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Réflexions et commentaires personnels d'Aloubè
Préambule.
Devant les réactions parfois violentes ou calomnieuses
des détracteurs de la Colonie, des coloniaux Aloubè reste perplexe.
Ses yeux d'enfants n'ont pas vu ce qui est reproché indistinctement à tous les
coloniaux. Il n'a pas vu ni connu le congolais être maltraité (par contre,
Il a vu le blanc l'aidant à mieux nourrir, vêtir et éduquer ses enfants) ... Il
n'a pas vu de ce qu'affirmait Lumumba dans son discours de l'Indépendance (et
qui est repris en choeur depuis). Que des actions malheureuses aient pu être
commises, il s'en doute. Mais, pendant les années qu'il a passées au Congo, rien
de ce qui est reproché au colonial ne s'est passé devant lui. Il peut en
témoigner. De là, son étonnement profond lorsqu'il a été mis en quarantaine par
une jeunesse belge lors de son retour du Congo.
Devenu adulte, Aloubè constate que les griefs reprochés au
colonial ont existé de tout temps. Tout le monde est le "colonisé" de quelqu'un.
Personne ne reproche aux Romains d'avoir colonisé les Gaulois en leur apportant
l'évolution (à ne pas confondre avec la civilisation). Quand les enfants du
monde entier se promènent en jeans et boivent du coca-cola (et Aloubè se limite
à du concret), ils sont les colonisés de la culture américaine. Et ils le
veulent, ils en redemandent ! N'y a-t-il pas un paradoxe à voir leurs
détracteurs (même les irakiens) vitupérer contre les USA, habillés de jeans et
manifestant devant un Mac Donald's ?
Il faut savoir faire la part des choses.
Pour Aloubè, comme tous les fils d'Afrique, la situation
actuelle des peuples du Congo, Zaïre ou RDC, peu importe finalement, ne cesse de
l'interpeller.
L' Indépendance obtenue n'a pas mené le Congo là où la majorité de ses
citoyens l'attendaient.
Cette triste constatation incite à la réflexion. Voici la sienne, brut de
décoffrage, avec une pointe d'amertume.
De l'imposition d'une
politique inadéquate.
Simultanément à l'essor du Congo et la conscientisation politique
des citoyens, l'encadrement du pays par une structure juridique et
administrative propres s'imposait. Les chefs coutumiers représentant l'ossature
juridico-politique traditionnelle sont maintenus en place pour que les
autochtones ne rompent pas avec leur passé pendant que des mouvements
syndicalistes Congolais naissent au seuil des années 50, émanations des
partis politiques de la métropole. Des élections ont lieu. Il s'en dégage une
nouvelle autorité élue, non traditionnelle. Le congolais n'obéit plus à un chef
par tradition, il le choisit et peut en changer !
Cette dichotomie - pouvoir traditionnel opposé au pouvoir politique neuf -
apparaît en même temps que s'impose une évidence née depuis la fin du dernier
conflit mondial : le blanc a des faiblesses aussi. Il a un comportement
irrationnel. Comment peut-on laisser cohabiter deux pouvoirs aux congolais et,
maintenant qu'il les découvre, trois pour ce qui concerne le blanc
(constitutionnel, juridique, politique) .Ainsi donc, le blanc si puissant
présente les défauts de sa cuirasse !
Le jeu politique étant semblable à une palabre, le congolais va l'utiliser avec
une science consommée... Surprise, cela fonctionne !
Expression d' André
Boboliko, pionnier du mouvement syndical au Congo
Vous avez vu en Afrique, dans beaucoup de pays d'ailleurs, les
premiers leaders politiques, c'étaient des leaders syndicalistes parce que les
gens les avaient déjà vus à l'oeuvre. Le syndicalisme
a précédé la politique en quelque sorte. On n'a pas préparé politiquement les
gens, pour les partis, la naissance des partis politiques et leur apprentissage
et tout cela ne s'était pratiquement pas fait. Donc il y a eu seulement un
certain nombre d'associations tribales, enfin des ressortissants de tels coins,
qui existaient et qui ont pu aller même à la Table Ronde pour l'Indépendance ;
bien entendu entre-temps, il y avait quelques partis politiques tels que le
Mouvement National Congolais, quelques partis qui étaient nés. Mais à peine nés,
ils étaient déjà à la Table Ronde et qu'on nous donnait l'Indépendance. En tout
cas, on peut dire qu'il n'y avait pas de préparation, donc c'était trop vite, il
faut le dire.
Extrait d'un
article de Pierre Yves Lambert sur la politique vue par les Congolais
Il y a quarante ans, en décembre 1957 étaient organisées
les premières élections au Congo belge. Certes, il ne s'agissait encore que
d'élections communales, limitées à trois agglomérations (Léopoldville,
Élisabethville et Jadotville) divisées en "communes" correspondant à des
arrondissements peuplés soit d'Européens soit d'Africains. L'année suivante
eurent lieu des élections dans d'autres communes urbaines, et en décembre 1959
des élections communales et provinciales (boycottées par trois des principaux
partis politiques). En mai 1960, les premières élections législatives du Congo
belge précédèrent quant à elles d'un mois l'accession à l'indépendance...
En juillet 1956, le magazine "Conscience Africaine", dont le rédacteur en chef
était Joseph ILEO, publia un Manifeste, inspiré selon certains par le PSC-CVP à
l'époque unitaire (en référence aux idées développées par Jef VAN BILSEN dans
son "Plan de 30 ans"). Il préconisait une évolution progressive des
institutions déjà en place, " [...] Les auteurs de ce Manifeste se prononçaient
clairement contre l'introduction de partis politiques au Congo dans l'immédiat,
en particulier des partis belges: "Ces partis sont un mal et ils sont inutiles",
"ce qui caractérise les partis, c'est la lutte; tandis que ce que nous voulons
c'est l'union", "plus tard, lorsque les structures politiques du Congo le
rendront nécessaire, nous pourrons nous grouper selon nos affinités, nos
intérêts, et nos conceptions politiques"....
Moins de deux mois plus tard, l'Association des Bakongo "ABAKO" répondait par un
autre Manifeste soulignant notamment que "la lutte des partis quoique dangereuse
est bien nécessaire dans une démocratie", et ironisant sur la méthode du Grand
Méchant Loup, ou plutôt de sa version congolaise, "Dongola Misu", destinée "à
faire calmer les aspirations légitimes des enfants". En l'occurrence, "Dongola
Misu" était utilisé pour mettre en garde contre "les soi-disant méfaits de
l'introduction de la politique au Congo", "les effets néfastes de la politique".
L'ABAKO proposait quant à elle une formule [...] avec l'élection directe des
représentants des "groupes historiquement, ethniquement et linguistiquement unis
ou apparentés" au sein d'une "Fédération congolaise".
Le Président de l'Association des Classes Moyennes Africaines, Victor NENDAKA,
déclarait peu de temps après la publication des manifestes que "très
franchement, j'estime qu'un mouvement de type ABAKO pourrait réussir là où
'Conscience Africaine' finirait par échouer": "la thèse ethnique correspond
certainement à une tendance de l'âme, à une 'pente' de l'esprit noir". Il
ajoutait à cet égard qu'"il ne s'agit plus de savoir si l'on est pour ou contre
l'introduction de partis politiques au Congo": "ces partis existent et leur
existence obligera tôt ou tard les autorités responsables à revoir la Charte
Coloniale". D'ailleurs, "comment voulez-vous que l'on interdise l'introduction
des partis politiques au Congo alors que nos représentants, membres de ce
Conseil [colonial], sont tous affiliés à des partis politiques belges".
Analyse externe -
YOUNG
Pour l'analyste américain, "le modèle de conduite politique que l'on instaura
involontairement à l'occasion de ces consultations était extrêmement dangereux
pour le pays". En effet, il y avait un seul élu par canton électoral, ce qui
permit au groupe qui avait la majorité relative d'emporter un maximum de sièges:
". A Léopoldville, l'ABAKO, qui représentait essentiellement la population
kongo, obtint 133 sièges sur 170 dans les communes africaines avec 46% du total
des voix", et la majorité dans six conseils communaux africains sur huit.
Ces résultats marquèrent clairement l'échec de la stratégie de participation
progressive de la population africaine à la gestion de la colonie, en commençant
par l'échelon local, adoptée par l'administration coloniale et les trois partis
traditionnels belges qui s'étaient partagés le pouvoir pendant la longue période
d'élaboration du "Statut des Villes", de 1948 à 1957.
L'intronisation de Joseph KASAVUBU, président de l'ABAKO, comme bourgmestre de
la commune de Dendale (arrondissement de Léopoldville) eut lieu le 20 avril
1958. Il prononça à cette occasion un discours dans lequel il déclara notamment
que "la Belgique doit reconnaître la nationalité congolaise, ou l'autonomie
interne du pays, afin de permettre aux Belges et étrangers établis au Congo
depuis de longues années d'acquérir cette nationalité et assurer ainsi
l'exercice des droits qu'ils ont acquis chez nous", "l'instauration de la
démocratie ne sera établie que dans la mesure où nous obtiendrons l'autonomie,
fût-ce interne"; "il n'y a pas de démocratie tant que le vote n'est pas
généralisé": "le premier pas n'est donc pas encore accompli", "nous demandons
des élections générales et l'autonomie interne".
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Le premier engagement concret du politique
concernait l'inscription du travailleur à une assurance maladie-invalidité et à
une "caisse de retraite". Cette acquisition syndicale métropolitaine ne trouve
aucun écho auprès des congolais, jugeant inutile et vexatoire d'imposer ce
qu'ils pratiquent déjà par tradition envers les aînés. Il n'existe pas de notion
de prévoyance chez le congolais. Il vit le moment présent. Cette constatation
aurait du faire comprendre aux européens que la constitution de réserves (moteur
de l'économie et du stockage dans les pays à saisons improductives) et le
travail nécessaire à les constituer sont des principes qui échappent à
l'africain. Il a constamment à portée de main ce dont il a besoin.
A leur grande confusion, les populations des cités indigènes trouvent à leur
tête un Bourgmestre (maire) et des
Échevins élus selon le principe démocratique occidental,
indépendants des chefs coutumiers détenteurs du pouvoir ancestral. Cette
dualité ambiguë provoque un choc culturel d'une incompréhension
totale
Vincent DUDANT,
journaliste free-lance, commente le chef coutumier actuel.
Les ancêtres sont considérés comme des
" Pères fondateurs " qui dans leur grande bonté, ont tracé les voies que le
groupe devait suivre pour se trouver en sécurité. Le chef de la communauté est
le médiateur entre les esprits et la population. Il a lui même été choisi par
les ancêtres qui lui ont donné son nom. C’est de là que chaque chef coutumier
tire sa légitimité et personne ne remet en question le choix des ancêtres. Voilà
pourquoi le chef coutumier est, au Congo, une des rares autorités encore
respectées. Dans ce pays éclaté, il incarne la cohésion du corps social. Il est
donc quelqu’un de très précieux, que la population se doit de ménager, de
protéger. On travaille donc pour lui ; on chasse pour lui ; on lui offre des
cadeaux.
http://216.239.37.100/search?q=cache:http://club.euronet.be/vincent.dudant/kienge.htm+Congo,+AND+chef+AND+coutumier&lang=fr&client=wanadoo-be&hl=fr
Enfin, le remplacement du gouvernement colonial monolithique par
un pouvoir congolais diffus composé de personnes d'ethnies ou races
différentes relève de la plus haute gageure. La métropole ne le saisit pas, loin
de la "réalité du terrain". Pourtant, comment réagirait un espagnol se faisant
représenter à une Commission Européenne par un suédois ?
En Afrique, la tradition et la coutume ne se balaient pas d'un revers de
manche ou d'un trait de plume.
Le
droit et la coutume au Congo,
explications de
M. Henri-Paul Roger MUKENDI, magistrat à Kinshasa
Il y a le droit écrit qui appelle les gens à se
comporter d'une certaine façon et le droit coutumier qui est le droit que les
gens ont toujours vécu... Car en Afrique, les gens se répartissent en coutumes
qu'ils suivent. De temps en temps, les coutumes entrent en contradiction avec le
droit écrit. Les pays africains ont compris qu'il fallait harmoniser. Il est
clair aujourd'hui, que les sociétés africaines de l'époque n'avait que la
tradition orale... mais, l'Européen est arrivé et nous avons appris à écrire le
droit... En fait, cette oralité, renferme certaines valeurs, des valeurs en
lesquelles l'homme noir, le colonisé, a cru et ces valeurs, comme je le disais,
entrent en contradiction avec le système ramené de l'occident. Les juges ont
tenté de résoudre cela par domaines. Par exemple, dans le domaine du mariage, on
va voir ce que nous dit le droit européen, c'est-à-dire le code napoléonien.
C'est ce qui a amené les juristes à créer une autre famille que l'on appelle
"Famille des droits africains et malgaches"... issue de la "Famille romano
germanique"...C'est le mélange des valeurs issues de la colonisation et les
valeurs africaines... Pour parler de l'harmonisation, prenons le système
politique que l'on appelle présidentiel... Il y a une forte concentration du
pouvoir du président...
Et l'on voit que tous les présidents africains se comportent comme des chefs
coutumiers... Dans ces valeurs occidentales, ils ne prennent que ce qui les
intéressent... Pour le mariage, chez nous, on considère qu'il y a mariage qu'à
partir du moment où une "dote" a été versée. Cette institution coutumière a donc
été transférée dans le droit écrit. On peut aussi parler de la polygamie... Ici,
en Occident, cette institution est vue d'un mauvais œil... C'est la tradition
chrétienne... Cette tradition a été amené chez nous, mais les gens, chez nous,
étaient polygames...
On doit
raisonnablement constater que le jeu politique occidental n'a pas
été assimilé par l'immense majorité des congolais.
Qui est à blâmer (dans l'air du temps) ? Seuls, les congolais d'alors
qui côtoient les sphères politiques - par statut professionnel ou
bienveillante tolérance - saisissent le parti qu'ils peuvent en
tirer... Ils copient les travers et mœurs politiques belges avec une
rare adresse, un sens aigu de l'observation et de l'opportunisme.
En peu de temps (50 ans), mal inspirée, Bruxelles a montré ses propres
faiblesses et "démonté" dangereusement
un système social séculaire basé sur l'obéissance à la tradition.
Bruxelles a ouvert la boîte de Pandore. La faille est creusée, le
congolais y plonge sans que personne ne lui ait jamais donné une
échelle de secours.
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Réflexions
personnelles tirées de l'actuelle propension au "mea culpa".
Devant
les innombrables versions du fiasco provoqué par la décolonisation du
Congo,
la montagne de critiques négatives que les coloniaux subissent quotidiennement,
les jugements de valeurs émis par des personnes qui ne savent pas de quoi elles
parlent,
la bêtise manifeste ou le racisme à rebrousse-poil (à l'égard du méchant blanc),
les mensonges gratuits ou haineux, le choeur des diffamations persistantes :
Aloubè reste perplexe, car
pendant la période où il a vécu au Congo :
il n'a curieusement jamais constaté de
maltraitance à l'égard du congolais,
jamais eu l'impression que le congolais répondait au portrait dressé par Lumumba
;
il a vu l'européen tâcher d'apporter aux congolais les bienfaits dont il
bénéficie,
vécu au milieu d'eux, les a appréciés pour leur qualité de coeur, leur
générosité,
leur patience et leur subtilité d'esprit ainsi que leur joie de vivre.
Fort de ces constatations,
il renvoie, en retour aux accusations portées aux coloniaux, aux réflexions
suivantes :
1 - Affirmation : pour la majorité des coloniaux, le profit n'a pas été
l'unique moteur de la "colonisation".
A côté de profits retirés par les holdings financiers et industriels du
développement économique du pays, durant son époque,
la colonisation a :
- amélioré l'état sanitaire des populations et du pays,
profondément et partout (éradication des maladies endémiques) ;
- imposé - parfois par la force - une trêve sociale entre races (présence
militaire, arsenal législatif...) ;
- suscité des échanges et créé des acquis culturels (dans quel
sens le plus profitable ?)
- conduit le Congo au monde moderne (sans avoir suffisamment eu le temps
de le préparer).
Aloubè refuse dès lors de croire que l'œuvre coloniale n'aura eu qu'un impact
négatif, comme on voudrait aujourd'hui le faire croire. Il regrette également
que le départ brutal des coloniaux ait marqué un tel arrêt dans la croissance et
le bien-être social au Congo. Aloubè a été témoin de ce formidable essor né au
Congo après la dernière guerre, a vu le pays approcher rapidement de la
prospérité. Aujourd'hui cet espoir brisé en plein élan est plus que regrettable
pour le peuple congolais. Les anciens ne le savent que trop. Les vrais coloniaux
pensent de même et le dénigrement quasi systématique de leur oeuvre les offense
toujours profondément..
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2 - Souhait : la "non assistance à pays en danger", notion à inventer !
Oui, la décolonisation devait avoir lieu. Le
Congo doit être libre et indépendant. A quel prix ? Les mise en garde
coloniales adressées alors à Bruxelles n'ayant pas été prises en compte, peut-on
permettre que les politiciens d'alors échappent à la responsabilité d'avoir
laissé le Congo plonger dans un tel marasme, atteindre une telle misère ? On
comprendra mieux ainsi la réprobation générale des coloniaux à l'égard du
gouvernement de Bruxelles.
La non assistance à pays en danger est juridiquement condamnable.
Se retrancher en permanence derrière le prétexte de la non ingérence dans les
affaires d'un pays souverain ne fait qu'augmenter la culpabilité de ceux qui le
regardent se déliter. L'ingérence en cas de danger doit-elle, pour les pays
d'Afrique, rester un souhait hypocrite ou devenir une réalité ? Et dans
l'affirmative, qui a le pouvoir de la faire respecter, sachant qu'elle est
aujourd'hui plus guidée par des perspectives financières juteuses que
prioritairement par la philanthropie ou l'esprit humanitaire ? Les commissions
actuelles sur la mort de Patrice Lumumba font-elles partie d'une lamentable,
cynique ou sinistre tentative de dédouanement ? Honte au "c'est pas moi, c'est
l'autre...".
3 - Constat : assimilation de mœurs et travers étrangers.
40 ans d'indépendance. Même animés des meilleures intentions, il est
clair que les "dirigeants" congolais sont incapables de surmonter la crise où
ils plongent inexorablement le pays et ses habitants. Un peu à l'image d'un film
américain relatant les intrigues et procédés utilisés pour "fabriquer" un futur
président, le jour de son élection, celui-ci se retourne vers ses créateurs et
leur demande :
"..et maintenant, que suis-je supposé faire ?".
Les dirigeants congolais ne posent même pas la question : ils encaissent, au
propre comme au figuré. Qui sont les véritables artisans de l'accession et du
maintien au pouvoir de pareils que Mobutu, Kabila, Amin Dada, Bokassa, et
consorts ? Il serait utopique de croire que les peuples interpellés les ont
choisis. Pour s'en convaincre, il suffit d'écouter
Radio
Trottoir (l'opinion publique, la rumeur) à
Kinshasa aujourd'hui.
Ces dirigeants n'existent que par le soutien de l'étranger qui préfère
s'adresser à une seule autorité placée par l'Intérêt, laquelle se doit de
rétrocéder des concessions (diamants, or, uranium...) pour son maintien. Y
aurait-il d'autre origine aux immenses richesses d'un Mobutu ? Le pillage
systématique de son pays n'explique pas seul ses confortables et multiples
comptes en Suisse. Les capacités du Congo, tant économiques qu'humaines,
devraient théoriquement et manifestement lui permettre de s'élever au rang des
pays potentiellement les plus prospères. Le pays est notoirement connu pour être
un scandale géologique tellement riche en capacités énergétiques (site d'Inga).
La sagesse congolaise est-elle à ce point (si vite) gangrenée par la turpitude,
la cupidité, le cynisme et la corruption de l'Occident ? Serait-ce le seul
héritage politique occidental laissé par les coloniaux ?
Où est l'Homme intègre attendu par ce magnifique pays ?
4 - Changement de costume.
L'époque de la colonisation n'existe (théoriquement) plus. Est-elle, pour
autant, un phénomène révolu ?
Avec la culpabilité qui lui est associée, quel avantage le congolais pourrait-il
retirer aujourd'hui d'un colonialisme, quelle qu'en soit la forme ? D'ailleurs,
comment l'aider sans passer pour un néo-colonialiste ? sans susciter l'opprobre
(surtout celle de ceux qui ne comptent prudemment ne rien tenter ou faire du
tout ) ? Ne serait-il pas temps de se débarrasser de tous nos complexes de
peuples dits "civilisés" ?
Sinon... tant pis pour les acquis dont il (le congolais) aurait pu jouir,
tant mieux pour celui qui en tire profit. C'est le navrant constat que l'on peut
retirer au vu du désintérêt général des nations pour la situation politique,
économique, sanitaire, humanitaire en République Démocratique du Congo. Misère
et régression sont les lots quotidien du congolais.
Sinon... plus insidieux et à visage masqué est le néo-colonialisme
non sujet à critique (on a tiré la leçon du "colonialisme" de papa). Il n'a
aucune commune mesure avec celui qui est tant décrié aujourd'hui. Il n'a
manifestement qu'un seul objectif très concret et à peine voilé : "pomper"
les pays africains,
... aide sanitaire, évolutions sociale et culturelle en moins !
Les efforts, si louables soient-ils, des ONG ou associations caritatives ne
devraient pas nous faire oublier cette nouvelle forme de sujétion, d'esclavage.
L'ancien colonial n'est pas dupe, et cela lui fait mal aussi.
Le Congo connaît une misère
supplémentaire avec la guerre continuelle et trop réelle qui frappe les civils
innocents.
Les remous politiques ou armés du centre de l'Afrique au travers de révolutions
de palais (renversement de Mobutu, assassinat de Kabila, invasion de la région
des grands lacs, fraude de minerais au Kasaï et au Katanga, crise politique
perpétuelle) soigneusement entretenus par les intérêts financiers planétaires,
au besoin par une guerre, sont la partie visible de l'iceberg.
Que réserve la partie immergée ? Qui parle pour les milliers de femmes
violées, pour les enfants de douze ans obligés de devenir des meurtriers, pour
les éternels errants fuyant leur maigre lopin de terre, pour les analphabètes
soumis à l'arbitraire de gourous malfaisants ? Qui n'a même plus la force de
réagir, l'estomac gonflé par la famine, les yeux purulents de fièvre, la vie
abandonnant une enveloppe moribonde attaquée par le SIDA ? Est-ce là le prix de
l'Indépendance ?
En dépit de tout, le peuple congolais continue d'espérer et de survivre dans
une amère bonhomie.
Pour paraphraser Cicéron à Catilina :
Quousque tandem
abutere Catilina patientia nostra ?
Jusqu'à quand abusera-t-on de sa patience ?
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Héritage de la Colonisation
Une prise de conscience, enfin ?!
Un article paru dans le journal congolais "La Référence Plus" (n° 2427 -
28.03.2002) sous la plume de Monsieur Lushima Djunga,
analyste financier - En voici quelques extraits lus dans Kisugulu n° 80 :
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...depuis la création du monde, aucun État n'existait encore sous sa forme
actuelle. Chaque État moderne a été créé et a sa propre histoire, ses
fondateurs et ses artisans.... En ce qui concerne le Congo, notre grand et
beau pays, il est l'oeuvre de Léopold II, roi des Belges. Qu'on l'aime ou
pas, c'est grâce au Roi des Belges que le Congo existe aujourd'hui en tant
qu'État moderne et en tant qu'une nation reconnue par tous les autres États
du monde... (Il) s'est battu pour fixer les frontières actuelles du Congo
dans un contexte historique particulièrement difficile. Comme on le voit,
les Belges demeurent les fondateurs et les premiers architectes de notre
pays...
...Après l'abolition de l'esclavage qui s'apparente à l'actuelle guerre
d'agression et la création de l'État Indépendant du Congo en 1885, la
construction du pays qui s'en suivit est l'oeuvre incontestable des belges.
C'est la raison pour laquelle dans le coeur de chaque citoyen belge, il y a
une place privilégiée pour le Congo...
Réputés pour leur imagination féconde, les Congolais savent exprimer leur
degré élevé d'amour envers les Belges lorsqu'ils appellent ces derniers
"Noko", nom qui signifie "oncle", comme pour rappeler à chaque instant aux
Belges qu'ils ont tous un "papa commun" qui a tout reçu de la Providence et
qui est encore capable de les nourrir à satiété. Si le Belge a su gérer et
fructifier sa juste rétribution, par contre, le Congolais à l'instar de
l'enfant prodigue de la Bible, a détruit et dilapidé tout ce qu'il en a reçu
et se retrouve dans une misère indescriptible dans laquelle vivent plus de
85% des Congolais.
... les Belges ont façonné et mis en valeur ce sous-continent qui était
encore impénétrable avant leur arrivée. Ils en ont chassé la pauvreté, la
faim, le chômage, les maladies endémiques, donnant aux Congolais les
meilleures conditions de vie depuis leur existence sur cette terre des
hommes. Par leur travail extraordinaire et leur savoir-faire, le Congo
avait atteint un taux de croissance enviable supérieur à celui de plusieurs
pays d'Afrique mais aussi d'Amérique et d'Asie. Le niveau de développement
du Congo en 1960 était nettement supérieur à celui de la République Sud
africaine...
... (les oeuvres des Belges) qui forcent l'admiration, interpellent notre
conscient collectif et, chaque jour, nous montrent nos déficiences et nos
limites... mieux que les discours démagogiques de (ses) politiciens plus
préoccupés par leur intérêt égoïste et le partage équitable et équilibré du
pouvoir. L'amélioration des conditions de vie de la population demeure le
cadet des soucis de ces politiciens...
...Aucun congolais ne peut affirmer aujourd'hui, 40 ans après
l'Indépendance, qu'il ne profite pas des bienfaits du travail appréciable
réalisé par les fondateurs du Congo...
...Pendant quarante ans de notre propre gestion caractérisée par le
bricolage et la théâtralisation, nous n'avons fait que développer et
multiplier des facteurs négatifs et destructeurs qui, comme l'acide brûle la
terre fertile du jardinier, ont détruit toutes les oeuvres belges et ramené,
par conséquent, le Congo au niveau des pays les plus pauvres ou les moins
avancés du monde....A titre exemplatif, on peut citer : les rebelles, les
guerres, la trahison, l'authenticité, la zaïrianisation, les pillages, les
assassinats, l'exclusion, la,haine, la corruption, l'égoïsme, le mensonge,
l'orgueil, la médiocrité, l'ingratitude, le tribalisme, l'injustice,
l'impunité, le non-respect des engagements et des lois, l'indigénisation des
réunions de service, les improvisations, les arrestations arbitraires et
toutes autres forces destructrices semblables.
Face à toutes ces anti-valeurs que nous entretenons depuis 1960, de nombreux
congolais qui ont été témoins du travail extraordinaire réalisé par les
Belges au Congo estiment aujourd'hui que les oeuvres prestigieuses suffisent
pour effacer toutes les erreurs qu'ils auraient commises pendant la
colonisation afin qu'ils retournent au Congo pour participer ensemble avec
les congolais à la reconstruction et la promotion de notre papa commun à
l'instar des Blancs et des noirs de l'Afrique du Sud post apartheid. Car,
les Belges ont prouvé qu"ils ont réellement aimé le Congo plus que le
Congolais... L'amour des Belges pour le Congo est très grand et est
perceptible à travers leurs oeuvres... A ce titre, ils méritent la
nationalité Congolaise mieux que ceux qui sont responsables de la misère des
Congolais.
Ma présente réflexion n'a nullement la prétention de faire l'apologie de la
colonisation qui est un concept révolu et suranné, mais elle voudrait
démontrer que dans un monde caractérisé par l'interdépendance entre les
nations, le partenariat dans les affaires, le métissage culturel et la
solidarité entre les peuples sont en passe de devenir les meilleurs facteurs
de développement des États du troisième millénaire....
...il est temps que nous puissions comprendre que l'exclusion des Belges
de la gestion du Congo constitue non seulement un acte d'une ingratitude
grossière envers les fondateurs du Congo mais aussi un grand frein à son
développement...
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Si l'on veut bien oublier le style un rien
pompeux et "lèche-bottes" qui caractérise cette analyse d'un analyste financier
plaidant pour un retour en force du savoir-faire belge, il n'en demeure pas
moins qu'un amer sentiment de contrition semble se dessiner par delà les propos
parfois durs à l'égard de ses compatriotes.
Les réflexions de Monsieur Kyoni kwa Mulundu
(katangais opposé au pouvoir
central) en controverse à celles du site UROME. En voici la conclusion :
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Aujourd'hui, que reste-t-il de la colonisation belge ? Difficile à
découvrir. On peut néanmoins dire que la seule chose qui subsiste est la
tendance qu'ont les Congolais, lorsque dans leur pays les choses tournent
mal, de s'enfuir en Belgique, de s'exiler ou d'aller chercher du travail
dans les pays qui n'avaient pas rompu complètement avec les puissances
coloniales; en outre, les Congolais sont les plus naïfs de tous les Noirs,
car ils ont la manie et une mauvaise habitude de se confier aux Blancs,
surtout aux Belges. C'est ainsi qu'avant le déclenchement de la guerre
actuelle, certains Congolais se sont ouverts aux parlementaires belges leur
disant qu'ils allaient ouvrir des hostilités militaires contre Kabila ou cet
autre ministre du gouvernement de M.Kabila qui est venu en France en 1998,
confiant dans les relation qu'il avait ou avait eues avec des socialistes
français, s'est retrouvé seul à Roissy sans que son ami et homologue
français ait daigné s'y déplacer et il a dû, pauvre moussaillon, attendre
une audience qui ne vint jamais ou encore cet autre ministre des Transports
qui sacrifia les intérêts de la compagnie aérienne congolaise à cause de
cinquante mille dollars de commission ou de vénalité. D'autres Congolais
essaimés à travers le monde et qui possèdent un malin plaisir de dénigrer
surtout les Katangais, oublieux qu'ils avaient servi, comme intermédiaires,
à asseoir des régimes dictatoriaux et oppresseurs au Katanga. Nombreux
qu'ils sont dans des organismes internationaux ou naturalisés dans des pays
d'accueil, ils ne cessent d'accuser les Katangais de pires maux. Qui parlent
encore au jour d'aujourd'hui des massacres perpétrés par l'ONU entre 1960 et
1963 au Katanga ? Des tueries faites par les soldats de l'ANC venus à la
suite de l'ONU en 1963 à Kanyama, Kamina ou même à Kolwezi ? Pendant la
guerre dite de "Quatre-vingts jours" nombreux sont des Katangais qui ont été
dénoncés à la vindicte de la soldatesque de Mobutu. La course effrénée à
l'enrichissement illégal, la naïveté, la couardise, la délation et
l'irrespect du bien commun caractérisent le Congolais d'aujourd'hui façonné
par trente deux ans de mobutisme . Le Congolais se fait toujours passer pour
un homme travailleur et consciencieux. Mais, en réalité, au vu de l'état
délabré du pays, il devrait se tenir coi et tourner la langue sept fois dans
la bouche avant de parler. Ce n'est jamais le cas.
Ce genre de comportement de certains compatriotes est le résidu de ce que
j'appelle la mentalité des colonisés. Voilà, c'est le seul héritage qui
est resté des plus de quatre-vingts ans de la colonisation belge.
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Éditorial du journaliste Albert NTULA par à la
veille des 43 ans de l'Indépendance et de la Fête Nationale
La réunification absente de la fête nationale ?
Les Congolais s'apprêtent à célébrer, dans moins de 48 heures, le 43ème
anniversaire de l'accession de la République démocratique du Congo (RDC) à
l'indépendance à un moment particulier de leur histoire. Autant le 30 juin 1960
avait propulsé le Congo belge dans la sphère des Nations indépendantes et
libres, autant le 30 juin 2003 devrait pouvoir consacrer la renaissance -
d'autres parlent de refondation - d'un État qui, en 43 ans de vie, aura connu
des fortunes diverses.
Pour ce 43ème anniversaire qui intervient sur fond de négociations politiques
fort controversées, les autorités congolaises et avec elles la Communauté
internationale ont tenté en vain de marquer l'événement d'une pierre blanche en
inaugurant des nouvelles institutions de la transition destinées à conduire le
pays à un système de gestion démocratique, issu d'élections libres transparentes
et démocratiques.
Si pour les générations des années 40-50 la date du 30 juin
constitue l'une des plus marquantes de l'histoire de la RDC, pour la grande
majorité de jeunes nés après l'indépendance - tout préoccupés par des besoins de
survie et par leur avenir - il s'agit d'un jour comme tout autre, d'autant
qu'ils n'en ont hérité que des vicissitudes pour l'essentiel.
Même pour une certaine élite de l'époque qui en garde encore les meilleurs
souvenirs, l'événement, au fils des ans, a perdu de sa saveur pour n'avoir pas
tenu toutes ses promesses. D'aucuns regrettent même -non sans nostalgie- l'ère
d'avant l'indépendance, à la manière de ces Israélites des Saintes Écritures
qui, pendant les 40 ans de traversée du désert, n'avaient cessé de récriminer
Moïse pour les avoir sortis d'Égypte.
De plus en plus d'anciens clercs des années de l'indépendance
appellent de tous leurs vœux le retour des " Oncles ", les Belges, pour qu'ils
reprennent les choses en mains, suite à la défaillance des Congolais à se
gouverner. Le blocage observé depuis plusieurs semaines dans les négociations
pour la mise en place des institutions de la transition, plus spécialement
autour de la formation d'une armée réunifiée et intégrée, administre à
suffisance la preuve de ces allégations.
Et pourtant, l'on aurait souhaité que le 30 Juin 2003 soit fêté avec un peu plus
d'éclat, en ajoutant au menu un ingrédient cher : la réunification symbolisée
par la mise en œuvre de toutes les institutions de la transition et caractérisée
par une gestion consensuelle.
La commission de suivi de l'accord global et inclusif, mais aussi le Comité
d'accompagnement de la transition, entendent démarrer la nouvelle transition de
deux ans à partir de Mbandaka, Chef Lieu de la province de l'Équateur qui a
entrepris de revêtir sa robe d'hyménée.
Mais, alors que les organisateurs mettent les bouchées doubles pour que le décor
se prête au mieux à la cérémonie, les violons au niveau des artisans même de la
fête ne semblent pas s'accorder. La cacophonie qui a persisté aux négociations
sur le partage des responsabilités entre composantes belligérantes au sein de
l'armée, ajoutée à l'embrouillamini jeté par l'opposition politique en se
présentant en ordre dispersé pour sa représentation au gouvernement, risquent
fort de gâcher la fête.
A moins d'un ultime sursaut dont les délégués aux négociations nous ont habitué
depuis le début du Dialogue intercongolais, la réunification qui devrait être le
point d'orgue de la fête du 30 juin risque de ne pas être au rendez-vous.
De quoi frustrer tout un peuple qui voyait déjà poindre à
l'horizon un jour nouveau au départ de Mbandaka. Plaise donc aux hauts
représentants au sein de la Commission de suivi et aux délégués de la composante
opposition politique de tendre l'oreille pour écouter le cri de désespoir que
lance en leur direction un peuple meurtri, sans joie pour sourire presque sans
voix protester et sans larmes pour pleurer.
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En guise de conclusion
Aloubè a pêché, par le plus grand des
hasards, un texte du Web concernant la mémoire d'Élisabethville ( le
devoir de mémoire ? ).
Pour commémorer le centenaire de la ville (1910-2010 ), le Musée organise une
exposition d'objets servant à "raviver" la mémoire de leur possesseurs ou de
ceux qui s'y intéresseraient.
Par delà les faits et objets concrets, perce une émouvante évocation de l'époque
coloniale, sans aucun jugement de valeur.
A consommer à dose homéopathique...
Mémoires orales d’Élisabethville
En l'an
2010, Lubumbashi, ville minière du sud-est et chef-lieu de la province du
Katanga en République Démocratique du Congo, fêtera son centenaire. Des
générations ont succédé aux générations. Chaque jour qui passe, chaque année qui
s'écoule apporte une couche de poussière sur la mémoire de cette ville et sur
son patrimoine culturel. L'impression qui se dégage aujourd'hui est cette
coupure du lien entre le passé et le présent chez les jeunes générations. Afin
de ne pas faire face aux démons du passé, l'oubli s'installe. Pourtant, le
visage qu'affiche aujourd'hui la ville de Lubumbashi n'est pas celui d'hier, sur
tous les plans. Lubumbashi ressemble à un champ de fouilles archéologiques dont
les mémoires exhumées dans les divers domaines permettront de reconstituer son
passé pluriel.
Dans ce contexte, nous avons été amené à effectuer des recherches en vue de
récolter toutes les informations possibles sur les mémoires populaires de la
ville de Lubumbashi. Nous avons ainsi ciblé le vécu quotidien des Lushois depuis
la période coloniale jusqu'à nos jours. Ainsi, par exemple, la troupe théâtrale
Mufwankolo, que nous avons sollicitée pour une pièce de théâtre, a trouvé bon de
jouer une pièce composée pour l’exposition, “Maisha ya Lubumbashi” (la
vie de Lubumbashi) avant et après l'indépendance. Avant l'indépendance, les
scènes racontent la vie aisée que les gens menaient pendant la période coloniale
en mettant l'accent sur la relative consistance et la régularité des salaires
des travailleurs congolais qui leur permettaient de nouer les deux bouts du mois
; l'obligation pour les enfants de se rendre à l'école et le respect dû aux
enseignants qui en fait représentaient l'élite intellectuelle de la population
congolaise; la réglementation sur les migrations rurales-urbaines, etc.;
l'ouverture des bars, les heures de fermeture et la réglementation en ce qui
concerne leur fréquentation et l'interdiction formelle d'accès à ces lieux par
les personnes mineures ; la réglementation sur l'exercice du commerce et la
fixation des prix ; l'assainissement de l'environnement et l'entretien et le
maintien de l'hygiène individuelle et collective ; la lutte contre les maladies
sexuellement transmissibles à travers le contrôle médical régulier opéré auprès
des femmes libres, etc...
A cette période les acteurs juxtaposent celle de l'après indépendance
caractérisée par un laisser-aller dans tous les domaines. Il s'agit d'une sorte
de société déréglée, dans laquelle règne le chaos et le désordre, un bateau ivre
à la dérive dont le capitaine a perdu le contrôle des commandes. L'exode rural
n'est plus réglementé. La ville accueille alors un afflux important des masses
villageoises et assiste à une augmentation de plus en plus inquiétante du taux
de chômage ; les enseignants sont démotivés et les taux de la déperdition
scolaire augmentent sans cesse. La société congolaise est rongée par des grands
fléaux tels la corruption, la concussion, les tracasseries policières et
administratives, le détournement des deniers publics, la naissance et le
développement du secteur informel avec l'apparition des marchés pirates, bref,
la mort de l'État et l'installation du libertinage sauvage. Tout est en danger
de mort, pour emprunter l'expression de J.L. Grootaers . Ici le théâtre se
dresse en une sorte de satire, étale un bilan largement positif de la période
coloniale, dont l’expérience directe n’est connue que par de rares vieux, en
même temps qu'il présente la période post coloniale sous un jour sombre. Il
s'agit ici d'une sorte de protestation de la population face ý la dégradation
des conditions sociales de la société.
Plusieurs facteurs
justifient cet état chaotique qui puise ses racines depuis la fin de la période
coloniale et s'étend tout au long de la période post coloniale, caractérisée par
une série de crises politiques avec, comme corollaire, la crise économique et
sociale. Les responsabilités sont ainsi partagées, du moins au début, entre les
colonisateurs belges et les colonisés congolais. Mais, la grande responsabilité
revient aux Congolais eux-mêmes qui n'ont pas su et ne savent pas montrer ce
dont ils sont capables dans le développement de leur pays.
Il existe plusieurs
mémoires collectives aussi bien rurales qu'urbaines. Et, même dans les villes,
toutes les mémoires ne sont pas les mêmes. Elles différent d'une catégorie
socioprofessionnelle à l'autre, d'un sexe à l'autre et d'une classe d'âges à
l'autre. Ainsi, Lubumbashi s'avère un lieu de mémoires pluriel. Elle est à la
fois un lieu et plusieurs lieux de mémoires.
La société
coloniale apparaît aujourd'hui comme une caserne régie par une discipline
rigoureuse; une société où le Noir, à l'instar de son frère sud africain, devait
ployer sous le poids d'un assortiment de documents officiels justifiant son
séjour dans la ville, domaine privilégié du colonisateur. Aussi, le livret
d'identité, le carnet des impôts, la carte de travail, le livret de travail, le
passeport de mutation, le certificat médical, etc. étaient autant de documents
officiels dont le citadin noir ne pouvait se passer. Les témoignages y afférents
nous rendront certainement compte non seulement de leur importance dans la vie
urbaine des Congolais, mais aussi des jugements dont les Congolais se font
actuellement de ces documents.
Le souci de
transmettre le patrimoine culturel passé oublié aux générations présentes
constitue une autre raison fondamentale de la recherche liée à l'histoire des
objets dans la ville de Lubumbashi.
Les pagnes, par
exemple, ont connu toute une évolution tant dans leur qualité, leur quantité que
dans leurs modes et leurs multiples fonctions. Les femmes congolaises de toutes
les générations enquêtées apportent leur contribution à la connaissance du passé
dans ce domaine. Il en est de même de l'habillement des hommes : du costume à l'abacost
(note : A bas le costume !) et actuellement au costume. L'histoire de l'habillement contribue ý la
connaissance de l'histoire des mentalités urbaines. D'autres objets nous sont
ainsi apportés munis de commentaires de leurs propriétaires. Ainsi, des objets
apparemment simples et sans valeur, comme des casseroles, des perles, assiettes,
gobelets, etc., se révèlent tout à coup importants grâce au message révélateur
dont ils sont porteurs et qui dévoile aux chercheurs et à la communauté le rôle
qu'ils ont joué dans la vie d'un individu ou de toute une famille.
Les photographies individuelles ou de famille sont des souvenirs, une sorte
d'aide-mémoire. Elles rappellent des évènements du passé heureux (sacrements
religieux, naissances, ...) ou malheureux (maladie, décès, etc.); les conditions
de vie à un moment donné de l'histoire. Elles retracent aussi le film de la vie
passée, des diverses manifestations sociales, familiales, collectives et ont
donc une importance dans la mémoire de la ville. Elles sont témoins de
l'évolution des comportements, des attitudes et des mentalités de la population
de la ville de Lubumbashi face aux différents évènements passés.
Une autre forme de
la mémoire populaire de la ville se retrouve dans la peinture populaire sur
toile. Les artistes peintres reproduisent ce qu’ils estiment avoir marqué la
mémoire collective. Ils montrent le changement négatif ou positif du visage de
la ville à travers la reproduction des différents lieux de mémoire à des époques
différentes de l'histoire. Cela permet aux jeunes générations et aux étrangers
de se rendre compte de l'évolution du vécu quotidien dans la ville de
Lubumbashi, c'est-à-dire du degré de délabrement ou d'amélioration de
l'infrastructure urbaine, de la dégradation ou de l'amélioration des conditions
de vie des citadins de Lubumbashi.
Le
système de ravitaillement à la Gécamines (ancienne Union Minière du Haut
Katanga, l’entreprise minière qui faisait vivre la ville moderne), le changement
de comportement de la population urbaine, plus particulièrement des jeunes face
aux évènements qui entourent la mort, les problèmes que pose le transport en
commun, la peine du fouet à côté du bureau de passeport, la réforme monétaire,
les pillages des années 1990, les tracasseries policières, l'ancienne prison de
Kasombo où fut emprisonné et où mourut Simon Kimbangu ( prison devenue
aujourd'hui le centre kimbanguiste, haut lieu de pèlerinage et de mémoire ), le
marché pirate, la carence du carburant et les files des véhicules devant les
stations, etc. montrent une fois de plus que les mémoires diffèrent aussi d'un
individu à l'autre au sein d'une même catégorie socioprofessionnelle. La plupart
de ces mémoires qui concernent la période post coloniale, opposent la période de
Mobutu ý celle de Kabila, la destruction à la reconstruction, la diabolisation à
la sanctification.
Nous avons invité
aussi bien les jeunes que les personnes adultes à la reconstitution des mémoires
de la ville de Lubumbashi. Un concours organisé parmi les jeunes élèves de
quelques écoles secondaires de la ville a eu pour objectif d'apprécier la
mémoire des jeunes, âgés entre 15 et 20 ans, sur le passé de la ville, de
recueillir leurs impressions sur le présent et leurs aspirations sur l'avenir de
cette ville. Il est certes connu que les sources de connaissances pour ces
enfants se trouvent dans la culture livresque, dans les rumeurs, la
radiotrottoir, dans les discours des parents.
Des conteurs
sélectionnés vont parler des divers aspects du vécu quotidien de la ville de
Lubumbashi. Ce groupe comprendra aussi bien les Congolais que les expatriés des
divers secteurs de la vie : employés des entreprises, domestiques, femmes
ménagères, commerçants, footballeurs, scouts, mulâtres, anciens évolués du
Cercle saint Benoît, etc. L'objectif ici est de détecter dans chaque récit ce
qui a marqué la mémoire de chaque intervenant et l'attitude de ce dernier face à
ce passé en tant que représentant d’un groupe. C'est à partir des témoignages
que nous pouvons appréhender la manière dont ils ont vécu et nous rendre aussi
compte de la diversité de leurs comportements, de leurs jugements et des
interprétations qu'ils se font des faits historiques propres à la ville.
Il
y a aussi la recherche sur la mémoire de la femme dans la ville de Lubumbashi,
de sa marginalisation à son intégration et sa réinsertion dans la vie
économique, politique, sociale et culturelle de la ville de Lubumbashi. Marcel
Ngandu présente à ce colloque une communication basée sur sa recherche qui a
reçu le soutien matériel du South-South Exchange Programme for Research on the
History of Development (Amsterdam). Pendant longtemps, l'approche du passé est
restée dominée par le point de vue masculin dans la mesure où la part des femmes
dans la naissance et l'essor du monde industriel moderne a été oubliée. Les
femmes vivent dans l'ombre de leurs maris et, partant, font partie de la vie
privée de ces derniers. Elles constituent par ce fait même des personnes objets
et non des personnes sujets de l'histoire. Cette situation trouve son origine du
début de l'industrialisation, alors que le colonisateur avait besoin en ville
des hommes adultes valides et non des femmes et des enfants. Revalorisées à
cause de leur fécondité pour remplir les camps de travailleurs et faire d'eux
des réservoirs de main-d'oeuvre, la colonisation va en faire ensuite des épouses
occidentalisées, des ménagères capables de gérer le budget familial. Cela
justifie la création des foyers sociaux et des écoles ménagères. L'évolution
intellectuelle des hommes a suscité aussi celle des femmes. Le souci de faire
des femmes des évolués des épouses à leur hauteur va conduire à la
multiplication des écoles pour filles. L'histoire ignore ou parle peu du rôle
des femmes dans la création et le développement de la société coloniale en
général et de la ville de Lubumbashi en particulier. Les femmes enseignantes,
commerçantes, ménagères, membres des partis politiques, bourgmestres, etc., des
différentes générations ont contribué au développement de la ville de
Lubumbashi. Elles seront appelées ý produire leurs témoignages dans les
différents domaines de la vie quotidienne urbaine.
Ces personnes
transmettront un ensemble de souvenirs propres à leurs milieux ou à leurs
catégories socioprofessionnelles respectifs qui, mis ensemble, contribueraient à
l'élaboration d'une riche histoire urbaine de Lubumbashi par les autochtones
eux-mêmes. Les différents souvenirs de Lubumbashi ainsi exhumés permettraient
également de rechercher et de détecter des modèles. En fait, il serait
intéressant de se poser la question de connaître les attitudes des acteurs face
au passé dont ils rapportent les souvenirs. Ces derniers, comme le note si bien
Josette Coenen-Huther, "revisités tout au cours de la vie, se chargent d'autres
significations et s'organisent autour d'autres représentations au fur et à
mesure que l'individu évolue et transforme ses conceptions" .
Ainsi en est-il,
par exemple, du cas de Patrice Lumumba dont la mémoire a varié aussi bien dans
le temps que dans l'espace. Lumumba, considéré comme libérateur du peuple
congolais, fut par la suite diabolisé par les Baluba du Kasaï pro-MNC-Kalonji et
par les Katangais favorables à la Conakat de Tshombe. Sous le régime de Mobutu,
Patrice Lumumba fut réhabilité par Mobutu qui se faisait passer pour son
héritier. Au cours du même règne et devant sans doute le désir de rester l'homme
seul ou le seul homme providentiel du Congo, Mobutu fut tenté de reléguer la
mémoire de Patrice Lumumba aux archives . Avec l'avènement de l'AFDL,
Laurent Désiré Kabila qui passe pour l'un des lumumbistes radicaux, vient
réhabiliter de nouveau Lumumba. Cette réhabilitation de la mémoire de Lumumba
par un originaire du Katanga aujourd'hui à la tête du pays contamine tous les
Katangais, même ceux qui, hier, du temps de Tshombe, se comportaient en ennemis
jurés de Lumumba. C'est dire justement comment le passé ne se revit pas, mais se
reconstruit selon les nouvelles conceptions acquises et conformément à la
conjoncture politique, économique, sociale ou culturelle présente.
Il y aussi cette
façon propre à chaque individu de reconstruire le passé de la ville à partir du
vécu actuel. Quelle position prendre face au passé à partir du vécu quotidien
présent ? La façon de voir le passé actuellement est différente de la façon dont
le contemporain l'a vécu. Aussi, les sentiments qui animent aujourd'hui le
conteur ne sont pas les mêmes que ceux qui l'animaient lorsqu'il vivait
l'évènement.
Un dialogue sera
établi entre ces différentes mémoires populaires et le discours des chercheurs
sur la ville de Lubumbashi. Le dialogue mémoire-histoire débouchera sur la
constitution la mémoire savante, la connaissance globalisante de la ville de
Lubumbashi et donc la raison fondamentale de l'exposition sur cette ville.
Objets de mémoire.
Une partie de l’exposition qui se prépare au Musée de Lubumbashi sera constituée
d’objets, de photos et de documents, tous chargés de souvenirs pour les
personnes qui les ont prêtés. Pour cette première exposition, les personnes
sollicitées appartiennent à des réseaux que les enquêteurs et les membres du
comité scientifique du projet ont pu sollicités : il n’y a eu aucune publicité,
que ce soit par le biais de la presse, de la télévision, de la radio ou
d’affiches. Notre espoir est que l’exposition du mois d’août, qui elle sera
annoncée par tous les moyens cités ci-dessus, incitera plus de gens à participer
et à collaborer et s’étendra à d’autres couches, catégories de la population.
Dans un premier
temps, nous avons fait appel à des informateurs avec lesquels les historiens de
l’ Université de Lubumbashi (surtout D. Dibwe dia Mwembu et M. Ngandu Mutombo
ainsi que l’équipe d’enquêteurs, tous appartenant au réseau dirigé par B.
Jewsiewicki, qui travaille sur la mémoire de la ville depuis 1993) ont déjà eu
l’occasion de travailler dans le cadre de leurs recherches ; par ailleurs,
chaque membre du comité scientifique a contribué à étendre le réseau, en faisant
appel à des connaissances, en parlant du projet et de notre attente autour
d’eux. L’accueil des personnes ainsi contactées a d’emblée été très favorable :
elles racontent volontiers leurs souvenirs ; de même, elles acceptent
relativement facilement de prêter les objets relatifs à ces souvenirs pour le
temps de l’exposition. Signalons cependant que les personnes contactées
appartiennent pour la majorité à la classe des " évolués " ; il s’agit en effet
de personnes qui ont pu bénéficier des avantages liés à la colonisation.
Néanmoins, cet accueil favorable laisse présager une bonne suite pour le projet
: ces quelques objets exposés ne manqueront pas de susciter des réactions, de
réveiller d’autres souvenirs et d’interpeller d’autres catégories sociales.
Ces objets
appartiennent à différents types : objets de la vie courante, tableaux, bijoux,
vêtements, documents administratifs ; ils ont tous trait à des souvenirs liés à
l’époque coloniale.
En cette période de chômage et de misère, pour la grosse majorité des
informateurs, qui ont jadis eu un emploi salarié, la période coloniale apparaît
comme un temps de prospérité, une période où le salaire permettait d’acquérir
des biens et de constituer un patrimoine. On oppose la mémoire d’une vie
urbaine, certes sous le contrôle autoritaire, mais offrant une sécurité
matérielle permettant aux urbains de mener une vie les distinguant bien des
villageois. Ce qui n’est plus le cas aujourd’hui, alors qu’on assiste à la
migration de ville au village perçue comme dégradation sociale.
Parmi les femmes interrogées, plusieurs ont fourni des ustensiles de cuisine ou
des objets de la vie courante en précisant que leur époux, grâce au salaire
régulier, pouvait remettre à l’épouse, à chaque paie, une somme d’argent qui
permettait de s’équiper en ustensiles ménagers (casserole, balle, gobelet), en
bijoux, pagnes.
Quelques
exemples :
- Gobelet (ob.2000.0005) : " Ce gobelet date de 1950. A cette
époque-là, j’étais mariée. Mon mari travaillait dans l’administration coloniale
comme chauffeur. Il m’avait donné de l’argent pour payer les aliments. Je me
suis rendue au marché ; j’ai payé les aliments. Après les achats, j’ai payé ce
gobelet car il m’avait beaucoup impressionnée. Lorsque je suis revenue à la
maison, j’ai fait une surprise à mon mari. Je lui ai apprêté la table avec ce
gobelet. Quand il vit ce gobelet, il demanda d’où il venait. Je lui répondis et
il prit alors la parole pour me dire : "Je suis très content que tu te sois
comportée de cette façon. Je m’aperçois que nous avons très bien démarré. Il
faut continuer de cette façon. Il ne faut pas attendre que je te donne de
l’argent pour payer quelque chose. Je ne peux que t’encourager ". Ces paroles
sont restées dans mon coeur. A la fin de chaque mois, mon mari me donnait de
l’argent pour payer la ration alimentaire. Je me suis toujours arrangée pour
rester avec un montant. Je m’en servais pour payer des assiettes, des balles,
des casseroles, des cuillères. Quelques fois, je ne dépensais pas ce montant ;
je le gardais à l’insu de mon mari. Le jour où il n’y avait plus rien ou que
nous recevions des visiteurs, je m’en servais pour payer à manger, pour offrir
quelque chose aux visiteurs. Voilà pourquoi j’ai gardé jalousement ce gobelet.
Perdre ce gobelet, c’est rompre avec cette bonne habitude, tandis que conserver
ce gobelet c’est persévérer dans cette bonne habitude. Lorsque je reçois la
visite de mes beaux-fils, je leur sers à manger avec ce gobelet. C’est une façon
pour moi de faire entrer cette bonne habitude dans le foyer de mes filles. Par
ailleurs, je me sers de ce gobelet pour prodiguer des conseils dans l’éducation
que je leur donne " (témoignage recueilli par Claude Mwilambwe Mwende auprès de
Mme Jeanne Ngombe Bitata).
- Balle (ob.2000.0008) : " Mon mari a travaillé durant toute sa
vie à l’ U.M.H.K. Les conditions de vie étaient bonnes. C’est chaque année que je
renouvelais les ustensiles de cuisine. C’est pourquoi je ne dispose d’aucun
objet ancien, à l’exception de cette balle. Je me la suis procurée en 1953.
C’est un cadeau que j’ai reçu des demoiselles qui géraient les foyers sociaux.
Elles nous encadraient, nous aidaient à bien gérer les ménages. Elles
improvisaient des visites pour voir comment nous appliquions leurs conseils.
Chaque fois qu’elles passaient à la maison à l’improviste, elles trouvaient la
maison, les enfants dans un état de propreté impeccable. Voilà pourquoi elles
m’ont fait ce cadeau " (témoignage recueilli par Claude Mwilambwe Mwende auprès
de Mme Shasha Marie-Anne).
- Sac à main
(ob.2000.0009) : " J’ai vu le jour en 1928. Je suis l’épouse de M. Alphonse qui
a travaillé comme enseignant durant toute sa carrière. Je me suis procuré ce sac
à main en 1965. Mon mari m’avait donné de l’argent pour me féliciter, me
récompenser. A la fin de chaque mois, il me donnait de l’argent pour la ration
alimentaire. Je m’organisais toujours pour ne pas utiliser tout l’argent. Ainsi,
il restait toujours quelque chose. Après plusieurs mois, je fis une surprise à
mon mari en lui montrant cette somme d’argent. Il s’en servit pour payer un
vélo. Quelques temps après, il me paya ce sac pour me remercier, me récompenser.
Je m’en sers aussi pour prodiguer des conseils à mes filles, les exhortant ainsi
à ne jamais être cupides en matière d’argent " (témoignage recueilli par Claude
Mwilambwe Mwende auprès de Mme Marie-Cécile Ilunga).
Cette période de prospérité est également marquée par l’acquisition de
vêtements, de bijoux qui témoignent par ailleurs de la mode des années 50-60.
Ainsi, plusieurs femmes nous ont prêté des jikita (amulettes) (ob.2000.0002,
ob.2000.0014) ou des photos (ph.2000.0003, ph.2000.0004, ph.2000.0006)
sur lesquelles elles les portent : " C’était le mode dans les années ‘50. Une
femme qui n’avait pas ces amulettes ne valaient rien du tout Lorsqu’une femme
faisait sa toilette, elle mettait ces amulettes au niveau de la hanche juste
après avoir mis le jupon. C’est seulement après avoir mis les amulettes que l’on
pouvait mettre les pagnes. Cela donnait une bonne forme au bassin, une forme
bombée En outre, il y avait d’autres amulettes que l’on portait au niveau des
mollets. La femme avait soin d’attacher le pagne de façon à ce qu’à chaque pas
qu’elle franchissait, le mollet se faisait voir. Cette façon de porter le pagne
était appelée jibula. Actuellement, on l’appelle " coupé " " (témoignage
recueilli par Claude Mwilambwe Mwende auprès de Mme Béatrice Mayaka Komanda).
Les jikita ont par
ailleurs permis de recueillir des commentaires auprès d’une ancienne femme
libre, Mme Bansenga Malangu Alphonsine, née en 1937. Cette dernière nous a prêté
deux photos (ph.2000.0005, ph.2000.0006) : " Sur la première photo (1956),
Alphonsine ne porte pas le jikita car elle est accompagnée de son ami de
quartier. Le jikita est un revolver porté à cette époque par toutes les femmes
libres afin d’atteindre les coeurs de tous les amoureux de la vie. Sur la
deuxième photo, Alphonsine porte le jikita. Ses bassins sont devenus ronds car
elle porte un rouleau de jikita autour de sa hanche. Pour être appréciée des
hommes, il ne suffisait pas de porter le jikita (ou à la place une couverture),
il fallait vivre dans sa propre maison. Il y avait donc une différence entre une
prostituée locataire et une prostituée propriétaire. Actuellement, la situation
sociale a changé ; ce critère de différenciation sociale n’existe plus. La
politique de l’authenticité instaurée par Mobutu a mis fin à cette pratique "
(commentaire de Ngandu Mutombo).
Une autre informatrice, Mme Kanfwa, nous a fourni plusieurs pagnes
qu’elle a pu s’acheter au début des années ‘60 : " à cette époque, c’est chaque
mois que je recevais de l’argent de mon mari. Je n’avais aucune difficulté à me
payer les pagnes ".
- un pagne
velours (ob.2000.0016) payé en 1961 à L’shi : " C’était la mode de
l’époque. Tu portes un seul pagne ordinaire. Au-dessus, tu portes ce pagne
velours en faisant attention à ce que la couleur du pagne corresponde à la
couleur du velours ".
- un pagne nkita (ob.2000.0018), payé entre 1960-1965 : " ce type
de pagne faisait fureur à L’shi et même à Kinshasa. Celle qui manquait ce pagne
ne valait rien ; elle faisait la honte de son mari. C’est pourquoi j’ai payé ce
pagne ".
- un pagne kiussa (ob.2000.0015), payé entre 1960-1965 : " ce
pagne-ci nous a été amené par les Ouest Africains. Lorsqu’ils sont arrivés sur
place, voilà les pagnes qu’ils vendaient. On l’appelle kiussa ce qui signifie "
ouest africain ".
- un boubou en velours (ob.2000.0017) payé entre 1960-1965 : " Mon
mari m’avait donné de l’argent, comme il avait l’habitude. J’avais payé ce
pagne. Je ne suis restée qu’avec ce boubou. Quant au pagne, je l’utilise pour le
moment comme rideau pour la fenêtre de la chambre à coucher de mon enfant "
(témoignage recueilli par Claude Mwilambwe Mwende).
M. Augustin Mwilambwe Kabamba nous a fourni un costume (ob.2000.0004)
et une photo (ph.2000.0009) sur laquelle il porte le costume en
question : " Nous sommes en 1955, c’est-à-dire en pleine période coloniale. Je
travaillais à la Filtisaf, entreprise textile de Kalemie. C’est à L’shi que j’ai
acheté ce costume. En 1958, j’étais parvenu à convaincre les Blancs de la
Filtisaf de construire un cercle récréatif pour les travailleurs. Les Blancs
considéraient le Noir comme un sous-homme, comme un citron, une orange qu’il
fallait presser pour se procurer le jus avant de jeter l’écorce. Il n’était pas
du tout facile de parvenir à un pareil résultat. Les études que j’ai pu faire
m’avaient décomplexé. Je n’avais aucun complexe devant le Blanc alors que mes
frères congolais froussaient. Ils considéraient les Blancs comme des dieux. Ce
cercle fut ouvert en 1958 ; ce jour-là, je fus intronisé comme premier président
du cercle récréatif des travailleurs de la Filtisaf. Je portais ce costume. Il
est le souvenir de ce jour combien historique. J’étais entouré de Blancs,
j’étais habillé comme un Blanc. Je parlais un français bien raffiné comme un
Blanc. Je n’avais de noir que la peau. A cette époque-là, il était vraiment rare
de voir quelqu’un s’habiller comme moi.
La vie que je menais m’a engagé dans des rivalités avec des amis, des
concurrents. Pour cela, il fallait être très bien habillé. C’est grâce à cette
tenue que je parvenais à défier, à surpasser les concurrents. C’est là un autre
souvenir de ce costume.
J’ai gardé ces habits jalousement. Ils m’ont fait honneur. Malheureusement, en
1971, le maréchal Mobutu procéda à la zaïrianisation en instituant l’abacost.
Désormais, on ne pouvait plus porter le costume, la cravate. Ce fut un coup de
foudre qui s’abattit sur moi. J’étais malade. Je ne ressemblais plus à quelqu’un
de cher. Sans ces habits, je n’existais plus. J’ai beaucoup souffert. J’ai amené
ce costume auprès d’un couturier qui l’a transformé en abacost en déplaçant tout
simplement les boutons. C’est ainsi que j’ai continué à porter ces habits
pendant toute la période mobutienne. Je le portais malgré moi. C’est une
blessure que je portais, une humiliation. J’avais perdu toute mon élégance
d’antan. C’est à partir de ce moment-là que le régime de Mobutu a commencé à
dégringoler. En prenant pareille décision, Mobutu a créé un mécontentement au
sein de la population. En tout cas, personnellement, je ne lui pardonnerai
jamais " (témoignage recueilli par Claude Mwilambwe Mwende).
La période coloniale a donc permis, pour une certaine tranche de la population,
l’acquisition de biens, de vêtements qui symbolisaient un statut social
enviable. Elle a également rendu possible l’accès à l’instruction, autre
occasion de se souvenir et de comparer avec le temps présent. Cf. le
certificat d’école moyenne (do.2000.0002) fourni par Madame Jeanne
Luzinga et datant de 1950 : " C’est un souvenir du système d’enseignement
pendant la période coloniale. Il y avait tout d’abord les études primaires.
Après, il y avait l’école moyenne qui formait les agents bureaucrates, l’ École
Normale qui formait les enseignants, l’ École d’infirmiers pour les infirmiers.
Les diplômés de ces écoles étaient membres de la classe des évolués. Ils
travaillaient au côté des Blancs qui leur apprenaient à être civilisés. Ils
mangeaient très bien, ils étaient très bien habillés.
Le détenteur du diplôme d’une de ces écoles ne pouvaient jamais souffrir. Il
vivait bien, il était respecté. C’était l’équivalent du diplôme universitaire
d’aujourd’hui à deux différences : actuellement, on peut être détenteur d’un
diplôme universitaire mais on n’a pas de boulot, on mène une vie misérable ; en
outre le diplôme universitaire est de qualité inférieure à celui de l’école
moyenne " (témoignage recueilli par Claude Mwilambwe Mwende).
Beaucoup d’informateurs ont fourni, en souvenir de la période coloniale, des
documents " administratifs " :
- livret d’identité ;
- certificat médical obligatoire de la femme célibataire ;
- passeport de mutation ;
- carnet des impôts (buku ya palata) ;
- carte de travail ;
- livret de travail ;
- carte d’ayant droit aux soins médicaux et pharmaceutiques ;
- carte de résidant (carte muikala)
- médaille du mérite civique ;
- carte d’épargne.
Ces documents, malgré la lourdeur administrative et le contrôle qu’ils
supposent, rappellent aussi aux informateurs de bons souvenirs de la période
coloniale. Quelques exemples :
- livret d’identité (do.2000.0001) : " ce document a joué le rôle
de la carte d’identité que nous connaissons actuellement. Ce livret contient les
identités, les timbres pour l’impôt (celui qui ne payait pas l’impôt, il était
facile de le découvrir) ; tous les déplacements y sont consignés. Enfin, il y a
des informations en rapport avec l’état de santé dans le but de lutter contre la
propagation de plusieurs maladies. Malheureusement, ce genre de document a
disparu. Il y a beaucoup de gens qui n’ont pas de carte d’identité. On se
déplace d’un lieu à une autre sans que cela soit signalé, sans que cela soit
autorisé. Les maladies ne sont plus consignées dans le livret d’identité. Tout
cela cause beaucoup de problèmes " (témoignage recueilli par Claude Mwilambwe
Mwende auprès de M. Michel Ilunga).
- certificat médical obligatoire de la femme célibataire
(do.2000.0003) : " ce document nous montre une grande différence entre
l’ancienne et la nouvelle époque. Durant l’époque coloniale, les malondas
étaient répartis dans tous les quartiers. Ils étaient chargés de dénombrer
toutes les femmes célibataires. Ils déposaient les listes auprès de l’autorité
coloniale. Celle-ci envoyait une liste au service d’hygiène avant de convoquer
ces femmes au dispensaire prophylactique du service de l’hygiène. Les femmes
libres devaient s’y présenter une fois par semaine pour être examinées. Chaque
femme recevait un livret dans lequel tout était consigné. Celle qui était
atteinte d’une maladie vénérienne était soignée gratuitement. Par après, des
contrôles furent improvisés dans les bars et les endroits publics pour déceler
les femmes libres qui se dérobaient. Elles étaient conduites à la permanence où
elles payaient une amende avant d’être menées au dispensaire pour y recevoir des
soins. Par ailleurs, les hommes étaient bien éduqués. Dans les bars, ils
demandaient poliment à la femme son livret dans le but de savoir si la femme ne
présentait aucun danger. Ceci a permis de supprimer les maladies vénériennes et
leurs conséquences. Malheureusement, ce système a été démantelé " (témoignage
recueilli par Claude Mwilambwe Mwende).
- livret de travail (do.2000.0047) : " Durant ma vie active, j’ai
travaillé à la B.C.K. Ce livret est le tout premier contrat. C’est le premier
livret de travail de ma vie active. Voilà la raison pour laquelle je le garde
jalousement. J’avais un salaire de 40F. Ce montant me permettait de payer deux
pagnes à mon épouse ainsi que quelques ustensiles de cuisine. Ceci est une
preuve que les conditions de vie étaient meilleures. Chacun vivait de son
salaire ; il n’y avait pas d’activités informelles, ni de corruption. Chacun
était concentré à faire son travail, d’autant plus qu’il lui permettait de
vivre. Voilà le souvenir que représente ce livret de travail " (témoignage
recueilli par Claude Mwilambwe Mwende auprès de M. Marcel Kalonda).
- carte de résident, muikala (do.2000.0045) : " Sitôt arrivé à L’shi,
il fallait se présenter au " passeport " pour signaler notre présence et obtenir
une autorisation d’y résider. C’est au " passeport " que l’on m’a délivré cette
carte. Il n’y avait aucun moyen de poser un problème, de passer inaperçu. Tout
acte mauvais entraînait l’arrestation de son auteur. Il n’y avait donc pas moyen
d’échapper au pouvoir en place. Il s’agissait d’un pouvoir fortement organisé.
Il n’y avait pratiquement aucun secteur de la vie des indigènes qui échappait au
pouvoir colonial. Voilà pourquoi il y avait moins de problèmes. Il n’y avait pas
de banditisme, par exemple " (témoignage recueilli par Claude Mwilambwe Mwende
auprès de M. Denis Muba).
- carte de résident, muikala (do.2000.0046) : " Je suis arrivé à
L’shi en 1940. Sitôt arrivé, je me suis présenté au bureau du passeport pour
signaler ma présence et obtenir une autorisation. Cette carte est un souvenir de
l’organisation poussée dont le blanc a fait preuve durant toute la période
coloniale. C’est grâce à cette organisation que la colonisation a pu réaliser
quelques bonnes oeuvres. Quant à nous, nous sommes incapables de nous organiser.
Voilà pourquoi rien ne marche, que nous allons toujours régressant " (témoignage
recueilli par Claude Mwilambwe Mwende auprès de M. Marcel Kalonda).
- Médaille de mérite civique (do.2000.0048) : " C’est une
récompense réservée à un fils du pays qui a fait preuve d’intégrité dans sa
conduite. Ce document me permettait d’accéder à des milieux où je n’avais pas
accès. Lorsque je voulais voyager, il me permettait d’obtenir certains services.
Cette médaille me rappelle la médaille du mérite civique que le pouvoir colonial
donnait à certains évolués. Mobutu a supprimé ce système pour la simple raison
que son règne s’est bâti sur les anti-valeurs : la corruption, le détournement
des fonds publics, le vagabondage sexuel " (témoignage recueilli par Claude
Mwilambwe Mwende auprès de M. Marcel Kalonda).
- Carte d’épargne : " Le pouvoir colonial a joué un rôle
civilisateur. On nous a inculqué la manière de vivre des Blancs. Tous les
travailleurs devaient disposer d’un compte en banque dans une caisse d’épargne.
Ainsi, il était rare de voir quelqu’un s’endetter. Mais l’ Indépendance a tout
balayé. L’insuffisance, l’irrégularité des salaires, l’inflation monétaire
rendent impossible l’épargne " (témoignage recueilli par Claude Mwilambwe Mwende
auprès de M. Marcel Kalonda).
Si le système colonial a donc laissé un bon souvenir, une certaine nostalgie
auprès des personnes qui en ont profité, certains informateurs en donnent une
interprétation négative :
Cf. Scène de la chicotte, tableau acquis par M. Denis Muba en 1957
(ob.2000.0012) : " J’ai payé expressément ce tableau pour me souvenir de
l’humiliation que le Belge nous a fait subir. On y voit quelqu’un en train de
recevoir des coups de fouet, sans habit, en présence de son épouse. C’est le
plus grand crime que le colonisateur ait commis. Le système colonial avait
instauré non seulement la discipline, le respect de la loi, mais aussi et
surtout la peur, la terreur. C’est ce que Mobutu a utilisé pour se maintenir au
pouvoir. Je me suis toujours servi de ce tableau pour faire part à mes enfants
des bons et des mauvais souvenirs de la période coloniale. Les enfants étaient
tellement fâchés qu’ils ont enlevé le tableau. Ils voulaient même le déchirer ou
le brûler" (témoignage recueilli par Claude Mwilambwe Mwende).
Par ailleurs, plusieurs témoignages parlent de la perte de certains rites :
- Cérémonie organisée autour des jumeaux, tableau acquis par M.
Denis Muba en 1957 (ob.2000.0013). Ce tableau suscite auprès de M. Muba d’autres
souvenirs comme les cérémonies organisées en l’honneur de la naissance d’un
ngalula ou ngala mulume (garçon qui naît après trois ou quatre filles) et d’un
tumba wa mulu (enfant conçu sans que les règles ne réapparaissent) : " ces
pratiques ont disparu parce qu’elles sont considérées comme païennes "
(témoignage recueilli par Claude Mwilambwe Mwende).
- Hachette (ob.2000.0003) : " cette hachette est un cadeau que
j’ai reçu d’un cousin en 1955. Je l’avais gardé dans la maison comme objet
d’ornement. Quelques années après, je me suis rendu au village dans la case de
mon oncle ; je vis une hachette comme celle-ci. Je demandai alors à mon oncle de
me dire ce que signifiait cette arme. Il me dit que c’est une arme de défense
dont on se sert en cas de danger quand on n’a pas de lance, couteau, arc et
flèches. Cette arme est très efficace. Lorsque je suis revenu à Lubumbashi, je
m’en suis servi comme arme de défense, c’est-à-dire que je garde cet objet dans
ma maison non plus comme ornement mais comme arme de défense " (témoignage
recueilli par Claude Mwilambwe Mwende auprès de M. Alphonse Simbi).
Extrait de
Memories of Lubumbashi -
Dibwe
dia Mwembu, B. Jewsiewicki, Muya wa Bitanko et V. Sizaire
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tirer de la colonisation. Aloubè serait très honoré que vous lui fassiez part de
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d'insultes à la mémoire de tous ceux qui, de bonne foi, ont payé de leur
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