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Dernier terme
56-59
Élisabethville, fin du rêve.
 
    
     Annick

     Avenue de Saïo
     Vie sociale européenne
     Édifices et sites     
     Changements perceptibles

     L'ultime décision

 
auto animee
 
  
   Quelques repères de l'époque
     Évènements marquants
     
1956 - Fidel Castro au pouvoir à Cuba - Conflit du canal de Suez - Le Rock'n Roll est né.

       1957 - 1ère bombe H anglaise - Spoutnik lance son "bip-bip" - Mise au point des antibiotiques de synthèse.
       1958 - De Gaulle revient au pouvoir en France - création du disque stéréo - premier satellite US et fondation de la NASA.
       1959 - Alaska (49e) et Hawaï (50e) états US - Création du Marché Commun - BB triomphe au cinéma.
       On chantait
     
1956 - Les Marchés de Provence (Bécaud) - J'aine Paris au mois de mai (Aznavour) - Quand on n'a que l'Amour (Brel)
       1957 - Le Jour où la Pluie viendra (Bécaud) - Marjolaine (Lemarque) - Le Jardin Extraordinaire (Trenet)
       1958 - Si tu vas à Rio (Moreno) - l'Eau Vive (Béart) - Le Poinçonneur des Lilas (Gainsbourg)
       1959 - Scoubidou (Distel) - Milord (Piaf) - Faut rigoler (Salvador)
       Au cinéma
       1956 - Giant (USA) - La Traversée de Paris (FR) - Et Dieu créa la femme (FR)
       1957 - Le Pont de la rivière Kwai (USA) - Porte des Lilas (FR)
       1958 - Vertigo (USA) - Ascenseur pour l'Échafaud (FR) - Mon Oncle (FR)
       1959 - Some like it hot (USA) - La Fureur de vivre (USA) - Ben-Hur (USA)
      

Ce sera le dernier retour d'Aloubè au Congo. Mais, il l'ignore.
Animation sur les quais d'Anvers. Aloubè (bientôt 14 ans) remarque une bande bruyante de son âge. Immédiatement, et de connivence, ce petit monde promet de ne pas se laisser importuner par les adultes.  Le bateau est un terrain conquis. Une jeune fille, attire l'attention d'Aloubè. Svelte, blonde et entraînant la bande,
Annick - un grand coucou si elle se reconnaît - est l'égérie du groupe, la plus réfléchie de la troupe et son élément tempérant. Elle freine les bêtises et invente des activités pleines d'imprévus. Ses boucles blondes et son large sourire affolent Aloubè. Elle retourne à Jadotville via Léo. Son papa est ingénieur au chemin de fer de la  BCK. Aloubè connaît les premiers émois pour cette délicieuse image de jeunesse. Précieux souvenirs !
 
buffet CMB  

Les adultes doivent pousser un soupir de soulagement car une table d'une dizaine de places et un steward nous sont réservés. A peine plus âgé que nous, il tombe malade avant Ténériffe. Nous lui rendons visite par un hublot extérieur de l'infirmerie. Émotions réciproques.

Un de nous fête son anniversaire durant le voyage. Conclusion : chacun savoure une merveille de caravelle en pâte feuilletée et crème pâtissière. Ouaaaiss !

Le buffet plantureux à bord ! Les chefs débordent d'imagination.

 

lobito  

Lobito - Aloubè prend congé de la bande qui continue vers Matadi. Promesse de s'écrire, derniers bisous, mouchoirs. Aloubè ne reverra plus jamais Annick. Le navire s'éloigne à reculons, puis disparaît progressivement. Il est temps de penser à prendre le train angolais pour la Katanga - carte Lobito - E'ville
Les chemins de fer d'Angola possèdent maintenant des voitures confortables, modernes. Le chef cuisinier est même à la hauteur ! (Ah, son délicieux canard à l'orange !).Le voyage de trois jours semble beaucoup moins monotone.

Terminal du Chemin de Fer du Benguela - ligne vers le Katanga.

Jadotville (Likasi) où l'arrêt du train nous permet de saluer des amis venus nous attendre sur le quai. Comment ont-ils su que nous faisions partie de ce convoi ? Les nouvelles vont vite, grâce au téléphone arabe (confidence de bouche à oreille). Le temps de se donner de trop courtes nouvelles, le train repart silencieusement grâce à sa motrice électrique. La ligne vient d'être électrifiée. Le temps de savourer un repas de gala au wagon restaurant et, en deux heures, Élisabethville est atteinte.

Puis, c'est l'arrivée au Guest-House Leman tenu par des amis bruxellois de longue date. C'est un havre de paix dont le couloir d'accès aux chambres claires est fleuri de jardinières débordantes de géraniums. Nous y attendons l'affectation d'un logement. Revoir la ville est un plaisir sans fin. Il semble qu'elle ait encore évolué pendant l'année d'absence d'Aloubè. Le macadam a envahi toutes les rues. Finis les dernières routes en potopote (boue) ou les nuages de poussière continuellement en suspension dans l'air. Ce sont les cheveux des dames qui apprécient le plus !
 
Plus sur Elisabethville ?

Élisabethville

2721, avenue de Saïo dia n° 23
Fin des années 50, la numérotation des propriétés s'opère en mesurant la distance entre l'axe de l'entrée de la parcelle et le point de départ de la rue. Nous occupons la moitié gauche d'une superbe villa jumelée moderne située à plus de deux kilomètre et demi du départ de l'avenue de Saïo (victoire belge en campagne de 1945).
Constituant le plus grand axe Nord-Sud de la ville, l'avenue de Saïo mène, au Nord, vers la Luano, (nouvel aérodrome) et, vers le Sud, à la gare et au centre ville.  En face de chez nous, la brousse. Plus à l'Ouest, le Stade de la Victoire, le bassin de la Ville. Derrière chez nous se développe le Quartier Industriel. Nous sommes adossés à une scierie. plan E'ville

Édouard entre à notre service dès les premiers jours de notre installation. Il est petit, provient du Kasaï et parle également quatre langues. Il a épousé une femme selon la coutume africaine. Lui aussi, comme André, cherche à se marier selon les voeux des Mompè. Mais, auparavant, il devra connaître son catéchisme. Que de déboires pour lui faire comprendre des notions aussi compliquées que "l'âme", le "péché", la "rédemption", les "vertus"... Aloubè s'y emploie du mieux qu'il peut mais, ses explications n'ont pas l'air de le satisfaire. Il a beaucoup de ndukus (frère de race)... sa femme aussi. Quelle qu'en soit la raison, un jour, elle décide de rentrer chez ses parents au Kasaï. S'il veut la "reprendre" (ce qui est son désir le plus ardent) qu'il vienne se présenter aux parents avec une forte somme d'argent en guise de réconciliation. Dure, dure la coutume congolaise ! Il l'a fait ! (aidé par mes parents). Aux yeux des autres collègues dans la profession, il passe pour un faible.
C'est pourtant celui qu'Aloubè a trouvé de plus proche de lui comme mentalité. Il est d'une grande patience et loyal. Après trois années passées auprès de trois jeunes gens turbulents, une patronne exigeante et un patron intransigeant sur l'honnêteté, la propreté et la ponctualité, Édouard pleurait lors de notre départ pour la Belgique.
- Bwana, Madame, si vous revenez ici reprenez-moi, s'il vous plaît. Dans six mois, je vous attendrai tous les jours devant la maison. (A peu de choses près, c'est ce que nous ont demandé tous les boys que nous avons eu à notre service). Nous avons tous eu très difficile de le quitter et de lui expliquer que l'Indépendance proche changerait probablement beaucoup de choses au Congo... Merci,  Édouard, de m'avoir choisi comme confident.
 
facade saïo  

Façade avant

< Aidée par Édouard, maman plante un laurier, des roses, quelques cactées, des "langues de chat" ainsi que deux conifères.

 

Parterres en cours de plantation >

  jardin saïo
 
entree saîo  

Les parcelles sont moins généreuses que celles de nos habitations précédentes. La maison dispose de trois barzas, d'un garage, de trois chambres spacieuses, salon et salle à manger, d'un office et d'une cuisine. Construction récente, elle est pavée de marbre et équipée d'une cuisine très moderne. La parcelle comprend également le logement d'Édouard et son épouse. Le jardin accueille deux papayers, un pêcher aux fruits impropres à la consommation. Des bambous forment une haie en fond de parcelle, près du garage. 

 

L'entrée sur l'avenue de Saïo.

La vie quotidienne à Élisabethville
Elle n'a rien à envier aux standards les plus luxueux de l'époque. Une grande partie des biens de consommation provient en ligne droite des États-Unis (voitures, réfrigérateurs, cuisinières, air conditionné...). Les plus fortunés importent directement des USA. Les fruits viennent en droite ligne du Cap. La viande de l'
Elakat et les légumes des fermes privées sont de première fraîcheur.

Quelques consortiums belges (chocolat et biscuit - tabac) s'installent dans le nouveau zoning industriel, sur la route de la Kafubu, après la camp militaire. La
Brasserie du Katanga (qui produit la fameuse Simba) étend sa renommée jusqu'en Allemagne ! Les menuiseries ébénisteries utilisent des essences qui valent aujourd'hui une fortune par leur rareté et leurs caractéristiques (beauté, résistance aux parasites, solidité...). Les boutiques de luxe commencent à se multiplier (mode, bijoux, librairie). L'activité culturelle déborde.

Les coloniaux ont une longueur d'avance sur la métropole. Les structures coloniales et les idées sont neuves et n'ont pas à tenir compte d'un passé historique (parfois contraignant). Les autos multicolores du Congo restent tristement noires en Belgique. Les transports aériens sont assurés par une Sabena conquérante. Le tourisme bat son plein et les producteurs américains viennent tourner à qui mieux mieux au Congo. L'hôtellerie se modernise et implante partout de confortables si pas luxueux complexes. Le Congo exporte en masse ses productions diverses via Matadi (dont le port gonfle outrageusement ses tonnages à l'exportation, tous les ans). Les "Golden Sixties" ont déjà commencé au Congo, 10 ans à l'avance. Dans ce concert, Élisabethville connaît le plein essor !
 

Vie sociale d'un jeune européen.

Les cours ont repris. 
Dans la cour du Collège, le "grand" Aloubè fréquente les salles de cours des humanités. Il a bien encore quelque nostalgie à la vue des manguiers du
Père Thomas. Les gréco-latines, c'est du sérieux ! Trop, peut-être, car le grec ne passionne pas Aloubè plus d'une année. Il opte finalement pour latin-maths. Mais, il manque de renouveau et le Collège commence à le lasser avec ses rigueurs étroites, ses règles moralistes d'un autre siècle, parfois, une certaine hypocrisie pour contourner la réalité des choses.
 
ecu athenee   Athénée Royal d'Élisabethville.
devient Le Lycée Joseph Kiwele à l'Indépendance.

Blason de l'Athénée

 
athenee aerien  

C'est l'alternative au Collège. Enseignement mixte non confessionnel. Il rassemble également toutes les sections, de la maternelle à la rhétorique (dernière année du cycle secondaire). Il est situé en bordure de l'avenue de Saïo, à quelques centaines de mètres de chez Aloubè. plan E'ville
Sur un constat d'étroitesse d'esprit et de rigorisme inadéquat d'un professeur du Collège, Aloubè obtient de ses parents d'entrer à l' Athénée (Lycée Kiwele aujourd'hui). C'est sa dernière année scolaire au Congo. Ici, la mixité des élèves (garçons et filles) lui fait découvrir un monde nouveau : celui des filles. La mixité permet à Aloubè de mieux comprendre la gent féminine, ce qu'il n'a pas eu l'occasion de connaître avec deux frères. Une saine émulation encourage chaque "clan" à supporter ses challengers pour la première place aux résultats scolaires. Les filles l'emportent souvent.

Vue aérienne - à l'avant-plan, le croisement avenues de Saïo (gauche) et du Golf (droite) puis Hubert Droogmans - au fond, avenue de Ruwe.

Les professeurs n'ont pas eu le temps de rester dans la mémoire d'Aloubè. Mais, il lui revient Popsy, le prof de gym très relax de l’Athénée ainsi qu'un prof de maths jouant au golf avec un T sur les bancs des élèves, un prof de latin extraordinaire qui n'hésitait pas à se vêtir d'une toge pour montrer la complexité des plis de ce vêtement patricien ou qui confectionnait des mots croisés latins (avec les déclinaisons, c'est plus dur que le français !), le prof de dessin qui organisait des projections de diapositives dans un local aménagé pour cette circonstance.
Le souvenir le plus vivace constitue les récréations à l'ombre des splendides eucalyptus, entre les  salles de cours (avant-plan de la photo ci-dessus). Parfum obsédant de pharmacie, bruissement métallique des feuilles en forme de lance et à la couleur vert argenté, ombres douces sur les murs clairs des bâtiments. Le seul manque : une piscine. Les élèves s'en vont donc régulièrement en rangs, maillot et essuie sous le bras, à travers les champs de maïs jusqu'à la piscine de la ville située un peu plus au nord, à côté du stade de la Victoire (à droite de la photo).
 
entree athenee  

Le bal de fin d'année est l'évènement couronnant une année académique. professeurs et élèves ont l'occasion de se rencontrer plus librement dans un contexte moins rigoriste que celui des cours. Les élèves s'octroient alors le droit à lancer quelques banderilles à l'adresse de certains professeurs qui ont l'excellente idée d'en rire. La musique endiablée de l'époque emporte tout ce petit monde dans de folles exhibitions. C'est un superbe début de vacances !

Entrée depuis l'avenue de Ruwé. Les classes gardiennes au premier plan. Les photos de classe sont prises devant les colonnades du fond. Il est midi, les bus vont arriver !


 
simba

Le téléphone vient de faire son apparition chez nous (2516). En principe réservé aux adultes, il est bientôt monopolisé par Aloubè avec des copines de classe en mal d'explication de version latine ! Il faut que jeunesse se passe, et dans les meilleures conditions. Les parents d'Aloubè lui laissent la bride lâche, question de confiance ! Il est bien dur de concilier les tâches scolaires (les nombreux devoirs et leçons) avec les rendez-vous flirt, parties de tennis ou baignades aux divers bassins de la ville, réunions et camps scouts,  premières surprises-parties... Le droit de boire une Simba marquait, d'une manière indiscutable, le passage à l'âge adulte. Bien entendu, pas question de le faire hors de portée de vue des parents !

Ces demoiselles font tourner la tête à Aloubè.
Que ses copines d'époque lui pardonnent de ne pas avoir retenu leur doux prénom. Aloubè n'a malheureusement pas eu le temps d'approfondir certaines relations, la fin de terme est proche. Il y a eu cependant la studieuse lectrice qui lui a fait découvrir la
SF (science-fiction) naissante, la superbe chevelure qui l'a initié à la musique classique avec un tourne-disques intégré dans un vieux meuble radio à tiroir rabattable, la grande blonde aux premiers 45 tours d'Elvis Presley sur son Teppaz (tourne-disque autonome très connu à l'époque) et qui se charge, queue-de-cheval battant l'air, de l'entraîner aux premiers pas de rock'n roll. Et la délicieuse porteuse de lunettes qui ne jure que par des ballades à vélo, regrettant qu'Aloubè ne possède pas encore une "mob" pétaradante que certains de ses copains viennent d'acquérir. C'est en essayant témérairement le petit bolide d'un copain fortuné qu'Aloubè a sérieusement compromis ses chances d'en obtenir un. Il prend, en effet, la plus belle gamelle de sa vie sur de la grenaille de latérite devant les yeux stupéfaits de sa maman. Que de découvertes ! 

Que font les jeunes pour s'amuser ?
Les surprises parties commencent à faire leur apparition chez les jeunes. Elles remplacent de joyeux gymkhanas, des sorties en pique-nique de brousse organisées par les parents et auxquelles les ados ne trouvent plus d'intérêt. Il faut rester entre jeunes ! Tandis que
Radio Collège diffuse opérettes et opéras depuis de nouveaux locaux construits à côté des terrains de tennis, à l'angle des avenues Wangermée et de Ruwé, Radio UFAC fait découvrir les chanteurs en vue de l'époque : les Compagnons (les trois cloches), Gilbert Bécaud (Mes mains - Alors, raconte), Aznavour (Sur ma vie), Brel (qui commence à percer avec "Quand on n'a que l'amour"), Dalida (Bambino - Gondolier), Piaf (la Vie en Rose)... pour le répertoire francophone. Pour l'anglophone, Elvis Presley (Rock around the Clock), Paul Anka (Diana), Bill Haley, Jerry Lee Lewis, Eddie Cochrane... Hein ! Quoi ? Les Beatles ? Qui c'est ? Nombreux sont les copains qui découvrent le rock and roll et s'y adonnent avec passion. Des concours sont organisés en soirée sur la Place de la Poste.
 
 
interieur arriere

  < Notre intérieur, depuis l'entrée.

 

Le mobilier est de style "Louis Caisse"

                                    

Entrée au salon depuis l'office >

intérieure avant

Les rencontres sportives sont organisées au Stade de la Victoire, avec les champions de Belgique de l'époque. Le score sévère (Waterschei 7 - E'ville 1) lors de la première rencontre s'est montré plus limité par la suite. Le stade est comble et l'on commente longtemps les résultats.

Des tournées culturelles sont organisées au nouveau
Théâtre de la Ville qui voit notamment jouer l'Avare de Molière par une troupe belge. Alain Bombard vient donner une conférence sur sa toute récente traversée de l'Atlantique en solitaire. Les peintres congolais Pili-Pili et Mwenze exposent des toiles qui commencent à être connues hors du Congo...  peintres congolais

Des foires commerciales s'organisent, drainant la participation de pays voisins (Rhodésie, Union Sud-africaine). Tant de manifestations qui contribuent à donner le statut de cité incontournable du centre de l'Afrique.
Le jumelage avec Liège lui vaut l'honneur d'inaugurer dans l'allégresse une réplique de la statue du
"Torè" par les évillois d'origine liégeoise, au zoo de la ville (la seule statue encore sur son socle en 2001 et qui domine une pièce d'eau -  dia n° 19 .
 
en courses  

Pendant qu'Aloubè découvre les subtilités du cœur féminin, il lui semble que l'atmosphère de la ville change imperceptiblement. 
Élisabethville est une métropole abritant  20.000 européens et 200.000 congolais. 
Le premier feu rouge
fait son apparition au centre ville, à la place de la Poste, angle de la rue de l'Étoile. Un évènement ! Les rues commencent à être encombrées.

1958 -  Maman fait des courses en Simca Versailles. Une avenue calme bordée de jacarandas. Toute l'ambiance d'E'ville est dans cette photo.

 
 
Photos d'édifices ?

album

Merci à Myriam Dormal pour ses documents photos.
Si vous les appréciez, un petit mot lui ferait plaisir :
 myriamdormal@yahoo.fr

Édifices et sites remarquables de la ville
 
monument 200 1couleurs  

Le Monument aux Morts - 2001
Peu de changement avec celui de 1959. Les arbres ont disparus et la place est pavée.Ces faits ainsi que la fontaine bleue et les antennes ne contribuent pas à rendre le caractère discret et simple du monument pensé à l'origine. Les arbres disparus, la façade des anciens établissements SYNKIN semble faire partie du monument.

Monument 1960

 

Hôtels principaux
à l'extérieur :
    - Guest-House Sabena abrite les célébrités en visite et de grandes soirées y sont organisées. (Restaurant)
    - Lido
, sur la Lubumbashi, à l'O de l'Arboretum.(Restaurant)
au centre ville
    - Léopold II
, avenue du Kasaï, entre Étoile et Royale (Restaurant)
    - Albert Ier
, place de la Gare.(Restaurant)
    - Hôtel de Bruxelles
, avenue de l'Étoile, entre Wangermée et Général Leman, non loin du Bon Marché. (Restaurant)
    - Hôtel du Katanga (Restaurant)
    - Hôtel Belle-Vue
à l'angle des avenues de Saïo et de l'Étoile.(Restaurant)
à côté de cela, quelques guest-houses privés offrent également la possibilité de loger au calme.
Les cinémas ont la cote.  Sans compter les salles des clubs privés, on peut se faire une toile au
    - RAC
- séance quotidienne - films en version française.
    - Palace
- idem
    - Colisée
- idem
    - Collège
- hebdomadaire, le samedi après-midi. Il a inauguré le cinémascope à E'ville avec "La Tunique"
    - Familia
- dominical, après-midi. Projette les films plus particulièrement destinés aux familles. Bibliothèque attenante.
 
familia 97    Les principales curiosités sont localisées sur le plan d'Élisabethville   plan

 

   Le cercle Familia en 1997 et pareil à celui de 1956.

Les piscines ne désemplissent pas.
    - Le Lido
en face des chutes du Lido, sur la Lubumbashi. Hôtel, restaurant.
    - Le bassin de la Ville
, à côté du Stade de la Victoire. Complexe sportif.
    - Le bassin de natation du Collège
, à usage exclusif des élèves et profs. 
    - le bassin du Relais
tombe en désuétude pour installations vieillottes et ne garantissant pas une hygiène suffisante.

Les cercles et clubs divers ne manquent pas non plus. Ils font partie des grandes sociétés ( UMHK, Sabena... ).
    - Le stade de la Victoire
et ses installations de tennis
    - Le stade Saint-Eloi
aux dimensions olympiques, les compétitions y sont organisées et les grands matchs s'y jouent.
    - Le Golf
et son parcours en gazon kenyan (chiendent).
    - Le Lac aux Dames pour ses activités nautiques
 
Theatre ext

Le Théâtre Municipal
Une des plus remarquables constructions
de toute l'Afrique centrale.
Cet édifice est actuellement
utilisé à des fins administratives
de prestige par le
gouvernement Kabila.

Theatre int

Les bâtiments publics.
   
- la Poste constituant le centre névralgique de la ville.
    -
le Théâtre de la Ville, focalisant les activités culturelles des Evillois.
    - le Palais de Justice et le Parquet à l'angle des avenues de Tabora et du Lomami.
    - le Palais du Gouverneur
, boulevard Reine Élisabeth, en contrebas de la Cathédrale et face au zoo.
    - le CSK (Comité Spécial du Katanga) à l'angle des avenues de Kambove et Wangermée, à côté du Collège.
    - la Gare
à l'extrémité de la rue Royale, précédée d'une immense place.
    - l'Hôpital Reine Élisabeth
, angle des avenues du Kasaï et du Tanganika (un complexe d'une dizaine d'étages est en construction en 1959 )
    - le Zoo en contrebas du Parc Heenen et le long de l'avenue de Étoile
    - le Musée
sur la route du Golf, au NO de la ville. Sera transféré à côté du Théâtre en 1961.
Les bâtiments scolaires
   
- le Collège Saint-François de Sales
pour garçons, catholique.
    - l'Institut Marie-José
pour filles, catholique.
    - l'Athénée Royal d'Élisabethville
mixte et non confessionnel.
    - l'Université d'Élisabethville
à partir de 1958.

Les bâtiments religieux.
    - la Cathédrale
en extrémité O de l'avenue de Tabora, devant une place aux pavés bien belges.
    - la nouvelle Chapelle du Collège
dans son enceinte nord
    - l'Église orthodoxe
à l'angle des avenues de Saïo et de l'Urundi, au S de l'Athénée.
    - le Temple protestant
à l'extrémité S de l'avenue Léopold II.
    - la Synagogue
à l'angle des avenues de Saïo et Winston Churchill, devant un parterre fleuri et un rond-point.
Les circuits proches en auto
   
- la Mine de Étoile
, 11 km vers Kiniama - ancienne mine à ciel ouvert avec lac intérieur.
   
- la Kafubu,
mission et pêche.
    - la Karavia qui abritera bientôt le plus bel hôtel du Katanga.
    - la Kasapa
    - la Kalukuluku
et ses surfaces d'eau pour canotage.

Les sites de pique-nique
    - le Lac aux Dames
et ses possibilités de voile et de ski nautique ( la Karavia, aujourd'hui ).
    - Kipushi,
30 km vers une petite cité minière - lac.
    - la Luano
, aéroport international à 15 km du centre ville. Le "dimanche à Orly" de Gilbert Bécaud.

Les photos couleurs ?

diapositives

Mutation imperceptible.
Insensiblement aussi, le comportement jusqu'alors sage de la jeunesse congolaise se mue en manifestations de plus en plus réfractaires au bon ordre. Des groupuscules (systématiquement courtisés par des agitateurs politiques) n'hésitent plus à se montrer agressifs au point de nécessiter fréquemment l'intervention de la police. Ces comportements font rapidement place à des véhémences verbales, puis des actes hostiles comme le jet de pierres sur les véhicules, de morceaux de bois dans les roues de vélos ou motocyclettes. Il n'est pas recommandé aux jeunes européens de se balader seuls dans les avenues de la cité indigène. La gêne est manifeste. Elle fait place au sentiment d'insécurité. Celui-ci commande la prudence : on ne sort plus non accompagné.

Aloubè aiguise son sens critique et fait le rapprochement avec les rumeurs d'Indépendance qui circulent de plus en plus parmi la population européenne. Quelque chose  jusqu'alors immuable est en train de prendre une tournure désagréable. La méfiance s'installe insidieusement. Les parents rechignent de plus en plus à laisser leurs enfants se promener librement en brousse. On entend les adultes qui ont le choix pour leur enfants parler de "terminer des études en Belgique" plutôt que de les inscrire à l'Université d'Élisabethville qui vient d'ouvrir ses facultés depuis 1958.

Un jour, Aloubè seul dans le bout de brousse devant chez lui, entend des cris. Surgie des
matungulus (plante à hautes feuilles en lances), une jeune fille terrorisée court vers lui, s'agrippe à son bras en lui débite haletante une histoire difficile à exprimer : une tentative de viol par un congolais sur une jeune fille inconsciente du danger. Elle se promène seule en capitula (short), excitant la convoitise d'adulte se croyant désormais tout permis. Ce jour-là, la conscience d'une mutation inquiétante s'est insinuée dans une âme jusque-là insouciante. Le Congo de papa change. Est-ce la meilleure façon de marquer sa maturité ?

Cependant, les européens ne veulent pas montrer l'inquiétude qui commence à les gagner. La situation est passagère. Elle va s'améliorer. D'ailleurs, toute la ville commence à préparer le passage de la colonie à l'Indépendance. Celle-ci fait partie des sujets de conversation que l'on aborde en comité restreint, pour ne pas montrer l'embarras dans lequel on se trouve devant les autochtones. Pour le noir, le blanc doit être un guide. Un guide qui ne craint pas le futur. Un guide qui restera à son côté. Et de continuer à tirer des plans sur la comète...

L'ultime décision
 
expo 58  

1958 - L' Exposition Universelle de Bruxelles est sur toutes les lèvres. Aloubè crève d'envie de découvrir cette merveilleuse vitrine de l'humanité. Pour ce faire, il faudrait qu'il puisse revenir en Belgique avant l'expiration du terme. "Hors de question" lui est-il répondu à sa demande. Il se contente donc de dévorer des yeux toutes les informations tirées des revues et journaux qui lui tombent entre les mains. Pour la première fois, la Belgique possède un pôle d'intérêt pour Aloubè.

Un superbe site pour en parler (anglais) : http://www.users.skynet.be/rentfarm/expo58/

 

 
20 07 59  

1959 - Peu de temps avant la fin de terme, les parents envisagent de faire poursuivre leurs études aux aînés en Belgique. Les rumeurs d'Indépendance ne permettent plus d'envisager, avec certitude, la poursuite d'études au Congo. Oh, il y a bien la création des universités de Lovanium (à Léo) et celle d' E'ville, mais celles-ci continueront-elles à prodiguer l'enseignement  identique à celui de la mère patrie ? On peut déjà en douter. Dans cette incertitude, les parents prennent la décision qui s'impose : les diplômes sont à décrocher en Belgique.
Aloubè prépare l'entrée à l'École Royale des Cadets. Cette année préparatoire ne peut être interrompue. Avec la quasi certitude de terminer ses études en Belgique et la probabilité de ne plus revenir au Congo avant longtemps, c'est la plus difficile décision qu'il ait été donné à Aloubè de prendre jusqu'alors.

20 juillet 1959 - dernière photo d'Aloubè au Congo, entre papa et maman.


21 juillet 1959 - Fête nationale belge au Congo. C'est la dernière fois qu'Aloubè participe au défilé en qualité de porte étendard de la troupe scoute de la 1ère unité ( dia n° 25). Triste et cruel honneur ! Le défilé est réussi. La vue des malles, coffres et valises qui remplissent un living vidé de sa vie amplifie le sentiment de désolation.  Un dernier repas pris chez des amis. Une dernière nuit, hors de chez soi. Les malles et valises sont prêtes car nous nous envolons bientôt pour Zaventhem (aéroport de Bruxelles-National). Nous devons être à la Luano demain à 08:00 heures. La nuit est trop agitée pour trouver le sommeil. Tant pis.

22 juillet 1959.

Le dernier petit-déjeuner au Guest House Leman, l'allée des bacs de géranium, les jacarandas et les rues avenantes de sa ville. Aloubè traverse rapidement l'avenue de Saïo pour s'imprégner une dernière fois de l'odeur et la vue de la brousse... Elle n'ont jamais été aussi agréables ! Le temps est radieux, le cœur est serré. Les yeux d'Aloubè volent les dernières images d'Afrique avec avidité. Le passage devant la maison vide, devant l'entrée de la plaine du Collège, le bout de l'avenue de Saïo, là où elle amorce un virage lent à droite pour prendre la route de la Luano. La brousse de tous les côtés... Tiens, il y a de nouvelles maisons à la cité Sabena ! L'entrée de l'aérodrome, la tour de contrôle. L'avion est là, immobile et silencieux. Il attend...

Prise de conscience.
Aloubè prend brutalement conscience que son enfance vient d'arriver à terme. A cela s'ajoute le sentiment de perdre définitivement l'innocence et l'insouciance de sa jeunesse. Les choses dites sérieuses l'attendent en Belgique, ces fameuses choses que l'on oublie si volontiers une fois l'âge mûr atteint et que l'on commence à regretter celle que l'on considère comme frivoles, celles qui vous marquent à vie. Conscience d'un Eden perdu ? Pas vraiment. La fin de l'adolescence d'Aloubè l'a mené vers la porte de l'âge adulte. Celui-ci ne doit pas manquer d'attraits non plus. Mais aujourd'hui, le doute de revoir un jour cet Eden s'installe insidieusement. L'impression de devoir quitter une table abondante est insupportable, lorsque l'on commence à avoir de l'appétit. Et quel appétit ...de vivre !

"Ce matin est comme un autre. Il est 10 heures.
Quelques amis nous ont accompagnés à la Luano. Ils manquent de paroles. Les dernières phrases sont d'une banalité affligeante alors que l'on attend des paroles décisives, historiques. Aloubè engloutit encore tout ce qu'il voit avec avidité. Le moindre détail est enregistré, pour le garder longtemps en mémoire. Dernières poignées de mains, dernières embrassades. La porte du grand hall vitré de l'aérogare est franchie. L'air est chaud et les costumes que l'on a enfilés pour l'arrivée  en Belgique collent à la peau. Le
capitula (short, bermuda) manque déjà.

 
DC6  

L'oiseau de métal, un DC 6 étincelant, attend à quelques dizaines de mètres, un escalier mobile métallique sous la porte d'entrée. Les passagers entrent à regret dans cet espace qui n'est déjà plus le Congo et sent la Belgique. Les places occupées, les ceintures sont bouclées. Le soleil inonde la carlingue. Les bruits sont feutrés. La porte se ferme. Les moteurs toussent, puis rugissent. Nous attendons le départ. 

L'avion avance lourdement, en cahotant,  vers l'extrémité du terrain. En bout de piste, retournement puis arrêt... Les moteurs se mettent à fumer, à hurler, le pas des hélices accélère, un choc dans le dos, les freins sont débloqués. L'avion roule, roule. Il tarde, comme à regret, de se séparer du sol. La piste défile sous les ailes vibrantes à une vitesse accélérée. Dernière vision de la tour de la Luano. L'avion cesse de vibrer, il a quitté le sol. Il n'y a plus de contact avec cette terre bénie... Un poids bizarre appuie sur le haut du crâne, le coeur chavire légèrement, les oreilles bourdonnent. Par le hublot, la brousse fait progressivement place au ciel. Un choc sourd : les roues rentrent.
 
decollage  

Le Katanga immense se met soudain à rétrécir. La brousse ne représente plus qu'une mousse poussiéreuse découpée de minces sentiers de terre rouge. Les dernières sensations, les dernières visions, l'ultime adieu à sa jeunesse... Il fait tout à coup très froid...
Le soleil coupé de larmes brouille les yeux d'Aloubè."

 
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