'en Europe (…) C'est un fait que l'exploration
n'a rencontré en Afrique équatoriale que d'anciennes civilisations vigoureuses
».
Agor@frica
Frobénius : Histoire de la civilisation africaine, traduit par
Back et Ermont, Gallimard, Paris 1938
L'"évolué"
Le colonisateur, croyant en son rôle
d'éducateur, instaure assez rapidement une émulation au sein des Noirs aux fins
de l'encourager à acquérir les critères fixés par lui pour obtenir un statut, un
brevet d'assiduité aux leçons du maître. Ce statut était celui dit d'"évolué".
Si ce terme peut heurter aujourd'hui, il n'en était pas de même à l'époque. Il
devait théoriquement donner à son possesseur une certaine garantie et des
facilités d'insertion dans le monde des Blancs.
Ces facilités ne s'obtenaient qu'au prix d'un déracinement profond du candidat
par rapport à sa famille, son village, son clan ou sa tribu. Il lui fallait, en
effet, faire table rase de toutes ses croyances, expériences et habitudes
tribales et puis, seulement, assimiler l'innovation, ce que le Blanc appelait
"évolution".
Les critères nécessaires
pour obtenir ce statut étaient basés sur un niveau maximum d'études
(religieuses, fonction publique, magistrature, armée...), des critères sociaux
tels que les habitudes de vie semblables à celles du Blanc. Ainsi, un Comité
visitait les habitations des postulants pour contrôler si celles-ci
satisfaisaient quant à la tenue, la propreté, l'usage des instruments
domestiques, les notions de propreté et de bien-être.
L'Évolué faisant très souvent spirituellement déjà partie de la société blanche,
on aurait pu croire que son accès à celle-ci lui était automatiquement acquise.
Ce n'était malheureusement pas le cas. Il est en effet difficile pour un maître
de placer son élève à son niveau. La société blanche, sans marquer un apartheid
classique à la sud-africaine, ne parvenait que très difficilement à admettre en
son sein une "élite" noire.
Les autorités coloniales
oeuvraient sur deux tableaux qui pouvaient paraître antinomiques. D'une part, il
s'agissait (dans la théorie) de protéger la culture africaine. Ainsi, on verra
des tentatives de "récupération" de l'art africain par les missionnaires. Ainsi,
les comptoirs fluviaux ramenant les coloniaux vers Léopoldville, les aéroports
(comme aujourd'hui) offraient à profusion des bibelots en ivoire, des
statuettes, des oeuvres sélectionnées pour représenter l'artisanat africain en
Belgique.
D'autre part, la Colonie tentait de promulguer un statut semblable à celui de
l'européen à une certaine classe de la société africaine. Ceci n'empêcha pas de
nombreux postulants malchanceux ou n'ayant pas les critères nécessaires de
copier les us et coutumes des blancs et des évolués. Il y avait donc une
certaine émulation dans la manière de s'habiller à l'européenne, d'affecter "un
certain genre" face à un appareil photographique (les paires de lunettes
inutiles !) de tenir des discours empruntés... En ce sens, cette émulation
servait parfaitement les visées du colonisateur. Mais, qui cela trompait-il ?
Pour ce faire, le Blanc
s'est basé sur des "études" faites par les premiers sociologues ou prétendus
tels sur les facultés d'assimilation de certaines peuplades congolaises. Ainsi,
il allait de soi (pourquoi ?) que la peuplade Tutsi était plus à même
d'assimiler le "progrès de la civilisation" que d'autres. Mais, on peut se poser
la question de savoir pourquoi il aura fallu attendre si longtemps pour admettre
des étudiants congolais dans les universités. L'argument avançant que celles-ci
n'existaient pas avant la fin des années 50 est boiteux. Il suffisait que la
demande existât pour que l'on en crée... Dans ce sens, il y eut une "certaine"
malhonnêteté intellectuelle vis-à-vis du Noir.
Analyse plus
contemporaine de la négritude
Le phénomène de la négritude ne date pas
d'aujourd'hui. Il a pris racine dans l'esprit de lettrés africains dès le début
des années 30. A cette époque, la "négritude" revendiquait le droit des
africains de pouvoir se libérer de la tutelle coloniale. Aujourd'hui,
l'indépendance acquise, le mouvement pour la négritude a plutôt tendance à
accuser les africains d'être les artisans de leur propre décrépitude. C'est du
moins la conclusion de la thèse de Lilian KESTELOOT,
historienne et critique littéraire sur le phénomène de la négritude.
Un site qui relate une
interview de Lilian Kesterloot :
http://www.refer.sn/article710.html
joueur de likembe
La vision du Noir par le Noir.
Le sujet de cette
réflexion ne concerne pas l'Africain dans son continent. Il ne doit pas "se
présenter" à l'oeil de l'étranger. C'est celui-ci qui n'est pas naturellement à
sa place sur le continent africain. Mais, la Colonie a créé un type de
"déraciné" africain qui a suivi le colonisateur, après que celui-ci l'ait
quitté, jusque dans son pays d'origine. Deux tendances distinctes existent
au sein de la population d'origine africaine expatriée
- la tendance à l'européanisation par assimilation ou copie du "modèle blanc"
- la revendication de la négritude.
Couleur de peau et négritude
Elles sont africaines et se font
blanchir la peau. Simple critère esthétique certainement
Ferdinand Ezembe,
psychologue à Paris spécialisé dans la psychologie des communautés africaines
affirme que non. Il s'agit pour lui d'un profond traumatisme post-colonial.
Se faire blanchir la peau est une pratique depuis longtemps courante ici ou
ailleurs parmi les femmes africaines. Le principe a pourtant de quoi choquer. A
la lueur crue d'une objectivité primaire, le concept de dépigmentation, où le
noir est à la quête perpétuelle du moins noir, reste somme toute mystérieux.
Le phénomène n'a rien à voir avec une simple mode. Il est bel est bien culturel,
tellement bien intégré aux pratiques qu'on ne s'interroge même plus sur ses
lointains fondements. A ce titre, la thèse défendue par Ferdinand Ezembe,
psychologue à Paris spécialisé dans la psychologie des communautés africaines,
s'avère des plus intéressantes.
Comment
expliquez-vous cette volonté de s'éclaircir la peau chez les africaines ?
Cette attitude des noires par rapport à la couleur de leur peau, procède
d'un profond traumatisme post-colonial . Le blanc, symbolisé par sa carnation,
reste inconsciemment un modèle supérieur. Pas étonnant dans ces conditions qu'un
teint clair s'inscrive effectivement comme un puissant critère de valeur dans la
majeure partie des sociétés africaines. D'ailleurs que ce sont les pays aux
passés coloniaux les plus brutaux qui affichent le plus une attirance pour les
peaux claires. Dans les deux actuels Congos, même les hommes s'y mettent et
travaillent, comme leurs compagnes, à parfaire leur teint.
La dépigmentation interviendrait au secours d'un complexe inconscient
d'infériorité
Oui ; il faut même rajouter à cela, l'influence majeure du christianisme en
Afrique. La représentation exclusivement blanche des grandes figures de la bible
a forcément affecté les peuples noirs dans leur inconscient. Cette idée est
renforcée par l'allégorie des couleurs dans l'univers chrétien, basée sur des
oppositions entre le clair et l'obscur, les ténèbres et les cieux, où le noir
s'oppose toujours à la pureté du blanc.
Vous pensez que le phénomène est si profond que ça ?
Oui et il va même plus loin que le simple blanchiment de la peau. On remarque
beaucoup de femmes Africaines qui se défrisent les cheveux, qui portent des
perruques pour avoir les cheveux lisses comme les occidentaux. Le complexe est
là. C'est un peu facile de dire qu'un noir qui se teint les cheveux en blond
n'est agit que par une simple mode. Ce qu'il y a, c'est que les africains
n'assument pas des attitudes qui sont souvent inconscientes. Toutes les sociétés
noires subissent le joug d'un culte de la blancheur. Les Africains ne se sont
pas affranchis d'un poids colonial qui pèse de tout son poids sur leur propre
identité.
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Retrouver ses racines
à Matongue
Comme le touriste perdu qui
cherche ses repères et entre se restaurer dans un Mac Donald's s'il est
américain, commande un steak-frites s'il est Belge, le Congolais se doit de
recréer, au plus vite, l'ambiance dans laquelle il évolue le plus à l'aise. A
Bruxelles, il existe un quartier qui donne l'impression de retrouver le Congo,
dans toutes ses activités et son exubérance : Matonge. Ici, le Congolais a
"récupéré" en homme libre un espace qui lui était dévolu comme colonisé il ya
peu. C'est aussi là que le colonial peut rencontrer à nouveau le congolais, lui
acheter les denrées venues en ligne droite du Congo pour fabriquer les très
célèbres Moambe, Poulet aux Arachides, Caldeirade...
Longue vie à Matongue
Qu'est-ce que " Matonge "? De manière minimaliste, un
quartier bruxellois qui tire son appellation actuelle d'un quartier situé à
Kinshasa. Mais de manière moins minimaliste, c'est aussi un point de fixation de
l'imaginaire africain de nombre de Belges. Et c'est encore - peut-être surtout -
un modèle de la coexistence urbaine envisagée sous l'angle de la
multiculturalité...
Dans les années cinquante, la rue de Stassart
proche de la Porte de Namur, à Bruxelles, abritait l'Union des Femmes Coloniales
: on y expliquait à ces dames comment remplir leur futur rôle d'épouses
coloniales et comment diriger les domestiques indigènes. Divers cafés du
quartier offraient un point de rencontre aux coloniaux ayant affaire au proche
Ministère des Colonies. Un des cafés était " l'Horloge " mutée, elle, en "
Horloge du Sud ". C'est devenu un haut lieu de rencontres culturelles qui
héberge un petit podium supportant souvent de grands artistes africains. Certes,
à l'époque coloniale, le quartier était déjà nettement cosmopolite et bohème.
Or, le nom même du quartier a muté : les Kinois, les habitants de Kinshasa,
l'ont rebaptisé 'Matonge', le nom d'un quartier festif de leur ville d'origine.
Mais Matonge qu'est-ce : jungle, ghetto, ou un Chinatown black ? Certes un point
de chute africain, mais aussi un point de fixation de l'imaginaire de nombre de
Belges : pour beaucoup, c'est par excellence un véritable quartier " Noir ".
On voit dans ses rues ce qu'on attend y voir.
Il y a des Congolais, bien visibles. La majorité des passants sont néanmoins
Belges de souche, même si sur quelques arpents se concentrent des Africains.
C'est le cas de l'entrée des Galeries de Matonge, où l'on rencontre des groupes
de jeunes Congolais, lingalaphones et Kinois, bien " sapés ", et qui semblent
perpétuellement à cheval entre Ici et Là-bas. Porte de Namur, on remarque durant
la journée, de pimpantes adolescentes congolaises, habillées dernier cri,
conscientes de leur corps. Ce lieu est un point de rencontre de jeunes de
seconde génération. Ailleurs, il y a le va-et-vient des locataires de la Maison
Africaine qui héberge des étudiants de diverses nationalités.
A l'intérieur de sa Galerie, la plupart des
commerces sont tenus par des Congolaises : cafés, snacks, magasins de wax ou
pagnes. Nicole, Haïtienne qui était enfant au Congo, y a créé une succursale où
l'on tresse. Durant la journée la Galerie baigne dans une atmosphère active,
colorée et sonore. Le passant surfe entre les tables des cafés qui débordent sur
le passage. Prédominance du lingala que beaucoup d'utilisateurs pratiquent haut
et fort. Depuis l'arrivée de Kabila au pouvoir, la langue swahili a nettement
augmenté à Matonge. Si, selon l'agent de quartier d'origine congolaise (un vrai
agent de quartier qui connaît son monde sur le bout des doigts), on va dans
tel café pour y entendre parler sa langue, la règle n'est pas rigide. Une
règle de convivialité a toujours existé, celle de la tolérance linguistique. Les
boutiques et cafés ne sont jamais fermés aux autres langues. Il y a des
prédominances, mais elles sont souples. Il y a des cafés à étiquettes nationales
tels les " Grands Lacs " et le " Tanganyika " qui se font face, et drainent une
clientèle du Rwanda et du Burundi. Mais les clients de ces deux pays passent
facilement de l'un à l'autre. Ils y vont surtout pour le plaisir de la
conversation et des rencontres. La musique discrète permet de parler. Les gens
de la région des Grands Lacs sont réputés ne pas parler aussi fort que ceux de
l'Ouest, de Kinshasa. Plus loin, " La Savane " accueille les clients jusqu'à
l'aurore. C'est un melting pot de bières, de nationalités et de fêtards. Les
conversations se mettent au diapason, à la suite des heures de la nuit.
Les nombreux magasins de nourriture exotique
sont souvent gérés par des Indopakistanais qui ont une longue expérience
commerciale, par rapport aux Africains. Ceux-ci essayent plutôt de regagner le
terrain perdu. Il y a cependant tout un circuit informel dans ce domaine. Une
association de femmes africaines est très efficace en la matière. La rue Longue
Vie était déjà animée au début des années quatre vingt, mais c'est un lieu
magique lors des chaudes soirées d'été. Les tables squattent la rue, la mosaïque
culturelle miroite de toutes ses couleurs. Il y a la " Cascada ", resto
portugais classique, assurant bacalhão et vinho verde, les cafés africains,
spécialisés en snacks, gésiers et ailes de poulets. On s'y rend non pour faire
un bon repas à la française, mais pour les plaisirs de la bière et de la
conversation. Le Péruvien Archie propose une carte très variée, débordant celle
de son pays. Non loin, " Chez Mama Adelu ", c'est un commerce alimentaire
exotique dont l'enseigne montre depuis toujours une femme demi nue pilant le
manioc. Les patrons sont Européens.
Insécurité à Matonge?
Rue Longue Vie, on a pu voir une blonde Flamande et sa jeune fille
s'enquérir d'une boutique de djembés. Un Black, boucle à l'oreille et outils de
plombier à la main, leur explique qu'il n'y a pas de telles boutiques à Matonge.
Il leur refile des adresses de circuit informel. A l'enseigne des " Tambours
Sacrés ", c'est chez Doudou, biologiste moléculaire. Sur la vitrine sont peints
trois tambours. Le plus grand est celui du Burundi, le moyen celui du Rwanda, et
le plus petit est sensé être un djembé. Ces tambours sont-il une touche
d'exotisme facile, la récupération folklorisée du Sacré ? Non dans le chef de
Doudou le patron. Ou bien s'agit-il d'un message oecuménique et rassembleur ?
Non, pour quelques clients qui lui reprochent de n'être pas un vrai Rwandais ou
un vrai Burundais. D'autres lui ont fait grief d'avoir représenté le tambour
royal du Rwanda, une provocation pour les républicains. L'enseigne a donc
suscité de nombreuses discussions, exemplaires des relations interafricaines.
Doudou en a convaincu certains de sa bonne foi. Les non-convaincus ne reviennent
sans doute plus. La situation est un faible écho de l'acuité des conflits dans
la région des Grands Lacs. Mais elle ne débouche pas sur la violence. Tout reste
verbal. Un soir parait-il, il a failli y en avoir une ! Doudou, lui, essaye de
transcender le passé douloureux, de le dépasser. C'est là sans doute le sens
profond de son enseigne provocante. Son attitude est en phase avec l'esprit du
quartier : la gestion efficace et mesurée des rapports entre les gens, malgré
les conflits au pays. Note en contrepoint : les Congolais ont rebaptisé la rue
Longue Vie : Couloir de la Mort. C'est par le truchement d'un humour noir
virulent une mise en garde contre le sida.
Deux visions du monde...
Une rumeur circule : Matonge est condamné à terme. L'ancien bourgmestre
avait, dit-on, le fantasme de faire surgir une Riviera qui aurait joint la Porte
Louise aux Communautés européennes en passant sur le corps sacrifié de Matonge.
Ainsi deux visions du monde se heurtent. D'une part, le monde de la finance avec
sa volonté de 'gentryfier', d'embourgeoiser le quartier, ou de le bruxelliser
comme on dit à l'étranger pour signifier les dégâts de la spéculation et de la
destruction du tissu urbain populaire. D'autre part, le monde plus humain de la
multiculturalité, et c'est celui qui est présentement réalisé. Ce n'est pas par
hasard qu'un tract électoral de l'ancien bourgmestre parlait de lutter contre
l'insécurité à Matonge! Si insécurité il y a, ce n'est que celle des tympans. Le
niveau des décibels d'ambiance musicale peut être trop élevé pour des riverains.
Mais Matonge est un quartier sûr. L'on y risque moins qu'ailleurs des agressions
physiques. Il y a du monde dans la rue, et les passants africains ne
laisseraient pas se dérouler une agression sous leurs yeux sans intervenir. Le
grand public n'a pas nécessairement ce sentiment, les médias ne montrant de
Matonge que les heurts violents lors des interventions policières.
Matonge n'est pas véritablement une zone d'habitat africain.
Chaque type d'immigration opte pour un modèle spécifique d'implantation. La
stratégie des ressortissants africains à Bruxelles n'a pas évolué vers le modèle
de concentrations de population ethnicisée, mais vers celui de la dispersion
dans toute la ville, le principal impératif guidant le choix étant le montant du
loyer. La cohésion des communautés s'exerce autrement que par la cohabitation
proche, et notamment par le téléphone. Au-delà des clivages régionaux et
politiques, l'information circule à plein rendement, au sein de chaque
communauté nationale, ainsi que vers le pays d'origine.
Jusqu'ici la diaspora africaine en Belgique a engendré de
nombreuses passerelles en direction de la population indigène. On le constate
lors de cérémonies de mariage, de deuil, ou d'événements culturels. Il est
habituel d'y rencontrer des Belges : conjoints, parents, amis. Matonge reflète
bien ce modèle de cohabitation qui correspond en tout cas à une tendance
manifeste en Afrique. Il a là matière à réflexion. D'un côté en Afrique, guerres
et massacres, hélas de plus en plus fréquents. A l'opposé cette gestion sage de
l'ethnicité qui est la règle dans les grandes villes, au quotidien, tant qu'il
n'y a pas de facteurs extrinsèques ou extranationaux perturbants. Cette réussite
de la coexistence urbaine n'est pas due aux gestionnaires professionnels de la
multiculturalité : elle peut leur servir de modèle. On voit à l'oeuvre le
produit de l'interaction entre la société d'accueil et des normes de conduites
africaines. Dès lors : longue vie à Matonge.
Agenda culturel, Bruxelles, novembre 2000.
Édouard
VINCKE
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la
foufoueuse
Revendiquer avec fierté l'origine de l'Homme.
Black is beautifull
Au commencement était l'Homme Noir, ou plus précisément, l'Africain.
Lucy.
Ce que Darwin ne savait pas avec précision comme ses futurs interprètes
eugénistes et que l'église ignorait à l'époque de la Controverse de
Valladolid en 1550, est que tous les hommes qui peuplent notre planète sont
de même nature et ont la même origine. Et singulière ironie de l’histoire, au
commencement était l'homme noir ou précisément : l'Africain. Nos ancêtres
communs sont nés en Afrique noire il y a quelques millions d'années. Tout est
parti d'un phénomène appelé Tectonique des plaques et qui va jouer un
rôle déterminant dans la formation des continents mais également, dans le
processus d'hominisation. Ainsi, il y a 70 millions d'années l’Europe et
l’Amérique ne formaient qu’un continent : l’ Euramérique. Trente millions
d'années plus tard, la Tectonique des plaques aboutissait à la formation
du continent Eurasie qui touchait l'Afrique. On retrouve ici les traces de l’Adapis
parisiensis d' Euramérique émigrant vers un monde tropical, mais la tête
s'est arrondie et la queue allongée. C'était déjà l'ancêtre des singes, baptisé
Egyptopithecus.
Ce primate de 5 à 6 kg, exhumé au Fayoum en Égypte, est le point de départ
du fil commun des singes et des hommes. Il y a environ 7 millions d'années, la
Tectonique des plaques fut également à l'origine de l'effondrement et de
l’affaissement de la Vallée du Rift Dans l'Est africain -, sur une
profondeur de 4000 m et l'élévation de sa bordure. Cet accident naturel coupa
l'Afrique en deux par une énorme faille géologique longue de 6000 Km, qui va de
l'Éthiopie à la Tanzanie, en passant par les hauts plateaux du Kenya. Un
phénomène qui a provoqué un important changement de climat à l'Est où la forêt
se transforma en savane. Nombreuses furent les variétés d'Australopithèques
prisonnières dans la partie est du continent où sévissait une sécheresse rude
dans un milieu hostile. Celles de leurs espèces restées de l'autre côté, ont
continué à vivre avec les mêmes conditions climatiques et habitudes
alimentaires. Ces espèces aux conditions de vie inchangées, évolueront vers les
chimpanzés et les gorilles actuels.
En revanche, pour les prisonniers du rift, allait fonctionner le principe de
l'évolution darwinienne : s'adapter ou disparaître. En clair, ce sera une
affaire de sélection naturelle. Isolés dans ce nouveau biotope, beaucoup d'entre
eux disparaîtront mais quelques variétés entameront un processus d'hominisation
qui aboutira avec succès à nos ancêtres directs. Elles vont s'adapter pour
survivre tout en perdant l'habitude de grimper aux arbres. Elles acquerront
celle de se dresser sur leurs membres postérieurs pour mieux surveiller
l'arrivée des prédateurs, éviter les dangers et repérer les animaux morts. Ces
êtres en mutation, deviendront ainsi peu à peu des bipèdes, principale
caractéristique des hominidés. La première découverte d'un hominidé
complet en Afrique, fut celle de Lucy qui est le plus ancien de nos
ancêtres connus. Il sera baptisé Lucy car au moment de sa découverte, les
paléontologues écoutaient la chanson des Beatles "Lucy in the sky with
diamonds."»
Les enfants
de Lucy.
Cette femelle pré humaine découverte en 1974 par l'équipe du Pr. Yves Coppens
Classée Australopithècus Afarensis -, était âgée d'une vingtaine
d'années. Pesant de 20 à 25 Kg, elle mesurait 1m 20 et aurait vécu il y a
3 200 000 ans. Lucy était incontestablement bipède car son bassin
n'était pas celui d'un singe. Ses habitudes alimentaires étaient déjà proches
des nôtres. Lucy se nourrissait de fruits et de tubercules et utilisait
des outils primitifs en pierre. Toutefois, dans un premier temps les
paléontologues ont pensé que du fait d'une importante sécheresse, Lucy
aurait disparu sans laisser de descendance et qu'une variété d'hominidés plus
adaptée aurait abouti à notre véritable ancêtre : l'Homo habilis (l'homme
habile).
Apparu il y a 2 500 000 ans, l’ Homo habilis a été découvert par le Dr
Leakey au bord du lac Turkana au Kenya. Cet hominidé fabriquait des
outils plus perfectionnés que ceux des Australopithèques. Son cerveau
avait déjà un volume de 800 cm3, il était végétarien et carnivore.
L’ Homo habilis avait adopté la station debout qui libère la main et se
servait d'outils sommaires et d'abris. Son descendant direct est l'Homo
erectus (l'homme debout). Apparu entre 1 600 000 et 400 000 ans, il sera le
colonisateur de la planète en quittant l'Afrique par plusieurs endroits dont les
Détroits de Bab El Mandeb (où la mer rouge s'ouvre vers l'Arabie), de Gibraltar
et probablement par la Sicile. On retrouve les traces de l’ Homo erectus
en Afrique de l'Est, en Afrique du Nord, en Chine (où il vécut il y a 1 million
d'années) et en Europe il y a 700 mille ans.
L' Homo erectus apprendra à perfectionner la taille de ses outils en
pierre et à maîtriser le feu. Venu d’Afrique, il peuplera d'abord et en même
temps l’Europe et l’Asie puis, son descendant, l'Homo sapiens (l'homme
qui sait), sera le premier à enterrer ses morts contrairement à ses ancêtres qui
les abandonnaient aux charognards. Enfin, apparu il y a environ moins de 100 000
ans d'après le résultat des derniers travaux des généticiens -, l’ Homo
sapiens sapiens est l'homme moderne dont le cerveau atteindra 1300 cm3
en moyenne. L' Homo sapiens sapiens (l'homme qui sait qu'il sait), est le
dernier maillon de la chaîne du processus d'hominisation, c'est-à-dire nous. Il
est caractérisé par la transcription du langage, une pensée claire, une
intelligence qui lui permet d'apprendre, d'accumuler le savoir et de le
transmettre pour finir ainsi par domestiquer son environnement. Il y a
50 000 ans, l'Homo sapiens sapiens peuplait l'Australie. Le peuplement du
continent américain sera plus récemment le fait de ceux que l'on a d'abord
qualifiés de «peaux rouges» ou «Indiens» et qui sont en réalité des
Homo sapiens sapiens asiatiques venus par le détroit de Behring il y a entre
11 000 et 20 000 ans. Plus notre ancêtre s'éloignera de l'Afrique, plus d'autres
formes d'adaptations sociobiologiques lui seront imposées par le milieu. Ces
facteurs vont le transformer physiquement. Au cours des milliers d’années
d’évolution sur la terre, il va s’adapter aux conditions écologique,
géographique et climatique de l’endroit où il vivra.
La perte de la pigmentation noire, un défaut.
Le long séjour sous des climats froids provoquera l' amincissement du nez et
la disparition de la mélanine élément de pigmentation en surface, pour laisser
apparaître une peau blanche ou jaune. Ainsi, la couleur de la peau, des yeux, la
couleur et la texture des cheveux comme la forme du nez, ne sont que des
caractères adaptatifs. Ils répondent à un climat et à un milieu donné. Pour
autant, nous gardons tous une parenté biologique et sommes apparentés par le
sang avec le même arbre généalogique. Cependant, la différenciation physique
s'est faite très récemment car, les plus anciens types d'Homo sapiens sapiens
sur les autres continents, ont été trouvés à Grimaldi (Monaco) et sont de type
négroïde. Des Homo sapiens sapiens du même type et datant de la même
époque ont également été découverts dans les Balkans, dans le Yunnan en Chine et
en Malaisie. Ainsi, les continents européen et asiatique ont été peuplés pendant
longtemps par des hommes de type négroïde. Au commencement était donc l'homme
noir. Cette hypothèse déjà formulée avant notre époque, continuait de déranger
plus d'un idéologue, surtout en pleine période d'esclavage et de «colonisation
civilisatrice.» Pourtant, Darwin lui-même avait déjà envisagé comme :
probable que nos premiers parents aient vécu en Afrique plutôt que partout
ailleurs. Pour contrer cette hypothèse, quelques «preuves scientifiques»
seront néanmoins exhibées, comme l’homme de Piltdown découvert dans le
Sussex -, possible ancêtre de l’homme blanc (Indo-européen), mais fabriqué par
le géologue anglais Charles Dawson et que nombre de scientifiques considèrent
aujourd’hui comme la plus grande supercherie du siècle. Toutes ces constructions
incohérentes allaient être balayées par la Vallée de L’ Omo dans l'Est
africain, qui livrera ses secrets beaucoup plus tard. Les scientifiques vont y
découvrir la série la plus nombreuse, la plus complète et la plus continue des
restes de nos plus lointains ancêtres. L’Afrique est bien le berceau
préhistorique de l’humanité tant au stade de l’ Homo erectus qu’à celui
de l’ Homo sapiens sapiens. Les actuels groupes ethniques d’ Homo
sapiens sapiens dits Blanc et Jaune, sont issus de la seule race
originellement africaine, par filiation plus ou moins directe. Pourtant, bien
qu’il n’existe aucune base véritablement scientifique sur laquelle établir une
classification générale de «races» selon leur degré de supériorité ou
d’infériorité, tout au long du XIXème et une partie du XXème siècle,
scientifiques et idéologues se sont affrontés pour classer de manière
hiérarchique, de prétendues «races» jaune, noire, blanche et rouge. Et ce,
suivant des critères de couleur, de taille et de forme.
La notion de
race chez les humains est sans fondement.
Mais une nouvelle discipline scientifique (la Génétique), est venue s'en
mêler. Les recherches de Mendel nous ont révélé que ces signes distinctifs
apparents ou Phénotypes -, ne sont que la manifestation de facteurs
contenus dans les noyaux des cellules et appelés gènes. Ces gènes
renferment des informations qui sont transmises à leurs descendants, par les
géniteurs que sont les parents. Non seulement les scientifiques n'ont pas trouvé
un nombre de gènes suffisamment important et spécifique à un groupe
humain particulier, bien au contraire, les travaux de Mendel révèlent que la
plupart de ces gènes sont communs à toutes les populations humaines. Or,
pour distinguer deux races différentes, il faut une grande distance génétique.
Si des expériences ont permis de distinguer la race chevaline de la race canine,
elles n’ont jamais permis d’établir une différence identique pour ce qui
concerne les hommes, quels que soient leurs groupes ethniques ou leurs couleurs.
Parallèlement, une équipe dirigée par le professeur Wilson devait étudier à l'A.D.N,
les Mitochondries chez plus d'une centaine de femmes d'ethnies différentes
(Asiatiques, Européennes, Aborigènes, Africaines et Métisses issues de tous
croisements). Le résultat de ces travaux révèle la présence de plusieurs
gènes que l'on ne retrouve en totalité que chez la femme africaine, point de
départ de la lignée commune. La Génétique a ainsi déraciné les préjugés
raciaux de leur base biologique, pour rejoindre la paléontologie et
constater scientifiquement, que la notion de race au pluriel est sans fondement
chez les humains. La lignée commune est passée du stade d'hypothèse à celui de
réalité scientifique. Jusqu’à une période récente, nous avons tenu pour
certitude que notre véritable ancêtre était Lucy l’ Africaine (une
vieille connaissance) ou en tout cas une femelle née sur le continent noir. Les
scientifiques faisant autorité, en avaient toujours déduit que cette Ève noire a
engendré l'humanité tout entière. En 2002 une équipe de paléontologues a
découvert au Tchad en Afrique de l’ Ouest, les restes d’un préhumain (Toumaï),
datant de près de 7 millions d’années. Bien que rien ne prouve encore qu’il
s’agisse d’un ancêtre plus vieux que Lucy, c’est toujours un « Africain ».
Aussi, bien avant les grandes civilisations du continent noir, le premier apport
de l'Afrique en particulier et des peuples noirs en général à l'histoire de
l'humanité, est celui d'être à l'origine même de son existence.
Extraits de «La
longue marche des peules noirs »
par Tidiane N’DIAYE
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d'amour
Le découragement
de la classe intellectuelle congolaise.
Voici l’opinion de divers intellectuels
congolais sur le pourquoi de la récession de l’enseignement supérieur en RdC.
Leur analyse ne fait curieusement jamais la critique du legs colonialiste, à
l’inverse de celle des politiciens congolais.
En général, les gestionnaires au Congo se préoccupent plus de
l'accumulation immédiate et illégale de richesses dans les positions politiques
au lieu de jeter les bases durables du progrès et du bien-être général par la
science, la technologie et par l'éducation formelle à haut niveau.
Louis Ekofo
Un homme politique est appelé fondamentalement à être connu
par son action dans la cité pour le bien-être de la population qui la compose.
Permettez moi aussi de vous choquer peut être. Franchement, ce n'est pas à ce
gouvernement qu'il faut suggérer quoi que ce soit. Les compatriotes qui se font
passer pour des ministres (savons nous que ministre en grec veut dire avant tout
serviteur ?) ont d'autres préoccupations que celles que soulève ce sujet. Ils
sont ensorcelés (je n'ai pas d'autres mots, excusez moi) par les démons du
pouvoir pour le pouvoir. Et ils ne pensent qu'à cela, malheureusement.
Mul-Kas
Pour redorer le blason de l'enseignement supérieur et
scientifique, voire toutes les autres organisations qui se veulent productrices
des oeuvres scientifiques/littéraires (revues, journaux scientifiques), il
faudrait que l'actuel gouvernement puisse, par le biais des ministères
concernés, créer un cadre propice en les dotant des fonds nécessaires pour, non
pas seulement réhabiliter ces institutions, mais aussi bien rémunérer les cadres
liés à ces travaux. La grande question qui se pose : ce gouvernement est-il en
mesure le faire ? Ses ministres ont-ils le profil qu'il faut ?
Dr Ruku Oyaku Bhileni
Malheureusement chez nous, le Politique qui a de l'ascendance
sur tous les autres secteurs de la vie considère le Scientifique comme "élément
gênant et donc dangereux". En conséquence, il ne lui donne pas de moyens
conséquents ; il préfère consommer seulement tout ce qui est luxueux et fabriqué
par les autres, il décourage la recherche par l'inexistence de celle-ci dans les
projets politiques, la disparition des structures de recherche, le manque
d'outils de travail, ... Un groupe d'étudiants chinois a décidé un jour d'aller
apprendre le français en RDC et après, se rendre en France pour l'étude de leur
spécialités respectives. Un jour, ils ont décidé de se ressourcer sur la
situation de l'éducation en RDC sur internet. Ces jeunes gens ont fait trois
constats avant d'abandonner leur projet au profit du Maroc. 1° À part
l'Université de Lubumbashi et quelques établissements privés, les universités de
la RDC, quand elles existent, ne sont que de références journalistiques. Elles
n'ont pas de sites web que l'on trouve déjà individualisés dans certaines
familles ; 2° Les journaux congolais connectés sur le net rapportent qu'on
n'étudie plus en RDC, l'étudiant ayant l'obligation de remettre de l'argent à
ses enseignants pour passer de niveau. 3° L'éducation n'est pas un secteur
important pour le gouvernement. La plupart des Professeurs d'Université du Congo
meurent rarement de maladie naturelle. C'est par la famine qu'ils succombent
souvent. Leur conclusion : la RDC n'est pas une bonne référence de formation
dans un monde actuel devenu très compétitif. Cela n'est pas qu'un constat.
Emile ASEKE
Je voudrais... émettre mon point de vue sur l'improductivité
scientifique de l'homme politique congolais en particulier et de l'intellectuel
congolais en général. A chaque instant et même pendant longtemps, nous
continuerons à souffrir des tares du Mobutisme. En effet, après avoir évolué
pendant plus de trois décennies dans un environnement des anti-valeurs, il n'est
pas évident qu'on s'en défasse dans un délai assez court. La médiocrité de
l'homme politique congolais relève du mobutisme. Il nous revient à nous-mêmes,
peut-être, en créant un espace d'échange pour promouvoir une société
d'excellence où l'objectivité va primer sur la subjectivité, où unanimement on
sera prêt à condamner la tricherie même et surtout dans la désignation des
personnalités appelées à décider à notre place, nous pensons ainsi à long terme
et même à moyen terme arriver à récréer une société d'excellence.
Joseph SENDA L.
Certes, les publications sont inexistantes au Congo. Ce
phénomène est lie a plusieurs facteurs; mais le plus important est le manque
d'outils de recherche que les étudiants et les professeurs peuvent utiliser. Un
grand pays comme le Congo n'a pas une bibliothèque qui peut être comparable a
celle d'une école secondaire américaine. (Ici je compare le fait à une école
américaine du fait que ce sont ces écoles que je connais le mieux). Je ne veux
même pas parler des "collèges" ou des universités car cela ne serait qu'une
illusion. Le coût de ces instruments de documentation en est la deuxième cause.
Le professeur, moins payé et l'étudiant qui vit dans la débrouillardise
préfèrent acheter un morceaux de pain pour survivre au lieu de penser aux livres
ou à un ordinateur. Ici, les écoles primaires sont bondées d'ordinateurs pour
accéder à Internet au moment où certains Instituts Supérieurs n'ont même pas une
machine à écrire électrique ou performante. Nos autorités préfèrent acheter des
voitures luxueuses, construire des villas pour les deuxièmes femmes en lieu et
place des infrastructures académiques et leurs équipements. N'allons pas plus
loin, ces causes sont les plus piquantes.
Ngudiankama
Nos politiciens n'ont qu'à s'en prendre à leur culture de la
médiocrité. Ils ont la langue facile aux mensonges et insultes. La plupart
d'entre eux sont habitués à la tradition orale qui leur permet d'injurier leurs
adversaires et raconter les mensonges à leurs militants. Je me rappelle d'un
politicien congolais qui avait dit à la télé zaïroise que, malgré la couleur de
sa peau qui était noire, lui, était blanc comme une boule de neige (1991: débat
sur la Conférence Nationale Souveraine). Et pourtant, pendant qu'il enseignait à
l'Université de Lubumbashi, il avait falsifié la cote d'un de ses collègues pour
aider une étudiante sans en informer le titulaire du cours, seulement parce
qu'il était secrétaire du jury. Pendant la délibération, c'étaient les échanges
d’insultes et jets de chaises. Que les universités écrivent de telles choses ?
Aujourd'hui les politiciens ont maintenu nos Universités et Instituts Supérieurs
dans la pauvreté inexplicable à cause de leurs luttes et transitions
continuelles ! dans le temps et l'espace. Les Professeurs, les Chefs de Travaux,
les Assistants et le personnel administratif sont impayés depuis des années,
pour autant que ce qu'ils perçoivent (20$ US) fait partie des avances sur
salaires comptant pour les arriérés. Quel est ce ministre de l'Enseignement
Supérieur et Universitaire qui ait songé à restructurer les presses
universitaires pendant les 10 dernières années allant de 1993 a 2003 ? Quel est
ce ministre qui ait songé amener à des colloques et forums internationaux les
travaux de recherches de nos Professeurs pour les présenter ? Les Universités et
les Instituts Supérieurs attendent qu'il y ait un gouvernement afin de lui
présenter leur cahier des charges. Si vous connaissez ce gouvernement-là, prière
de leur en faire part.
Biduaya Kayembe
Les politiciens congolais n´écrivent pas par paresse
intellectuelle. Grande a été la surprise de lire Mr Ngbanda, par exemple, quand
il avait publié son témoignage sur la fin de Mobutu. Son livre a été vendu et
les congolais ont été très contents de pouvoir lire des faits sur la politique
contemporaine du pays qu´ils ont toujours ignorés ! Bien que nous souhaitons
qu´ils se mettent à écrire, les politiciens congolais ne lisent pas souvent,
raison pour laquelle ils ont du mal à écrire. Certains, qui sont universitaires,
ont renoncé à l´effort de la recherche. Ils se contentent de leurs "mémoires"
publiés il ya si longtemps que tout ce qu´ils ont publié est dépassé. L´Etat n´a
pas investi dans les recherches scientifiques. Les rares écoles supérieures,
scientifiques ou techniques datent des années 60 ! Depuis, il n´ya pas eu
d'investissement, bien que la classe politique soit formée d'universitaires et
de professeurs d´universités, il n´ya jamais eu la volonté politique de
subventionner les recherches scientifiques ni la publication des oeuvres de ceux
qui souhaitent partager leur expérience avec toute la communauté. Il n´ya qu´à
observer combien les hommes politiques, ou même les hommes de science congolais,
évitent de s´exprimer sur Internet... Les hommes politiques n´ont pas la culture
de l´écriture. C´est triste, car s´ils pouvaient publier leurs expériences de
ces 43 années, le pays pourrait éviter beaucoup d´erreurs…
El Mahoya
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Les magnifiques illustrations de cette page sont
dues au grand talent de
Contact Atelier Augustin TSHIPAMBA
École Primaire Lisanga - 5, avenue de la Science
B.P. 73 KIN 1 - KINSHASA / GOMBE
Tel : 00243 9919154 ou 081 812 0735
Email : artcipmaug@yahoo.fr
République Démocratique du CONGO
site où l'on peut admirer quelques oeuvres
http://www.artactif.com/tshipamba/cartesexpo.htm
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