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La découverte de Homo coloniensis
On ne
naît pas "colonial".
Le Belge arrivant pour la première fois aux colonies
(Congo Belge, bien sûr !) est décelable du premier coup d'oeil. Il y a des
signes qui ne trompent pas. Aloubè va tenter de discerner les différences, dans
tous les domaines, entre le "Boulaya" (terme
gentiment moqueur signifiant "bleu" au Congo) qui possède une certaine
gaucherie, voire une appréhension face à la nouvelle situation qu'il rencontre
au Congo et un vrai colonial. Mais, au fil du temps, et parfois très rapidement,
le nouveau venu s'adapte et acquiert les petites manies (d'aucuns diront les
travers) de tout colonial bon teint (les canadiens diraient "pure laine", ce
qui, vous en conviendrez, ne peut pas s'appliquer au chaud Congo).
En guise d'ouverture, voici ce qu'écrit
un pionnier au sujet de son quotidien de travail de prospecteur :
Le Blanc marchait au milieu de la caravane s'il était
seul. Si la colonne était conduite par un groupe de pionniers, ils se
répartissaient sur la colonne ou se rapprochaient pour discuter.
On parcourait de longues distances. certains blancs se faisaient porter en
tippoy, mais c'était exceptionnel car le tippoy avait un balancement désagréable
qui provoquait une sorte de mal de mer. De plus, les porteurs marchaient
rarement au même rythme, ce qui ne faisait que renforcer le sentiment
d'inconfort. Le tippoy était réservé aux malades, aux hommes aux pieds blessés
et aux femmes. [...] Là où il y avait des problèmes, c'était quand la caravane
devait traverser une rivière ou un fleuve [...]. Sous le soleil de la
mi-journée, vers onze heures, la colonne s'arrêtait et l'on dressait le camp. Il
arrivait très rarement que l'on pousse au delà de ces six heures d'effort, sauf
quand le manque d'eau ou des hostilités nécessitaient une retraite rapide. On
envoyait des porteurs dans la forêt pour aller couper du bois et chercher de
l'eau. Les soldats se mettaient en embuscade pour repousser une attaque
éventuelle. Les autres porteurs construisaient à toute vitesse une sorte de
palissade circulaire pour protéger le camp [...]. On élevait quelques cases de
feuillage pour se protéger du soleil ou de la pluie et on dressait les tentes.
Les boys préparaient un bain dans la malle-bain et cuisaient le repas avec les
ustensiles et les produits de la malle-cantine. Puis tout le monde faisait une
sieste bien méritée [...]. En début de soirée, le Blanc rédigeait des rapports,
dressait des inventaires, effectuait l'une ou l'autre recherche scientifique et,
si nécessaire, entretenait des négociations avec le village le plus proche
[...]. Le soir, le membres de la caravane dansaient autour du feu de camp et
chantaient de longs couplets monotones, commentant les évènements de la journée.
Si le Blanc maîtrisait la langue, il les écoutait de sous sa moustiquaire
et tirait les conclusions qui s'imposaient, car ces commentaires condamnaient
parfois sévèrement sa conduite. Le lendemain, la caravane repartait à cinq
heures.
Lorsqu'il débarque au Congo pour la première fois,
l'Européen dénote aussi franchement que les
Dupont et Dupond
lorsqu'ils se déguisent dans le costume national du pays où il enquêtent. Il
porte encore les stigmates de l'orthodoxie coloniale apprise dans les différents
ministères ou écoles pour futurs coloniaux. Quels sont-ils ?
- les vêtements
Le casque colonial.
Il n'y a vraiment que les nouveaux venus pour s'en
affubler, en particulier dans un centre urbain. Quoi de plus incommode que ce
lourd couvre-chef qui finit invariablement par porter les traces disgracieuses
de la sueur de son propriétaire. Malgré ses évents dissimulés sous la coquille
plantée au sommet du casque, celui-ci impose à son porteur un sauna permanent
sur la tête. Et puis, bonjour l'odeur ! Le liège imprégné de sueur, ferait
décamper n'importe quelle moufette !
La saharienne est une invention hollywoodienne qui doit "situer"
immédiatement son porteur sous les tropiques. Cette tenue sied admirablement
bien à Stewart Granger dans le film
"les Mines du Roi Salomon"
ou à un
"Daktari" quelconque
mais ne trouve pas son utilité en pratique au Congo. Peut-on imaginer aller
travailler au bureau avec un tel accoutrement ?
La carabine Winchester a peut-être été d'une grande utilité pour
l'explorateur Stanley. Mais, au milieu d'une ville, ou dans une savane
débarrassée de ses grands félins, qu'en faire ? Il n'y avait encore un chasseur
à Élisabethville au début des années 50. Il était également armurier. Sans nul
doute, sa renommée de chasseur se devait-elle d'appuyer la vente à des Tartarins
d'occasion de quelques armes ne servant plus qu'à tirer l'antilope ? Il n'y
avait plus rien de "sauvage" à tirer.
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Anecdotes authentiques.
Un jour, la rumeur prétendit qu'un lion rôdait autour des
fermes entourant Élisabethville. Il y aurait dévoré une ou deux bêtes. Notre
hardi et vaillant chasseur/armurier se met en campagne, refusant l'aide de
la Force Publique pour débusquer l'animal. Après quelques jours d'absence,
celle-ci alertée par ses proches ne le voyant pas de retour, se met à sa
recherche et le retrouve, non loin de son véhicule, complètement épuisé. Il
s'était perdu en brousse en suivant la direction du soleil. Point de lion.
Comment peut-on être chasseur et n'avoir aucun sens de l'orientation ?
Quelque temps après, cet astucieux félin continuant à "bouloter" (dévorer)
une ou deux carcasses fait à nouveau la "une" de l'actualité. C'est un
indigène qui s'est souvenu que pour chasser le lion, rien ne valait
l'attente dans un arbre, une chèvre attachée à un piquet à ses pieds. Ainsi
fut fait. Le lion affamé se fit tirer de cette façon. Sa dépouille traîna
derrière un "pick up" dans les rues de la ville, comme trophée du
chasseur/armurier. Triste fait de chasse qui fit que la pauvre bestiole
famélique termina sa carrière en descente de lit !
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L'équipement des agents
territoriaux (de première catégorie)
"Il est porté à la connaissance des agents que cet équipement est
obligatoire et que tous les articles mentionnés ci-dessous seront vérifiés à
Boma par un fonctionnaire délégué à cette fin par Monsieur le Gouverneur
général du Congo". Extrait du Règlement en 1910. |
Grande tenue (redingote, gilet et pantalon)
Petite tenue (vareuse et pantalon)
Casque, casquette, épée.
3 malles de fer
1 malle-baignoire
3 paires de draps de lit
12 essuie-mains, mouchoirs de poche, chemises en flanelle, coton ou normal,
paires de chaussettes
6 caleçons
3 chemises de nuit
2 ceintures de flanelle |
3 ou 4 costumes blancs (pantalon et veston)
3 costumes bruns ou gris (pantalon et veston)
1 imperméable (très léger)
1 couverture imperméable
1 casque ou deux chapeaux en feutre à larges bords
1 casquette de voyage
3 paires de bottines de marche
2 paires de soulier ou bottines en toile à voile
1 paire de pantoufles
1 paire de guêtres allant jusqu'au genou
Tulle pour moustiquaire (10 m) |
1 petite lanterne à bougie ou photophore
12 paquets de bougies
1 chaise pliante
1 trousse complète (ciseaux, aiguilles, fil, miroir...)
Objets de toilette (brosse, peigne, éponge...)
Un peu de savon de toilette
Un peu de savon pour le lavage
Papeterie
1 tondeuse
1 malle-lit (ou matelas et oreiller en crin, sac imperméable pouvant
contenir aussi les couvertures et les draps) |
Une dernière recommandation qui peut
prêter à sourire sauf si l'on sait qu'elle était destinée aux cas de fièvre :
Prendre avec soi tous ses effets d'Europe (ne pas oublier
un paletot bien chaud).
Heureusement que les temps anciens des
pionniers sont révolus. Après la première guerre mondiale, cet équipement
"de brousse" ou de survie n'avait plus cours. On trouvait en ville tous les
biens nécessaires et même les superflus, parfois en droite ligne des États-Unis
et bien avant que ceux-ci n'apparaissent en Belgique. Il n'en reste pas moins
que la liste ci-dessus fait gentiment "rétro" !
- les idées reçues
Le Noir est cruel et fourbe. L'imagerie
populaire représente le noir musclé, nu, la stature imposante, l'oeil féroce, la
dent pointue aiguisée à la lime et grand amateur de blanc cuit à la marmite au
court-bouillon. Il est rusé, félon, menteur et voleur. Passé l'étonnement de
découvrir qu'il préfère marcher pieds nus (ce qui a eu le don d'effrayer la
maman d'Aloubè la première fois qu'elle a vu un noir "in situ"), celui-ci offre
un visage, au contraire, très ouvert et franchement rigolard. Sa bonne humeur
est communicative. C'est grâce à lui que le "petit blanc" est souvent tiré d'un
mauvais pas où la débrouillardise de l'un compense les maladresses de l'autre.
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Anecdote.
L'esprit observateur du Noir décèle tout, très vite. Il
s'exprime par sous-entendus dont certains frôlent, à l'occasion, la
grivoiserie (surtout quand il remarque les travers d'un couple de
blancs). Ainsi, les surnoms sont échangés entre eux. Le premier et le plus
connu est "Boula Matari" (casseur de pierre - l'emploi de la dynamite par
Stanley a du marquer profondément les mémoires). A titre d'information, le
papa d'Aloubè avait reçu le surnom (sobriquet) de "N'Swa Yolo", le
cri que lancent les bûcherons congolais lorsque le fer de la hache se
détache soudain de son manche en bois. Cela correspondait assez finement au
jugement porté sur sa manière de trancher un problème : avec droitesse et
sans moyen de l'infléchir.
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Le Congo est une jungle dangereuse.
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Sitôt débarqué, Bulaya s'entoure
d'un luxe de précautions quant à sa santé (ce qu'il omet parfois de faire en
Belgique). On le voit prendre sa quinine avec une régularité métronomique,
porter continuellement son casque, craindre le moindre insecte. Il aura vite
fait de se mettre à l'aise et de ne plus s'effrayer de déloger un serpent
lorsqu'il ouvrira un fauteuil pliant, ne plus pousser des cris lorsqu'il
verra des colonnes de fourmis, des nuées de cancrelats déguerpir dans tous
les sens lorsqu'il ouvrira un tiroir. Les
"bilulus" (bestioles) feront vite partie du décor
quotidien. |
On se déplace exclusivement en chaise à porteurs (tippoy)
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S'il est vrai que les premiers explorateurs se sont faits régulièrement
transporter en chaise à porteur, s'il est encore vrai que les premiers
colons ont utilisé ce moyen de locomotion en brousse, il est certain que son
usage a été rapidement abandonné (années de la première guerre mondiale)
lorsque les premiers sentiers (ou ceux d'origine) ont été transformés en
routes carrossables. Les photos où l'on découvre le portage en tippoy ont
très vraisemblablement été prises à l'époque pionnière et constituent des
archives précieuses. N'empêche, l'image est restée dans les mémoires comme
l'archétype du transport colonial. Aloubè l'a d'ailleurs découvert dans des
livres.
Chaise à porteurs (tippoy) utilisée
par un médecin colonial vers 1910. |
La femme coloniale se prélasse dans son oisiveté.
Les clichés ont la vie dure. Dès l'instant où une femme devient mère, il
n'est plus question de se prélasser. A fortiori aux colonies. La situation
diffère sensiblement d'un endroit à un autre :
- en brousse, il faut avoir discuté avec ces courageuses
broussardes qui ont
parfois travaillé de leurs mains nues (où auraient-elles trouvé les machines
adéquates ?) pour aménager une misérable bicoque de torchis en havre
accueillant, frais, propre.
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Quels trésors d'ingéniosité pour
utiliser les moindres ressources que la brousse présentait, pour fabriques
des jouets pour ses enfants avec trois bouts de tissus récupérés, de se
procurer du lait frais de chèvre pour remplacer celui en poudre. Si les
serviteurs existaient, il fallait distribuer les tâches, surveiller leur
bonne exécution, régler les divers problèmes d'intendance (il n'y a pas de
magasin au coin de la rue), apprendre les notions de cuisine européenne au
pichi (cuisinier), comment gérer l'eau, le feu.
Question de santé, veiller à ce que les produits consommés soient frais ou
le restent, se prémunir des moustiques, de la vermine, des fourmis, des
djiques... de tous les insectes inconnus. Enfin, le
climat ne favorise pas le maintien d'une bonne santé. Le manque de vitamines
a causé bien du soucis à de nombreuses mères.
Séance de portage le long d'une
route. |
- en ville, la manière de vivre impose une vie sociale très active. Il y
a l'entraide à ceux qui arrivent, ceux qui partent, ceux qui sont de passage et
n'ont pas encore pu récupérer leurs biens laissés en dépôt ou en cours de
transfert, les gardes d'enfants en âge d'école et dont les parents doivent
exercer une activité en brousse. Il n'existait pas d'alternative à ce parrainage
avant la création de pensionnats dans les établissements scolaires.
Enfin, le rôle de la femme européenne ne se limite pas à sa propre famille. Dans
un esprit que d'aucuns qualifieront de paternalisme (maternalisme), elle
s'inquiète également de la santé et du devenir de ses employés, de leurs femmes
et enfants. Elle leur enseigne les notions indispensables d'une bonne hygiène,
tant corporelle que de vie. Elle règle les petits différends de leur vie
quotidienne (problèmes avec les maris, les enfants, la coutume...). Certaines de
ces femmes ont mieux connu, par la rencontre quotidienne des problèmes, les
Noirs que leur mari dans un cadre uniquement professionnel. Bravo pour leur
apport primordial à la qualité de vie.

Lorsqu'il a goûté
à la brousse,
et pour autant qu'il n'en soit pas dégoûté à tout
jamais, le colonial parvient à tirer de nombreuses satisfactions dans sa
nouvelle vie.
Il ne connaît plus le réveil matin brutal mais profite du concert matinal des
oiseaux. Voir le soleil se lever sur une brousse encore humide, sentir les
premiers rayons lui caresser les bras dune douce chaleur, se remplir les yeux
d'une telle richesse de couleurs pastels, humer la terre dégager un parfum
sauvage et fort sont des plaisirs à nuls autres pareils. S'il a passé la nuit
non loin d'un cours d'eau, s'ébrouer dans une cascatelle, se raser torse nu
devant un miroir accroché à une branche et enfiler un short large et
confortable, passer une chemise propre à col ouvert.
Dans les premiers bruits de la nuit qui se taisent, lorsque les grillons
s'arrêtent, se préparer (ou attendre) un café fort dont les effluves
emplissent les narines, entendre crépiter les oeufs et le lard dans la poêle au
milieu d'un silence bienfaisant, savourer un petit déjeuner roboratif au milieu
des herbes hautes, sous un arbre, le soleil éblouissant les yeux, que peut-on
demander de plus ? Voilà qui change agréablement de la bousculade matinale du
citadin.
Quand la journée de travail lui aura douloureusement fait sentir tous ses
muscles, ôter ses vêtements poussiéreux et se griser sous l'eau purificatrice
d'une douche chaude prise sous un arrosoir de fortune émergeant d'une touque
chauffée au soleil, passer des vêtements légers et propres et siroter un whisky
dans un fauteuil pliant en attendant la surprise du chef (le pichi) annoncée par
un "tshop"
réconfortant, pester parce que celui-ci "s'est endormi" en salant, une fois de
plus, trop généreusement le potage (le Noir adore le sel), quand le même se sera
racheté par de délicieuses "mbolo ya Mompè"
(pâtisserie - voir plus loin), alors, repu, il pourra être
aux premières loges pour voir le soleil se coucher dans l'incendie du ciel.
Les grillons commenceront à vriller l'air de leurs stridentes et régulières
modulations, il sera temps de pomper et d'allumer la lampe Coleman, de mettre à
jour ses notes ou de lire un bouquin sous la lumière crue attaquée par les
papillons de nuit au vol lourd qui viendront s'écraser et se brûler sur la vitre
de protection du manchon, éblouis et attirés par cette lumière intrigante. Le
boy le laissera alors profiter de son silence.
Lorsque les paupières tomberont de sommeil, il se lèvera, étirera ses membres
endoloris, et après avoir jeté un dernier coup d'oeil sur son installation,
donné ses instructions pour le lendemain à son boy, il saluera celui-ci et
entrera sous sa tente ou dans sa case pour s'écraser dans son lit de camp
pliant, pleinement satisfait de sa journée. Que ses rêves soient aussi paisibles
que l'aura été sa journée. Pourra-t-il jamais oublier ces instants ?

Lorsqu'il pourra vivre en
ville,
ses conditions de vie changeront radicalement. Tout en
étant plus souple que dans la métropole, son horaire ne pourra pas être réglé en
fonction de ses propres desiderata. Il vit en société et doit se plier à la vie
en communauté, comme partout ailleurs. A moins d'être un adepte de la vie
monacale, celle-ci a le bénéfice de le sortir de sa solitude et de lui faire
apprécier la présence de ses congénère Ils ont d'ailleurs de drôles d'habitudes
sous les tropiques. Il ne mettra pas longtemps à les découvrir et pourra en
apprécier toutes les facettes.
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Les spécificités
Chaque société développe ses propres repères et
ses manières de vie Celle du colonial n'échappe pas à la règle. Elle présente
cependant des traits qui la font immédiatement repérer au milieu d'autres. On
entendra alors souvent fuser des remarques concernant ses différences. Quelles
sont-elles?
En matière culinaire
(gastronomiques ?)
Le colonial mange très épicé. Personne ne comprend
pourquoi. C'est un fait. Peut-être aime-t-il les contrastes violents, à l'image
du climat. Et puis, la cuisine épicée, ça met également du piment dans la vie.
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Anecdote.
Un vieux colonial âgé était rentré en Europe depuis longtemps
pour jouir des bienfaits d'une retraite méritée. Un de ses petits-enfants étant
rentré en congé du Congo. Il était passé lui rendre une petite visite de
courtoisie et fut invité à partager le repas, comme la tradition coloniale le
voulait. Au menu, la célèbre moambe. On lui demande alors :
"Comment l'aimes-tu, ta moambe ? Bien pilipilisée ?" - Oui ! oui !
avait-il répondu.
La moambe était superbe et le pili-pili généreux. Mais, ce qui ne lui avait pas
été dit, c'est que le bord de son verre de bière en avait été copieusement
imbibé. Lorsque notre vieux colonial porta la première fois le verre aux lèvres,
il ne montra aucune surprise et, faisant tourner le verre, il en suça
soigneusement toute la circonférence avant d'avaler la première gorgée. Les
jeunes coloniaux en avaient été pour leurs frais. C'est le vieux qui les a
surpris ! |
Aucun des plats cités ci-dessous ne
relève de la gastronomie, au sens propre. Cependant, ils font l'unanimité parmi
les anciens coloniaux. Ils sont prétexte à réunion où chacun doit se sentir à
l'aise et tout le monde prend un risque de se salir, tant les sauces sont
succulentes et éminemment roboratives. L'usage pratiquement obligatoire des
doigts place tout le monde sur un pied d'égalité fraternelle.
la moambe
- préparation
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C'est le plat congolais par excellence. Une des rares
spécialités congolaises qui fassent l'unanimité au sein des coloniaux
Tous les restaurants qui s'adressent ou sont gérés par des coloniaux
la mettent
à leur menu. Elle a un rôle social important. Aucune réunion d'ancien
coloniaux ne peut s'en passer et le plaisir de partager ce plat sort du
simple cadre de la dégustation. Il y a communion manifeste autour de ce plat
dont deux éléments sont irremplaçables et viennent en ligne droite de
là-bas. La pulpe et l'huile de palme ainsi que la feuille de
manioc hachée que l'on appelle
saka-saka, sombè ou
pundu selon la région.
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la poule aux arachides -
kuku ya kalanga
Un autre plat typique que les coloniaux dégustent avec
grand plaisir. L'huile de palme est remplacé par de l'arachide pilée. Le poulet
ou une vieille poule à bouillir en font toujours les frais. Le pili-pili est,
ici aussi, généreusement saupoudré.
la caldeirade
Avec un nom pareil, il ne s'agit pas d'un plat congolais, mais bien
d'origine portugaise. L'Angola n'est pas loin et les ingrédients se trouvent
pratiquement partout sur la terre. Il s'agit d'un pot-au-feu composé par lits
successifs d'oignons en rondelles, de tomates en tranches, de feuilles de pommes
de terre et de bacalhao (makayabo en
lingala), autrement dit : de la morue. Le tout est arrosé d'huile d'olive et
mijote pendant une bonne heure à feu doux. Le pili-pili est
administré ad libidum.
les desserts
Indépendamment des fruits exotiques que la nature offre généreusement au
Congo, la pâtisserie occupe une place de choix dans les desserts.
Les pichis se déchaînent en confectionnant les
- mbolo ya Mompè (littéralement : bite de Mon Père)
La forme allongé de cette variante de la "Corne de Gazelle" est
obtenue par torsion de la pâte feuilletée autour d'un moule conique. Le cornet
est rempli de crème pâtissière et garni de sucre cristallisé. Le
sobriquet de cette spécialité est dû à la salacité des cuisiniers congolais.
- la banane flambée
De nombreuse variantes existent. Voici celle qu'Aloubè préfère. Dans une
poêle, faire fondre du beurre et du sucre. Y faire roussir des bananes coupées
en longueur. Lorsque celles-ci prennent couleur, arroser de raisins secs puis
faire flamber avec de la liqueur de banane. Servir brûlant, accompagné d'une
boule de glace à la vanille. A déconseiller formellement à ceux qui envisagent
un régime "basses calories".
Anecdote.
A une petite coloniale de cinq ans revenant pour la
première fois en Belgique, les grand'parents s'empressent de présenter au
dessert tous les fruits disponibles de la saison. On trouvait donc des
cerises, des fraises, des oranges, melons, pêches...bref, tous les fruits
d'Europe disponibles. La petite s'arrête, examine le tout et ne demande
rien. Comme ses grand'parents insistent pour qu'elle choisisse, celle-ci
demande candidement : " Ya pas d'bananes ?" |
les boissons
Rien de particulier, sinon une propension à
boire le whisky. Sec, évidemment ! En qualité de belge, la bière a une place
d'honneur. Aussi, le colonial n'a pas attendu longtemps avant d'ouvrir des
brasseries au Congo. Certaines peuvent rivaliser dans la qualité du produit avec
celles de Belgique. Les marques les plus connues sont la Stanor (Stanleyville),
la Primus (Léopoldville) et enfin la mondialement célèbre Simba (lion) qui
remporta un grand prix en Allemagne. C'est dire si elle était appréciée !- ainsi
que la Tembo (éléphant) et la Mamba (crocodile) - des Brasseries du Katanga à
Élisabethville. Pour la facilité de transport, les broussards apprécient
également le thé et le café cultivés au Congo. Lors de réceptions, le
shaker
est mis à contribution. Son usage est très
vraisemblablement lié à l'époque. Pas une seule réception qui ne soit
accompagnée de cocktails les plus imaginatifs et surtout... détonants. Les
enfants de brousse doivent s'habituer au lait en poudre
Klim et, à défaut, au
lait de chèvre.
Anecdote
Un Mompè est invité à prendre le frais à la barza d'un colonial. Celui-ci
s'enquiert de ce que le brave missionnaire souhaite boire.
" Deux doigts de whisky, merci !" Et d'avancer la main fermée contre
son verre vide, index et auriculaire tendus. |
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En matière
vestimentaire
Chaussures. Si aucune règle ne prévaut en
brousse, certaines précautions ne sont pas à négliger. Il est certain que
marcher dans de hautes herbes coupantes peut vite ressembler à un supplice si
les jambes ne sont pas protégées. Le broussard se balade donc souvent chaussé de
magnifiques bottes de cuir Pas celles d'un
cavalier, mais de confortables bottes bien tannées par le soleil et le potopote.
S'il n'en possède pas une paire, on le voit se protéger avec des
guêtrières hautes
tombant sur ses chaussures (sorte de tuyaux de cuir fermés
par des boucles comme les petites guêtres des soldats). Une fois sorti des
herbes, il peut les enlever et marcher plus confortablement. Le cuir au soleil,
c'est chaud !
Les enfants se baladent en sandalettes.
En ville, aucune différence en matière de chaussures avec la métropole.
le capitula
En tenue décontractée, le colonial adopte un short court (pas à l'anglaise).
Ses poches sont toujours bourrées. Pourquoi capitula ? Aloubè a cherché
l'étymologie et n'a rien trouvé. Peut-être est-ce une expression dérivant d'un
idiome africain ? Les connaisseurs sont priés de donner le renseignement.
Ce terme désigne immanquablement un colonial car, lui seul emploie ce mot pour
désigner cette pièce de vêtement.
les robes claires
Le grand problème de ces dames pionnières est de trouver, lors d'un retour
en métropole, une garde-robe de couleurs claires qui seyent mieux au
climat tropical. Si la coloniale rentre au pays en plein hiver, comment
peut-elle trouver en magasin ce qu'elle va se mettre sous les tropiques ?
Dans les modèles de l'époque d'après la dernière guerre, on trouve souvent des
jupes amples de couleur claire à motifs de grandes fleurs. Les "tailleurs" sont
à la mode, ceux en tissus léger sont recherchés par les coloniales.
Le kaléidoscope de couleurs claires que portent ces dames contribuent également
à l'impression d'un printemps perpétuel sous la colonie. Les couleurs claires
font cependant place à des tenues de soirée sombres lorsque l'occasion se
présente (réceptions officielles, dîners de gala....)
la tenue dite "spencer"
Les militaires et certains officiels portent, en de grandes occasions, une
tenue dérivée de celle portée par les Britanniques aux Indes : le spencer. Il
s'agit d'un pantalon noir de smoking (à bande latérale de soie) surmonté d'un
veston blanc immaculé très court, à échancrure latérale arrondie et pointe dans
le dos. Il se ferme comme un smoking (tuxedo en américain) par un bouton doré.
Il porte souvent des épaulettes garnies de dorures et arbore, en diminutifs, les
décorations des militaires ou dignitaires. Aloubè ne connaît cette tenue qu'au
Congo et ne l'a jamais rencontrée en métropole.
le blanc des soutanes et des uniformes
Les tropiques, et plus particulièrement au Congo, ont aussi un impact sur la
couleur des soutanes et des uniformes. La tradition des marins veut
qu'une fois qu'ils ont passé les tropiques vers l'équateur, il changent la
couleur foncée de leur tenue en un blanc du plus bel effet. Il en va de même
pour la soutane d'un religieux. Certains frères d'ordres religieux possèdent une
ceinture à laquelle pend un chapelet de grosses boules de bois foncées.
Celles-ci tranchent sir le blanc de leur soutane ou bure. Certains ordres
religieux ne permettent pas à leurs disciples de se vêtir autrement que selon la
règle. On voit alors des malheureux jouer au football en soutane !
le chapeau "scout"
Le casque colonial définitivement abandonné, les jeunes adoptent un chapeau
dit "scout" qui s'apparente au couvre-chef du bush australien plus qu'à celui du
ranger ou de la police montée canadienne. De ce chapeau de toile ou de feutre,
les bords latéraux sont relevés et maintenus par une fine jugulaire en cuir. Ce
chapeau procure une ombre bienfaisante. A l'occasion, il sert d'éventail ou
active le feu.
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Les
manières de se déplacer, de communiquer.
la notion des distances
Est fort différente de celle de la métropole.
La distance Bruxelles-Oostende (120 km) est considérée comme
lointaine en Belgique. En Afrique, et plus particulièrement au Congo,
c'est chez le voisin. Il y a un paradoxe étonnant à propos de la notion des
distances au Congo. Le déplacement à pied, à l'origine de la Colonie, ne
permettait pas de parcourir plus de trente kilomètres par jour (lorsque l'on ne
rencontrait pas de difficultés majeures et qu'il ne fallait pas se frayer un
chemin dans la jungle à coup de machette. Et pourtant, à l'échelle du
pays, c'est une distance ridicule. Il suffit de comparer les cartes superposées
du Congo et de l'Europe ( )
pour s'en convaincre. L'espace infini de brousse qui prolonge votre jardin donne
une impression bizarre. Un peu comme vouloir borner l'horizon. Une demeure de
plantation peut n'avoir pour voisin le plus proche qu'une autre située à une
cinquantaine de kilomètres. Et pourtant, en période d'accouchement, les femmes
s'entraidaient. Il fallait donc envoyer un coursier, bâton fendu avec missive
enfichée, quelques jours avant sous peine de devoir accoucher seule.
Anecdote
Une de nos connaissances, sachant que nous retournions
au Congo sous peu, nous prie de transmettre ses amitiés à ses amis du Congo
habitant, selon lui, dans la même région que la nôtre.. Nous nous
exécuterons bien volontiers.
"Où habite votre ami ?" demande papa poliment.
- A Libenge ! répond alors notre homme.
(Distance entre Élisabethville et Libenge : 2.000 km - autant qu'entre
Bruxelles et Athènes). |
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le tam-tam ancestral
N'a été abandonné que lorsque la radio (TSF comme on disait à l'époque -
transmission sans fil) a pris le dessus en matière de communication rapide.
Quelques anciens savaient encore comment communiquer au moyen de cet
instrument. Aloubè a encore entendu le son grave et profond du tam-tam se
répercuter sur les eaux du lac Léopold II, lors de l'arrivée de ses parents
au poste d'Inongo (
arrivée en bateau - 1946-1949 )
Chef entouré de ses joueurs de
tam-tam. |
les radioamateurs
ont joué un très grand rôle au Congo dans la transmission de données
importantes. C'est le cas lorsqu'il y a maladie grave, épidémie ou danger. De
nombreux colons isolés ont du la vie au fait de savoir manipuler une radio lors
des troubles de l'Indépendance. Isolés, ils ont pu prévenir à temps, en toute
sécurité (on ne coupe pas une ligne hertzienne) et être sauvés par de petites
expéditions motorisées et armées.
le bateau
Outre les bateaux transatlantiques qui transportaient les coloniaux entre la
métropole et la Colonie, le transport fluvial de l'Otraco rencontrait un certain
succès sur les grandes voies navigables du Congo. Ces anciens steamers
effectuaient un service de navette régulière entre certains postes de brousse
situés le long des grands fleuves ou lacs. Avec le chemin de fer, c'est la
première grande oeuvre des coloniaux. Outre le transport de passagers, ces
rafiots transportaient toutes sortes de denrées.
la baleinière
Est un autre moyen de se déplacer sur l'eau. De taille nettement moins
importante que le steamer, la baleinière est bâchée et fonctionne au moteur
hors-bord. Elle sert à inspecter les cours d'eau peu profonds et calmes et relie
les villages entre eux, apportant, au plus vite, les secours demandés en cas
d'urgence.
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la pirogue
Avant l'usage du moteur, il était d'usage de se déplacer sur l'eau au moyen
de la pirogue. Le centre de la pirogue était réservé aux non pagayeurs (les
invités, dirons-nous) tandis que six à huit pagayeurs se répartissaient l'avant
et l'arrière. Ils scandaient leurs mouvements par un chant approprié, plongeant
simultanément leurs pagayes. Cette brusque impulsion imprimait un mouvement
rapide et cadencé du tronc vers l'arrière. Il convenait cependant de ne
pas craindre d'être mouillé ! La pirogue pouvait être aussi rapide que le bateau
à moteur. Il faut avoir entendu une seule fois dans sa vie le chant des
piroguiers pour ne jamais l'oublier ! |
le tippoy (chaise à porteurs)
Dans les hautes herbes de la savane katangaise, ce moyen de transport
ancestral a véhiculé nombre de chercheurs de minerais. Réservé aux chefs
indigènes, les coloniaux du début ont adopté ce type de locomotion. Il convenait
cependant d'avoir le coeur bien accroché, tant les secousses imprimées par la
marche des porteurs était désordonnée. Ceci étant dû à la difficulté du
sentier, lorsqu'il existait.
l'avion
Devient vite le moyen de transport préféré des coloniaux lorsqu'il s'agit de
rentrer en Europe. Dans l'autre sens, le bateau a leur préférence car il
prolonge souvent le congé de quelques jours, en fonction des dates de départ du
port d'Anvers (Antwerpen) en Belgique.
Une piste d'aviation revient moins cher que l'entretien régulier d'une route
ou qu'une ligne de chemin de fer. C'est pourquoi la colonie a, très tôt,
développé un réseau intérieur important de lignes aériennes. La desserte de ces
aérodromes de fortune (que les coloniaux appellent invariablement "plaine
d'aviation") est assurée, après la dernière guerre, par une flotte importante de
DC3. Cet avion supercostaud nécessite un entretien minimal, est d'une robustesse
à toute épreuve, peut transporter tout et ne nécessite que peu de distance pour
atterrir. Il ne sera jamais détrôné. Encore aujourd'hui, certaines partie de la
forêt amazonienne ou de la jungle de Bornéo sont survolées quotidiennement par
ces vieux et fidèles coucous. La grande compagnie interne belge au Congo : la
Sobelair*
* Début 2004, la SOBELAIR
déposait son bilan et se mettait en faillite, comme la SABENA. Encore un fleuron
qui disparaît !.
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Us et coutumes
la quinine, la nivaquine
Depuis que les premiers explorateurs étaient
passés dans les contrées "inhospitalières" du Congo, depuis qu'ils en avaient
ramené des tas de maladies nouvelles, les services sanitaires des Écoles
coloniales s'étaient penchés sur les moyens à utiliser pour diminuer
l'hécatombe au sein de ces groupes à danger, à savoir : missionnaires,
prospecteurs, géomètres, militaires, administratifs et colons. Un service
sanitaire efficace allait rapidement voir le jour. Il recommandait certaines
précautions élémentaires d'hygiène mais aussi la prise régulière (quotidienne)
de gélules de quinine. Vers la fin des années 50, celle-ci était remplacée par
une molécule de synthèse, la nivaquine. C'est grâce à cette poudre blanche au
goût affreusement amer que de nombreuses vies furent désormais
épargnées.
Cela devint un rituel quotidien des coloniaux de brousse, ceux des villes
(saines puisque hors des marécages) ne se croyant pas obligés d'être
aussi draconiens dans la prise de ce médicament préventif de la malaria.
Il va de soi que certaines autres prescriptions étaient recommandées,
telle que les vitamines, les rayons ultraviolets (ah ! les lunette bleues)
ainsi que les vaccins obligatoires que tout colonial allait recevoir dans
les locaux sanitaires du Ministère des Colonies (antityphique, fièvre
jaune, diphtérie, tétanos).
les malles vertes
Tous les départs de coloniaux, dans quelque sens que ce soit, exigeaient de
ceux-ci un rituel caractéristique : celui des malles. Les valise ne constituant
pas un volume de rangement suffisamment important et résistant aux chocs, on
utilisait des malles métalliques peintes en vert. Chacun y peignait son nom
de sa plus belle calligraphie ou, au besoin, au pochoir, son adresse où
les faire transporter et, parfois, un numéro servant de repère à celui qui
l'avait remplie. Aloubè a souvent été réquisitionné pour officier en qualité de
secrétaire et d'inventorier chaque malle. Une tige métallique passait entre les
oeilletons et les extrémités de celle-ci étaient cadenassées. Ouvrir une
malle, c'était l'accès à des odeurs étranges venant d'un autre endroit de la
terre !
Avec le temps, certaines malles ont acquis un statut particulier. Il y avait, en
effet, la malle-secrétaire (contenant des dossiers et du matériel de
bureau), la malle-bain dont la forme arrondie et oblique de chaque
extrémité ne laissait aucun doute quant à son utilité (contenant tout les
produits de nettoyage, d'entretien, les savons...), la malle-cantine
contenant tout ce qui est nécessaire à la cuisine, la malle-camp, servant
uniquement lors des déplacements de gîte d'étape en gîte d'étape. Enfin, il y
avait les malle-pamba
(malle rien) n'ayant pas de fonction particulière et qui contenait tout
ce dont on pouvait avoir besoin. Ces malles offraient une solidité à toute
épreuve. La preuve, on en trouve encore beaucoup dans les garages d'anciens
coloniaux en Belgique.
la "maison porte ouverte" ou l'hospitalité à la coloniale.
Dans une nature attrayante mais qui présente rarement ses pièges au premier
abord, il était parfois difficile de survivre. Les conditions de vie ne se
présentaient pas sous le meilleur jour. Certains "en ont bavé" jusqu'au dégoût.
Les hommes ayant une mission à accomplir auraient pu paraître faibles en
interrompant celle-ci, quelles que soient les raisons. C'est pourquoi les
anciens se sont forgés un caractère d'acier. Il n'est pas d'histoire
d'explorateurs qui n'ait des anecdotes pour étayer ceci. Pensez à Speke,
l'explorateur à la recherche des sources du Nil, qui se fait manger le tympan
par un insecte, attrape un abcès et le soigne à la poudre de cartouche ! Combien
d'autres ont-ils du supporter des membres cassés pendant plusieurs jours ? des
fièvres interminables ?....
Ce sont les femmes pionnières qui ont principalement créé un type de relation
appelé "porte ouverte". Quiconque passait par un endroit habité se faisait
aussitôt inviter à se reposer, se faire soigner, pouvait manger "du frais" et
passer un moment agréable en bonne compagnie. Il avait sa chambre prête et son
hôte se faisait un devoir de ne le laisser poursuivre sa route que s'il était en
état de pouvoir le faire dans de bonnes conditions. La tradition s'est toujours
maintenue. Solidarité n'était pas un vain mot. C'est ainsi que des relations
fortes se sont créées au fil du temps, non seulement en brousse, mais également
en centre urbain.
Pour autant, cet esprit ne perdait pas son humour, parfois celui du potache.
Combien n'ont-ils pas trouvé leur maison apparemment cambriolée, mobilier
déplacé dans des endroits impossibles, lits en "portefeuille", empilement
d'objets usuels au milieu du salon...? C'était toujours signé.
Le manque de distraction en soirée a engendré un type de relation très convivial
: la réception. Pas une semaine ne se passe sans qu'un ami soit convié à
partager une soirée plus qu'amicale, avec repas fin ou barbecue géant dans le
jardin, bonne compagnie, musique, danse ou projection de films. Aux grandes
fêtes, les invités étaient plus particulièrement choyés. C'est la trouvaille
culinaire la plus folle, pour surprendre agréablement (faire venir des fraises
ou des moules fraîches directement de Belgique en avion...) Chaque colonial a un
exemple à vous raconter. D'aucuns vous diront que cet état d'esprit est mort
avec l'introduction de la télévision dans les foyers. D'autres vous rétorqueront
que les conditions n'y sont plus, l'insécurité actuelle régnant partout au
Congo. La tradition se meurt, hélas.
la barza
En dehors des soirées "mondaines" qui se déroulent en intérieur ou dans le
jardin, au cours de la journée, l'hôte est reçu sur la barza. Point de maison
coloniale digne de ce nom sans son indispensable annexe. Son rôle social
important est décrit au Glossaire
barza Si le soleil darde ses
rayons, un rideau de canisse est déroulé, procurant une ombre appréciée ou un
"écran de modestie" destiné plus à échapper aux regards éventuellement
indiscrets. Les discussion pouvaient y durer des heures. On pouvait évaluer la
durée de celles-ci au nombres de "cadavres" laissés sur la table (bouteilles
vides). En temps ordinaire, elle est encombrée de jouets de gosses (faciles à
surveiller puisqu'ils sont à portée de voix et d'oeil), de plantes prêtes à être
repiquées ou d'un ouvrage de couture que la maîtresse de maison compte reprendre
dès que possible. Parfois, un vieux phonographe (dans les temps anciens) ou un
Teppaz (époque de l'électrification) est posé sur une table basse, attendant que
quelqu'un se décide à l'utiliser. Enfin, c'est l'endroit idéal pour lire un
bouquin avant de sombrer dans une sieste réparatrice.
Le colonial est éminemment ouvert et social. Il suffit d'assister aux
retrouvailles de deux anciens copains du Congo !
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Conclusion
colonisation ou colonialisme,
quelle différence ?
Aux yeux des coloniaux, le débat est important et
reste ouvert. Pour y répondre, un groupement d'anciens coloniaux tente
d'éclaircir le sujet. sur le site
la parodie du monde
colonial
Terminons cette page sur une note plus futile. Depuis
la fin des colonies, le colonial a donné naissance à un archétype d'individu
symbolisant la soif d'aventures et le besoin d'évasion. La matérialisation de ce
fait naît se retrouve dans la majorité des arts.
- au cinéma
C'est avec le cinéma d'aventure que nous débuterons.
Non seulement l'Afrique (et au sein de ce continent, ce qu'il y a de plus
mystérieux : le Congo) fourni un bestiaire idéal (King-Kong, Godzilla, fourmis
géantes...) qui n'est aujourd'hui surpassé que par la vague des dinosaures et la
conquête de l'espace, mais également elle sert de cadre à des aventures où le
danger rivalise avec l'audace et la force (Tarzan, Les Mines du Roi Salomon,
Hatari, African Queen, Congo, Il est minuit Dr Schweitzer...).Parfois, la satyre
n'échappe pas, comme dans "Les Dieux sont tombés sur la tête". Enfin, le
documentaire animalier doit une grande part de son succès aux films tournés sur
place par les Studio de Disney, le genre "action" emprunte le vocabulaire
lingala (Yamakasi - ba makasi, les costauds)
- à la télévision
Née après le cinéma, la télévision a repris le
flambeau. Nombreuses sont les séries qui prennent le cadre de l'Afrique centrale
comme prétexte (Daktari, Elsa la Lionne, Kongo...). Ici aussi, des émissions de
vulgarisation scientifiques comme celles de Richard Attenborough font découvrir
les merveilles de la faune et la flore africaines.
- en littérature
C'est principalement la bande dessinée qui emporte la
palme des sujets traités sur l'Afrique. Les explorateurs (Stanley, Livingstone),
même en parodie (Max l'Explorateur de Guy Bara), de grands hommes sont
glorifiés en Afrique (Baden Powell, Lyautey...) les grands chasseurs trouvent
également place (Tiger Joe, Jim la Jungle...).
Quant au roman, trop nombreux sont les titres qui empruntent le Congo ou
l'Afrique centrale comme cadre.
- en musique
Al Johnson déguisé en nègre (conventionnel) fait
chanter le premier film parlant tandis que Joséphine Baker (déjà !) danse nue
ceinte de bananes. Une comptine enfantine est devenue célèbre, en parodiant le
chant des piroguiers de l'Uele (Uele, Uele, malimba makasi). Enfin, le pathos se
sert abondamment de l'esclave et du "pov'nègwe" pour faire tirer les larmes.
- l'aventure aujourd'hui
Tant qu'il y aura des hommes, il y aura besoin
d'aventures. Aujourd'hui, des charters entiers drainent les touristes en mal de
découvertes en Afrique. Ils descendent de l'avion, sont transportés en jeep
climatisées ou 4x4 dans des villages de toile ou, mieux, des "lodges" sis au
milieu des animaux des parcs nationaux. Certaines sociétés de la "découverte de
la nature" organisent des vols en montgolfière au dessus des animaux de la
savane, à leur grande frayeur. A l'atterrissage, champagne ! Le succès de cette
formule ne se dément pas. Autour de celle-ci gravite une industrie du tourisme
qui frise le ridicule. Une industrie du vêtement et des articles "coordonnés"
est née. Pour s'en convaincre, jetez un coup d'oeil à ce que l'on trouve sur le
net sous le vocable "safari". Il n'ya malheureusement plus rien d'authentique.
Vive Mobutu et son "authenticité" !
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Les valises, le casque, le
filet à papillons
probablement créés par un couturier célèbre. |
La "dînette" de brousse
version Marie-Chantal, avec monogramme |
le casque version high tech !
avec cellule solaire et ventilateur |
la tenue Daktari
(supplément pour les perroquets) |
L'esprit colonial
Un ancien parle de son départ et de son
expérience au Katanga :
tout l'esprit
colonial est présent dans ce long récit d'Antoine
Sohier "Terre sans foyer"
Les enfants élevés au Congo
parlent tous du paradis perdu et de leur profonde affection pour les boys, leurs
compagnons de jeu indigènes, leur jeunesse. Pour eux, le Congo c'était l'amitié.
En Belgique, on disait qu'ils étaient nerveux et gâtés parce que les créoles,
les enfants élevés au Congo, ne se comportaient pas au pays comme leurs petits
cousins de Belgique.
"Mais, que voulez-vous ? On ne connaissait pas la
famille et pendant six mois, on nous "triturait" de tous les côtés. En Belgique,
on devait rester assis avec nos beaux habits dans des salons enfumés, nous qui
étions habitués au grand air, la barza, la cour de récréation, le ciel bleu, la
nature intense où tout avait du caractère"
Pour les créoles, les vacances, c'était au
Congo ; les six mois qu'ils passaient en Belgique, ils les ressentaient
comme étranges et pas très agréables. Le fait est peut-être remarquable mais la
majorité des enfants coloniaux étaient contents de rentrer au Congo, "chez eux,
"au pays".
Extrait du livre de Hilde
Heyniken "Congo Belge - portait d'une
société coloniale" - p 265
Pour illustrer ceci, il ne pourrait y avoir de meilleure conclusion que
cette histoire vécue et racontée avec brio dans la revue Kisugulu n° 53 de
septembre 1995 par une ancienne du Katanga, Diane Clavareau. On y
trouve, en condensé, tout ce qui fait l'âme du gosse colonial.
| Sikyia (écoute)
"Parfois, je repense à cette époque bénie du Katanga..."
Il s'appelait Samakupa Sindano Gabriel et
il avait des tatouages sur le front et sur les joues. Son papa était un
Lunda et sa maman une Tshokwe. pour parer à toute éventualité on lui avait
donné les deux tatouages... des fois qu'il se serait fait capturer par les
uns ...ou par les autres...
Il "officiait" déjà dans la maison, près de la gare de Jadotville, quand
maman et moi sommes arrivées. Il nous a jugées, classées et ...adoptées !
Pour maman, c'était plus dur d'avoir un "bonhomme" dans les pieds tous les
jours. Elle ne s'y faisait pas bien. Une bonne, soit ! Un boy... c'était
plus difficile ! Et puis, avec le temps, elle s'est habituée au chuintement
des pieds nus dans la maison, au tablier bleu "kaniki", à la loque jaune
avec laquelle il chassait la poussière d'un meuble à l'autre en tapant à
gauche et à droite plutôt que de frotter, au "Yambo" et au "Bakyia
muzuri M'dam'" du matin et du soir.
Pendant la période de maladie de maman, il s'est occupé de moi. Il
nettoyait, faisait tout le travail dans la maison, préparait mes tartines,
lessivait et repassait tous mes vêtements, faisait cuire la soupe et les
légumes pour le soir et papa et moi, nous nous arrangions pour préparer la
viande quand nous rentrions de l'hôpital. Je me souviens très mal de cette
époque, parce que j'ai voulu l'effacer, comme une tache qu'on veut gommer
sur du papier ! La trace est restée gravée en moi cependant...
Notre Gabriel est resté avec nous, à travers tous les déménagements, à
travers tous les problèmes, et il est resté avec mes parents après
l'Indépendance, les cachant dans le poulailler et leur portant à manger et à
boire, leur portant eau, savon et vêtements de rechange quand les mutins
étaient dans les parages en 1960. Akisanti mingi, Gabriel ! Je n'ai
jamais pu lui dire qu'imparfaitement ce merci quand je l'ai revu en 1965
pour la dernière fois. Ce que je lui dois, c'est la vie de mes parents, tout
simplement ! Il a fait tout cela sans arrière-pensée, parce que cela lui
paraissait normal, parce qu'il faisait partie de la maisonnée.
Il ya dans les archives de mes parents quelques lettres qu'il a écrites
après 1968, après leur retour définitif en Bulaya. Il y parle des soucis
qu'il a avec ses enfants, de la maladie d'Hélène, sa femme... Nous nous
sommes toujours occupé d'eux : j'ai conduit Hélène à la maternité pour son
premier bébé..., papa a appris à ce premier fils à écrire, à compter et il
encourageait son aptitude au dessin ; et lorsque mes parents sont partis en
1968, papa lui a construit une maison dans le "belge" gratuitement parce
qu'il estimait qu'il lui devait cela ! Je me sens comme coupable de lâcheté
quand je pense qu'ils sont restés fidèles alors que nous les avons laissés
là, à la merci de l'histoire. Il me semble que ce sont les "boys-maison" qui
étaient en contact avec les "blancs" tous les jours, qui ont le plus
souffert des départs...
Papa nous avait recommandé, dès notre arrivée, de ne jamais rire de ce qu'il
raconterait. raconter ses histoires, ses problèmes, des légendes, ses
souvenirs d'enfant... il l'a fait souvent. Quand la confiance et l'entente
se sont installées entre nous. Même quand il racontait parfois des trucs
ridicules, nous n'avons jamais ri. Ce n'était que quand il racontait des
histoires drôles et que lui même riait, que nous suivions le mouvement.
Ainsi, il me souvient d'une histoire qu'il nous a bien racontée quatre ou
cinq fois, et qui m'a chaque fois fait rire. pas à cause de l'histoire, mais
à cause de ses mimiques. Vous savez qu'ils sont conteurs nés et qu'en mimant
et en imitant les personnages dont ils interprètent les rôles... ils sont
inénarrables. Gabriel était impayable quand il imitait papa buvant son thé
et lisant son journal le dimanche matin. On aurait dit une copie parfaite !
En négatif évidemment !
Je disais donc qu'il nous a raconté l'histoire de... l'homme sans bouche !
Oui, sans bouche ! Lorsqu'il était encore petit garçon, il avait accompagné
son père dans un village assez loin de chez lui. Le chemin avait été
difficile et long, il avait fait chaud et ils étaient contents d'arriver à
destination. On avait accueilli les visiteurs avec déférence et le soir
venu, le papa de Gabriel avait eu droit à un tabouret pour s'asseoir près du
feu. Gabriel s'était accroupi par terre, près de son père. Après avoir mangé
et bu, on avait raconté des histoires autour du feu et puis, tout le monde
avait été s'étendre sur sa natte. Gabriel n'avait retenu qu'une chose, c'est
que le lendemain il y aurait un visiteur bizarre... sans bouche ! Tôt matin
déjà, son papa s'était occupé de ses affaires et notre petit Gabriel avait
joué avec les autres gamins près de la rivière. Puis, la nouvelle avait
circulé : "les visiteurs arrivent" et toute la marmaille avait couru pour
voir les nouveaux venus. Le nouveau venu surtout ! L'homme sans bouche !
Et... il était là. C'était vrai ! Il n'avait pas de bouche ! Il parlait
pourtant. On l'entendait, mais la voix venait d'on ne savait où. Les yeux
blancs roulaient dans la figure chocolat de Gabriel (il n'était pas "noir
foncé" notre boy, mais "mousse au chocolat"), montraient encore
l'incompréhension devant ce mystère, des années plus tard.
Maman et moi avions toutes les peines de nous retenir de rire, car la
mimique était simplement impayable. Puis, arrivé là dans son histoire, il
nous montrait comment le visiteur avait été reçu et le repas qui avait
suivi. Lui, toujours accroupi, près de son père, regardant subrepticement de
derrière les jambes de son père pour voir si cet homme sans bouche allait
manger... Et l'homme mangeait ! Il mettait la nourriture sous son bras, à
hauteur de l'aisselle, il remuait un peu le bras, puis remettait un autre
morceau de viande ou un peu de "boukari" et ainsi de suite. Et chaque fois
que Gabriel était un peu trop curieux, trop penché en avant parce qu'il n'en
croyait pas ses yeux, son père le repoussait en arrière, pour qu'il se
tienne convenablement. maman et moi, restions silencieuses, médusées par les
gestes, les grimaces, les regards de notre boy ! On le voyait petit
négrillon roulant ses immenses yeux étonnés, on voyait le froncement des
sourcils de son papa ; on voyait enfin l'homme sans bouche qui mangeait...
sous le bras ! Et régulièrement ça finissait par des éclats de rire parce
que maman trouvait toujours une question à poser et qu'il y répondait en
riant. Oh ! Ces rires qui nous libéraient ! Un véritable one-man-show !
Magistral et unique !
Des années plus tard, à Bujumbura, les "trésors" avaient un boy appelé
Katshongo Makéo Richard. Il venait de la région de Lubero. Aussi un
congolais, par conséquent, mais à des lieues du Katanga, des Lunda et de
Tshokwe. Et voilà qu'un jour il me raconte qu'il avait entendu son père
parler d'un homme sans bouche... Étonnée, je lui ai demandé s'il savait où
habitait cet homme, dans quelle région. Il ne le savait pas, mais il se
souvenait d'en avoir entendu parler très souvent. Il ne savait pas s'il
parlait ou mangeait, mais son père l'avait vu ! Je me pose encore des
questions sur cet homme sans bouche...
Parfois, je repense à cette époque bénie du Katanga, où Gabriel me racontait
des histoires impossibles. Mais avec tellement de talent. Et si maintenant
parfois je râle sur ces bougn.. , il ne s'agit pas des mêmes... Il m'arrive
de rêver à cette époque où Gabriel me disait, pendant qu'il était occupé
dans le cuisine (je ne pouvais rien y faire... c'était son domaine !) "Sikyia
Mademoiselle"... J'apprenais des choses étranges - qu'ion ne voyait pas
au cours de latin ou d'histoire - et j'ai gardé en moi cette richesse d'un
autre continent, une richesse un peu sauvage ou baroque - çà ne se met pas
en banque ou autour du cou comme un collier -. Définitivement
incompréhensible pour les Belgicains.
C'est sûrement pour çà que nous sommes différents de ceux d'ici ; c'est pour
çà que nous avons un petit grain dans la tête et une lumière spéciale dans
les yeux...
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