VDt Afgh.jpg (6949 octets)    Vincent DUDANT   journaliste-reporter free lance




Loin du fracas du monde, une
aventure grandeur nature vécue au Tibet et au Népal à l’occasion du Raid Gauloises.

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PRES DU SOUFFLE DES DIEUX

le Raid Gauloises partait cette année à la découverte des paysages mythiques de l’Himalaya.

Rêve, aventure, exotisme, dépassement de soi , émotion, étaient au rendez-vous.

C'est aussi le choc des cultures

Le Raid Gauloises se vit en équipe de cinq personnes dont au moins une femme, sans aucun moyen motorisé. L’objectif : rallier à cinq l’arrivée. Tibet cinq.jpg (8754 octets)



Janakpur embrassade.jpg (16171 octets)Janakpur, 45 degrés, pas un souffle de vent. Pourtant le parvis du temple de Janaki, dédié à Sita l’épouse de Rama, vibre d’une activité intense et inhabituelle. Ici se trouve la ligne d’arrivée du 10ème Raid Gauloises. Partis des hauts plateaux Tibétains, les concurrents, venus des cinq continents et répartis en 69 équipes de cinq personnes, auront parcouru 827 km, à pied, à cheval, en mountain bike, en raft et en kayak avant de la franchir. Ce jour là on attend la dernière des équipes rescapées : Lexmark, des Belges. Quatre jours déjà que les vainqueurs, des Finlandais, avaient passé la ligne. Les voilà  ! Namasté, namasté (bienvenue) crie la foule. IlsJanakpu arrivée GPl.jpg (9244 octets) arrivent, en nage, fatigués, émus. Ils s’embrassent ; ils pleurent ; ils rient. Il y a là François Gillain, le capitaine, ingénieur de profession, Alexandre Dandois, un employé de chez Lexmark, la firme qui sponsorise l’équipe, Torielle Perreur Lloyd, une Raid G charrue.jpg (18708 octets)expert comptable travaillant à Luxembourg et un Français, François Levis, dont l’équipe avait abandonné et qui avait préféré continuer avec Lexmark plutôt que de jeter l’éponge. Ils ont réalisé une partie de leur rêve : terminer un raid. Hélas pour Lexmark, ils ne sont plus que trois. Ils ne seront donc pas classés. Mais qu’importe, ils sont arrivés voilà tout. Tous ont souffert. Mais l’aventure partout était au rendez-vous. Ils auront rencontré le gel, la pluie, les affres de la hauteJanakpur aubade.jpg (9481 octets) altitude, la touffeur de la plaine indienne, les moustiques et des paysages somptueux. Mais surtout ils auront vécu cette merveilleuse alchimie faite de dépassement de soi, de solidarité et de sincérité qui transforme les cœurs les plus endurcis et qui permet d’affronter la vie de tous les jours autrement.

Neuf jours plus tôt

Tibet vélo.jpg (10604 octets)Le vent s’est remis à souffler avec plus de violence encore sur ce désert de cailloux que forment les hauts plateaux tibétains. Un vent de face qui oblige Torielle et ses deux équipiers rescapés à se tenir debout sur leur mountain bike. Malgré des gants polaires leurs doigts sont gelés. La température avoisine les moins 5°. A l’altitude où ils se trouvent, 4350 mètres, tout individu perd environ 30% de sa capacité physique. Ils sont exténués et la nuit tombe. Une nuit sans lune. IlsTibet fortin.jpg (13428 octets) se rendent compte qu’ils ne pourront plus atteindre le point de rendez-vous avec leur assistance. Ils décident de bivouaquer. " Ce fut la nuit la plus terrible de ma vie ", dira Torielle. Ils n’ont pas d’autres vêtements que ceux qu’ils portent sur le dos. L’eau a gelé dans les gourdes. Ils n’ont d’autre issue que de s’abriter sous un chorten (petit sanctuaire de pierre tibétain) et de se blottir les uns contre les autres avec, sur leur tête, l’unique couverture de survie. Ils luttent tant bien que mal contre l’endormissement qui pourrait être fatal. La température descend cette nuit là à moins 12° ! Et Torielle revoit le film des derniers événements et des motivations qui l’ont amenée sur ce raid.Nokia ind.jpg (10950 octets)

Nokia effort.jpg (8986 octets)La veille, soit le premier jour de course, elle était en pleurs. " C’est moi qui apporte la malchance à l’équipe, ne cessait-t’elle de répéter en regardant son coéquipier Christophe écroulé, atteint à son tour du Mal aigu des Montagnes. Torielle avait participé au précédent Raid Gauloises, en Equateur. Dans son équipe, il y avait eu deux abandons.

Dès le départ les choses ont coincé. Peter Delvaux, 9 fois champion de Belgique de kayak vient tout juste de s’élancer joyeusement avec l’équipe que les premiers symptômes du Mal des Montagnes se font sentir. D’emblée il se sent vidé, privé d’énergie. Puis, lesNépal femme nuage.jpg (5637 octets) lancinants maux de tête deviennent insupportables. Contrôlé par l’équipe médicale, il est réoxygéné d’urgence. C’est l’abandon pour lui. De ce fait, parce que le règlement de l’épreuve impose aux équipes de terminer à cinq, l’équipe ne pourra plus être classée. Privés de leur spécialiste en eaux vives, les quatre rescapés continuent. Pas pour longtemps, Christophe Leclef, le grand fort de l’équipe, est atteint à son tour des mêmes symptômes. Le voilà lui aussi contraint à l’abandon. Il n’est pas le seul. Ce jour là on assiste à une véritable épidémie. Malgré un programme d’acclimatation de 5 jours à la haute altitude, dont deux nuits à plus de 4000 mètres, des dizaines de concurrents ont souffert deNépal jeune fille.jpg (4200 octets) ce mal aujourd’hui bien connu. Plusieurs équipes sont décimées dès la première journée de course. Sans doute aussi parce que trop nombreuses furent celles qui prirent un départ en trombe, en oubliant que cette course doit d’abord se gérer avec intelligence.



Cotopaxi prog.jpg (9786 octets) Le mal aigu des montagnes n’est ni une malédiction ni une tare. Ce n’est que le signe d’une adaptation incomplète à l’altitude et au manque d’oxygène. Il peut intervenir chez n’importe qui quelle que soit sa condition physique. Les signes les plus souvent observés sont des maux de tête, des nausées, des vomissements, une fatigue intense ou des insomnies. Un sujet sur 100 est susceptible de développer des complications graves (œdème pulmonaire et œdème cérébral).

Pendant cette nuit glaciale, Torielle s’interroge aussi sur ses motivations dans ce raid, elle qui vitFrontière ballot.jpg (14428 octets) dans le cocon aseptisé de la Cour des Comptes européennes. Pourquoi vient-elle souffrir dans cette aventure ? " Dans ma famille on me dit qu’une femme n’est pas constituée pour ce genre d’épreuves " nous confiera-t’elle. Certes, Torielle n’est pas une sportive de haut niveau. Mais elle veut prouver, qu’avec de la volonté, de l’endurance et ses qualités propres, elle a parfaitement sa place dans une équipe d’hommes tout en gardant sa féminité. " Dans un raid, on ne sait pas tricher, ni sur soi-même, ni avec les autres. Ensuite on a le sentiment de s’être davantage trouvé soi." Beaucoup de concurrents s’accordent à dire qu’ils vivent ici une expérience unique que seuls l’aspect compétition du raid et la solidarité obligatoire entre équipiers permettent. "

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A l’aube les trois rescapés sortent de leur torpeur, réchauffés par quelques rayons ardents et les cris d’enfants tibétains qui veulent leur faire des niches. La beauté majestueuse du paysage et la vue imprenable sur l’Everest est un baume pour le cœur. Plus question d’abandonner. Par respect pour ceux qui ont eu moins de chances, pour les sponsors qui ont permis de boucler le budget d’une telle expédition et pour les douze mois de préparation à l’épreuve.


Lexmark riz.jpg (10839 octets)Avec entrain, et même privés de leur deux locomotives, ils continueront soudés jusqu’au bout. François ne perdra jamais le Nord avec son GPS (un instrument d’orientation électronique) et les qualités polyvalentes d’Alexandre s’avèreront précieuses.




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Vincent Dudant

Ce reportage a été publié dans le Soir illustré (Bruxelles) et dans Paris Match Belgique.