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Troisième terme
53-56
 
Élisabethville au quotidien

    
     Le bateau
    
- le début de voyage
     - escale à Ténériffe
     - le baptême de l'Équateur

     Avenue Cornet, 7
    
- une journée comme une autre
     - le dimanche

     Parenthèse en Belgique

 
garcon et pere 
 
  
   Quelques repères de l'époque
     Évènements marquants
     
1954 - Premier sous-marin atomique US - Nasser au pouvoir en Égypte - 1ère TV couleurs aux USA

       1955 - Pacte de Varsovie (14/05) - Mort d'Einstein - La voiture Citroën DS voit le jour.
       On chantait
     
1954 - Petit Cordonnier (Lemarque) - Sous le Ciel de Paris - C'est Magnifique (Mariano)
       1955 - Moi, j'aime le Music-hall (Trenet) - Je t'appartiens (Bécaud) - Sur ma vie (Aznavour)
       Au cinéma
       1954 - Sur les Quais (USA) - Le Ballon Rouge (FR) - Les Diaboliques (FR)
       1955 - A l'Est d'Eden (USA) - Chiens Perdus sans collier (FR) - Du Rififi chez les Hommes (FR)
      
      

Aloubè apprend avec joie la fin de congé. Il accompagne ses parents à Bruxelles pour y recevoir les vaccins obligatoires (fièvre jaune, typhus) et passer une visite médicale obligatoire complète et fastidieuse. La journée est longue et les attentes interminables. La capitale est un sujet d'émerveillement avec ses feux de signalisation (inexistants à l'époque au Congo), ses maisons accolées en rangées, ses gros pavés ronds. Le vacarme des tramways et la multitude d'autos sombres lui révèlent un monde si différent de celui qu'il connaît. Mais, à tout prendre, Aloubè préfère le bruit feutré, les couleurs éclatantes et les chromes étincelants des américaines décapotables sous le soleil du Congo !

La veille du retour au Congo, nous logeons à Anvers, dans un grand hôtel proche du jardin zoologique.  Les adultes achètent en hâte force vêtements pour "tenir" les trois prochaines années. Les femmes choisissent des toilettes qu'elles espèrent ne pas voir trop rapidement se démoder. Les dernières valises sont extraites de la Ford "Consul" de "transit". En effet, elle nous accompagne pour le prochain terme. La nuit, le bruit de la circulation ne peut rivaliser avec les trilles stridentes des grillons congolais. Au petit matin, sous une pluie fine, nous partons au port en autobus.

Du grand hall d'embarquement de la CMB (*) rempli de maquettes de paquebots, une passerelle relie le majestueux bateau accosté au bâtiment. L'atmosphère électrique se trahit par de grands silences coupés de phrases anodines pour l'importance du moment... L'attente semble interminable. La famille de Belgique pleure.
Brusquement la sirène appelle à l'embarquement. Derniers bisous, dernières recommandations, dernières larmes...

embarquement CMB drapeau CMB

 

 (*) Compagnie Maritime Belge.
 
A l'origine (1895), la Compagnie Belge Maritime du Congo (CBMC) transporte passagers et fret  vers le Congo. En 1930, elle devient CMB, absorbée par la Lloyd Belgium et transporte des passagers vers le Congo jusqu'à l'Indépendance. Actuellement, elle n'assure plus que du transport de conteneurs. Encore un fleuron belge qui s'éteint !

Albertville - photo de Georges DEHASSE, ancien de Kipushi - un grand merci.

Le voyage en bateau
Les passagers s'engagent à la queue leu leu sur la passerelle. Sur le pont, la frontière est palpable : ce n'est plus la Belgique, c'est presque le Congo. L'air marin sent la peinture fraîche, l'odeur de minium et de cambouis mélangés. Le pont de bois est briqué. Après l'attribution des cabines et la dépose rapide des bagages, Aloubè regagne le bastingage pour la cérémonie des mouchoirs. Soudain, la passerelle se rétracte et une sourde vibration secoue le navire. L'eau bouillonne, l'écume crève la surface, le bateau s'éloigne insensiblement du quai, amarres largués. Le bateau est libre...

Certains amis parcourent la route des écluses pour apercevoir une dernière fois des proches. Ultime écluse. l'Escaut s'élargit de plus en plus, les dernières personnes restées à terre sont difficiles à reconnaître. Le navire aborde la pleine mer...  Le premier repas (le dîner) est pris plus par curiosité que nécessité. Les estomacs sont noués. L'estomac est au bord des lèvres. Les coeurs se soulèvent et plusieurs passagers ne regagneront le pont qu'après le passage chahuté du Golfe de Gascogne, au troisième jour.

"La première nuit est agitée, les passagers ne sont pas encore habitués au tangage et au roulis. La cabine est petite, avec des lits superposés en acajou et cuivre. Une grosse boule orientable en acier chromé permet de diffuser un flot d'air sur chacune des personne couchée. Un petit meuble secrétaire est encombré rapidement de paperasses de toutes sortes. L'unique hublot rond permet de jeter un rapide coup d'oeil sur l'état de la mer. Rapide, parce que le mouvement des vagues engendre un malaise qui fait perdre doucement l'équilibre. La salle de douche est minuscule. Par la porte de la cabine fermée, nous entendons grincer l'accastillage. Parfois, un bruit sourd est causé par le choc d'un passager ou d'un membre du personnel qui se heurte à la cloison, complètement déséquilibré. Lorsque la mer est forte, les plateaux du petit déjeuner servi en chambre risquent à tout moment de "prendre un billet de par terre".

Peu avant l'escale, les plus téméraires sortent de leur torpeur et risquent une promenade sur le pont. Les fauteuils transatlantiques offrent un confort relatif et la fraîcheur relative de l'air demande une couverture ou un plaid. Les parties de "combat naval" commencent, les livres ou les brochures sortent des sacs et sont lus avec une certaine somnolence. Peu à peu, la mer se calme, le soleil commence à darder ses rayons. Les toiles de bâche sont tendues au dessus des passagers qui se reposent sous les claquements métalliques des filins tendus contre les mats. Le bassin carré du pont supérieur est rempli d'eau de mer et les premiers baigneurs s'y essayent.

Des cris et des pleurs émanent de la pouponnière où les plus jeunes sont confiés à des nurses. Des jeux sont organisés sur les ponts disponibles, un filet est tendu pour permettre la pratique du cercle de caoutchouc (deck-tennis). Les palets ronds de caoutchouc noir et dur glissent sur les cases d'une sorte de jeu de paradis. Les personnes qui ont emmené leur animal de compagnie vont lui rendre visite au chenil, à côté de la buanderie où officient des chinois. Les bars ne désemplissent pas. Le salon offre un asile à celles qui ne supportent pas le vent du large et qui sirotent leur cocktail en jouant au bridge. De la musique douce baigne les joueurs de ping-pong. Toutes ces activités cessent brusquement après l'appel du gong appelant au premier service du restaurant.

Des intrigues se nouent. Les amourettes de vacance des jeunes sont favorisées par des tas d'endroits, de cachettes qu'offrent les recoins du bateau. Tous sont conscients que cet état euphorique ne durera que seize jours. Les soirées dansantes et les séances de cinéma offriront une obscurité complice à toute une jeunesse à chacun des voyages..."

5e jour : Escale à Santa Cruz de Ténériffe. Mer calme. Le bateau y accoste en fin de matinée. La ville et le port sont désuets, d'un charme indolent. Des enfants agiles comme des singes grimpent jusqu'au pont supérieur pour effectuer un plongeon risqué. Cris d'effroi. La tête du plongeur crève l'eau : il  pleut des piécettes étincelantes happées rapidement sous l'eau et perdues pour le novice. 

Teneriffe  

Après les trois heures de taxi nécessaires à la visite de l'île, les passagers regagnent le bateau. Ils marchandent des travaux de crochet, des broderies, des poupées de grande taille, alignées, délicieusement habillées à l'espagnole et engoncées dans des   boîtes en carton. La navette s'effectue par une corde tendue entre le bastingage et le quai. L'ultime marchandage se conclut au tiers du prix de départ.  

Tenerife.
Arrivée dans le port de Santa Cruz. L'île ne connaît pas encore le tourisme effréné d'aujourd'hui
                                                     Affiche glorieuse de la CMB

  affice CMB
 

La croisière s'amuse...
Les officiels sont en chasse et recrutent à qui mieux mieux les candidats aux jeux ou concours. Toutes sortes de concours, même les plus farfelus. Une caisse de champagne est offerte au passager qui devine le moment précis où l'ancre touche l'eau dans le port, ou à celui qui donne le top du passage au large du Cap-Vert. Un concours de "combat naval", un tournoi de bridge ou de canasta, tout prête à réjouissance. L'anniversaire d'un passager lui octroie le privilège de dîner à la table du commandant. Au milieu du voyage, l'exercice obligatoire d'essai des gilets de sauvetage offre le spectacle hilarant de polichinelles au torse outrageusement amplifié. Les familles rassemblées aux endroits repérés attendent l'inspection du personnel de bord. Un coup de sirène donne congé à tous.

12e jour : baptême de l'Équateur. Tout le bateau y participe joyeusement, tradition oblige, au baptême des passagers qui franchissent cette ligne mythique pour la première fois. Cette réjouissance est confiée à un ancien "qui connaît la musique", et est susceptible d'en améliorer sa conception ou son déroulement. La mythologie est caricaturée. Neptune porte une barbe de chanvre, couronné, armé du trident en bois, flanqué d'Amphitrite aux longues tresses blondes, maquillée à outrance comme une Walkyrie d'opéra. Une cour d'amphitryons entoure leurs majestés trônant sur une estrade.

bapteme equateur  

"Les postulants sont présentés en maillot de bain. Une parodie de procès énumère  férocement les travers ou défauts décelés. Couples boiteux s'abstenir ! La sentence tombe, appliquée au milieu des rires et des cris : peinture collante badigeonnée sur tout le corps, ingestion de breuvages infects et passage dans un  tuyau de toile aux extrémités copieusement arrosées à la lance d'incendie. Les femmes sont balancées à la piscine et se débrouillent pour se nettoyer.   Le coiffeur remplit particulièrement bien son salon ce jour-là.
Un bal clôture une nuit de folie, offrant un répit dans un quotidien laborieux qui durera 3 ans."


Baptême de 1949.

L'euphorie du voyage s'amenuise et fait bientôt place à des mines plus sérieuses. La prise de connaissance des affectations délivre certains de l'incertitude de ne pas retrouver un endroit apprécié ou assombrit les visages des mutés à un endroit redouté ou peu apprécié. Le sort nous est favorable : ce sera une nouvelle fois Élisabethville ! La joie est profonde et non retenue. La fin du voyage sera plus facile à accepter. On referme et on boucle les valises.
Dernier jour. La fête est finie. Sentiment de vide. Lobito, la terre ferme qui semble se dérober sous les pas. Trois jours de voyage en train à travers l'Angola nous attendent.

Avenue Jules Cornet, 7  (aujourd'hui : avenue Kamaska )
On parle de lui sur le site des Expatriés de Lubumbashi : http://lubumbashi.free.fr/savoir/savoir3.htm

Jules Cornet ? et l'histoire de la recherche de minerais.

le cuivre d'abord !

Élisabethville, pour la deuxième fois !
L'
Hôtel Albert nous héberge avant l'attribution d'une maison et le transport des malles et caisses laissées en dépôt pendant le congé. Au troisième jour, nous apprenons qu'une maison nous attend dans un quartier flambant neuf, entre le Musée (il déménagera en 1960) et la rivière Lubumbashi. Ce sera l'avenue Cornet, 7, également la plus belle des demeures d'Aloubè au Congo.

Cornet1  

C'est une maison flambant neuve, dont le crépi rose pale sèche encore. L'entrée de la maison attend un dallage de schiste, le jardin est à aménager car le chiendent (herbe sauvage) n'a pas encore eu le temps de pousser. Située sur la rive Est de la vallée de la Lubumbashi, la villa  possède 3 barzas et une toiture en tôles  à 2 versants. La photo ci-contre montre la barza d'entrée avant (à gauche) et le bureau (à droite). Sur la façade droite, la fenêtre du bureau, puis, notre chambre, la salle d'eau, la chambre des parents.

1953 - avenue Jules Cornet, 7 - l'asphaltage n'a pas encore été effectué

L'avenue est toujours en terre mais dispose d'égout, de sorte que les caniveaux ouverts n'existent plus, les bordures de trottoir en béton sont posées, l'éclairage public est installé. Elle commence à être habitée. Elle vit. Les terrains non occupés possèdent encore les arbres d'avant la colonie. Il y flotte encore un parfum de "naissance d'une ville". L'arrière de la propriété offre une vue imprenable sur la vallée e la Lubumbashi. Au loin, sur l'autre rive de la rivière, une ligne à haute tension étend ses câbles entre les squelettes des pylônes. En dehors de ce seul signe de civilisation, la brousse étend sont immense manteau d'herbes parsemée de termitières et d'arbres maigres. Le tout est surmonté d'un ciel chargé de lourds cumuli. A l'extrême gauche de l'horizon se découpe la cheminée de l'UMHK crachant d'épaisses volutes de fumée blanche.
Les trottoirs de terre sont très larges et serviront longtemps aux parties de billes entre Aloubè et son voisin. Il convient de ne pas s'aventurer trop longtemps dans les terrains non bâtis car ils sont infestés de serpents.
Rares seront les moments où l'on entend pas le bruit des truelles, un marteau frappant une planche ou le ronron de la bétonneuse d'un chantier. Cela n'entame cependant pas la bonne humeur des oiseaux qui piaillent dans tous les arbres
rabougris qui parsèment deci-delà les terrains vierges envahis par les matiti (herbe).
Ce quartier calme est circonscrit par trois rues parallèles d'environ trois cent mètres de long, sur un vaste terrain en pente régulière vers la rivière
Lubumbashi, reliées par deux perpendiculaires qui remontent vers le boulevard Reine Élisabeth, la plus vieille artère de la ville, partant du Golf, au Nord, passant devant le musée d'ethnographie et de science naturelle et la résidence du Gouverneur et qui va se perdre, au sud, dans la cité minière de l'UMHK. plan d'Élisabethville

André, notre nouveau boy, emménage avec Félicitas, son épouse, dans sa maison en contrebas de la parcelle. C'est un grand gaillard plein de malice et de ressources. Il n'est pas marié. Les Mompè l'incitent à officialiser religieusement sa situation depuis la naissance de sa petite Georgette. Maman confectionnera la robe de la mariée et lui servira de chauffeur pour les conduire à l'église. La fête se déroulera dans la maison et le jardin mis à leur disposition. Les casiers de bière ne se compteront pas. Aloubè pense encore souvent à ce dévoué serviteur au sourire éternel. Sa gentillesse n'a d'égal que son aptitude au travail bien fait.
Merci
zamu (veilleur de nuit), d'avoir veillé sur lui avec autant de sollicitude !

mercury  

A gauche, nos voisins récemment installés sont des juifs Rhodites ; en face, des  indépendants flamands, et non loin à droite, un couple de professeurs wallons avec deux jeunes garçons et un magnifique chien bouclé noir. Pol et Marguerite viennent de Bukavu. Ce couple constituera, quarante ans plus tard, un lien inconnu entre ma famille et celle de mon épouse. Le monde est petit !
 

1954 - La route vient d'être asphaltée et la haie de devant a poussé !. Finie la potopote (boue). En arrière-plan, derrière la Mercury, la villa du couple bukavien Paul et Marguerite Vivier.

 
 
Plus sur la vie à Elisabethville ?

le cadre de vie

Une journée comme une autre...
Tous les matins à l'aube, un voisin un tantinet dur d'oreille "cale" le boucan de son poste de radio sur la fréquence de
Radio Congo Belge. La mélodie "Où peut-on être mieux que chez soi" (de Vieuxtemps) frappée au balafon ( instruments ) cède bientôt la place à une Brabançonne (hymne national belge) immédiatement suivie d'un majestueux et chevrotant "... Ici, Radio Congo Belge" (*) Pour changer, un autre xylophone entonne "Fiers enfants de la Lorraine" sur l'annonce grandiloquente et d'une voix emphatique : "... Ici, Radio Brazzaville, poste national français. Nous émettons simultanément sur les fréquences de...à destination des îles Wallis et Futuna...".  Tout le quartier en profite. Le chien de notre voisin ajoute  ses jappements furieux au concert.


Le 1er octobre 1940, "Radio Congo Belge" est créée à Léopoldville
sous la responsabilité du gouverneur général. Cette radio s'adresse aux coloniaux et aussi aux Belges de la métropole, grâce à un modeste émetteur ondes courtes de 7,5 kilowatts. En 1942, le gouvernement belge en exil à Londres décide d'acquérir un nouvel émetteur ondes courtes de 50 kilowatts à installer à Léopoldville. Cet émetteur, acheté aux États-Unis, est mis en service le 16 mai 1943. Dirigée depuis Londres, elle émet de Léopoldville, une sorte de "territoire libre". Le 31 octobre 1943, lancement d'émissions de propagande dans d'autres langues telles que le portugais, l'espagnol et l'anglais. Le programme en neuf langue dont l'Afrikaans et le turc connaît un succès international sous le nom de "la Voix de l'Amitié".

La guerre a suffisamment démontré l'importance de la radio pour que l'on crée un service mondial belge immédiatement après la libération de la métropole. Les informations rédigées à Bruxelles sont câblées à Léopoldville et les programmes enregistrés sur disques envoyés au Congo Belge par les avions Sabena. L'émetteur de Léopoldville est précieux car sa position sur l'équateur lui assure l'un des meilleurs endroits pour atteindre une grande partie du monde grâce aux ondes courtes. On émet alors quotidiennement durant près de 15 heures. La station jouit de la même popularité que celle connue durant la guerre. Des milliers de lettres d'auditeurs, pour la plupart originaires des USA, parviennent à la rédaction. Plus tard, apparaissent les célèbres programmes, aujourd'hui disparus, de messages aux marins et aux missionnaires.
 

Une journée pas comme les autres, celle de la visite du Roi Baudouin à Élisabethville. En mai 1955, le roi Baudouin est en tournée au Congo. Il passe par toutes les villes importantes et reçoit le surnom en lingala de "Bwana Kitoko" (le beau patron) devenu le titre du film tourné à cette occasion par les actualités Belgavox - En réalité, le surnom est mal interprété par la presse belge qui suit le Roi et aurait du rester "Mwana Kitoko" (le beau gosse), ce qui est beaucoup plus dans l'esprit frondeur bantou lingala. Un deuxième voyage sera organisé pour les fêtes de l'Indépendance, en 1959.

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 < Le cortège royal se dirige vers le Centre (1956)
sur le balcon de
la Résidence du Gouverneur (1959) >

photos extraites du site http://elisabethville.be.tf

  baudouin2
 
tiger joe

Deux quotidiens cohabitent : l' Écho du Katanga et l' Essor du Congo. Tous deux sont imprimés à E'ville. L' Essor du Congo est glissé tous les jours sous la porte d'entrée par un livreur. Au bruit de glissement, Aloubè saute sur les pages des bandes dessinées "Jo l'Éclair", "le Commissaire Maigret", "Tiger Joe" et (déjà) "Max l'Explorateur"

Tiger Joe, explorateur et chasseur - dessinateur : Victor Hubinon                                        Max l'explorateur- dessinateur : Bara

max

Après, il se met en devoir d'apprendre ce qu'il devra solfier à l'École de Musique de la ville, située non loin du Bon Marché, avenue Wangermée. Puis, il enfourche son vélo pour rejoindre le Collège par le boulevard Reine Élisabeth, les avenues de Kambove et  Wangermée. Le temps de le ranger sous le préau, face à la Procure et la cloche sonne la reprise des cours de l'après-midi. En 5e et 6e, il rangera son kinga (vélo) sous les classes d'humanités - plan de la ville
La semaine est remplie au Collège (4e, 5e et 6e primaire), le samedi après-midi étant réservé au chiro, comme au terme précédent. 

gymkhana  

< Gymkhana automobile (1956)  
sur la  Place de la Poste, centre ville. 
En arrière-plan, l'hôtel Belle-Vue
.

Place de la Poste

La Poste (2001) >
création d'un terre-plein piétonnier.
Remarquez les antennes !

  poste couleurs
 

Les enfants ne s'ennuient pas le dimanche. 
Après la messe à la Cathédrale, un repas festif nous rassemble autour d'une table animée, parfois agrémentée de la présence d'amis de passage ou invités. L'après-midi est consacré à une promenade, une visite au zoo, une partie de tennis, la piscine du Lido. Le soir,
Radio Collège (OQ2AC, programmes sérieux, musique classique, pièces de théâtre..) cède l'antenne à Radio UFAC (OQ2AD, musique de variété, disques demandés). Assis ou couchés à même le tapis, Aloubè écoute religieusement les mélodies de l'époque, les ritournelles de l'Auberge du Cheval Blanc ou encore les répliques savoureuses de Mademoiselle Beulemans.

camera revere

C'est une chance d'avoir un papa précurseur.
Le cinéma entre chez nous avec une caméra 8 mm
Revere, à tourelle de trois objectifs, mue par un ressort remonté par une clé plate rabattable pour 20 secondes de prise de vue. Le film de 3 minutes Kodachrome 25, est développé à Sèvres (France). Ce hobby réservé à des passionnés (pellicule très chère) permet aujourd'hui de visionner (par transcription VHS) près de 8 heures de films tournés par papa entre 1953 et 1960, dont un bonne moitié en couleurs. Précieux et inoubliables souvenirs, tellement plus vivants que les photos !

 
ballade lubum  

 < Promenade le long de la rivière en mars 1953
entre Lido et Karavia.

La rivière Lubumbashi

Partie de pêche  près du Golf >
en amont, près de la station de pompage.
Aujourd'hui, proche de l'Hôtel Karavia.

  peche lubum

Maman a aménagé un bout de jardin à grand renfort de terre fertile et d'humus. Dès que les pousses de carottes, oignons, persil, tomates... sortent de terre, une claie en canisse est tendue au dessus pour les protéger d'un soleil brûlant. Ce jardin constitue plus un passe-temps qu'il n'est réellement nécessaire : on trouve tout en ville. Il convient cependant de ne pas relâcher trop longtemps sa vigilance car le chiendent aurait vite fait d'envahir cette terre ô combien plus fertile que la dure latérite pleine de cailloux de la parcelle. L'entré a été rapidement envahie de canas, de géraniums et de roses. Un planton vient régulièrement effectuer la tonte du gazon (!) au katakupe (faux rustique faite d'une lame de ressort de suspension de camion, très affûtée) et arroser les grandes surfaces bordant la maison. En saison sèche, la poussière envahit tout, passant sous les portes et les moustiquaires métalliques des fenêtres.

Tous les midis, la sirène de l'incontournable cheminée de l'UM rythme de son lugubre hurlement les trois années qu'Aloubè vit dans la plus totale insouciance dans ce merveilleux endroit. Les faits les plus marquants en seront les quelques jours de pensionnat au Collège durant le congé de mes parents passé en Afrique du Sud, à Johannesburg, la découverte de la musique classique grâce au

sonofil  

Sonofil Webster (enregistreur sur bobines de fil d'acier, ancêtre du Grundig à bande issu des appareils à tiges de métal magnétisé découverts par les GI après la guerre) acheté par mon papa au Montgomery Ward (grande maison de distribution américaine) inondant le Congo des produits les plus modernes.
  

Sonofil Webster Chicago - modèle 80
Cet appareil mythique est le précurseur de tout ce qui est enregistrement sur support souple. Le fil d'acier est magnétisé, au lieu de poudre d'oxyde de fer coulée (d'abord) sur une bande de 1/4 de pouce de large puis noyée dans un ruban d'acétate. La cassette est née en 1960, elle-même dépassée par le CD. C'est l'ancêtre de l'enregistreur moderne autonome. Il date de 1945 !
Un site qui en parle...
en anglais : http://chambinator.free.fr/english/dino3us.htm

 

En août 1956, Aloubè doit rentrer en Belgique prématurément, avant la fin normale du terme, pour ne pas scinder une année scolaire importante : la première du secondaire (7e année de scolarisation). Un pensionnat en Belgique est choisi depuis la Congo, sur catalogue !

Parenthèse décevante en Belgique
Aloubè n'apprécie pas la perspective de quitter le paradis. Pas du tout ! La raison prenant le dessus, il est poussé dans un avion DC 4 décollant d' E'ville un matin radieux pour la première escale à Stanleyville. Il n'est pas seul. Un garçon de son âge accompagne, un blondinet que ses parents ont muni d'une montagne de bandes dessinées (Bob et Bobette). Bien vu ! A peine en l'air, un des moteurs droits manifeste une toux inquiétante et crache de la fumée noire. Ce phénomène n'est pas craint. Les extincteurs fonctionnent correctement et cet incident doit passer inaperçu. Il n'en est rien !

ecu sabena

 

Midi à Stanleyville. Un message lancé par haut-parleurs signale que l'avarie du matin contraint l'avion à subir une réparation sur place, que celle-ci nécessite l'immobilisation au sol pendant vingt-quatre heures. La Sabena offre son guest-house, ses installations hôtelières et le restaurant. Nous envoyons un télégramme à ceux que nous quittons et ceux qui nous attendent.
La soirée au restaurant, habillés pour la Belgique, n'est pas des plus confortables. En gosse d'Afrique, nous nous débrouillons comme des chefs pour passer agréablement le temps au guest-house, sur les routes proches de l'aéroport, dans la chambre. La nuit, personne ne nous oblige à éteindre ! Aloubè s'endort après avoir dévoré les bandes dessinées de son fortuné camarade de voyage.

Les autres escales.
Khartoum (Soudan) est marquée par une tempête de sable, celle du Caire par un train d'atterrissage mal sorti. Sous le choc, les armoires s'ouvrent, le contenu de la vaisselle se fracasse au plancher, les effets personnels et les bagages de cabine jouent la fille de l'air et volent dans tous les sens. Le comble ! l'attente au sol dure près d'une heure (on peut imaginer l'impatience des voyageurs) se soldant par l'entrée remarquée d'une équipe sanitaire égyptienne venue asperger copieusement les passagers (par précaution ?) d'un infâme produit piquant aux yeux et raclant la gorge. Qui doit-on immuniser ? Mystère ! Le silence nous est imposé pour protéger, nous dit-on, les oreilles délicates d'une suivante du roi Farouk. Une courte escale à Athènes, suivie d'une à Rome permet enfin d'arriver en Belgique. Des grand'parents anxieux nous accueillent.

Commence une course poursuite de vêtements adéquats pour l'hiver. Sur recommandations, les grand'parents équipent Aloubè de pied en cap pour le pensionnat choisi depuis le Congo, sur base de sa renommée. Le descriptif date d'une époque faste car la réalité est toute autre. Les maigres subsides de fonctionnement réduisent les possibilités depuis la querelle scolaire de la "loi Collard" (ministre de l'Enseignement des années 55-56) répartissant les fonds entre l'enseignement libre et l'officiel. Ce grand Collège de Visé (près de Liège) n'est plus que l'ombre de lui-même.

Le souvenir est encore pénible. Tout est insupportable : l'heure si matinale du lever, la messe quotidienne avant un petit-déjeuner frugal, les repas de mauvaise qualité, la solitude dans une immense cour où Aloubè tourne en rond sous les marronniers nus, les mains gelant hors des poches sous peine de recevoir des coups de clés du pion de service, les classes surchauffées ou glacées selon l'état capricieux de la chaudière. Abandon, solitude, désespoir. Enfin, les moqueries pour ce "congolais" ne supportant pas un baptême à la neige, torse nu, les promenades forcées et les interminables week-ends enfermé, les professeurs s'acharnant sur un élève sombrant dans un profond désarroi par manque de liberté.  Une double broncho-pneumonie non soignée cloue Aloubè un mois dans un lit d'infirmerie, sans visite. C'est là que ses parents le retrouvent le jour de leur retour en Belgique. Échec total.

            fin de page
 

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