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UNE MINE D'OR BELGE

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Photo de Lambert Grailet !

Lu dans le quotidien "La Nouvelle Gazette" du jeudi 4 mai 2000.

Certains estiment que si Jules César s'attaqua aux belges, c'était plus pour faire main basse sur leur or que par goût de la conquête. Quoi qu'il en soit, une chose est sûre : les Celtes exploitèrent l'or sur nos plateaux et en quantité telle que des monticules de résidus d'orpaillage hérissent encore les berges de nombre de nos rus.

Jusqu'à présent, on savait donc que l'on avait prospecté pour dénicher des paillettes charriées par les ruisseaux. Mais on n'avait pas encore pu localiser le moindre filon auquel l'eau et le temps auraient arraché ces brins de métal. Jusqu'à ce que Lambert Grailet (photo à là Une), l'auteur d'un livre fouillé intitulé "De l'Or en Ardenne", emmène deux des orpailleurs belges les plus expérimentés, Jean Detaille, de Champion, et le Liégeois Bruno van Eerdenburgh, jusqu'au Trou des Massotês, près de la Baraque de Fraiture, dans un bois privé.

Lambert Grailet avait de bonnes raisons de croire que ce Trou était la partie immergée d'un iceberg filonien : D'abord à cause des grandes meules que l'on pouvait encore voir, naguère, dans le coin. Elles ont probablement servi à écraser le quartz aurifère. Ensuite, parce qu'en contrebas du Trou des Massotês coule le Noir Ru, où les orpailleurs ont découvert de l'or alluvionnaire et qui est bordé de tertres, que Jean-Marie Dumont, Professeur à l'UCL, a pu dater de l'époque celtique (-250) après une analyse au Carbone 14. Bref, il y avait de l'or. Qui devait provenir d'un filon... Restait à le dénicher. C'est alors que Lambert Grailet fit le rapprochement avec la fosse du Trou des Massotês, dont parlaient les vieux du coin. Perdu aux abords de la Fagne des Petites-Tailles, à 300 mètres de l'autoroute, ce cratère jure dans un environnement plutôt plat. Au fond de cet entonnoir de quelque 20 mètres de diamètre, une mare où vient boire le gibier. Pas vraiment le topo d'un pingo, un de ces viviers naturels constitués à l'époque glaciaire qui parsèment la fange voisine. Et puis ce Trou des Massotês sembIait cadrer avec un site minier sis près du ruisseau de Pisserotte auquel font référence des archives secrètes du régime autrichien. Elles racontent que le baron de Goswin fit procéder à des recherches dans une mine "mêlée d'or et d'argent" vers 1760. Le projet fit cependant long feu. Mis au parfum, Bruno van Eerdenbrugh et Jean Detaille vinrent lors du week-end de Pâques, prospecter dans les boues du trou. Ils déballèrent leur matériel, un zeste sceptiques. Mais - surprise I - de

l'or, il y en avait bien. Pas des quantités phénoménales. Mais un beau petit lot d'une centaine de fines paillettes prometteuses, si on considère qu'elles provenaient de restes de l'exploitation d'autrefois. «Les miettes», estime Jean Detaille. Le 1er mai, rebelote. Cette fois, avec des résultats encore plus probants et dans une atmosphère de plus en plus fiévreuse. La forme des paillettes ne trompait pas : elles n'avaient pas roulé dans un cours d'eau qui les aurait grossièrement polies. Ici, on était donc bel et bien en présence d'or provenant d'un filon.

Conclusion : le trou devait être l'entrée d'une mine d'or, probablement celte, comme le pensait Lambert Grailet. Voilà qui donnait un éclairage nouveau aux souvenirs de vieux de l'endroit qui avaient vu le Trou des Massotês quasi asséché lors de la canicule de 1921 et qui avaient alors aperçu le linteau en pierre d'une entrée de galerie filant au sud, avant d'obliquer à l'ouest. Mais à l'époque, on se doutait bien peu qu'il s'agissait de l'entrée d'une ancienne mine d'or, la seule identifiée Belgique. Elle ne fit pas l'objet d'une recherche archéologique et géologique en règle. Laquelle mérite d'être envisagée à présent.

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Photo de Jean Detaille au travail !

D' autres Eldorado wallons en puissance

Le bon filon, d'autres en ont rêvé bien avant Grailet. Notamment les voisins du Chefna, ru parallèle au Ninglinspo, surplombé par le Heid de la mine d'or. Sur le site, seuls les vestiges de deux arcs témoignent de l'existence d'anciennes galeries. Les archives ne sont guère plus disertes. Pour Thiry, l'historien d' Aywaille, il est «peu probable que l'on ait tenté l'extraction d'or, mais il se pourrait qu'on y ait exploité, ou du moins rencontré en cours d'exploitation, des amas de pyrite. N'empêche, à Martinrive, Corin a orpaillé 0,05 gramme par tonne de gravier prospecté. Au Ninglinspo, Fourmarier a déniché une teneur huit fois supérieure. Une paille, certes. Mais force est de constater que les rus du cru charrient un or qui dut être arraché à des filons. Pour Michel Caubergs, auteur d'un répertoire des souterrains belges, à la Heid, on chercha un filon dès 1802. Epoque qui cadre avec un récit du Dr Bovy, antérieur à 1838 : "Il y a quelque trente ans que des paysans des environs de Quarreux firent des fouilles pour la recherche de ce métal précieux. Ayant apporté des échantilIons de leurs trouvailles à M. Desmousseaux, alors préfet du département de l' Ourthe, ce magistrat leur répondit que leurs efforts étaient sans doute très louables, mais qu'il vaudrait mieux encore s'en tenir à la culture des pommes de terre". Mais, note Bovy, l'un d'eux ne dut pas suivre le conseil, car il devint millionnaire.

Etait-ce le charretier Paquay, au sujet duquel Jean-Claude Gillet écrivit qu'il "faisait quotidiennement la navette entre Quarreux et Liège pour acheminer le produit de la mine "? Mystère...

Le Goldgrübe, près de Recht, où pullulent les tertres, pourrait lui aussi avoir été le théâtre d'une exploitation filonienne, selon Lambert Grailet. Deux sites qui pourraient faire l'objet d'une nouvelle prospection et venir s'ajouter à l'unique mine d'or, ainsi qu'à la carrière de Hourt (Grand-Halleux), dont des parois recèlent des paillettes. Une autre, située à Bovigny s'était elle aussi révélée, mais elle fut comblée par des détritus...

Note personnelle : il faut rappeler ue tous les endroits et leix-dits cités, également le "Trou aux Massotais", sont connus et répertoriés depuis des dizaines d'années. Il suffit d'interroger quelques riverains de cet eldorado wallon pour en avoir la preuve (exemple, le propriétaire du garage au lieu-dit Pisserote).

Photos du reportage TV (RTBF1 et RTL/TVI)

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