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Traditions, usages et coutumes au Congo Belge

    
     CONGOLAIS
     Vie courante

        - la palabre - les amulettes, fétiches, talismans, gri-gri - la cartouche d'oreille, le plateau de bouche.
        - cheveux, peignes et parures.
        - les armes - les outils et instruments - les jouets
        - Se nourrir - Dormir - Se déplacer - Se vêtir - Répartir les tâches, travail
        - Le feu de brousse - Chanter - Exhortation à l'effort - Lessiver - Évolution du soko
    
Événements
        - Naissance - Mariage - Accouchement - Décès
        - Initiation - Danse - Masques - Scarifications
    
Personnages importants
        - Le Chef - Le Sorcier - Le guérisseur - Le forgeron - Le griot - Le batteur de tam-tam
     Vis-à-vis de l'européen
        - la bonana - le matabiche - les lunettes

    
COLONIAUX
    
Vestimentaires
        - le casque - le capitula
     Comportements
       
- la Barza
        - la solidarité - l'hébergement - le makala - la sieste
        -
le mayele                                                                                                                                   Griot Africain
 

Toute société crée ses coutumes, pratique certains usages qui lui sont propres ou se suit certaines traditions. Pourquoi en serait-il autrement en Afrique, fût-elle coloniale ? Voici, en désordre, certains d’entre eux qui sont propres aux habitants de l’époque du Congo Belge. Aloube ne peut les recenser tous – un site entier n’y suffirait pas - mais plusieurs méritent d’être retenus !

Un très beau site sur la mémoire des rites de l'Afrique centrale : http://www.civilization.ca/cultur/tervuren/ter00fra.html
Musée de l'Afrique Centrale de Tervuren - Belgique.

Certaines images sont extraites du très beau livre de Frank L. Lambrecht, agent sanitaire dans l'Ituri : PAWA - A Memoir from the Belgian Congo - 1945-1949
avec l'aimable autorisation de sa fille Jessica Rice (USA).

 Congolais

La vie courante 

La palabre.
Le mot palabre vient de l’espagnol « palabra » (parole). Le comportement indigène faisait croire aux conquistadors et explorateurs que les congolais très souvent réunis, ne tiraient rien d’autre de leurs discussions que des paroles sans effets. (Dalida « Paroles, paroles…»). Selon la tradition, la palabre est plus qu’une coutume de rencontre, manière de lier connaissance avec un interlocuteur, c’est une institution sociale où participe tout le village. Elle permet de régler un problème (matata) ou un contentieux sans que les protagonistes ne soient lésés. Dans sa forme originelle et coutumière, elle comprend une sorte de rituel tacite et réciproque matérialisé par une joute oratoire entrecoupée de chants, de remarques, de danses, où chacun a la possibilité d’épuiser ses arguments, sous la conduite d’un sage ou du plus ancien du village. La palabre a généralement lieu, à date et moment convenus, sous un arbre consacré appelé « arbre à palabre ». C’est une manifestation très simple et franche de l’esprit de démocratie, ouverte au su de tous.
Dans le film « Out of Africa », l’héroïne danoise essaye régulièrement mais vainement de convaincre un chef kényan Kikuyu d’envoyer les enfants de son village à l’école qu’elle vient de construire pour eux. Après maints et maints essais infructueux, le chef l’accoste un jour et, de deux coup de machette bien ajustés, taille une marque à hauteur de nombril sur un jeune arbre proche. « Voilà, tous les enfants plus petits que ce repère sont à toi, les autres sont à moi ». Chaque partie avait obtenu gain de cause, sans perdre la face. Le Chef savait que ce n’était qu’une question de temps. En choisissant un arbre en croissance, il savait également que la marque s’élèverait avec sa pousse et que, bientôt, il n’aurait plus d’enfants à sa disposition  Qu’importe, l’honneur était sauf !
Aujourd’hui, le sens premier de palabre s’est malheureusement limité à une « discussion oiseuse ». Il a complètement perdu son contexte social bénéfique. Il devient un synonyme de "tchatche".
Pour en parler longuement, le site :
http://www.avs-philo.org/bantou.php - La palabre dans la sagesse bantoue.
Internet, arbre à palabre : http://www.multimedia-vie-cite.net/article.php3?id_article=85
L'arbre à palabre : http://www.unesco.org/courier/1999_05/fr/signes/txt2.htm


Amulettes, fétiches, talismans et gri-gri.
Ces termes désignent des objets auxquels on attribue rituellement ou par acte de magie une charge de puissance et de force bénéfiques pour le porteur. Ils désignaient à l’origine les amulettes des navigateurs portugais (fetico). Puis, les occidentaux ont étendu le sens aux objets en usage chez les africains et qui semblaient avoir un rapport avec des pratiques magiques. Les sculptures congolaises appelées "fétiches à miroirs" ou "fétiches à clous" dont l'agent propre a son siège dans une saillie ou dans un creux au niveau du ventre sont les plus connus. Ils forment un assemblage de matériaux auxquels on attribue des forces magiques, comme pour certaines pierres aux formes ou couleurs inhabituelles, cornes, griffes, dents de félins, os, cheveux, peaux,  mais aussi de lambeaux de tissus, immondices, déjections, cheveux, ongles… et autres matières de ce type.
L’inexpliqué intrigue, l’amulette ou grigri ainsi que le fétiche rassurent. Les objets magiques n’acquièrent leur pouvoir que par l’intervention d’un sorcier, guérisseur, marabout, toute personne censée posséder des pouvoirs magiques. Ils sont requis par eux celui qui demande leur intervention et n’ont aucune valeur ni pouvoir sans leur intercession. Le gri-gri ou l’amulette se porte le plus souvent dans un petit sac de peau suspendu au cou.
L’
amulette ou gri-gri dont la signification proche du fétiche est un objet de la vie courante qui a pour rôle de neutraliser les influences néfastes ou le mauvais sort. L’équivalent aujourd’hui est la médaille ou la photo du bien-aimé que l’on glisse dans son portefeuille. C’est un « évite malheurs » par similitude à notre patte de lapin ou fer à cheval porte-bonheur.
Le
fétiche est très souvent une représentation anthropomorphe sculptée dans le bois, vénéré parce qu’il est sensé détenir tous les pouvoirs des anciens et a la faculté de protéger ceux qui le vénèrent, l’équivalent actuel de toute statue de Vierge miraculeuse. Le sorcier y place, à l'intérieur, une matière aux pouvoirs magiques.
Le
talisman s’apparente plus à la formule magique liée à l’objet devenu gri-gri ou amulette. Ces sont les formules incantatoires qui accompagnent et se matérialisent en l’objet consacré.
Il convient de savoir également que la
couleur dont un objet ou un corps se pare possède une signification précise. Le blanc signifie la mort (contrairement à nos contrées), le noir symbolise la terre nourricière, le rouge signifie le sang, le courage, la force.
La
religion animiste considère trois niveaux d'êtres. L'Être suprême (Mungu, Zambe...) occupe le haut de la hiérarchie. Suivent immédiatement en dessous, les Grands Esprits répondant à un besoin de personnaliser chaque mystère incompris. Enfin, les Ancêtres sont le socle de cette pyramide hiérarchique et sont les plus proches du vivant puisqu'ils l'ont côtoyé.
Un site sur les gri-gri aujourd'hui, mode d'emploi : http://www.jardinouvert.com/magie/index_general/index_incantation.htm
Image d'un gri-gri porte-bonheur : http://perso.wanadoo.fr/abegui/tama/8i20.htm
Un beau site ! http://www.afriyie-lines.ch/pages/fetiche_songye.htm

La « cartouche d’oreille », le plateau de bouche.
Certaines peuplades du Congo ont inventé une manière pratique de transporter sans effort et sûrement le petit matériel indispensable à la survie en brousse. Dès leur plus jeune âge, les garçons se font tailler le lobe de l’oreille pour y placer un morceau de bambou afin d’éviter que l’orifice ainsi créé ne se referme. Cet orifice est régulièrement élargi par l’introduction de bouts de bambou de plus en plus larges. Ceux-ci distendent, avec le temps, la couronne de peau du lobe qui se distend sensiblement jusqu’à pouvoir y glisser un morceau de bambou adulte qui pend à l’oreille. Il sert alors de "poche" naturelle à l'homme dévêtu, en forme de carquois.
Celui-ci contient le matériel nécessaire à la survie en brousse, à savoir : une pierre à feu, de l’amadou, du fil, un hameçon… et est obturé par une feuille large et serrée en guise de couvercle. Cette coutume n'est pas propre à l'Afrique seulement, on la trouve également chez les Indiens d'Amazonie.
Dans le même ordre d'idée d'inciser une partie souple de la peau existe les
"plateaux de bouche". La lèvre inférieure est incisée et la cicatrice reçoit un petit disque que l'on insère entre les lèvres de celle-ci. Régulièrement, le disque est remplacé par un plus large jusqu'à former un plateau d'une bonne dizaine de centimètre de diamètre. On ne comprend pas autrement ce supplice que pour son effet "esthétique", car il devient difficile de manger correctement, même en enlevant ledit plateau. Comme pour l'oreille, cette pratique se retrouve également chez les Amazoniens.

La chevelure, les peignes et les parures de tête.
A l'état naturel, les belles africaines possèdent des cheveux noirs denses et très crépus. Ils présentent la particularité de pouvoir être "sculptés" ou travaillés de manière très élaborée car ils conservent facilement la forme donnée. En Afrique, des rites codifient le traitement des cheveux, depuis la naissance. Dans certaines communautés, où le haut du crâne représente le siège de l'âme, on observe de nombreuses coiffes correspondant à des étapes de la vie : la naissance, l'initiation, le mariage et le deuil.
Les cheveux ont toujours fait l'objet de nombreux soins. Ils peuvent être enduits de graisse animale mêlée d'une teinture ou d'une pâte végétale (comme chez les Masaï) qui a pour but principal, indépendamment de son côté "esthétique", de protéger la tête des parasites (mouches, moustiques, tiques...) Ils sont en règle générale confiés à une personne faisant partie du cadre familial. Les jeunes filles, dès leur plus jeune âge, apprennent à se tresser les cheveux les unes les autres.

C'est toujours une amie qui coiffe, d'abord au moyen d'un large peigne de bois sculpté, à grandes et épaisses dents, pour "ouvrir" la chevelure en une masse souple. Celle-ci est alors divisées en parties régulières qui font chacune l'objet d'un travail particulier. C'est vraisemblablement pour faciliter les soins de leurs cheveux que les femmes africaines ont eu recours à la méthode de tressage depuis la nuit des temps. Il y a le tressage longitudinal, vertical ou latéral, la constitution de petites boules érigées en soleil sur la tête et dont la bas est enroulée de fils à coudre noir tandis que le haut forme une boule régulière. On trouve également un jeu de nattes perlées ou un montage savant de peignes, comme les duègnes espagnoles d'antan, sans leur mantille.
Certaines peuplades torturent leur crâne dès la naissance pour leur appliquer une forme allongée, comme c'est le cas très typique et connu des
femmes Mangbetu. D'autres, s'enroulent des bandelettes qui coiffent une partie ou le sommet de la tête. L'art de se coiffer identifie à coup sûr la provenance, la race ou même le village d'origine d'une femme. Dans le Mayombe, les coiffures ont une forme de mitre. Le bonnet tressé signifie une position sociale élevée.
Pour les hommes, le problème est plus simple : cheveux ou pas cheveux !
Certains conservent leurs cheveux à l'état naturel, sans manifester la moindre envie de les peigner, encore moins de les parer ou les décorer. Mais, il existe également une reconnaissance des races par types de chevelure. Les
Tutsis adoptent une chevelure taillée en "tricorne", très particulière et impressionnante. D'autres, divisent celle-ci en dessins réguliers. Enfin, il existe, comme en occident, une façon plus aisée de régler le problème : "la boule à zéro". Celle-ci est obtenue par un rasage régulier du crâne au moyen d'un lame longue et très effilée. C'est le cas également lors d'un deuil.
Certains personnages importants s'autorisent un couvre-chef particulier reconnu de tous. C'est le cas de plusieurs ethnies pour leurs sorciers ou chefs dont le front est ceint d'une bande de cuir maintenant un disque métallique au milieu du front, comme le dentiste sa lampe frontale. C'est l'image du sorcier dans Tintin au Congo !
Enfin, il y a la très fameuse garniture de tête que présente la crinière des danseurs Watutsi. Contrairement à ce que l'on pourrait penser, la souplesse de cette coiffe n'est pas d'origine animale. Il ne s'agit pas de crin mais de milliers de minuscules perles enfilées sir de longs fils en crin.
Inclassable autre part que dans les parures,
les dents limées font également partie d'attributs esthétiques chez certains peuples. Cette pratique est très douloureuse et commence dans le plus jeune âge, une fois les dents de lait tombées.
Une brève histoire de la coiffure capillaire africaine : http://www.africamaat.com/article.php3?id_article=209
Tout sur la parure de tête (belles photos) : http://www.dapper.com.fr/documents/Dapper.exposition.pdf

< séance de coiffure
peigne >

tirés du livre de Frank L. Lambrecht
PAWA
A Memoir from the Belgian Congo
1945-1949

avec l'aimable accord de sa fille Jessica.

Les armes utilisées.
Il faut d'emblée distinguer les deux usages traditionnels des armes : la
chasse et la guerre. L'utilisation d'une arme implique, lorsqu'elle est utilisée dans un dessein préconçu, un rituel préparatoire, dans les deux cas. Chaque type d'animal à chasser est "vénéré" et le rite semble avoir un double but : d'une part, se conforter et trouver le courage nécessaire pour affronter un animal parfois très dangereux (lion, léopard, éléphant, buffle), d'autre part, d'effectuer une sorte d'expiation préparatoire en demandant pardon à l'animal que l'on va tuer. Dans le cas de guerre, le côté expiatoire du rite est occulté et ne subsiste que la mise en condition psychologique. Le futur guerrier congolais se confectionne dès son plus jeune âge la sagaie et le bouclier symbole de son appartenance à la nation.
L’arme noble par excellence est la
sagaie (lance longue) terminée par une lame en fer aiguisée, fine et pointue. Si elle n’est pas utilisée comme telle, cette arme reste la parure indispensable du guerrier. Elle est transportée verticalement en temps de paix mais est disposée horizontalement lors de danse à caractère guerrier. Certains mouvements de danse se terminent par le jet intimidant de la lance au plus près de la personne à impressionner. La plus grande proximité détermine la plus grande habileté à manier l’arme. Certaines sagaies sont maniées à l'aide d'un propulseur prolongeant le geste du bras, qui en multiplie l'inertie et permet de projeter plus loin et avec plus d'efficacité. Cette arme lancée est de coutume dans les guerres intra africaines projetées, puis on avance ou de recule selon la réaction de l’ennemi.  Le chef Zoulou Shaka constate rapidement que la sagaie traditionnelle n'a aucune efficacité contre les fusils anglais. Il considère cette stratégie comme inefficace, voire lâche et  fait fabriquer des sagaies raccourcies à lame très large. La sagaie devient ainsi utilisable seulement en combat corps à corps et incite le guerrier à l’offensive permanente s’il ne veut pas être défavorisé par des adversaires possédant des armes à feu.
Cet autre type d’arme est constitué d’une lame large et courte, en forme de glaive extrêmement travaillé pour former des boucles ouvertes ou fermées avec pointes. Elle se manie par un manche de bois noir sculpté. On trouve également des massues en une seule pièce taillée dans du bois, des hachettes au long manche de bois terminé par une lame courbe en fer très travaillée. Dans le même ordre d'idée, les poignards au manche de corne ou d'ivoire sont tout aussi travaillés et prennent des formes parfois très insolites, comme un serpent, une demi-lune, un cercle en anneau...
On trouve également le
bouclier fait de peau tendue sur un cadre léger et parfois peinte, de tressage de bambou ou d'osier et de bois dur souvent sculpté et décoré de motifs réguliers claniques ou d'une effigie. Le bouclier peut avoir une forme oblongue qui cache presque tout le corps mais on trouve également des formes plus petites carrées, parfaitement rondes ou rectangulaires. Enfin, il existe également des boucliers servant uniquement à la danse, très légers et parfaitement inefficaces.
Enfin, il y a l’arme la plus dangereuse :
l’arc. La confection de celui-ci demande beaucoup de temps, d’adresse et de savoir-faire. Elle nécessite la connaissance des qualités des essences de bois utilisés et la manière de les traiter, la technique de fabrication des cordes au départ de nerfs ou de boyaux d’animaux. On en trouve de toutes les tailles, du petit arc nerveux et sec au grand souple et à tension puissante. L’arc est, bien entendu, accompagné de flèches avec empennage de plumes d’oiseau et pointes durcies au feu quand elles ne sont pas garnies de pointes en fer.
Enfin, l’arrivée des arabes et le troc ignoble pratiqué avec les chefs de village contre des esclaves a introduit l’usage du
fusil à pierre, cette pétoire que Stanley a dû combattre lors de rencontres avec de peuples hostiles.
Aujourd'hui, les enfants congolais ont appris également à façonner d'excellents lance-pierres appelés "kati" en récupérant des lanières de caoutchouc sur une chambre à air de pneu d'automobile. Dès l’arrivée des européens colonisateurs, les armes ont fait l’objet d’une saisie progressive de sorte que le fait d’en posséder encore une laissait supposer une intention évidente de bellicosité.
Peu à peu, les « armuriers » traditionnels congolais se sont mis au service du tourisme naissant, fabriquant et vendant aux européens qui retournaient en congé des armes blanches de moins en moins réalistes et de plus en plus décorées. Combien de lances et d’armes tranchantes ne font-elles pas partie aujourd’hui de panoplies ornant les murs de maisons de vieux coloniaux ou de collectionneurs d'art africain ?

Histoire du plus grand guerrier zoulou : http://www.grioo.com/info273.html

Les outils et instruments.
Les premiers outils de l'humanité proviennent d'Afrique. Il ne faut jamais l'oublier ! Les traces laissées sur leurs outils en os en apportent la preuve formelle : les hominidés africains s’en servaient pour creuser les termitières, longtemps avant de rechercher des tubercules.
Les outils du congolais ont une âme. Ils sont fabriqués avec beaucoup de soin et d’habileté. Ils sont également entretenus avec amour. Enfin, ils possèdent une vertu que pas mal d’outils occidentaux n’ont pas : ils ne rouillent pas ! L'usage de certains outils peut être réservé à une caste particulière. On en distingue plusieurs sortes. Les
outils aratoires comprennent la houe, l'outil indispensable et omniprésent, le bâton pointu à planter (qui, fiché dans le sol meuble, creuse un trou pour y planter la graine), la serpette. Il existe aussi la catégorie des outils tranchants comme les haches, les couteaux, les machettes…Ces dernières pouvant constituer également des armes. Le couteau du vannier est très utile pour découper les écorces de roseaux, les lanières d’écorce d’arbre. Parmi d’autres, la tarière à tubercules, outil efficace dans un milieu forestier humide car il consiste en une vrille terminant un long manche que l’on enfonce dans le sol pour les extraire.
L’
arc à forer consiste à faire tourner un foret enroulé autour de deux ou trois tours de corde en imprimant à l’arc un mouvement de va-et-vient rapide. Le soufflet de peaux est l’instrument indispensable du forgeron. Il est actionné par une allonge de bois tenue et actionnée verticalement, le manche tirant le sac de peau vers le haut (remplissage d'air) et le pied poussant sur l'outre gonflée (souffle).
Si les africains n'ont pas d'éventails, ils possèdent des
chasse-mouches confectionnées avec les poils longs de la queue de certains animaux. Cet outil est également un ornement et parfois l'apanage d'une certaine classe sociale (comme les chefs et les notables).
Enfin, les congolais savent depuis toujours fabriquer de petits outils pour la peinture, la sculpture (
ciseaux, marteaux, maillets), la gravure, la cuisine, la couture (aiguilles en os ou acacia)...
Peut-on considérer comme outil la construction d'une
pirogue ? Elle est façonnée à la serpette d'une seule pièce tirée d'un tronc d'arbre évidé et dont le creux est brûlé précautionneusement avec des flambeaux de paille. Cet outil-instrument de navigation fluviale ou en rivière large est la plus grande pièce travaillée par les indigènes, généralement par plusieurs hommes d'un même village.
Les
instruments de musique sont confectionnés dans le respect le plus pur de la tradition. Cela n'empêche pas le créateur d'y ajouter sa petite note personnelle dans les motifs qu'il peint ou sculpte. Les sièges, repose-tête sont également sculptés en formes anthropomorphes (cariatides) ainsi que les statuettes et les masques (voir à ce mot) par des artisans choisis et selon des méthodes et des principes traditionnels.
Voir aussi Documents/Les Arts/Masques/La statuaire
Pourquoi les africains utilisent-ils encore les outils aratoires d'antan ? : http://www.uni-bayreuth.de/afrikanistik/mega-tchad/Bulletin/bulletin2003/ouvrages/seignobos.html
la valeur accordée aux instruments aratoires traditionnels.

Les jouets.
L’enfant africain de toujours, et aujourd'hui avant scolarisation, fait preuve d’une grande curiosité et montre de remarquables capacités d’observation et d’invention en fabriquant lui-même ses jouets, véritables petites merveilles d'ingéniosité. Le petit garçon africain d'antan n'avait pas beaucoup le temps de s'adonner au jeu car, à partir de douze ans, il était astreint à rejoindre la communauté des adultes. Dès ce moment, ses jouets étaient devenus des armes qu'il commençait à confectionner.
Le jouet créé appartient à tous les enfants du même âge, car il n'y a pas de propriété privée en matière de jouets.
La
poupée de bois avec membres fichés sur deux axes fait le bonheur des filles. On trouve également des poupées de chiffons avec masques en bois représentant la tête. La balle faite de bourre de paille contenue dans un entrelacs de ficelles ravit tous les enfants. Les garçons façonnent également des figurines en poto-poto (terre argileuse malléable) représentant des personnages, des animaux et, plus tard, des automobiles, jeeps, camions, avions. Ces mêmes objets peuvent être façonnés de manière très réaliste par des petites lattes de bois tendre assemblées ou collées. Enfin, l’arrivée du fil de fer et de la boîte de conserve a permis à des quantités d’enfants de créer des œuvres d’une grande originalité par tressage et pliage de fils de fer ou de cuivre. Lorsque la carcasse filaire d’un véhicule est terminée, ils la guident par un volant démesuré terminant un axe fixé à l’ossature. Les œuvres en bois les plus copiées sont toutes d'origine occidentale, comme des véhicules, des motos, des avions, des bateaux. Ceci, avec un sens de l’observation et une fidélité époustouflante. Aujourd'hui, le fer-blanc des boîtes de conserve a de multiples usages et le fil de fer récupéré devient, entre les mains d'enfants qui n'ont pas d'autres jouets, camions, motos, bicyclettes, auto, et même F1, avion ou navette spatiale.

Se nourrir.
On mangeait deux fois par jour avant la rencontre de l’européen. Aujourd’hui, quand on le peut, on mange trois fois, à l’occidentale. Pour le congolais d’antan, le repas se prenait en cercle, autour du plat ou des récipients divers, assis en tailleur. Pas de couvert, on se sert des doigts de la main droite (il est très impoli de manger de la main gauche) ou d'une cuiller en bois sculpté pour se servir de riz (depuis son introduction, c'est devenu le deuxième aliment de base) dans un bol rond. Les aliments sont donc préparés pour ne pas devoir être coupés, un couteau représentant toujours une arme dangereuse. Une pâte molle de farine de manioc ou de mil (
chikwangue, bounga), base de l’alimentation, fait office de pain que l’on saisit de trois doigts, que l’on roule en boule dans laquelle on enfonce son pouce pour y créer un trou destiné à recueillir le jus du ragoût ou une sauce généralement très épicée. Alternativement, on ingère le manioc saucé puis morceau de viande ou de poisson. On boit au bol ou à la calebasse, soit de l’eau, soit un vin de palme (pombe). Les hommes se servent en premier. Manger en communauté familiale est entouré d’une aura d’affectivité et de sympathie. C’est une façon de resserrer ou de tisser des liens qui est le gage d’une marque de confiance et d’intimité partagées. Lorsque le repas rassemble plusieurs personnes, il est pris en trois groupes : les adultes, les femmes et les enfants, les anciens car des croyances codifient les catégories sociales. Réunis autour d’un plat, les commensaux lancent des plaisanteries, des métaphores. Le repas est souvent cérémonial : manger en commun implique un degré d’égalité qui accroît celle-ci, la renforce ou encore, en certaines occasions rituelles, la réaffirme. Il y aura donc des gens avec qui on ne mange pas (belle-mère). Ce comportement se complète également d’impératifs coutumiers importants : les aliments défendus. Il y a des aliments dangereux à ingérer et ceux qui font l’objet d’interdits soient passagers, soient coutumiers. Il en va de même encore aujourd’hui avec certaines religions sémitiques. Le surplus de boisson ou les reliefs de nourriture sont jetés aux chiens qui ne manquent pas de roder autour du cercle des commensaux.
Pour le Katanga
, la terre totalement inculte ne permet pas à ses habitants de devenir agriculteurs. Ils doivent donc importer presque toutes les denrées alimentaires de base, exception faite de la viande qui est le gibier tué sur place. Le
boucari à base de farine de manioc (parfois de maïs) est le plat de résistance, bouillie fade et peu nourrissante que l'on roule entre les doigts lorsqu'elle est devenue pâte épaisse et gluante. Il s'accompagne de poisson séché ou fumé, de légumes maigres ou de belles chenilles cuites sur la tôle. Un dessert : les termites blancs au goût de beurre sucré.
Pour boire : de l'eau ou du
pombe (bière fermentée à base de maïs ou sorgho). Lorsque l'on peut se le permettre ou à l'occasion, le malafu (sève de palmier ou de bambou fermentée). Seules les femmes ont le monopole de la fabrication des boissons fermentées ou alcools.
Aujourd'hui, la boisson la plus vendue est l'excellente bière Simba (des brasseries du Katanga)
Que mange-t-on ? Il y a grande variété d'aliments et chaque région a sa spécificité en ce domaine. A l'Est, l'alimentation de base est constituée de haricots, bananes plantain, patates douces et poissons. A l'Ouest, on trouve le manioc sous plusieurs formes telles que la chikwange, le fufu ou le bikedi, différentes variétés de légumes, volailles à la sauce moambe, fumbwa, saka-saka (feuilles de manioc hachée), etc... L'alimentation de base au Nord, est la viande, les poissons du fleuve Congo ainsi que les ignames, etc…au Centre et au Sud, on trouve le maïs, des légumes mélangés à la viande et des insectes très savoureux dans des plats épicés. Il y a des différences marquées dans les recettes et les ingrédients. Les plats congolais sont fortement épicés pour certaines préparations et complètement cuits pour d'autres. La moambe peut être mangée avec plusieurs composants différents. Les européens adoucissent volontiers le côté « arrache-gueule » du pili-pili ajouté à la sauce en servant des fruits sucrés avec la moambe, comme des bananes ou de la mangue, parfois de l’ananas.
D’une manière générale, chaque communauté conserve traditionnellement ses plats coutumiers. On ne sera pas étonné si le congolais n’apprécie pas autant que l’européen les spécialités gastronomiques occidentales. Il en va de même pour les européens qui trouvent la cuisine traditionnelle congolaise trop « forte » en goûts et trop épicée. Les seules concessions concernent l’accommodation du poulet, base de la nourriture de brousse et que l’on trouve dans tous les villages. On consommera donc celui-ci à la moambe ou avec de la pâte d’arachide (kuku ya kalanga).
Le problème de la faim en Afrique : http://www.aec.msu.edu/agecon/fs2/africanhunger/wolgin_fr4.htm
L'Afrique d'autrefois se suffisait à elle-même. Elle importe massivement aujourd'hui. Pourquoi ? http://www.geocities.com/RainForest/3719/detresse.html
Pourquoi l'Afrique a-t-elle faim aujourd'hui ? http://www.temanet.org/fr/ucpm/ress/partafr/pourquoi.html

Dormir.
La case africaine.
L'extérieur et l'intérieur des
cases traditionnelles les plus harmonieuses révèlent une architecture capable de s'exprimer dans des formes concrètes et savantes. Elles contrastent avec la disposition rectiligne des maisonnettes adoptée dans les plantations ou les cités indigènes coloniales. En milieu rural, la construction de cases traditionnelles se perpétue. La majorité de la population congolaise vit dans des villages proches de leurs cultures traditionnelles. Ces villages sont composés de cases  rectangulaires et à toit à double pente. Dans le Nord, on trouve des cases rondes ou en forme de carapace de tortue, ou celles à toit conique (Batéké). Le long des cours d’eau, l’habitation sur pilotis est la plus répandue. Dans l’est, les agriculteurs sédentaires vivent dans des  cases à l'alignement ininterrompu qui suit les courbes des cours d'eau ou  occupent les flancs des vallées. Aux abords des villes se constituent aujourd'hui des bidonvilles où le travail du pisé est oublié au profit d'un assemblage de matériaux des plus hétéroclites. Les cases et les huttes sont construites de pailles, de bambous, de bois et des lianes ; certaines qui possèdent un entrelacs de perches et de lianes sont enduites de terre rouge argileuse mêlée de paille pour en faire de l’adobe. Les bois (entiers ou en morceaux) sont rangés pour former les murs sur lesquels on projette une couche de terre argileuse brute que l’on peut lisser à l’eau par la suite. La paille sert de couverture de toiture, soutenue par un canevas de branches souples. L'eau de pluie ne pénètre pas la toiture des cases par une technique de construction en cascade des couches de paille. La paille a une durée de vie limitée qui oblige les villageois à la renouveler constamment. Cette matière est très exposée à la destruction par ses plus grands ennemis : la vermine, les insectes, l'humidité et le feu.
Voici une description détaillée donnée de ces cases par André Gide dans son Voyage au Congo (1927) :
"La case de Massa ne ressemble à aucune autre, il est vrai ; mais elle n'est pas seulement "étrange" ; elle est belle ;et ce n’est pas tant son étrangeté que sa beauté qui émeut. Une beauté si parfaite, si accomplie, qu'elle paraît toute naturelle. Nul ornement, nulle surcharge. Sa pure ligne courbe, qui ne s'interrompt point de la base au faîte, est comme mathématiquement ou fatalement obtenue ; on y suppute intuitivement la résistance exacte de la matière. Un peu plus au nord, ou au sud, l'argile, mêlée à trop de sable, ne permettra plus cet élan souple, qui s'achève sur une ouverture circulaire, par où seulement l'intérieur de la case prend jour, à la manière du panthéon d'Agrippa. A l'extérieur, quantité de cannelures régulières, où le pied puisse trouver appui, donnent accent et vie à ces formes géométriques ; elles permettent d'atteindre le sommet de la case, souvent haute de sept à huit mètres ; elles ont permis de la construire sans l'aide d'échafaudages ; cette case est faite à la main comme un vase ; c'est un travail non de maçon, mais de potier..."
"A l'intérieur de la case règne une fraîcheur qui paraît délicieuse lorsqu'on vient du dehors embrasé. Au-dessus de la porte, semblable à quelque énorme trou de serrure, une sorte de columbarium étagère, où sont disposés des vases et des objets de ménage. Les murs sont lisses, lustrés, vernissés. Face à l'entrée, une sorte de tambour haut, en terre, très joliment orné de motifs géométriques en relief et en creux, peints en blanc, en rouge et en noir : ce sont des coffres à riz. Leur couvercle de terre est luté avec de l'argile ; le dessus, complètement lisse, semble une peau de tambour. Des instruments de pêche, des cordes et des outils pendent à des patères ; parfois, un faisceau de sagaies, un bouclier en jonc tressé. Dans un demi-jour de tombe étrusque, la famille vit là, durant les plus chaudes heures du jour ; la nuit, le bétail vient la rejoindre : boeufs, chèvres et poules ; chaque bête a son coin réservé, et tout reste à sa place, tout est propre, exact, ordonné. Aucune communication avec l'extérieur, aussitôt que la porte est close. On est chez soi..."
Cette description paraît un rien trop euphémique. En réalité, on ne se sert pratiquement d'une case que pour y dormir ou isoler les femmes (en époque de menstruation). On dort à même le sol, sur une natte ou, lorsque l’on est plus sédentaires ou que le rang social est plus élevé, sur un canevas de branches entrelacées et garni de peaux en guise de matelas. Les cases sont communes et la promiscuité est la règle. Ceci évite naturellement une certaine licence des mœurs, car le congolais est de nature plutôt réservé en ce qui concerne les mœurs sexuelles. Il ne faut pas oublier également l’influence de la longue présence arabe et de ses prescriptions religieuses. Il y a toujours moyen de s’isoler en brousse. Les coiffures très élaborées de certaines femmes les obligent fréquemment à utiliser un billot évidé où elles posent leur cou pendant leur sommeil, évitant ainsi de déranger un travail capillaire très long et compliqué. En période froide, des peux d’animaux servent de couverture et un brasero peut réchauffer quelque peu la case. Certaines tribus exigent que les femmes ne présentent pas leur dos à leur mari lorsqu’elles sont couchées. Les épouses en période de menstruation sont invitées à quitter la case et se réunissent entre elles dans une case d’isolement qui leur est réservée. Les enfants en bas âge suivent leur mère. Les congolais se couchent en général après le repas du soir ou la soirée de danse, mais ils se lèvent avec le soleil.

Se déplacer en brousse.
En région de savane, les femmes ouvrent toujours le chemin. Lors de déplacement du village, elles transportent parfois de lourds fardeaux en équilibre sur leur tête. Cette manière de transport s’est ensuite transmise aux hommes qui possèdent un vélo qu’ils « chargent » comme un baudet, à la limite du supportable, sans monter en selle. Les hommes terminent la colonne en marche et sont prêts à intervenir en cas de danger. Ils sont armés car les grands prédateurs attaquent toujours par l’arrière. La marche est toujours souple, presque féline, sans à-coups. Le transport généralisé de tous les objets usuels sur la tête des femmes se fait en posant un anneau de tissus roulé sur la tête qui assure une certaine stabilité et qui, en principe, adoucit le contact sur le crâne. Parfois, le lourd fardeau est aggravé par le transport d’un enfant sur le dos, dans un berceau constitué d’un pli de pagne noué par devant, au dessus des seins.
D’une saison à l’autre et au gré des pluies, les sentiers disparaissent et se créent. Les obstacles sont toujours contournés et jamais aplanis ou éliminés. Il n’y a donc pratiquement jamais de chemin en ligne droite. Il n’existe pas d'autre pont que celui constitué par un tronc d’arbre en travers d’un cours pour enjamber une rivière. On se sert de la pirogue comme navette d’une rive à l’autre d’un cours d’eau important, sinon, on le longe et on passe un gué. Il y a un danger sournois que l’on doit absolument éviter : marcher dans une colonne de fourmis. Celles-ci émettent une odeur âcre lorsqu’on les écrase et elles émettent de petites stridulations guerrières de colère. Elles s’attaquent aux jambes très rapidement et mordent cruellement. L’acide formique qu’elles injectent, ce faisant, peut aller jusqu’à donner des fièvres importantes. Les serpents évitent de se mesurer aux humains car ils les fuient et détectent facilement les vibrations du sol causées par une marche en colonne.
La culture de champs se faisant en commençant près du village, on s’en éloigne progressivement au fur et à mesure du manque d’amendement des terres. Ceci oblige les villages à se déplacer régulièrement, le temps et le chemin d’accès aux cultures devenant trop importants. Le nouveau village ne sera jamais loin d’un cours d’eau.
Pose de pièges, filets et collets.
Le déplacement en nombre dans la brousse ou la forêt est justifié également pour la pose de pièges statiques (petit gibier) et de filets (grand gibier comme des antilopes) que l'on peut utiliser conjointement à la mise en place d'un feu de brousse (voir ce mot). Les peuples vivant aux bords d'un fleuve se déplacent également en nombre pour organiser une séance de pêche. Les
pêcheurs Wagenias (province de l'Équateur) ont planté, à grand renfort de patience et avec beaucoup de courage, de longues perches dans le fleuve Congo, aux endroits de cascades. Ils les relient entre elles par des ponts de branches qu'ils escaladent habilement en équilibre précaire. Ils retirent alors les paniers tressés qu'ils ont plongés dans le bouillonnement des cascades et accrochés à leurs perches. Cette pêche dangereuse donne souvent de bons résultats.

Se vêtir -  L’arrivée de l’européen au Congo a définitivement marqué l’abandon des vêtements traditionnels congolais pour les hommes et a profondément transformé le port du pagne chez la femme. Les vêtements traditionnels des congolais ont deux principales origines : animale et végétale. Les peaux de bête ont toujours été le type de vêtement que l’on trouve chez toutes les populations primitives. Elles sont prises par dépeçage sur place de l’animal abattu, roulées et ramenées au village. Les femmes s’en emparent et commencent un patient et long travail d’équarrissage, de tannage et d’assouplissement. Ensuite, les peaux seront utilisées avec le moins de perte et de découpes possibles. Ces vêtements sont plus souvent utilisés pour des cérémonies et sont parfois garnis de colifichets divers (grelots, plaques de métal…). La deuxième provenance traditionnelle est le végétal. Le raphia (longues bandes étroites et souples extraites de la fibre du palmier éponyme) est tressé pour former des bandes de tissus ou de vannerie que l’on assemble. Un jeu de couleurs est obtenu par tressage savant de bouts colorés.
Voir Documents/les Arts/les tapis.
Les hommes portent une pièce de peau autour des reins en temps ordinaires. Dans certaines tribus, ils ne portent qu’un étui pénien qui les protège des blessures d’herbes coupantes. Dans les cas de chasse ou de pêche, ils peuvent être complètement dévêtus. Lors de cérémonies, ils portent des sortes de tutus confectionnés en rubans étroits de raphia ou de chanvre. Parfois, un costume particulier est adopté par le sorcier dans l’exercice de ses fonctions, comme une peau de léopard, de buffle ou de grand singe. Il se coiffe également d’un masque en bois anthropo- ou zoomorphe qui se prolonge par une chevelure de crin, de perles, de raphia, de bandes de tissus…
Avec l’arrivée de l’européen, le tissus manufacturé (wax) remplace les vêtements traditionnels. Le pagne devient l’élégance de la femme, tandis que le costume occidental (même limité à la chemise et au pantalon) celui de l’homme. Un chapeau, même très cabossé ou troué, complète la parure.
Le pagne féminin est enroulé avec une grâce certaine. Il est très coloré et les manufactures asiatiques ou européennes ne se privent pas d’imprimer des motifs géants et répétitifs de photos de personnages importants. Ainsi, on a pu voir le portrait géant du Roi Baudouin se déformer et son sourire prendre de curieux rictus sur les cuisses des belles indigènes à l’époque de sa visite au Congo.

Le pagne est encore aujourd’hui le costume traditionnel féminin. Il s’agit de bien plus qu’un vêtement, un véritable média qui fait passer des messages d’abord aux hommes, mais aussi aux autres femmes qui en reconnaissent les qualités au premier coup d’œil.
Le pagne, uni jusqu’à l’apparition des wax hollandais décorés en 1955, devient alors un langage sans paroles. C’est le rôle du mari de pourvoir à leur parure, ce dont ils tirent également profit, car une femme bien habillée valorise son mari.
Les noms des wax portent leur message, comme les T-shirts actuels : « nom mari est capable de » est le plus recherché, « oeil de ma rivale » en rouge, signifie au mari que son « deuxième bureau » (maîtresse) est trop gâtée. Les wax se diversifient beaucoup. On trouve également des publicités de ville, des pagnes anniversaires de l’Indépendance... Le port de pagnes d’animation politique distribués gratuitement confirme une véritable allégeance. Le pagne est un vêtement ambivalent : il est à la fois revendication féminine et objet de leur dépendance à l’égard du mari.
Les enfants en bas âge courent tout nus. Les fillettes portent une ceinture de perle à hauteur de la taille. Comme tous les enfants du monde, ils adorent copier les travers de leurs parents et peuvent se déguiser d’oripeaux. Devenus plus âgés, il portent un
capitula pour les garçons et une chemise longue pour les filles.
Après la mode masculine de l'Abacost (costume à col fermé à la Mao et sans poche externe) lancée par Mobutu pour mieux "zaïrianiser" le peuple, les tailleurs congolais actuels sont revenus à la coupe occidentale traditionnelle. Ils commencent même à créer des vêtements et une mode qui ont leur propre caractère. Comme partout ailleurs, les codes vestimentaires tiennent une grande place en Afrique. Les tailleurs sont également des acteurs de ce langage social.
Les effets du passage du vêtement traditionnel au costume occidental : http://www.arts.uwa.edu.au/MotsPluriels/MP1099rbg.html
Textiles et broderie d'Afrique noire : http://perso.wanadoo.fr/annie.cicatelli/afrique.htm


Répartition des tâches - travail.
Les hommes, il faut bien le reconnaître, ne donnent pas l’impression de se tuer à l’ouvrage. Ils ne cultivent pas, ne s’occupent pas de la cuisine et de sa préparation, n’élèvent pas les enfants et, en général, répugnent aux travaux domestiques. (« C’est un travail de femme »). Ils se cantonnent à fumer, boire et palabrer, entre de rares moments de chasse collective.
La femme s’occupe de la case, la nettoie au moyen d’une brosse faite de tiges rassemblées. Elle allume et entretient le feu, puise l’eau à la rivière, constitue des réserves d’eau, prépare et cuit les repas. Elle s’occupe également des enfants. Les nourrissons sont allaités très longtemps (plus de 18 mois). Ils reçoivent des soins attentionnés en très bas âge, sont massés à l’huile douce pendant que la maman chante. Il existe donc un contact physique très important, durable et bénéfique pour l’enfant que notre civilisation a perdu en instituant les crèches. Les enfants sont également portés sur le dos, enserrés dans un pagne qui se noue par devant, sur la poitrine de la maman. L’enfant accompagne et suit tous les mouvements de sa maman, même lorsqu’elle retourne un champ avec sa houe.
Il arrive très souvent que les femmes se réunissent pour piler le grain ou extraire l’huile de palme ensemble. Elle se mettent alors en cercle de quatre ou cinq femmes autour du réceptacle, un bol en bois sculpté et creusé, armée chacune d’un pilon qu’elles projettent tour à tour dans le creuset, au rythme d’un chant joyeux et en battant souvent et rythmiquement des mains lorsque chaque pilon termine sa projection momentanée en l’air.
Lorsqu’elles en ont le temps, elles tannent des peaux, tressent des nattes, tissent de la toile assises à même le sol, en se servant de leurs orteils, jambes tendues, comme métier à tisser de fortune. Les hommes entretiennent ou confectionnent leurs armes, façonnent leurs arcs et taillent des flèches, battent le fer ou tréfilent le cuivre dans la région cuprifère.

Voir Congo/Katanga/Une histoire de cuivre.
Ils s’occupent également de poser la structure en bois des cases (voir plus haut) à (re)construire. Ce sont les femmes qui tressent les feuilles de palmier pour en faire une couverture de toiture très imperméable mais qui ne résiste pas longtemps à la succession des pluies et des périodes de sécheresse. Les hommes confectionnent également les masques et les instruments de musique.
Au village
les activités principales sont la pêche, la chasse, l'agriculture, la poterie et l'élevage. On vit selon le rythme du soleil : on se lève avec le soleil et on retourne au village à la tombée de la nuit ou le soir. On danse sous la lune ou on se raconte des contes ou les évènements du jour autour d'un feu de bois.
Avec le colonial.
Le travail traditionnellement réservé aux
femmes est maintenant affaire d'hommes. En effet, les hommes sont seuls habilités à côtoyer le blanc, les femmes en étant indignes à leurs yeux. Il va sans dire aussi que les colons auraient été embarrassés de femmes ouvrières accompagnées de leurs enfants. La Colonie recrute à tour de bras, parfois par des méthodes peu orthodoxes. Les plantations, les mines, les travaux d'infrastructure, de génie civil exigent de plus en plus d'ouvriers tandis que les coloniaux s'entourent de personnel domestique. La Colonie crée ses cités dortoirs (le Belge) ainsi que toutes les installations nécessaires (écoles, hôpitaux ou dispensaires...) Un dixième seulement des hommes adultes valides pouvaient être engagés avec accord du chef coutumier, et devant un délégué de l'administration.
Ce changement radical de la mentalité bantoue ne se fait pas sans heurts. Les femmes perdent leur "valeur de dot" - en produits naturels ou cheptel - dans leur famille de naissance car on leur substitue subitement cette fonction coutumière par du papier monnaie.
Bientôt les hommes, au contact des blancs, vont acquérir une "spécialisation" qui leur sera donnée par ceux-ci. Le mineur apprendra son travail comme son homologue en Belgique, le soldat apprendra un métier pendant les sept années de son service. Il en va de même dans la fonction publique où l'on trouvera des "clercs" et dans le privé où l'on aura rapidement d'excellent mécaniciens. La formation de base sera donnée par l'enseignement des missionnaires puis, avec l'évolution, dans des écoles non confessionnelles et professionnelles. Enfin, avec le blanc, l'indigène doit apprendre ce qu'est une montre et son utilité !
Voir Congo/Colonie belge/Main d'oeuvre indigène.
Trouver du travail aujourd'hui. Aujourd'hui, il existe un contexte social marqué par un ébranlement de la société civile qui affecte profondément la vie des populations. La nouvelle répartition du travail salarié fait que 5 à 10% seulement de la population ont un travail rémunéré avec une irrégularité constante. La charge familiale repose sur un très petit échantillon de population et l'évolution des mœurs a bouleversé les habitudes familiales. La vieille "solidarité africaine" n'arrive plus à réguler ces phénomènes.
Le rôle des femmes actuelles dans l'agriculture congolaise : http://www.fao.org/docrep/x0239f/x0239f01.htm
Quelques chiffres sur l'économie de la RdC : http://www.africa-onweb.com/pays/congodemocratique/economie.htm (1998)
Trop belles pour obtenir un emploi ! http://www.syfia.info/fr/article.asp?article_num=3204

< fabrication du raffia
recherche de reines de termite >

tirés du livre de Frank L. Lambrecht
PAWA
A Memoir from the Belgian Congo
1945-1949

avec l'aimable accord de sa fille Jessica.

Le feu de brousse.
Régulièrement, les villageois organisent un feu de brousse. Ils mettent le feu à une partie de la savane ou de la brousse dont ils veulent cultiver la terre ou la débarrasser des insectes fouisseurs. Au moyen de feux de faible intensité, ils résorbent la couche de matière végétale morte et desséchée, principal aliment des feux de brousse. Cette action s’organise méthodiquement, avec énormément de précautions et en tenant compte d’un jour sans vent trop violent. Le feu de brousse consume les herbes, les feuilles sèches et les broussailles. Les arbres échappent habituellement au feu. Le feu de brousse a généralement une faible largeur et  n'est guère dangereux; il ne court pas loin, le premier ruisseau l'arrête. Cette pratique du brûlis a deux effets, l’un immédiat, l’autre à long terme.
L’effet
immédiat est de chasser de ces terres tous les animaux. On peut considérer que cette méthode aide parfois la capture de certains animaux, des filets ou des pièges étant placés en aval du sens de l’avance du feu.
A
long terme, le deuxième effet consiste à apporter au sol un complément, maigre il faut le dire, de minéraux et de sels nécessaires à un certain amendement des parties cultivées. En savane, l’herbe repousse dès la première pluie et les traces d’un feu de brousse ne se révèlent plus que par la noirceur des rares troncs d’arbres qui émergent des hautes herbes. Le spectacle d’un feu de brousse en pleine nuit est fascinant. Lorsqu’un indigène est surpris par un feu de brousse qui avance dans sa direction, il ne fuit pas. Il se retourne simplement et allume un autre feu de brousse derrière lui. Il suit celui-ci et se place bientôt en zone brûlée où le feu n’a plus de prise. La chaleur d’un feu de brousse combinée à celle du soleil et de la réverbération de celle accumulée dans le sol peut être intense. En saison sèche, lorsque le ciel se couvre de gros nuages noirs de fumée et de brindilles sèches et calcinées d’herbe il est généralement annonciateur d’un feu de brousse.
Un sol récemment brûlé est riche en éléments nutritifs, tels que l’azote et le phosphore provenant des feuilles ou herbes calcinées. Le feu permet également de créer un terreau idéal pour les jeunes pousses. Certains arbres, comme les acacias, ne libèrent leurs graines qu’après un incendie et ont tendance à prospérer grâce aux conditions qu’il génère. Nombre d’animaux semblent eux aussi apprécier les conditions qui suivent le feu, particulièrement la repousse de la végétation, qu’ils trouvent plus tendre et plus juteuse.
Aujourd'hui encore, la technique des feux de brousse provoqués reste fortement ancrée ; elle est facile, peu onéreuse, et toujours totalement incontrôlée. Le cycle naturel du feu de brousse est de l’ordre d’une fois tous les 6 ou 7 ans.
Pour ou contre le feu de brousse ? http://www.iccnrdc.cd/feux_brousse.htm
Le feu de brousse : http://www.globidar.org/solidareco/fr577.htm

Chanter à l’unisson.
Il n’est pas de groupe congolais qui ne se mette, à un moment ou l’autre, à chanter. Chanter est une deuxième nature au Congo. Ce chant naît spontanément
sous forme de versets entrecoupés d'un refrain court. Les premières mesures sont immédiatement suivies de deux, voire trois voix différentes. Lorsque le chant raconte une histoire ou fait référence à des situations précises, il prend la forme d’une sorte de récitatif où un soliste psalmodie une série de phrases ayant un rapport immédiat avec la personne, les faits concernés et qui sont suivies d’un chorus, comme un refrain des chansons ou ritournelles enfantines européennes. La mélodie est simple, rythmée et soutenue quelquefois par les battements de mains et de pieds. Parfois, les paroles des chants sont à la limite de la grivoiserie, voire de la pornographie.
Les chants sont souvent liés aux grands moments de la vie : mariage,  naissance des jumeaux, veillées familiales, l'investiture d'un chef... D'autres chants accompagnés de tâches individuelles et collectives sont liées aux métiers ou aux activités spécialisées: la chasse, pêche, apiculture, forge ou encore des chants féminins liés à des activités domestiques: barattage, pilage, travail de la meule en forme de pierre à moudre, chants caractérisés par des formules et par un vocabulaire particulier.

Avec la venue du colonial, se sont créées les écoles. Le manuel scolaire représente la magie de l'écrit, le prestige du colonisateur. Une forme particulière du contenu est constituée par les chansons scolaires. En se référant à la spontanéité de l'Africain et son besoin naturel de chanter, une place de choix était dévolue au chant dans l'enseignement colonial.
Tout sur le chant choral au Congo : http://www.musicologie.org/publirem/kua_nzambi_01.html

Exhortation à l’effort.
Lorsqu’un travail en commun demande un effort collectif (par exemple, soulever une masse importante, pousser un objet pondéreux, tirer à la corde…), le collectif instinctif congolais adopte une coutume remarquable. Les participants à l’effort se saisissent de l’objet, sans lui appliquer la force nécessaire, en position d’attente. Un des participants lance alors une exhortation bruyante et rapide qui se termine invariablement par un roulement de la langue suivi de l’action à effectuer et d’un signal de départ. Ceci donne : « Rrrrrrrrr, sukuma, yè ! » auquel les participants répondent par le même cri « yè ! » simultanément à l’effort appliqué. Cette manière de faire présente deux avantages : les participants se préparent d’abord à l’effort en étant fortement encouragés, puis ils exercent soudain un effort décuplé commun et synchrone. Cet usage est encore en vigueur de nos jours.

Entretien des vêtements, lessive.
Les femmes se réunissent à la rivière avec le linge à nettoyer. Elles torsadent sommairement le linge après l’avoir mouillé et frotté de savon et le projettent comme un fléau sur une pierre plate. Le tout se fait dans la bonne humeur et les rires. Les femmes en profitent pour se raconter tous leurs petits secrets, comme les qualités et les ardeurs de leur mari, les petits potins que toutes les lavandières du monde ont du se raconter au cours des siècles.
Le savon utilisé est un gros cube de marque « Sunlight » que l’on trouve dans tous les magasins de brousse ou chez le portugais du coin. C’est un savon de Marseille avec des paillettes bleues. Le linge est ainsi battu et sèche au soleil, tendu ou posé sur un fil.
Un autre usage inattendu de ce savon universel est le suppositoire. La mère de famille qui veut déconstiper son enfant tranche une lamelle de ce savon et s’en sert comme suppositoire pour l’enfant. C’est radical !
Avec l'arrivée du colonial, la lessive se fait toujours à la rivière, mais par la femme du boy lavadère. En ville, des installations comparables aux lavoirs de nos vieux villages occidentaux. Les "mamas" se retrouvent au lavoir qui délivre l'eau par de nombreux robinets, avec leurs mannes de linge colorées.
Aujourd'hui, laver le linge est un problème crucial puisqu'il n'y a plus d'eau courante, même pour boire !
Témoignage sur la difficulté de trouver de l'eau : http://www.fides.org/fra/news/2003/0303/21_06.html
 

Évolution du soko (marché).
Au début, il y avait le troc. On s’échange des objets d’utilité quotidienne. La plus grande valeur en troc était le sel. Cette denrée était extrêmement rare et servait parfois de monnaie ou de valeur de dot. Les barres de métal (fer, croisettes de cuivre) avaient également valeur de monnaie. Dans les contrées maritimes, les cauris étaient la monnaie de base (petits coquillages nacrés enfilés en chapelets).
Les européens troquaient également des bibelots en verroterie ou des pièces de tissus (rares) contre de la nourriture et la bienveillante protection des chefs coutumiers rencontrés.
L’arrivée de l’européen crée une nouvelle façon de s’échanger des biens. On se rassemble régulièrement et à date prévue à un endroit connu, souvent à la croisée de chemins importants, et on expose le surplus du travail des champs. Ce surplus est une résultante de la volonté du blanc qui amène avec lui en Afrique la notion de réserve et, en même temps, la prévoyance. Les marchandises mises en vente sont essentiellement de la nourriture (fruits et légumes, volailles, épices et condiments). Petit à petit, apparaissent les tissus (les pagnes) et les bilokos (objets usuels), les casseroles. Enfin, plus tard apparaissent les vélos, les motos et aujourd’hui, les voitures d’occasion rafistolées à grands coups de cannibalisation. On trouve rapidement tous les produits occidentaux et même de l’essence que l’on vend en bouteille. Les cigarettes se vendent aujourd’hui à la pièce. Les arachides sont vendues dans des petits kopos (récipients en forme de coupelle en fer blanc) calibrés (parfois avec un fond rehaussé !).
Le soko
est né (de l’arabe soukh = marché). Il a une importance sociale insoupçonnée de l’européen. C’est au marché que l’on fait et défait le monde, crée la mode, lance des bruits ou des rumeurs, que naissent les plaisanteries, que ce font ou défont des réputations…
Tous les échanges se pratiquent par le marchandage. C’est la prolongation actuelle de la palabre. Un objet non marchandé est un objet qui n’a pas de valeur sociologique. Les interlocuteurs doivent obtenir un accord après force discussions, argumentations, le tout dans la bonne humeur et avec de grands éclats de rire. On se tope dans la main lorsque l’accord est conclu :l Le vendeur et l’acheteur étant satisfaits du prix ou de l’arrangement conclus.
Poème sur un autre soko ! - André M. Kabamba : http://www.users.bigpond.com/gdpandrikos/french/LPR.pdf page 43

événementielles :

Naissance.
La naissance d’un enfant est un évènement que les congolais fêtent en procession joyeuse et bruyante. Les femmes, accompagnées des enfants, se rendent chez tous les voisins de l’endroit et présentaient le fruit de leurs amours dans un « Moise » (panier tressé). On reconnaît la maman par le fait qu’elle ne porte pas de pagne au dessus de la ceinture, prouvant ainsi sa qualité de mère nourricière et offrant ses seins gonflés à la vue de tous. L’assemblée pousse des exclamations et des rires fusent lorsque la maîtresse de maison coloniale se présente avec un petit cadeau (matabiche, voir plus loin). Il convient de respecter l’usage en croisant les mains pour l’offrir. Le mauvais sort est ainsi conjuré car l’esprit malin est sensé être dupé 
!
L’attribution d’un nom au nouveau-né fait l’objet d’un rituel ancestral qui se perd hélas de plus en plus. L'identification africaine est explicite dans les traditions orales où le nom de l'ancêtre est donné au nouveau-né et par ce fait hérite les caractères de son ancêtre. On voit souvent une personne avec plusieurs noms sémantiquement importants.
La naissance de jumeaux est liée à des croyances de magie. La tradition bantoue accordait en effet une importance extrême à la naissance des jumeaux. Elle l'entourait de ce fait d'une aura de légendes et de mystères. Les jumeaux passaient pour s'entendre parfaitement avec les esprits, on les supposait doués du pouvoir de "jeter des sorts maléfiques" à ceux qui cherchaient à les nuire, et portent chance à leurs parents. Ainsi, on fêtera leur naissance en se badigeonnant le corps avec de la chaux et une mixture rougeâtre, on exécutera des danses rituelles autour du lit des nouveaux-nés, on accrochera des feuillages au-dessus de la porte de la maison car on croit que ces enfants "bénis des ancêtres" choisissent les parents. On boira et on chantera pendant des jours et des nuits... Les jumeaux ont un nom, toujours en paire, plein de signification symbolique. Celle-ci est liés à la beauté, à l'invincibilité, à l'invulnérabilité, à l'innocence, etc...
Voir un site qui en parle :
http://www.ceeba.at/nom/nom_anthroponymie.htm    
La religion chrétienne majoritaire a remplacé ou adapté certaines coutumes ancestrales. Les Mompè donnent un nom au nouveau-né correspondant au saint vénéré le jour de la naissance. C'est également un moyen simple pour retenir une date de naissance.
Le site suivant en parle très bien : http://www.ceeba.at/incult/Incult_et_foi_chretienne.htm
Voir Aloube/1946 à 1949/vie quotidienne
.

Mariage.
Pour un Congolais, le mariage est un placement sûr car la femme donne des enfants, exécute les travaux ménagers et agricoles et coûte donc moins cher que de payer des ouvriers. La conception de la propriété terrienne n'existe pas, celle des biens et personnes la remplace.
Si les tâches à exécuter sont trop lourdes pour une seule femme, le mari peut devenir polygame, au grand soulagement de l'épouse surchargée. En cas de grandes responsabilités, un chef doit donc être pourvu de nombreuses femmes. Celles-ci répondent aux besoins et sont, par alliance, échange ou troc, des garanties de bonne politique et de relations courtoises entre ethnies ou clans.
Dans certaines tribus, les filles doivent arriver vierges au mariage pour ne pas perdre leur valeur. Dans d'autres, les candidats nubiles reçoivent une complète éducation sexuelle avec, pour les garçons, l'autorisation (recommandée) de rencontrer des "
ndumbas" (matrones, femmes libres). Les relations sexuelles sont parfois admises à un jeune âge (tenir compte de l'espérance de vie plus courte en Afrique !).
Il faut toujours considérer le système de
parenté (matrilinéaire ou patrilinéaire) dans lequel s'effectue un mariage. Dans certaines populations, les règles du système de parenté matrilinéaire s'imposent à tous. La jeune fille est libre d'aimer qui elle veut, mais la décision de son mariage n'est pas exclusivement personnelle. Le mariage traditionnel se fait dans un processus relationnel et d'échange qui se fait généralement en trois étapes. La première consiste en la présentation dans la famille de la fille où les parents de la fille découvrent le prétendant ; la deuxième, présentation où les parents du prétendant et ses oncles maternels viennent confirmer l'intention de mariage du garçon sur la fille. A ce moment, il faut rendre les fiançailles officielles. Cela se concrétise par des cadeaux par lesquels toute la communauté sait que la jeune concernée n'est plus libre. La troisième étape est celle où les deux familles invitent toute la communauté à discuter de la dot (divers cadeaux et valeurs) que la famille de garçon va payer à celle de la fille. Au terme de toutes les discussions, la fille sera cédée en mariage par sa famille, qui invite le garçon et les siens à prendre part au repas prévu à cet effet. Le rôle de la famille est prépondérant à toutes les étapes du mariage.
Aujourd’hui, la coutume s’est transformée tout en transformant les trois étapes. Entre le premier choix et le contrat définitif, il se passe plusieurs années, de trois à cinq en moyenne. Actuellement, la tendance est à prolonger encore le temps d’épreuve et à retarder l’engagement définitif.

Première forme, la cohabitation qui se rencontre le plus souvent. On peut la considérer comme une continuation des fiançailles. Un tel mariage peut être stable, les époux peuvent cohabiter heureusement, et ils ont des enfants. Plusieurs se marient ainsi avec une certaine solennité, imitant les cérémonies qui ont lieu à l’occasion du mariage avec dot. Les anciens prétendent qu’un tel mariage n’est pas un mariage. Une femme mariée ainsi n’est pas considérée comme concubine mais on ne lui porte pas l’estime d’une femme pour laquelle la «dot» a été payée. Les deux parties peuvent rompre le mariage, la femme quittant son mari après avoir vécu pendant vingt ans et donné la vie à plusieurs enfants. Si l’adultère d’une telle épouse est confirmé irréfutablement, il ne peut cependant être puni par le Tribunal Coutumier, parce que la femme est considérée comme «non–mariée».
Deuxième forme, il y a ici un vrai mariage, mais le contrat n’est pas encore établi de manière officielle et solennelle. Il n’est cependant pas plus valable selon le droit coutumier. En cas de divorce ou d’adultère, il n’y a pas de condamnation. Ce mariage suppose déjà une certaine volonté d’indissolubilité, car le payement du premier cadeau au beau-père est une déclaration publique qu’on veut se marier selon le droit commun et qu’on payera la dot. Les familles observent leur comportement, jugeant de leur bonne entente, de leur fidélité mutuelle. Il est indispensable qu’un enfant naisse de cette union et qu’il se porte bien. Si, après plusieurs années, l’union s’avère stérile, le plus souvent chacun reprend sa liberté.
La troisième forme est le vrai mariage où l’intégralité de la dot est payée  à la famille de la femme. La dot représente la valeur de la femme, car, une fois mère, elle augmente la vitalité de la famille par ses enfants. En quittant sa famille par le mariage, la fille amoindrit cette force. Celle-ci doit être indemnisée aux mieux, si la famille du fiancé rend une fille à la famille de la fiancée. Le plus souvent la dot vaut signature de contrat. Très souvent, le montant est fixé en argent ou en équivalent en nature, comme des bêtes (chèvres, moutons, poules), viande de bêtes de chasse, … De plus, on demande au mari de bâtir une maison pour ses beaux-parents, de préparer un champ en abattant les arbres et parfois de constituer une saunière (réserve de sel). Ceux qui ne peuvent effectuer ces travaux, peuvent payer une somme compensatoire. La dot est introduite pour obtenir l’indissolubilité du mariage. La femme qui quitte son mari s’expose au danger de rester non–mariée. Répudier une femme avec dot pour cause de stérilité ou de maladie est fort blâmable. La dot peut présenter une certaine protection de la fidélité conjugale. La femme ayant obtenu une valeur personnelle plus grande, elle se sentira plus coupable si elle est prise en défaut d’adultère.

Aujourd'hui, Le mariage traditionnel en Afrique suscite un grand débat. Un chrétien catholique africain est marié quand il a accompli trois étapes : le mariage coutumier, le mariage civil et le mariage religieux. Ces cérémonies ont des implications économiques et financières pour les familles. "Ne serait-il pas possible d'harmoniser ces trois célébrations pour n'en faire qu'une ? ", demandaient les évêques d'Afrique à Rome en 1994. La solution n'est pas facile à trouver.


Accoucher.
La femme africaine d’antan accouchait dans une case dédiée à cet évènement, au milieu d’autres venues l’aider et l’encourager. Les hommes, comme presque partout au monde, sont très courageusement absents. Elle ne diminuait pas ses activités durant sa grossesse, allant chercher du bois et de l'eau en couvrant de longues distances parfois et en portant de lourdes charges sur la tête, selon la coutume. Une femme enceinte doit aussi, selon la coutume, porter un grigri et se contraindre à certaines règles usuelles

La manière d'accoucher est proche de celle que nous connaissons en occident, consiste à coucher la parturiente, jambes ouvertes, sur un bâti parfois très chargé de sculptures en forme de lit  à quatre pieds courts que l'on appelle table d'accouchement. Une "accoucheuse" traditionnelle est présente ainsi qu'une "assistante" qui se tient face à elle et lui maintient les jambes écartées. Elle peut aider à la délivrance au moment venu. L’enfant parfois tiré de force est recueilli dans les mains de l' assistante. Le cordon ombilical est tranché avec une lame de rasoir ou une dague, noué sans précaution particulière, ce qui provoque plus tard une hernie ombilicale caractéristique. Une fois lavé et emmailloté, l’enfant n'est pas mis aussitôt au sein et de ce fait ne bénéficie pas immédiatement des bienfaits du lait maternel.
L'
accouchement difficile est souvent considéré comme une punition à des "péchés" ou une transgression de tabous par la parturiente. Lorsqu'un accouchement dure trop longtemps ou nécessite absolument une césarienne, la femme du fond de la brousse meurt dans 90 % des cas, l’enfant aussi. Les femmes parturientes sont nombreuses à présenter des fistules et des hémorragies parce que la pression exercée par la tête du foetus a perturbé la circulation sanguine et provoqué en un point plus fragile une nécrose des tissus. Souvent aussi le nerf périnéal a été abîmé et les malheureuses boitent, parfois pour le reste de leur vie. La natalité connaît une profonde morbidité. Certaines tribus possèdent également un rituel particulier concernant le placenta ou le cordon ombilical.

L’accouchement n’est pas, sauf problèmes majeurs, un évènement qui justifie un congé de maternité ou l’absence d’activité chez la maman. En général, elle est forcée se remettre à ses occupations domestiques très rapidement, parfois le jour même.

Enfin, une remarque importante : le nouveau-né africain n'a pas la peau noire. Elle est plutôt fort claire et ne s'assombrit que progressivement (plusieurs mois)
Conditions d'accouchement aujourd'hui. "Lorsqu'une femme ne parvient pas à accoucher, si elle est chanceuse, pour rencontrer un camion assez tôt, elle bénéficiera d'une césarienne. Sinon, son utérus va finir pas se rompre, sous l'effort d'expulsion. La rupture utérine est un cataclysme inimaginable sous nos latitudes. Une hémorragie interne considérable, une menace de mort imminente. Le chirurgien rattrapera la situation avec l'aide de la chance ou de la providence, et... des circonstances.
Car au delà du matériel, se présente la question des conditions. De jour, tout est envisageable. De nuit, tout devient un cauchemar, un casse-tête. Quelquefois j'ai placé ma voiture devant la fenêtre de la pièce où j'opérais, phares allumés pour m'éclairer. Très vite, la batterie a rendu l'âme. Souvent, les lampes torches à pile ont dépanné, mais en saison des pluies les piles s'abîment vite, de toute manière les longue durée n'existaient pas. Sans parler de l'infirmier ivre éclairant le plafond, le sol, mais jamais le champ opératoire... La lampe à pression de pétrole aurait été une admirable solution, mais sachant que les urgences vraies, immédiates, étaient représentées essentiellement par les césariennes et ruptures utérines, les patientes étant alors endormies à l'éther, inflammable par définition, ni ces lampes ni un banal fanal à mèche ne pouvaient être envisagées." Extraits du site  http://www.exmed.org/voyage/jab06_e.html

Informations sur la grossesse et l'accouchement actuel : http://www.iamaneh.ch/pdf/Iamaneh_2003_franz.pdf
Le vécu d'un chirurgien congolais. http://www.nyankunde.org/priorites_chirugicales.htm

 

   accouchement traditionnel
   sculpture sur bois représentant une parturiente allongée sur un lit d'accouchement 
  
elle est secondée par une sage-femme et une aidante à accoucher assise en face.
 

 

Décès.
L'attitude des peuples congolais face à la mort est calme et sereine. On ne meurt pas, on change de vie. Le Congolais croit plus aux morts qu'en la mort. Un décès n'a rien d'épouvantable, même si les manifestations de deuil peuvent paraître excessives. Les rites funéraires servent à manifester extérieurement les sentiments douloureux provoqués par la mort. Le rang social du défunt lui confère un type de funérailles, très particulier pour le chef ou le roi traditionnel. Le décès est tenu secret jusqu'au choix de son successeur. Son corps subit des rites spéciaux qui invoquent les ancêtres à des moments précis de la nuit, à des endroits exceptionnels. Il est enterré avec beaucoup d'ornements symboliques qui font allusion à l'histoire de la communauté, à la richesse culturelle et aux distinctions de l'individu
. Les délégations prévenues d’un décès apportent avec elles une contribution, en nature ou en argent, qu'ils remettront aux hommes et aux femmes qui sont liés par mariage à la famille du disparu  Elle sera plus importante que celle qu'ils ont eux-mêmes reçue lors d'un décès précédent dans leur famille, cela afin de rendre ce qu'ils ont reçu et pour que la famille endeuillée soit redevable à son tour. Ces contributions sont nécessaires, car durant toute la période des rituels, la famille doit pourvoir aux besoins de tous les membres des délégations. Le corps du défunt est exposé à son domicile pendant un jour, et tous les membres de sa famille cessent toute activité et se réunissent autour du corps pour lui rendre un dernier hommage.
Responsabilité du décès.
Le Congolais va, comme n'importe qui, chercher le pourquoi du décès. Il se demandera quel agent extérieur a bien pu provoquer la mort. Le résultat de cette recherche est quasi toujours nul. Donc, il y a un fautif, un coupable. Le Bantou ne cherche pas longtemps son "mouton noir" (sans jeu de mot !) Ne s'est-il pas disputé avec le mort ? ne l'a-t-il pas menacé de représailles ? insulté ?. L'accusé aura beau tenter de se justifier dans des palabres sans fin, il aura beau nier, il finira toujours par se soumettre, accepter le sort contraire. Il supportera la peine infligée, sans contestation ultime.

Les pleureuses
sont des femmes qui se lamentent pour le mort. Elles guident, par des paroles, des chants, des cris et des larmes, des mélodies funéraires et des gestes de désolation profonde l’esprit du mort vers sa dernière demeure. C’est un acte social sacré.
Dans la famille endeuillée, on se coupe les cheveux ou on se contente de défaire les tresses. Les femmes ne portent qu'un seul pagne, relevé au-dessus des seins, et les hommes, un pagne et une chemise. Traditionnellement, on se couvre le visage et les bras de craie blanche. Les soins apportés au corps sont faits par la famille ou les membres de la communauté. Le lendemain, le corps est conduit à sa dernière demeure, au cimetière.
Le défunt est allongé, couvert de peaux d’animaux, sur un brancard porté sur les épaules d’hommes proches du défunt. Ils entament la procession vers la tombe, par petits pas hésitants, titubant sous le poids du chagrin. Pour trois pas vers l’avant, ils en effectuent deux vers l’arrière, marquant ainsi la volonté du mort de retarder la mise en terre et son attachement aux siens. L'aîné prononce les paroles d'adieu au défunt. Chacun jette la terre sur le corps recouvert d’une peau ou d’un drap.
Après l’inhumation, on place des récipients de nourriture et de boisson sur la tombe fraîchement refermée. Ces aliments et boissons sont sensés être subtilisés de nuit pour assouvir une dernière faim du défunt.
Au retour, on se lave les mains, on se rase la tête et la famille du défunt offre à boire et à manger aux invités. On procède ensuite à l'inventaire des biens et l’aîné choisit tout ce qu'il veut et le partage ensuite avec sa communauté.
Le culte des ancêtres est constant en Afrique. L’individu décédé rejoint le monde des esprits, un espace parallèle à celui des vivants. L'âme continue d’évoluer, avec ses qualités ou défauts. L’important est que le défunt ne soit pas oublié et qu’il devienne un Ancêtre. Le mort continue, dans l'au-delà, à s'intéresser à la vie de sa famille et est capable d'agir sur le cours des évènements. La famille du mort espère donc bénéficier de ce protectionnisme (paternalisme ?). Le défunt est  matérialisé dans des statues qui éternisent son souvenir. Les pratiques funéraires peuvent durer plusieurs années, l’œuvre d’art se substitue au corps du défunt qu’on n’a pu conserver.

Voir Aloube/1946 à 1949/vie quotidienne.

Initiation.
Les enfants sont sous la garde de la maman ou des femmes jusqu’à l’âge de la puberté. Régulièrement, le groupe social (clan, tribu, village) organise donc des rites initiatiques qui ont une double fonction très importante. D’une part, l’enfant passe, après initiation, au statut d’adulte reconnu de tous. Après l’initiation, l’adolescent(e) ne vit plus sous la tutelle maternelle ou féminine. Il fait définitivement partie du monde des adultes, parfois après une période de réclusion qui suit immédiatement les rites initiatiques.
D’autre part, l'apprentissage sexuel se fait à travers les rites initiatiques ou les cérémonies traditionnelles, qui peuvent aller jusqu'à la simulation de l'acte sexuel. L'initiation se déroule en plusieurs étapes, qui correspondent à la maturité de l'enfant et de l'adolescent.
Chez les filles - La jeune fille perd sa ceinture abdominale de perles, signe de l’enfance et, par des paroles explicites, apprend ce qu'est la perte de la virginité et ce qui l'attend dans le lit conjugal. Des matrones spécialement choisies pratiquent alors l’excision. Il s’agit de l’ablation des petites lèvres et du clitoris. Il est fréquent que le même couteau serve à couper plusieurs fillettes lors d’une cérémonie. Effectuée sans anesthésie, à l’aide d’un couteau, d’une lame de rasoir ou d’un morceau de verre, l’ablation des organes génitaux externes entraîne des douleurs ou un choc qui peuvent atteindre une intensité mortelle. Les hémorragies ou infections vont mettre la vie des filles en danger. Si les grandes lèvres sont recousues partiellement, on parlera alors d’infibulation. Guère plus tard, lorsque les femmes infibulées se marient, leur époux coupe – dans le meilleur des cas – les fils lors de la nuit de noces afin de « prendre possession » de son épouse.. Sinon, les fils se rompent petit à petit au prix de souffrances indescriptibles lors des tentatives de rapports sexuels. Peu après, l’accouchement représentera un calvaire supplémentaire. Parfois, on recommence l’infibulation après accouchement !
Un site qui condamne fermement l’excision :  http://netfemmes.cdeacf.ca/les_actualites/lire.php?article=1922
Chez les garçons
– Tous les enfants mâles en âge d’être considérés comme adultes sont rassemblés à l’écart du village, dans une case et sont soumis aux directives d’adultes initiateurs. Ils y apprennent leur rôle d’homme, parfois avec applications concrètes à l’appui. Ils subissent également des épreuves qui peuvent sembler cruelles mais qui sont destinées à éprouver leur courage face à la douleur. Ils sont aussi soumis à une ultime épreuve consistant à prouver leur valeur guerrière par une chasse où il devront combattre et vaincre seuls le lion ou un autre animal dangereux. Les garçons sont soumis à la circoncision (ablation du prépuce). L’usage de drogue (psychotropes) est courant lors de ces rites initiatiques.
L'interdit de dévoiler un secret enfermé : http://www.ceeba.at/myth/myth_interdit_ouvrir.htm

Les danses.
La danse traditionnelle (celle que les occidentaux se représentent en tournant autour d’un feu) est la façon de prédilection des africains d’extérioriser leurs sentiments. Elle peut également répondre à un besoin collectif de sacrifier à un rite ou une tradition concernant un évènement important de la vie d’une société et elle permet également de donner une autre vie à des figures vivantes, défuntes, animales ou totémiques. La prochaine chasse, l’attente de la pluie qui tarde à venir en saison sèche, l’élection d’un chef, un évènement heureux ou malheureux (naissance, décès…) ou une initiation… font l’objet d’un rituel de danse. Il existe deux types de danse : la profane et la rituelle (sacrée) où chaque geste ou chaque figure a un sens connu de tous.
On danse en cercle, par groupe sexuel : hommes ensembles ou femmes à leur tour, rarement – pour ne pas dire exceptionnellement - les deux ensemble. Ces comportements résultent de règles codifiées et intégrées depuis l'enfance. La danse peut être agrémentée de figures masquées qui évoluent souvent seules au milieu de l’assemblée en cercle. Un griot peut réciter un texte (con)sacré ou un chanteur peut également psalmodier un texte ou un hommage connu de tous.
La danse constitue, sans aucun doute, un élément essentiel du patrimoine culturel africain et congolais plus particulièrement. Elle permet au danseur une réconciliation totale et parfois incontrôlée de l’esprit (la tête, la pensée, le souvenir, l’instinct) par la libération du geste et l'abandon de soi dans le rythme. Le rythme imprimé par les tambours, et plus généralement par tous les instruments de percussion, procure un effet de soumission des sens proche de la transe pour chaque participant. Un phénomène répétitif et obsédant, caractéristique de la danse africaine, peut mener non seulement le danseur mais aussi le spectateur jusqu’à l’autohypnose et la transe très spectaculaire, avec convulsions impressionnantes et révulsion des yeux, projection d’écume de salive, le corps entier étant secoué de mouvements brusques incontrôlables pendant plusieurs instants. Le phénomène peut être amplifié ou accéléré par l’absorption volontaire d’une drogue psychotrope. A ce titre, la danse peut constituer une thérapie efficace pour certaines maladies psychiques ou comportements névrotiques. Elle est toujours chargée d’un grand potentiel émotionnel.
Les danses sont accompagnées invariablement de chants, de musique, de récitatifs, parfois le tout combiné. Elles peuvent être également réservées à des groupes particuliers (les Tambourinaires du Burundi, les danseurs Tutsi du Mwami du Ruanda…).

Un site qui en parle avec passion : http://www.danse-africaine.net/document_texte/memoire_danse.htm

Le port et l’usage de masques.
Chaque masque a un nom d'après sa spécificité et son rôle social. Il existe deux formes : les masques anthropomorphes (en forme de visage humain)  et les zoomorphes (visage animal). Les premiers évoquent les ancêtres intermédiaires entre les vivants et Dieu. Les deuxièmes présentent un totem, une divinité sous la forme d'un animal sacré. Lorsqu’un guérisseur s'adresse à un masque, il s'agit de la divinité que ce masque représente.
Les masques sont taillés dans du bois noir, comme le Wenge, du bois léger résistant et facile à sculpter. On utilise les masques lors de cérémonies pour invoquer les esprits des ancêtres, pour des besoins très précis et lors d'initiation des jeunes. Ils sont utilisés également pour l'intronisation d'un chef traditionnel ou pendant les funérailles des personnalités importantes de la communauté. Les tissus qu'on utilise pour les masques sont tirés soit du raphia, soit des peaux de bête, du coton, de plumes d'oiseau et sont parfois garnis de clous en fer ou en cuivre ou de verroterie (perles, morceaux de miroir…).
Malgré une grande variété dans les usages et les formes, la signification profonde du masque revêt plusieurs dimensions :

- religieuse : en reliant deux mondes, celui des vivants, et celui des esprits.
- profane : le masque rappelle les événements remarquables comme l’origine et l’organisation du monde et de la société. Ils renvoient aux faits et gestes des fondateurs de clans ou de royaumes.
- spirituelle : le masque ne représente pas un homme, mais un esprit, modèle immuable et exemplaire dans lequel l’individu ne peut  se glisser. C'est le masque, et non le porteur qui est important.
- sociale : les masques sont les gardiens des institutions sociales. Ils rappellent les grands mythes fondateurs, veillent à ce que tout se passe bien lors d’une cérémonie ou d’une fête, éloignent les nuisances pour le village ou la famille. Dans certains rites , ils sont armés de fouets, repoussent les enfants ou les femmes dont la vision des masques est interdite. Parfois, ils sont sensés protéger la société contre les malfaiteurs et les sorciers. Les membres de sociétés secrètes en usent souvent comme instruments de frayeur ou terreur politique (les hommes-léopards).
Le masque ne peut se résumer à sa partie coiffe. Le costume et ses accessoires (cagoule, plumes, collerette de fibres, lambeaux de tissus et clochettes) en font partie. Il intègre aussi la danse, la musique d’accompagnement, et la participation des spectateurs. Il est partie intégrante du rite ou de l’institution à laquelle il se rattache.
Tout sur la signification du masque en Afrique : http://www.danse-africaine.net/art_africain/masques_africains1.htm#masques
Que veut exprimer le masque africain ? http://www.olats.org/africa/artsSciences/artsSciences.shtml


La superstition.
Selon que l'on pense à l'européenne ou à l'africaine, certaines croyances seront considérées comme superstitions, d'autres ne le seront pas. Les principales du Katanga sont les suivantes :
- on ne présente pas à manger d'oeufs à une future maman, elle pourrait donner naissance à un chauve,
- on ne passe pas de la lumière derrière une femme enceinte, elle mettrait au monde un enfant qui louche,
- laisser traîner une natte dehors pendant la nuit permet au démon de s'y asseoir et de jeter un sort,
- on ne balaie pas sa case la nuit, c'est déranger les ancêtres protecteurs,
- si on dit du mal d'un inconnu, on risque de le rencontrer à coup sûr,
- si on se mord la langue en mangeant, c'est que quelqu'un dit du mal de vous,
- on évite de croiser un caméléon, il donne la lèpre (par changement de couleur),
- cracher au sol en parlant de quelqu'un signifie que c'est un honnête homme...

Les scarifications.
Ce sont des entailles que l’on pratique sur la peau de l’individu à « orner ». Il peut s’agir d’homme ou de femme indistinctement. On introduit un minuscule objet sous l’épiderme, qui aura la particularité de faire « boursoufler » la peau à cet endroit. Elle sert à satisfaire les objectifs suivants : preuve de courage devant la douleur pour un soldat ; reconnaissance honorifique pour acte de bravoure ; distinction esthétique pour les membres d'une communauté, soins médicaux appliqués sur la peau, et érotisme. Dans certaines sociétés traditionnelles, la compétition pour désigner le meilleur homme ou la meilleure femme prenait en compte des traits esthétiques notamment ceux d’une scarification pour se faire élire. Le corps des femmes du Mayombe est généralement couvert de scarifications aux motifs complexes, obtenues en frictionnant, avec certains ingrédients, les incisions faites dans la peau. La femme dépourvue de scarifications, donc «aussi glissante qu'un poisson», risquait de devenir la risée des autres.
Pour les africains, les scarifications - à mi-chemin entre le tatouage et l'actuel piercing - sont des marques de communication et des facteurs d’intégration. Elles établissent sur le corps du porteur une marque d’appartenance à un groupe ethnique et présentent le lieu privilégié d’inscriptions  et d'appui du pouvoir. L'initiation peut être également liée au caractère violent et douloureux de cette pratique, tandis que sa fonction magique est un support graphique de mythes . Le côté irréversible de la scarification en fait un témoignage irréfutable d'appartenance à une société, un groupe ethnique, un clan. Les féroces guerriers Maï Maï d'avant le colonialisme étaient immédiatement repérés à cause des scarifications qu'ils portaient sur le dos.
Enfin, il existe aussi les
scarifications thérapeutiques pratiquées par le guérisseur pour soigner un mal de dos, une affection pulmonaire... Celles-ci n'ont, bien entendu, aucune des valeurs citées ci-dessus et ne sont pas pratiquées en motifs décoratifs ou rituels.
Voir aussi Congo/Avant colonie/
Scarifications

Les personnages remarquables :

Le Chef.
Il est reconnu de tous, soit par filiation, soit par ses mérites guerriers. Il n’est pas rare de constater également, surtout chez les chefs âgés, une capacité à la réflexion, un art du compromis ou une habileté particulière à sortir de situations difficiles. Son autorité n’est pas contestée. Dans la société africaine, le chef jouit de tous les privilèges. Il possède les richesses, ce qui lui permet de posséder plusieurs épouses et surtout, le bétail dans les populations de pasteurs et d’éleveurs. Il exerce une autorité morale et rituelle basée sur la relation privilégiée qu’il est censé avoir avec les esprits ou les ancêtres de la tribu. Il possède le droit de refuser la pratique de certains rites, ce qui est un levier puissant pour assurer le respect du droit coutumier, et le sien propre.
L’européen colonial a bien compris l’importance du chef et conservera le droit coutumier en conservant les prérogatives des chefs pour autant qu’elles ne s’opposent pas à celles du pouvoir législatif colonial. L’introduction du droit de vote et du système démocratique chez les congolais par le blanc a profondément bouleversé la notion de chef auprès de ceux-ci. Voilà que le blanc lui demande de choisir un autre chef que celui qu’il a l’habitude de suivre. Les nouveaux élus le comprennent bien le danger et tentent très rapidement de se trouver une filiation avec les chefs coutumiers ou de créer une nouvelle lignée de chefs.

Voir
Congo/Réflexions/une politique importée.
Le rôle du chef est à ce point ancré dans la culture bantoue que le succès de Mobutu peut s’expliquer par cette forme du respect de la tradition. En effet, Mobutu surgit à un moment où les Congolais ont besoin d’une image valorisée d’eux-mêmes mais aussi d’une figure forte qui va souder une nation. Et il crée une unité qui repose sur sa seule personne. Il connaît très bien la culture populaire africaine et instaure une dictature où les gens vont danser et chanter pour sa gloire. Il établit une forme de complicité avec son peuple, s’en fait aimer. Il va identifier sa fonction à une tradition de chef coutumier qu’il pervertira en culte de la personnalité. Après s’être imposé comme chef de guerre et par le sang, ce qui constitue une force dans la tradition africaine.
Dans son
intronisation, le Chef reçoit les attributs de sa fonction. D’abord la hache de justice avec laquelle il lui appartiendra de trancher les différents, puis la lance car il devient chef de guerre ; enfin il reçoit une queue chasse-mouches, symbole ultime de la chefferie. Le grand chef coutumier  "introduit" le nouveau chef à son clan en lui donnant un nom et en le faisant reconnaître de tous comme tel par l'accolade. Il peut désormais se tenir assis sur le siège du chef et avoir le privilège de fouler la peau de léopard posée comme tapis de sol.
Un chef coutumier blanc ! http://users.skynet.be/Vincent.Dudant/Kikoko.htm
Y a-t-il aujourd'hui compatibilité christianisme et chef coutumier : http://www.syfia.info/fr/article.asp?article_num=1066

   Chef tribal Karume
  
On remarquera sa plaque ronde en sautoir attribuée par l'Administration coloniale.
   Il est le seul à pouvoir être assis, à porter une coiffe de chef et à manipuler un chasse-mouche
   en guise de signe d'autorité. Il porte une parure en porte de léopard et est entouré de ses femmes.

  

   tiré du livre de Frank L. Lambrecht
   PAWA
   A Memoir from the Belgian Congo
   1945-1949

   avec l'aimable accord de sa fille Jessica.

 

Le Sorcier.
Dans les sociétés africaines, la mort, cette zone d'incertitude, n'est pas naturelle. Elle ne peut être que l'effet d'une action de sorcier ou le résultat d'un maléfice. L'incertitude est à la merci du pouvoir du sorcier, celui qui peut provoquer ou défendre de la mort. Cette zone d’incertitude est régie par les aînés ou les chefs de lignage. D'ou une grande crainte et une vénération pour les anciens, tempérée par les connaissances en sorcellerie des initiés.
Il existe deux types de sorcier : le ndoki et le munganga.
Le
munganga (docteur européen également) agit toujours à découvert, il est honoré et considéré.
Le
ndoki opère en cachette, la nuit principalement. On le craint et l'évite. Il peut être haï parce qu'il jette des sorts.
Le sorcier est l’interlocuteur privilégié des esprits, des morts, de l’inconnu, des animaux, du sort. On fait appel à lui pour tenter de trouver une issue à un problème personnel ou même tribal. Il a le pouvoir de manipuler et changer le cours des choses. Si le chef est respecté, le sorcier est donc plus…craint. Son rôle social est de créer un exutoire à certaines tensions qui naissent de la confrontation avec l’inconnu. Il a également un certain pouvoir de divination. Il est souvent désigné à la suite d’évènements dont la non explication se focalise sur une personne. Il n’y a donc pas de filiation directe. Le sorcier peut exhausser le voeux des esprits, leur adresser certains sacrifices. Des animaux sont alors sacrifiés (coq, chèvre, vache, etc.- anciennement, des sacrifices humains également) dont le sang est ajouté à d'autres éléments : vin de palme, noix de cola, kaolin, tissus blanc ou rouge, car on considère souvent qu'un esprit intervient dans la vie de tous les jours, en apportant aux personnes concernées bonheur et/ou malheur.
Dans la croyance congolaise du centre, un
ndoki est une force maléfique, désastreuse qui opère à l'intérieur du lignage, comme de l'oncle maternel aux nièces et neveux, sans ligne directe de père ou mère aux enfants mais héréditaire de père en fils. C'est un malheur qui suit le sorcier dès la naissance, une destinée fatale phénomène de possession. L'absence de faute personnelle n’innocente pas le sorcier. Il est vu comme antisocial, redouté et on l'expulse du village pour des délits graves qui lui sont imputés. Les croyances sont des plus variées. Un homme qui dort paisiblement n'est peut-être qu’une apparence. En réalité il est parti au loin pour manger quelqu'un de sa parenté. C'est un mangeur d'hommes. On croit qu'il peut prendre la forme d'un animal et ignore l'espace et les dis­tances pour son activité. Il a également son « dépisteur » consulté après chaque décès. La sorcellerie implique une fatalité dont le sorcier  et sa victime sont personnellement innocents.
Triste, un site qui traite d’enfants sorciers aujourd’hui : http://www.monuc.org/Story.aspx?storyID=60

Le guérisseur, le marabout.
Le guérisseur est une
personne qui se propose de guérir les autres, en vertu de dons ou de procédés qu’il a acquis par transmission orale et pratique d’un autre. Qu'est-ce que c'est qu'un marabout sinon une sorte de guérisseur, envoûteur ou désenvoûteur. Son nom ne provient pas de l’animal homonyme mais bien du portugais marabuto et auparavant de l'arabe mouràbit. Il utilise des philtres et des potions « magiques » sensées guérir tous les maux. Il est également devin. Il bénéficie d’une aura de sympathie alors que le sorcier connaît le contraire.

Les africains possèdent des connaissances bien élaborées concernant les maladies et les moyens d'y remédier. Le congolais considère qu’une maladie n'est pas une simple affection à guérir, elle ne le devient que lorsque sa durée inaccoutumée, son apparition soudaine, son aggravation, son évolution négative et surtout sa répétition mobilisent l'angoisse et posent la question de son origine. C’est cette dernière que le guérisseur est capable de déterminer. Il joue donc un grand rôle social car, outre le fait de guérir, il peut calmer les esprits.
Il existe deux types de maladies : celles dite naturelles ou de l'hôpital, et les maladies indigènes qui relèvent de la médecine traditionnelle. Les maladies de l'hôpital sont celles que les médicaments des blancs peuvent guérir, les autres, celles que les médecins européens ou africains ne connaissent pas. Certains reconnaissent quelques fois ces dernières et vont alors trouver le guérisseur. Les autres se rendent d'abord à l'hôpital ou au dispensaire et si la guérison est trop longue à venir, ils estiment que ce n'était pas une maladie de l'hôpital et vont alors trouver le guérisseur traditionnel.
Le guérisseur a en face de lui un individu venu parfois seul lui confier ses maux et ses problèmes. Il est aussi le confident du malade, avec lequel il a un colloque singulier. Les séances publiques ne sont plus qu'une variante et non la règle dans la médecine africaine.
Qu'est-ce que la médecine traditionnelle africaine ? http://pages.ca.inter.net/~csrm/nd134/berthin.html
Extrait du site : http://news.taovillage.com/news/site_arbos/arbo/504quelsobstaclesautres/504_5_0ancetres.htm
La psychogénéalogie
Héritière de l'Afrique ou des cafés de Vienne ? L'idée que nos destinées sont guidées par l'histoire des générations antérieures est ancienne. Les plus vieilles traditions animistes s'en font encore l'écho. La médecine africaine, notamment, se différencie de notre médecine occidentale en ce qu'elle envisage la maladie dans son contexte familial et généalogique. Pourquoi ai-je la bronchite ? C'est à cause d'un microbe répond notre médecin. Le
guérisseur africain, lui, fournit une explication de la bronchite qui rétablit l'ordre du monde : Tu es malade parce qu'un démon te veut du mal, va donc plumer cette poule. Il invite à renouer avec les croyances qui rappellent à chacun son assignation dans l'espèce : entre le naître et le mourir ta place est là ; il y a des places assignées et des places interdites; tu ne peux être et le frère et le fils de ta sœur; n'oublie pas d'honorer tes ancêtres... Le guérisseur sait une chose que le médecin oublie : la loi généalogique et le rapport aux ancêtres définissent les liens, les droits, les devoirs et les identités qui structurent l'être humain dans sa culture. Il sait enfin les mots et les rituels qui permettront de conjurer l'apparition, synonyme de désordre, d'un fantôme de l'inconscient (ancêtre disgracié ou qui a disgracié la famille). Chez nous, que fait le psychogénéalogiste ? Il focalise lui aussi sur cette portion de notre histoire qui ne nous appartient pas : Tu es malade parce que ton arrière grand-père a été asphyxié dans une tranchée et qu'on te l'a caché... Le psychogénéalogiste, en ce sens, emprunte moins aux connaissances de la psychopathologie occidentale qu'à l'efficacité sorcière des plus anciennes médecines.

Le forgeron.
Quand on possède le pouvoir de commander au feu, de maîtriser la forme du métal et aussi son usage, on peut, à coup sûr, être respecté pour tous ces pouvoirs. On est frappé de la place éminente du forgeron dans les villages. Il jouit d'une considération et un respect mêlés d'une certaine crainte. Pourquoi ? Ce n'est pas seulement parce qu’il forge les instruments, les outils et les armes nécessaires à l'existence de la société, mais aussi le sculpteur des figurines fétiches du village.
Le forgeron est avant tout un
artisan artiste , auquel on demande de fabriquer des objets nécessaires  pour les cérémonies, l'accomplissement de rites de sociétés qui s'adonnent très communément à des pratiques de sorcellerie. Le forgeron ne crée jamais une oeuvre de son propre chef, mais répond à une commande exécutée selon des critères traditionnels. Une pièce tenue pour  oeuvre artistique est d'abord un objet symbolique, doté de pouvoirs magiques ou de force vitale. Tout ornement peint ou ajouté augmente ces pouvoirs.
Outre le forgeron-sculpteur-artiste, il existe deux sortes de forgerons. Celui qui produit la fonte du fer noir est le
forgeron métallurgiste. Chaque région a ses types de fourneaux et de soufflets apparentés aux équivalents romains, mais les forgerons fondeurs modifient leurs fours et leurs procédés selon les nécessités et les circonstances comme le type de minerai et l'usage auquel il est destiné…Le forgeron affineur est celui qui, par un réchauffage et un martelage appropriés réduit le carbone jusqu’au type d’acier ou de fer désirés ; son travail est de réduire la fonte en acier. L’acier ne sort donc jamais automatiquement d’un fourneau mais est l’œuvre du forgeron affineur.
Le nombre d’objets trouvés en fouilles montre qu'il existait de vastes réseaux d’échange dès l’âge du fer ancien. Ce commerce devait être limité aux zones proches des grands fleuves, car les sites éloignés des axes fluviaux ou de la région des lacs fournissent fort peu d’objets importés. .

Le griot africain.
Le griot: est un poète chanteur africain dont la spécialité est la narration des récits de la genèse, des généalogies. Mémoire du groupe social, il est aussi musicien, danseur, comédien. Souvent issu des classes inférieures, il fait métier d'imaginaire dont il incarne les fonctions symboliques et opératoires. Voir image en haut de page.
Il est la mémoire du village, le conteur d’histoires. Il chante les familles et clans qui habitent la région, leur généalogie, leur histoire ainsi que tous les événements importants qui se produisent dans les villages : naissances, mariages, deuils... Chaque événement a son rythme et ses paroles propres, sa façon de le déclamer. Il y a celui pour une naissance, un décès, la guérison de la malaria. Il y a également les contes et légendes. Un griot qui meurt est une riche bibliothèque qui se perd. Les griots sont des mémoires et gardiens de connaissance, doués d'une mémoire extraordinaire ces gardiens de la tradition en sont ses propagateurs. Ils peuvent aussi être des négociateurs, médiateurs, ambassadeurs lors de problèmes conflictuels. Ils peuvent être très souvent musiciens, poètes, généalogistes, historiens, grands voyageurs, et jouent ainsi un rôle prépondérant dans la circulation des idées. Ces orateurs unifient les hommes et les enrichissent de leur savoir.
Aujourd'hui. L'écriture a remplacé la parole du griot. De nombreux écrivains traduisent leurs états d'âme dans une poésie proche du conte africain traditionnel. Le griot se fait même supplanter par les femmes écrivains.
Voir aussi Documents/Les Arts/Littérature.

Qu'est-ce qu'un griot ? http://www.contesafricains.com/les-contes/index6.html
Qu'est-ce qu'un conte africain ? http://membres.lycos.fr/clo7/expression/conte.htm
Poèmes de femme katangaise
(revendications) Mimi : http://www.emetec.info/mimi.htm
Poèmes d'homme katangais
(souvenir et nostalgie)
André M. Kabamba : http://www.users.bigpond.com/gdpandrikos/french/LPR.pdf

Le batteur de tambour, de tam-tam.
Le
rythme est présent dans toutes les activités des africains. Le bûcheron attaque le tronc d’arbre à coups réguliers soutenus par des onomatopées tandis que les femmes pilent le mil en alternant les coups de pilon dans le même mortier, sur un mouvement régulier soutenu par des chants. La plupart des jeux d’enfants sont à base de rythmes. Dans la société traditionnelle, les percussions sont un outil de communication.
Le
batteur tient une place très importante car il est le connaisseur du son et du rythme et, par cela, fait bouger les corps et suscite chez les danseurs les gestes en harmonie avec la musique. Il instaure une communication pour que lui et le danseur puissent, dans une certaine mesure, vibrer au même rythme et communier spontanément à la même source d'inspiration et de création. Ainsi les qualités du danseur révèlent le sens du rythme et de l’espace, la grâce, la légèreté et l’agilité, la mémoire dans l'exécution des figures, l’aisance dans la communication des sentiments, la coordination, le naturel.
Un grand batteur peut magnifier un danseur moyen. Il lui appartient de suivre les pas du danseur et non l'inverse, car l'improvisation créatrice vient du danseur. On observera attentivement que le tambour ne livre son langage qu'après les deux ou trois premiers pas du danseur. Un contact très intime s'établira alors, véritable dialogue que seul un homme averti pourra percevoir. Être batteur de tambour est une spécialisation éprouvante dont on ne devient maître qu'au fil des années, par une longue pratique.
Le
tambour est lié aux forces cosmiques et possède un principe magique qui donne vie, qui est le point de départ du mouvement, de la danse. Battre le tambour implique des responsabilités. Le tambour exprimant le mieux les sentiments profonds de l’âme africaine, le batteur joue donc un rôle fondamental dans la vie sociale, spirituelle et mystique.
La famille des tambours comporte une très grande variété à
une ou à deux peaux, à tension variable (d’aisselle), sur cadre, à friction, avec timbre, de forme tubulaire, tronconique, sphérique, avec charge au centre de la membrane... Les dimensions des tambours sont très variées, la longueur de certains fûts pouvant dépasser deux mètres. Ils sont tantôt battus à mains nues ou avec des baguettes aux profils les plus divers... Le tambourinaire peut jouer d’un seul instrument ou en utiliser une batterie. Il obtient des sonorités différentes en modifiant sa façon de frapper, au centre ou sur les bords, du bout des doigts ou avec toute leur longueur, du plat de la main.
Son art consiste aussi à frapper du métal, cogner des troncs d’arbre évidés, agiter des
grelots ou clochettes, des calebasses, et tirer un son de ces matières. Il exige l'agilité des doigts, la souplesse des poignets, un sens inné du rythme, une mémoire auditive infaillible, des réflexes et une grande aisance de coordination des mouvements. Ce langage soulève des énergies insoupçonnées. A travers les sonorités, il chante et évoque à la fois les liens étroits qui relient l'homme au spirituel.  
Tout sur le djembe et le tambourinaire : http://www.pragmasoft.be/djembe/didac/
Voir également Documents/Sons/Instruments

joueurs tam tam    clan des joueurs de tam-tam
  
le chef est assis, ses assistants l'entourent.
   On remarquera les deux instruments taillés
   dans des troncs d'arbre, en une pièce.

vis-à-vis de l’européen :

La « bonana ».
Bonana signifie « bonne année » en congolais. Chaque premier de l’an donnait lieu à une coutume charmante et singulière. Chaque passant congolais croyait s’octroyer le droit de couper une fleur de votre jardin et de la présenter à la maîtresse de maison en lui présentant ses vœux de « bonana ». La tradition voulait que l’on réponde à ceux-ci en offrant un petit « matabiche » (voir ce mot). Il va de soi que tous les 2 janvier, votre jardin était curieusement vide de ses fleurs.

Le matabiche.
Déformation du portugais "matar o biche" ("tuer la bête"), c'est l'excuse invoquée pour conclure une affaire ou une discussion en buvant un verre d'alcool. C'est rapidement devenu une rétribution, un pourboire.
C’est dans la plus pure tradition de l’échange entre partenaires que le congolais s’attend à un matabiche lorsqu’il accomplit quelque chose de sa propre personne. La logique est la suivante : je te donne quelque chose de ma personne, qu’est-ce que tu donnes, toi ? Ainsi, cette logique conduisait les patients congolais d’un docteur à lui réclamer un matabiche pour les avoir soignés.
Aujourd’hui, le matabiche est un mode de survie érigé en institution. Il prend malheureusement la forme de corruption lorsqu’un policier arrête votre auto ou un fonctionnaire retient votre dossier, un agent des douanes ne vous laisse pas passer le contrôle sous n’importe quel prétexte. La précarité de sa fonction et l’absence de solde l’obligent à se comporter en "bandit de grand chemin", tout ceci… avec le plus large sourire et la bonne humeur.

Le port de lunettes.
Pour l’indigène congolais, le blanc chaussé de lunettes représentait l’autorité et l’évolution sociale. Il était donc logique qu’il tente de s’approcher du modèle que le blanc lui soumettait constamment en s’appropriant ses lunettes, fusent-elles à verre plat. Ainsi, bien qu’ils n’en aient aucun besoin, nombre de congolais s’affublaient de lunettes pour « paraître ». Pas de photo officielle ou de mariage sans lunettes. Combien d’occidentaux ne s’affublent-ils pas d’ornements ou d’objets qui ne leur sont pas de grande utilité, uniquement pour paraître (les véhicules tous terrains en ville ?).

Coloniaux

vestimentaires.

Le port du casque colonial.
La tradition du casque colonial nous vient directement des Indes. Les anglais, grands colonisateurs, l’avaient adopté pour son armée, d’abord, pour tous les coloniaux ensuite. C’est un couvre-chef qui a subi de nombreuses formes différentes au cours du temps. D’abord, en forme allongée vers le haut (comme les bonnets militaires en poil d’ours), il descend de ses hauteurs avec le temps et devient presque aussi plat qu’une « assiette anglaise » de la guerre de 40. Ce qui ne varie pas, c’est le prolongement arrière de la forme pour offrir une protection de la nuque aux ardeurs du soleil. Il est d’abord construit sur une armature métallique remplie de liège entre les interstices. L’intérieur est parfois doublé de tissus. L’extérieur reçoit un savant enroulement de bandelettes de tissus pour lui donner sa silhouette caractéristique. Le haut du casque est percé d’un trou couvert dune demi sphère en métal peint, trouée de quatre évents disposés aux points cardinaux. C’est la ventilation haute de l’engin. Pour la ventilation basse, le casque est garni intérieurement d’une couronne plus étroite revêtue de cuir et maintenue à distance du corps du casque par des bouchons d’espacement. La ventilation s’effectue du bas vers le haut, passant entre la tête et le casque et sortant par l’évent du sommet du casque. Il va de soi que l’humidité constante entretenue sous le casque met le liège en décomposition, avec une odeur épouvantable. Enfin, une jugulaire de cuir est reportée sur le bord supérieur quand elle ne sert pas au maintien du casque sur la tête en cas de vent. C’est le symbole même de l’autorité coloniale. Aujourd’hui encore, le casque colonial impose immédiatement à l’esprit l’autorité, la prépondérance sur le reste des nues têtes. Le directeur du Tour de France, Jacques Godet, s’est affublé d’un casque colonial sans aucun rapport avec les circonstances de son port pendant les années où il présidait à la bonne marche des étapes, debout dans sa voiture.
La Colonie a créé deux types de casque officiel : le blanc et le kaki. Le blanc est l’apanage des Agents Territoriaux, le kaki est réservé aux militaires. Il en existe bien en couleur beige clair et qui sont plus spécialement réservés aux dames.

Voir Aloube/avant 1946/le casque symbole
Le port du casque a une haute valeur sociologique. Il appartient à un blanc et lui seul peut le porter. C’est le signe évident de l’autorité, beaucoup plus que tout insigne d’argent ou d’or qu’il puisse arborer. Le casque officiel est toujours orné, sur l’avant, d’un insigne bien visible d’argent ou doré selon le grade du porteur. Cet insigne était ironiquement appelé « plaque à poules » par les civils. En effet, les agents qui passaient dans les villages se voyaient offrir systématiquement un poulet en guise de cadeau de bienvenue.
Voir Congo/Colonie belge/La Territoriale.

< épouse et enfants d'un agent sanitaire
en visite d'un village fluvial >

tirés du livre de Frank L. Lambrecht
PAWA
A Memoir from the Belgian Congo
1945-1949

avec l'aimable accord de sa fille Jessica.

Le capitula.
Ce mot se trouve orthographié "kapitula" à l'origine.(
Remise en question des origines du mot Kapitula, in Annales de l'I.S.P., Mbandaka, UNAZA, Mbandaka, n° 1, 1980, pp.27-29)Vient du swahili "Kaptula", vêtement court. Ce vocable a été attribué à un vêtement très porté au Congo et qui n’est, ni plus ni moins, qu’un short aux jambes très courtes (bien au dessus du genou), version coloniale. Son nom proviendrait d’un idiome africain swahili. Le colonial qui utilise le mot short, est un nouveau venu immédiatement repéré ! Le port du capitula est rendu quasi obligatoire en ville et sous ces latitudes. Les enfants ne disposent que des poches de ce capitula pour les bourrer de tous les objets indispensables à la survie scolaire. Il est donc horriblement déformé, gonflé et bourré jusqu’à la gueule d’objets qui ne demandent qu’à sortir lorsque l’on est en classe. Le bruit de l’impact au sol dénonce immédiatement à l’oreille du professeur l’imprudent joueur de billes.
Le capitula n’est pas taillé dans n’importe quel tissus. Non ! Il est confectionné avec de la toile « americani » (de l’arabe amerkan, américain) d’une solidité à toute épreuve. Et pourtant, il est rare qu’un capitula d’enfant tienne plus d’un an !

 comportementaleS.

La barza.
Les arabes conquérants de l’Espagne ont gardé leur tradition des fenêtres ridiculement étriquées en façade et créaient un patio central entouré d’une colonnade couverte : le patio romain. C’est là que l’on vit, reclus et cachés de la vue des voisins, à l’ombre et au frais. Ces patios s’ornaient souvent de bassins ou de fontaines (cour des Lions de l’Alhambra de Grenade).
Les occidentaux des pays tempérés et froids (par rapport à l’Afrique !) ouvrent au maximum leurs façades pour laisser entrer le maximum de lumière dans les pièces de vie. Le voisin peut voir. La Hollande est l’archétype de cette façon de vivre. Tout est à la vue de tous.
Ces deux manières de concevoir un mode d’habitation trouvent un terrain d’entente en Afrique. L’européen garde ses larges fenêtres en façade et protège du soleil celles-ci par une colonnade externe couverte. Le colonial garde sa terrasse à l’ombre : la barza.
Ce mot est une mutation du sens premier : réunion, rassemblement (de l’arabe barazah). C’est, en effet, sous cette galerie que les blancs donnent leurs directives, discutent des choses sensées importantes aux yeux des congolais, se retrouvent entre eux. Le lieu où cela se passe prend le vocable et se substitue à l’action.
Le rôle social de la barza n’a échappé à aucun colonial, non plus qu’à l’indigène. Ainsi, en milieu de brousse, la barza devient-elle au fil du temps presque plus importante que l’habitat. C’est devant elle que l’on attend les instructions, que l’on se présente, que l’on vient montrer les enfants nouveaux-nés. En ville, son importance est d’autant plus relative que la concentration et le nombre d’européens sont importants.

Voir Documents/Glossaire

La solidarité.
Dans les contrées qui ne lui sont pas familières, qui peuvent lui paraître hostiles ou lorsqu’il est minoritaire sur les lieux, tout individu cherche la présence d’un « pays » d’un compatriote. C’est le phénomène bien connu des « quartiers » des grandes villes américaines. Dans ces rassemblements se créent des liens étroits de solidarité, contre le danger, contre la solitude. Ce phénomène n’a pas échappé à la colonie belge du Congo. Les nouveaux venus sont entourés, même s’ils font l’objet de gentilles moqueries (les Bulayas), peuvent être assurés de trouver de l’aide, des renforts, des conseils auprès des anciens.
Les agents de la Colonie qui se trouvent seuls en brousse savent qu’ils peuvent compter sur l’aide et l’hospitalité de tous ceux qui ont une situation plus stable ou plus confortable. Les missions constituent un havre de paix et l’endroit où tout broussard dans le besoin trouvera aide et réconfort, une table et un lit. Quel réconfort de trouver un sourire après de nombreux jours de solitude et de galère !
Combien d’automobilistes imprudents ou malchanceux n’ont-ils pas été secourus en pleine brousse, dans un ruisseau de poto-poto, devant un pont de bois affaissé, devant un moteur qui a rendu l’âme ?

Une anecdote racontée par Tchamoûka dans son site :
http://www.tchamouka.net/page50.html
Parfois certains se demandant en moment de crise ce qu’ils sont venus faire en Afrique, une épouse ne supportant pas l’éloignement de la mère patrie ou de la famille trouvaient une oreille attentive et des paroles réconfortantes auprès d’autres personnes plus résistantes. Personne n’étant à l’abri d’un problème, tous les européens ayant quelque peu vécu au Congo entretenaient soigneusement de solides notions ou comportements de solidarité. Celle-ci perdure avec le temps et il n’est pas rare de voir encore aujourd’hui ci et là des rassemblements d’individus n’ayant pas perdu ce sens de l’entraide. Parmi ceux-ci, vous trouverez beaucoup de vieux coloniaux !

L’hébergement.
Il va de pair avec la solidarité. Le gîte et le couvert était offert à tout qui passait vous rendre visite en brousse. C’était l’occasion de demander au pichi de cuire une moambe gigantesque, bien arrosée. La Colonie a bien senti ce besoin d’offrir à ses agents un toit là où il était difficile de trouver un lit. Elle entretenait donc des « gîtes d’étape », sorte de maison de fonction qui pouvait, à l’instar des refuges de montagne, être occupés par tout un chacun de ses fonctionnaires. Elle attachait une famille indigène au lieu pour les besoins de l’entretien de ceux-ci.

Utiliser le makala.
Makala signifie "charbon de bois". De tout temps, le congolais cuisine au charbon de bois. La façon la plus rapide est de placer l'aliment à cuire au
centre des braises rougeoyantes, sans aucun contact avec l'air, sans quoi l'aliment carbonise à l'endroit découvert. Une façon plus évoluée consiste à placer quatre pierres aux angles d'un carré à l'intérieur duquel se trouve le charbon de bois. Au besoin, une plaque de fer, récupération d'un fût d'essence de 200 litres (touque), sert de plaque de cuisson sur laquelle il fera frire de délicieuses grosses chenilles vertes, cuire ses galettes plates de mil, ou griller ses kalanga (cacahouètes, arachide). S'il bénéficie d'une grille, en lieu et place de la tôle, il placera une "cheminée" faite d'une buse d'aluminium ou de galvanisé récupéré qui accélérera le tirage. Enfin, il y a le brasero fermé, percé de trous d'aération, et sur lequel on pose une claie avec les aliments enserrés entre deux parois sur charnière.
Bien avant que  la mode des barbecues n'ait conquis les faveurs des estivants de la métropole, les coloniaux utilisaient ce moyen de cuisson. Il faut bien reconnaître que ce type de cuisson est beaucoup plus facile à "installer" en brousse. Ce sont, en effet, les premiers broussards qui ont fait définitivement adopter cette cuisson à tous les citadins.
Comment bien produire le makala ? D'abord, il faut savoir que n'importe quel bois ne donne pas du bon makala. Un congolais sait d'expérience quel bois il convient de couper et de brûler dans des
fours à makala. L'acacia et l'eucalyptus sont deux essences particulièrement recherchées pour cet usage. Le procédé ne varie guère de celui que l'on trouvait jadis dans nos forêts d'Europe. Les bois sont empilés en clairière, par lits superposés de façon à former un tas ayant la forme d'une calotte sphérique surélevée. Pour empêcher l’accès de l’air, cette meule est recouverte d'une couverture d'herbe sèche et de terre mélangée d'un poussier provenant des  précédentes carbonisations.  On boute le feu par des canaux réservés dans la masse du bois contre le sol et l'on ouvre alternativement des évents dans les différents points de la couverture. Selon l'importance de la meule, la combustion,  peut durer plusieurs jours. La meule est détruite lorsque le feu est complètement mort. Le charbon de bois produit ainsi est réduit en morceaux calibrés et mis en sac, prêt pour la vente sur le soko (voir ce mot).
Saveur des aliments cuits au makala. Incomparable ! si le cuisinier sait utiliser correctement cet art de cuire. Les essences de bois utilisées en makala donnent un parfum caractéristique à l'aliment, alors que la cuisson moderne les laissent insipides en comparaison.
Avec l'industrie du cuivre d'aujourd'hui, le charbon de bois trouve une application dans les fourneaux. Pour ceux des mines de cuivre du Katanga, le besoin en charbon de bois - le coke étant inabordable aujourd'hui et a cessé d'être importé depuis longtemps - est énorme et l'on a dû procéder à une déforestation massive, avec tous les problèmes d'érosion que cela induit. De plus, la traque du bois a commencé en ville, à tel point que les splendides avenues de jadis bordées de superbes essences sont aujourd'hui glabres et manquent cruellement d'ombre et de verdure.
Tout sur le charbon de bois : http://www.fao.org/docrep/X5328f/x5328f0b.htm
Comment cesser de déboiser les forêts ? http://www.iucn.org/reuters/2001/fafrica.html
Déforestation au Congo ? http://www.congonline.com/Forum1/Forum03/Assani07.htm

La sieste.
Elle est sacrée et a toujours été une
institution !  Elle entraîne un relâchement physique et intellectuel nécessaires à la relaxation.
Comme pour les pays chauds méditerranéens, la sieste est indispensable aux moments les plus chauds de la journée, mais, elle doit rester compatible avec les impératifs du travail. Alors, elle a été placée juste après le repas de midi, en pleine digestion. Pour un enfant, la sieste ressemble davantage à une punition qu'à une récompense. Au Congo, les enfants en bas âge n’y coupent pas. Elle est obligatoire et dure deux à trois heures, allongé sur le lit, en sous-vêtements, à l’ombre des tentures tirées ou des volets clos, dans le calme et avec une ventilation correcte. Lorsque l’enfant le peut, il plonge dans la lecture de ses livres ou illustrés préférés, ce qui ne l’empêchera pas de sombrer invariablement dans un sommeil réparateur. La nature elle-même semble faire sa propre sieste car tout est écrasé par la chaleur du soleil, les plantes sont immobiles, les animaux se taisent et ne se manifestent plus, le lion dort, lui aussi !
Pour les adultes, c’est une autre histoire ! Les enfants coloniaux ont toujours fortement soupçonner leurs parents d’avoir profité de ces moments bénis de calme et d’isolement pour s’adonner à des jeux d’adultes qu’ils ont d’ailleurs eux-mêmes baptisés « 
sieste crapuleuse » !
Les
bienfaits physiologiques de la sieste au Congo sont nombreux : elle facilite d'abord la digestion, diminue le stress, élimine les tensions de la matinée, détend et refait l'énergie nécessaire pour terminer l'après-midi au travail. Elle permet d'améliorer la concentration et accélère la récupération musculaire. Ce qui est merveilleux dans la sieste, c’est le bonheur d’être bien sans rien faire. Éveillé, on se repose sans rien faire d’essentiel. On existe, au ralenti, on se sent léger !
 

 Le mayele.
Mayele signifie intelligence en lingala. Bien entendu, cette définition est trop restrictive pour le colonial qui l'utilise rapidement pour truc, magie noire, combine, astuce... C’est un mayele qui sort bien souvent l’européen d’un mauvais pas ou d’une situation critique, qui lui permet de garder la face, qui l’autorise – du moins le croit-il ! – à garder sa supériorité morale et sociale sur le congolais. Il en use et parfois en abuse.
Mais, de quoi s’agit-il me direz-vous ? La chance ou le sort a voulu que l’européen colonisateur ait pu bénéficier de connaissances théoriques et parfois pratique qui ont manquées aux congolais. Que cela soit dans le domaine de l’organisation d’un travail, de sa productivité, de sa qualité d’exécution ou dans sa manière d’opérer ou dans l’expérience et l’utilisation d’objets dans la vie courante le blanc est arrivé aux colonies avec un bagage de connaissances qui faisaient cruellement défaut aux indigènes.
N’allez pas croire que le blanc seul était doté de cet avantage ! Le noir savait contourner la difficulté, l’obstacle et, lorsqu’il ne comprenait pas le « mayele » (truc, astuce, invention diabolique du blanc, magie – tout ce qui était sujet de grand étonnement chez le congolais, en général) il en trouvait un lui aussi. Ainsi, Aloube vous a déjà cité le cas du patron qui doit s’absenter de son chantier. Il y laisse un œil de verre et crie « Attention, mon œil vous surveille et verra qui n’a pas travaillé correctement ! ».
Sur quoi, il démarre, confiant dans son stratagème. C’est oublié un peu rapidement que le « mayele » est un mot africain, congolais pour mieux dire. Un des ouvriers constatant que l’œil est immobile, sort prudemment du champ de vision, s’approche de l’œil par l’arrière et le coiffe rapidement de son chapeau. Le travail est immédiatement interrompu dans un grand éclat de rire. A mayele, mayele et demi !
I
l existe différents sujets de « mayele ».
Le mayele mécanique (le plus spectaculaire) - exemple : pourquoi une voiture avance-t-elle sans être attelée, en appuyant simplement sur une pédale ?
Le mayele de l’écriture – exemple : comment un autre peut-il savoir ce que personne ne lui dit ?
Le mayele médical – exemple : le blanc n’a pas peur du caméléon, pourquoi, dès lors qu’il change de couleurs et risque donc d’apporter la maladie ?

Pour le congolais de l’époque, le colonial avait toujours un truc quelconque qu’il sortait de sa poche, comme un prestidigitateur un lapin de son chapeau, un appareil qui fonctionnait tout seul ou qui défiait les lois de la pesanteur (l’avion) ou de la vitesse… ce qui lui conférait un pouvoir immense.
Le mayele est une chose que le congolais connaît depuis toujours, car son sorcier coutumier en utilise également à son égard. Les explorateurs racontent volontiers l’histoire de la boisson qui tue. Lorsqu’un sorcier voulait faire disparaître un gêneur, il lui offrait un bol rempli d’un breuvage qui était censé punir, après ingestion, celui qui avait mal agi ou qui méritait la mort, sans qu’on puisse  prouver sa culpabilité. En fait, le sorcier disposait le poison mortel sous l’ongle de son pouce et trempait celui-ci dans la coupe de celui qui devait subir son courroux, alors qu’il s’abstenait de le plonger dans celle de ceux qui devaient échapper à sa décision fatale.
La venue du blanc disposant de mayeles plus forts ou impressionnants que ceux du sorcier a généré de nombreux conflits entre celui-ci et les premiers explorateurs (Stanley faisait volatiliser la pierre avec un simple bâton qu’il allumait !) Ensuite, les missionnaires ont détourné le peuple de la fréquentation du sorcier et enfin, le coup de grâce a été donné par le docteur (daktari, muganga) qui parvenait beaucoup plus souvent que le sorcier craint et de manière plus efficace à soigner des maladies avec de simples poudres et une curieuse aiguille qu’il enfonçait sous la peau.

Fin de page - Fin de section.

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