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Deuxième terme
50-53
Élisabethville - Katanga



     
- Les grands trajets
      Urbanisation

      Socialisation
      Retour du 2e terme

 

gorilles
 
  
   Quelques repères de l'époque
     Évènements marquants
     
1950 - Début de la guerre de Corée (25/06) - maccarthysme aux USA - Le polyester est créé en GB

       1951 - 1ère bombe H aux USA (08/05) - Les USA quittent le Japon - Découverte de la pilule contraceptive.
       1952 - Elisabeth II monte sur le trône (06/02) - Insurrections Mau-Mau au Kenya (20/10) - premières machines électroniques.
       1953 - 1ère bombe H en URSS - Découverte des spirales ADN - le Bic - l'Everest est vaincu.
       On chantait
     
1950 - Cerisiers roses et Pommiers blancs (Claveau) - l'Ame des Poètes (Trenet) - A la mi-août (Ventura)
       1951 - Jézabel (Aznavour) - Le Loup, la Biche et le Chevalier (Salvador) - Un gamin de Paris (Montand)
       1952 - Le Gorille (Brassens) - l'Amour est un bouquet de violettes (Mariano) - Je t'ai dans la peau (Piaf)
       1953 - Mé qué, mé qué (Bécaud) - Les Croix (Bécaud) - Les amoureux des bancs publics, J'ai rendez-vous avec vous (Brassens)
       Au cinéma
       1950 - All about Eve (USA) - La Beauté du Diable (FR) - Orphée (FR)
       1951 - African Queen (USA) - A place in the sun (USA) - Casque d'Or (FR)
       1952 - Singing in the Rain (USA) - High Noon (USA) - Jeux Interdits (FR)
       1953 - From Here to Eternity (USA) - Shane (USA) - Le Salaire de la Peur (FR)
      

Aloubè se civilise.
Au cours de ce terme, Aloubè passe progressivement de l'enfant insouciant dans la brousse à l'écolier en milieu citadin. Que de changements en l'espace de quelques mois. A nouveau, il fait la connaissance de moyens de transport impressionnants pour son âge.

bateau leopoldville  

1949 - Le "Léopoldville" ramène au Congo Aloubè et ses parents.

 

Le voyage de retour au Congo est effectué par le paquebot Léopoldville de la Compagnie Maritime Belge. Cette fois, d'Anvers à Lobito (Angola). La famille est mutée à Élisabethville à la fin du mois de juin 1949, "en ville", car les batotos (enfants) sont en âge de masomo (école). La Colonie en tient compte.

train angola  

Le train angolais prend le relais jusque Dilolo gare (poste frontière). Enfin, un train-relais 100% congolais nous amène jusqu'à Élisabethville via Tenke et JadotvilleUn trajet de 2.107 km ! Trois jours dans la poussière et la fumée d'une locomotive à vapeur. Les escarbilles entrent par les fenêtres grandes ouvertes. Il n'empêche, on étouffe de chaleur. La cuisine du Caminho de Ferro de Benguela (compagnie angolaise d'alors) est tout, sauf légère. Les trains couchettes sont un monde d'aventures pour des garnements rêvant d'en découdre avec les féroces ennemis voisins de compartiment. Les boudins de cuir, garde-corps des couchettes supérieures, deviennent de redoutables armes entre leurs mains meurtrières. Le personnel a fort à faire pour traverser les champs de bataille sans y laisser un plat, une boisson ou encore, une pile de linge !
Train de la ligne Lobito - Élisabethville.

 
carte lobito eville  

"La nuit, l'obscurité la plus totale est troublée par les arrêts. Le train essoufflé s'arrête pour "faire de l'eau" et charger du bois pour la chaudière. Le trop-plein de vapeur s'échappe régulièrement en chuintements qui sortent Aloubè d'un sommeil agité. Un coup de sifflet strident, le cri "partiîîîta", des volutes de vapeur et le train se trémousse dans un grand bruit de ferraille pour gagner sa vitesse par d'amples secousses. Le sommeil reprend ses droits.En début d'après-midi du troisième jour, le relais est passé au B.C.K. (chemins de fer du Bas Congo au Katanga) à Dilolo gare. L'arrêt est prévu pour changer de locomotive et de wagon-restaurant (ouf !). Les dames en profitent pour laver des cheveux informes et décolorés tant ils sont remplis de poussière. Les hommes rectifient du mieux qu'ils peuvent une tenue qui doit faire honneur à la Colonie, et puis... la cuisine belge, ça se fête !"
 

 
quai gare eville  

Comme pour l'arrivée d'un bateau à Matadi, l'entrée d'un train de voyageurs en gare d'Élisabethville ne passe pas inaperçue. Un groupe bruyant et sympathique attend sur le quai à la tombée du jour. Certains viennent retrouver des connaissances, mais, la plupart "réceptionnent" les nouveaux venus. Les collègues de papa sont à l'accueil. A la sortie, Aloubè est happé par une cohue de femmes.

Gare d'Élisabethville en 1950, avant l'électrification des lignes.

Urbanisation
1949 - Élisabethville, capitale du Katanga, s'étale sur un plateau à 1.200 m d'altitude et est surmontée d'un terril flanqué d'une cheminée interminable. Elle hurle lugubrement tous les jours à midi précis. Quand le vent souffle du mauvais côté, les émanations de cette cheminée laissent un goût cuivré dans la bouche. Le climat est sain, une "saison sèche" alternant avec une "saison des pluies". Après celui du Kivu, idyllique, c'est le préféré des coloniaux. La vie y est calme, organisée, civilisée et on trouve tout en cette ville moderne. Les autos colorées et rutilantes viennent en droite ligne des USA. Le luxe, quoi ! 

La première impression est celle d'une ville de vacances. Les rues sont macadamisées, larges, bordées d'arbres en fleurs. Le temps est doux pour ceux qui viennent de l'équateur. Il y a abondance de tout. Il faudra cependant s'habituer aux ...bruits ! Aloubè fait connaissance avec la ville. Ce sont d'abord les réceptions de bienvenue données par les collègues militaires de papa. Il y a un grand nombre d'enfants. Des clans se forment, des amitiés s'ébauchent rapidement. L'apprentissage de la vie communautaire aussi. Nous apprenons assez rapidement que nous habiterons le camp militaire. Ici en ville, les maisons sont tellement proches les unes des autres !

En attente de logement, nous passons les trois premiers jours à l'
Hôtel Albert. 

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Élisabethville

villa kafubu  

 

 

1949 -  26,  route de la Kafubu, au camp militaire. Toiture en tuiles à quatre versants, cheminée et style des années 30. Implantée dans un vaste jardin clos par des haies d'euphorbes elle est ombragée d'eucalyptus. Devant, la fenêtre d'angle du salon. Au centre, les deux colonnes et le porche d'entrée, pas de barza !

Le 26, route de la Kafubu (*) nous est attribué. Maison rectangulaire de briques rouges apparentes rejointoyées au ciment gris, surmontée d'un classique toit en tuiles, ornées de fenêtres en métal. Les sols sont enduits de cire rouge très colorante pour des petits genoux cagneux. La nyumba (maison) est plantée au milieu d'un jardin de 12 ares, parcelle type du camp militaire européen. Les prédécesseurs y ont planté un manguier, un flamboyant aux fleurs rouges rutilantes, trois eucalyptus dont les feuilles bruissent au moindre souffle de vent, un cactus aux longues lances à bords épineux, et un frangipanier aux fleurs blanches hélicoïdales au cœur jaune beurre, dont le parfum obsédant et subtilement sucré marquera la mémoire d'Aloubè à jamais - cadre de vie
Un chemin de terre en boucle permet de ne pas devoir opérer une marche arrière en auto pour sortir de la propriété. La boyerie (logement du boy et sa famille - inexistante à Inongo) fait l'objet d'une exploration minutieuse et autorisée par les parents car il n'y a pas encore d'habitants. 

La vie sociale des adultes est beaucoup plus réservée que dans la brousse. Alors que celle-ci favorise tout naturellement le rapprochement des individus qui se sentent solitaires et un peu "perdus" au milieu des africains, la ville, par le phénomène de concentration de la population et par sa densité, efface en grande partie ce sentiment de recherche de l'autre. Pour preuve, la barza perd son rôle social en ville pour ne conserver qu'un caractère "ornemental" non indispensable. L'adulte européen se sentant sécurisé par le nombre se replie plus facilement dans sa coquille. Les contacts sont désormais plus sélectifs (on fera cependant volontiers partie d'un "cercle").
A l'inverse des adultes, les enfants apprennent, en ville, à lier des liens avec les autres et à se façonner un comportement social, à partager l'espace et le temps. A ce stade de son développement, Aloubè ne peut que tirer un bénéfice de sa venue dans une ville.

(*) Kafubu : mission salésienne sise le long de la rivière éponyme avec école, terrains agricoles et étangs piscicoles située à 30 km au Sud de la ville, en direction de Sakania et Ndola, frontière Rhodésienne. Fondée par le père Joseph Sak.       

Liévin le pichi (cuisinier) est embauché le premier - que faire sans lui ? Son immense stature se termine par un visage gonflé, aux yeux exorbités, aux cheveux poivre et sel. Il porte un pantalon sans forme qui lui descend bien en dessous de la ceinture et dont une petite bouteille plate émerge de la poche arrière. Sa succulente cuisine nous fait oublier son penchant pour la bouteille... jusqu'au jour où il n'est plus capable de distinguer une salade d'une touffe d'herbe ! Il fait peur... à maman surtout. Il n'est pas resté longtemps.

Et comme dessert ?...
Voici quelques uns des fruits tropicaux que l'on trouve sur la table au Congo. Les reconnaissez-vous ?
papaye 1 banane 2 avocat 3 ananas 4

  grenades

 

          8

  pamplemousse9

kaki10 maracuja11
goyave 5 mangue 6 coco 7

Réponses : surligner ce qui suit ou laisser le pointeur quelques instants sur l'image.
1 papaye - 2 banane - 3 avocat - 4 ananas - 5 goyave - 6 mangue - 7 noix de coco - 8 grenade - 9 pamplemousse - 10 kaki  - 11 maracuja

Boniface, homme de maison et pichi occasionnel, est petit et râblé, continuellement en train de dribbler avec une balle fantôme. Un jour, Aloubè lui en envoie une vraie entre les pieds. C'est Pelé ! Aloubè applaudit ses exploits au stade du camp militaire. Il est habile, tant balle au pied que dans l'art de réparer nos gaffes, en silence, sans "cafarder" (dévoiler un secret). Il parle, outre le kiswahili, le lingala, ce qui permet à papa de communiquer. Maman entend qu'il puisse la comprendre et lui répondre en français. Trilingue ! C'est rare en nos contrées d'Europe, c'est fréquent au Congo. langues parlées
Le lingala n'est pas la langue du Katanga. Aloubè se rend à l'évidence : il lui faut vite se mettre au kiswahili. C'est une chose rapidement acquise car Modeste a des dons innés de prof. Les progrès sont fulgurants, au point qu'Aloubè peut se débrouiller pour aider sa maman à comprendre les vendeuses de fruits et légumes qui passent de maison en maison, une grande manne remplie en équilibre sur leur tête. Aloubè apprend, en retour comment vérifier
la fraîcheur des oeufs en vente.

Devinette - Comment vérifier rapidement qu'un oeuf est frais, sans le briser ? Réponse : surlignez ce qui suit.
En le plongeant dans l'eau. S'il surnage trop, il n'est pas frais car il a trop d'air.

modeste  

Fils de Boniface, Modeste, passe la majeure partie de son temps à enseigner  tout ce qu'un petit muzungu (européen) doit apprendre : le kiswahili avant l'école, confectionner des motocas, (auto) kingas (vélo) et tukutuku (moto) en poto-poto (terre glaise) ou en fil de fer. Certaines de ses "oeuvres" sont réellement très finement observées. Aloubè devient habile au kati (lance-pierre) sachant quel mupila (caoutchouc) et quel bois choisir pour confectionner un instrument efficace. De grandes virées précèdent la rentrée scolaire. Aloubè regrette de ne plus le voir qu'épisodiquement car Modeste est prodigieusement inventif et contribue à sa curiosité, son goût de l'expérience et de l'aventure.
Merci à toi, gentil Modeste !
 d'opérer la douce transition avec l'école.

1949 - Modeste et sa maman Madeleine entourent Aloubè.


    casque nb

 

Le légendaire casque colonial ne fait pas long feu ici, vite remplacé par un chapeau scout confortable en feutre, aux bords relevés. Le capitula (short, bermuda) en américani (grosse toile) est le vêtement des batoto ya bazungu (enfants d'européens) Une chemise à manches courtes flotte par-dessus hors de l’œil exercé parental mais y rentre rapidement à la première injonction. Ah, la bienséance d'alors ! Le laisser-aller n'est pas de mise. Même s'il fait chaud, pas question de manger en singlet (chemise de corps).

bus scolaire  

Le bus scolaire de la S.T.A. est conduit par un chauffeur indigène assisté d'un surveillant somnolent. Une bande de moutards énervés et braillards est amenée deux fois par jour au Collège, à Marie-José, à l'Athénée, dans cet ordre immuable. Les plus âgés effectuent le trajet en vélo, rapide et plus calme. Parfois, un boy ou un parent disponible conduit un retardataire en voiture, parce que le bus est raté ou que le ciel tombe comme au déluge.

1950 - Récupération de l'armée, les bus de la STA carénés en métal ont remplacé les "cages à poules".
Le chauffeur est secondé par un surveillant débonnaire (assis derrière la porte).

 

 

Papa et maman échangent rapidement leur vélo pour une auto Hillman Minx, noire, très british d'aspect et de conception. C'est un évènement majeur dans la vie d'Aloubè (et celle de ses parents). Les distances, en ville, sont plus importantes que dans un poste de brousse. Le vélo est pénible pour transporter des enfants. Aloubè se souvient des premiers trajets en auto que son papa rode alors à 30 Km/heure pendant des semaines ! Mais, quelle facilité pour se déplacer !
 

     hillman
 
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Élisabethville

Socialisation d'Aloubè.
Le temps et l'espace sont à partager avec d'autres. Oubliée, la solitude de la jungle. Ce "terme" (*) consiste dans l'apprentissage de la vie en communauté. La scolarisation contribue à cette intégration. Loin de constituer un handicap, c'est plutôt une agréable opportunité pour Aloubè de découvrir des copains, les "ndukus ya masomo" (camarades de classe).

(*) Terme - la division du temps, aux colonies, se fait en "termes" de trois années contractuelles. Ainsi, l'on dira : C'était à la fin de mon deuxième terme pour signifier entre la cinquième et sixième année de Colonie. Une carrière complète compte 5 termes (avec les congés : 18 ans)

Tous les enfants du camp militaire se réunissent régulièrement dans un vaste espace rempli de termitières géantes, monticules que, tour à tour, cow-boys et indiens, GI et Boches, policiers et bandits se disputent. Le plus dur est d'accepter le rôle de perdant défini au départ par un "méchant" grand blond (Davin Claude, coucou !) qui, en qualité d'aîné, a pris le commandement de cette troupe. Pour ne pas rester sur la touche, les filles peuvent prendre part aux jeux si elles consentent à être liées au poteau de torture, otages servant de monnaie d'échange. 

Tous les coups pendables sont tentés : semer la panique dans les poulaillers, ravager les parterres de fleurs, envahir les arbres, casser leurs branches, inonder les barzas... Le concours régulier du kinga (vélo) le plus bruyant exaspère les couples sans enfant. La palme revient au plus inventif. Comment résister au vacarme d'une armada de bicyclettes garnies de crécelles faites de cartes à jouer fixées aux fourches par des pinces à linge, accompagnées du tintement strident des sonnettes ?

dettol

Ces expéditions ne s'opèrent pas toujours sans risques. On ne compte pas les hématomes, plaies, bosses, bras cassés et yeux infectés par le latex urticant des haies d'euphorbe. En saison des pluies, les mamans récurent leur descendance avant de la plonger dans une baignoire de Dettol purificateur. Tous les coloniaux utilisent ce désinfectant au parfum pharmaceutique particulièrement reconnaissable. Il existe encore ! Combien de capitulas ne reviennent-ils pas déchirés, combien de chemises révèlent avant décrassage (plus adéquat que lavage) que plusieurs boutons manquent... ?

Le champ de manœuvre est à ce point étendu que nos chers parents ont chacun leur signal distinctif pour rappeler leurs monstres à la maison. Ainsi, il y a le clairon, le sifflet d'arbitre, le klaxon automobile, la clochette, les coups martelés sur une touque (fut cylindrique)... Chacun reconnaît immédiatement ce qui lui est adressé. En fils de militaires, pas question d'ignorer l'ordre ! Quand il manque un soldat à l'appel, une grande battue de solidarité est effectuée dans le camp par les boys, passant tous les recoins de notre domaine au peigne fin. Leurs enquêtes n'ont rien à envier à celles de Sherlock Holmes ou d'Hercule Poirot.

anniversaire  

Les anniversaires prouvent que les rejetons peuvent se tenir "convenablement" hors des champs de bataille. Une immense table est dressée dans le jardin, remplie de délicieuses choses. Un tourne-disque à manivelle posé en équilibre sur une chaise joue de vieux 78 tours que les parents sont probablement les seuls à apprécier. Pour l'occasion, les termitières ne seront pas prises d'assaut.

 

1950  - Quelle patience les mamans ont-elles eue pour réunir, en tenue propre, toute cette marmaille ?
Anniversaire de Jeannot Dessy ( extrême gauche arrière -
U 09.08.2002 )

Chiro (patronage)
Les mouvements de jeunesse connaissent un grand succès. Personne ne s'en plaint. La turbulence naturelle de jeunes démons se défoule le samedi après l'école, les parents trop heureux de se réserver une fin d'après-midi calme.

L'école primaire est rythmée par les réunions du samedi après-midi sous la houlette du Père Sterckx, dirigeant du Chiro, calqué sur le scoutisme. L'uniforme est composé d'un short bleu foncé, d'une chemise verte et d'un foulard jaune, sur la tête un calot bleu garni d'un X croisé d'un P en acier brillant (lettres grecques khi - rau). Les jeux de barres, de foulards, les histoires très édifiantes de Dominique Savio et de Don Bosco n'ont plus de secrets pour un Écuyer, encore moins pour un Croisé et certainement plus pour un Chevalier (tranches d'âge - ancienneté). Les réunions se terminent sous le flamboyant de la chapelle (arbre à fleurs rouges). Le cercle écoute un discours moralisateur ou chante à tue-tête accompagné de l'accordéon du Père Sterckx.. vue aérienne Collège - n° 4
Malgré sa volonté de participer activement aux activités pendant 6 ans, Aloubè n'a jamais acquis le statut espéré de chef d'équipe (Au fait, comment le nommait-on ?) Son passage au chiro ne laisse qu'un souvenir d'après-midi oisives, sinon passives.


Les années passent comme des semaines, ponctuées de Saint-Nicolas (6 décembre - fête des enfants belges et hollandais correspondant à Père Noël en France) riches en jouets (nos enfants ne les regarderaient pas) : toupies, albums de Tintin - lus d'abord par papa - meccano, avions et voitures à ressort...
Le premier vélo d'Aloubè
(Royal Nord, fabrication belge, rouge, naturellement !) récompense un honorable bulletin scolaire, marquant son passage à une mobilité indépendante. Une autre tranche d'âge est atteinte. 
 

Le retour du deuxième terme.
Un jour, de grandes caisses en bois font leur apparition dans la maison. C'est l'affairement ! Une odeur de peinture caractéristique (la couleur verte des malles) flotte dans l'air. Les journaux sont réquisitionnés depuis un certain temps. Un certain désordre commence à régner là où peu de temps auparavant l'ordre était à l'honneur. Tout est emballé méticuleusement, répertorié, inventorié. Les objets fragiles sont entourés du papier journal que l'on a conservé depuis plusieurs jours. Le cadre de vie de la maison se vide progressivement de ses objets familiers. Bientôt, il ne reste plus que le strict nécessaire. Les derniers repas sont pris chez des voisins bienveillants. C'est la coutume aux colonies ! Un jour, un camion s'arrête et des plantons chargent les caisses pour le garde-meuble de la Colonie. Les pièces vides résonnent étrangement, l'équipement est plus que sommaire. Un dernier tour... la clé... le congé signifié au boy dans un grand silence embarrassé. Au revoir ! Merci !
Il est revenu le temps de retrouver les parents en Belgique.

Le retour en Europe s'effectue en DC 4, via
Stanleyville, Libenge, Kano, Tripoli, Rome. Le décollage a lieu vers 8 heures du matin. Les avions possèdent des sièges couchettes larges et assez espacés pour étendre les jambes. Chacun reçoit une valisette en toile caoutchoutée grise frappée du logo de la Sabena (*) remplie d'échantillons de toutes sortes et d'un nécessaire de toilette (plus de 23 heures en l'air). L'altitude moyenne étant de 4.000 m, Aloubè a tout le loisir de contempler la forêt équatoriale striée de chemins de terre, puis, la savane et, progressivement, le désert. Il découvre bientôt les premiers méandres du Nil, long filet d'argent qui luit sous le soleil, les taches vertes des oasis... A la tombée du jour, le désert offre l'aspect d'une plage ridée aux teintes bleutées, oranges, mauves... un régal pour les yeux ! Puis, c'est l'heure du repas. Le plateau est secoué et la fourchette pique souvent au mauvais endroit lorsque l'on subit des turbulences. Les enfants rangent les jouets éparpillés entre les fauteuils. Les adultes referment leurs livres et passent à tour de rôle à l'arrière, dans les toilettes, pour se débarbouiller. La nuit venue, les hôtesses distribuent couvertures, chaussons et masques pour les yeux. Les discussions cessent dans la carlingue, les dernières lumières s'éteignent progressivement. Bientôt, l'ultime passager encore éveillé bascule son siège en position de couchette et, chaussons enfilés, se couvre d'un plaid pour s'abandonner dans les bras de Morphée. Le ronronnement des moteurs achève d'endormir les plus réfractaires au sommeil.

DC6  

(*) SABENA - Société Anonyme Belge d'Exploitation et de Navigation Aériennes
Fondée en 1923, elle permet aux coloniaux de rejoindre la Colonie par avion au lieu d'emprunter le bateau. Elle ouvre une ligne avec
Léopoldville, puis, avec d'autres villes du Congo et enfin, avec plusieurs capitales africaines. Hergé (Tintin) le grand dessinateur belge n'a pas manqué de la représenter dans ses albums. Compagnie aérienne de prestige soutenue par le gouvernement belge, elle déclare faillite le  08.11.2001, suite aux "attentats du 11septembre" sur les  tours du WTC à New York. C'est une peine immense en Belgique. Une partie de légende meurt.

DC6 utilisé pour les liaisons avec le Congo.
Un site superbe pour en parler : http://lubum2.free.fr/sabena/sabena.htm
(expatriés de Lubumbashi)

Au lever, le survol de la Suisse ouvre un paysage inconnu : neige, montagnes aiguës, forêts de sapins... tout rend impatient d'arriver.

L'accueil de la famille à
Melsbroek (l'aéroport national de Zaventem est inconnu) donne lieu à une pluie de questions incongrues comme : ".. tu as vu des nègres et des lions ?" ponctuées de baisers humides et piquants distribués sans retenue par des aïeules larmoyantes. L'agression ! alors que les oreilles bourdonnent encore du bruit des hélices pendant toute la journée.

La continuité dans la scolarité est assurée par l'école d'un petit village des Ardennes belges où Aloubè passe de merveilleuses vacances d'hiver, à pratiquer du traîneau (construit par son grand'père maternel, le maréchal ferrant) sur une neige qu'il lui est pratiquement inconnue. Il commence à faire connaissance avec le froid. Bientôt, la Belgique n'offre cependant plus suffisamment d'attraits pour empêcher Aloubè de souhaiter retrouver le Congo.

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