Appel

C'est mémoire qui se lève
A l'appel de la mer,
C'est de tout le large,
Des horizons
De nouvelles nefs qui se fendent
Tandis que des soleils,
Debout
Font encoche à travers rades,
Que d'autres faces d'arbres
Se hissent du bout des lames.
Souvenirs d'enfance modifiés par l'âge,
Rappel de paysages, d'odeurs,
D'énoncés, de musiques,
De personnes qui pèsent en mon âme.

 

Souvenirs

Suspendue aux images d'autrefois,
Me viennent des mots
Dont je n'avais plus souvenir,
Me viennent avec eux
Des émotions neuves
Ajoutées aux anciennes
Et je ne distingue plus
Ce qui est chagrin d'hier
De ce qui est joie du jour.

Demain,
Sera lumineux disait-elle.
Les nuages se dissipent,
Tandis que je l'entends encore.

Peu à peu s'efface son propos
Puis surgissent d'autres paroles
Porteuses du même message
Et je ne sais plus
Si ma peine a absorbé ma joie,
Ou si ma joie a coloré ma peine.

Ma peine et ma joie
Ne font plus qu'un
Alors que j'appréhende
Cette magie de l'instant
Où macèrent ensemble
Pensées et sentiments,
Images et voix anciennes,
Regards et sonorités éclos du présent.

 

La mine

Ils sont descendus,
Certains encore engourdis de sommeil,
Gommant en eux les images magiques d'un pays de lumière,
Ignorant qu'à contre-courant de leurs racines,
Dans la nuit éternelle de la mine,
Germait déjà le deuil des leurs.

Ils sont descendus
La bouche et le nez
Engorgés de l'air souillé de la galerie.
Et collait sans doute à leurs paupières,
La poussière des jours précédents,
Tandis que sans soupçon,
Le chemin du non-retour venait à se dessiner.

Ils sont descendus,
Se confondant dans le grisou,
Glissant au sein d'un lieu gourmand de leur vie.

 

Ancrages

De parfums, d'objets,
De musiques, de saveurs,
Surgissent de bien vieilles émotions
Sans que je les cultive,
Les attise,
Les appelle.
M'envahissent alors de vieilles inquiétudes,
Vieilles angoisses,
Vieux chagrins.
Ou bien encore fondent en moi,
Avec délice,
De vieilles douceurs,
Vieilles tendresses,
Vieilles assurances.

 

Rappel

D'une goutte de pluie
Chantée à la fenêtre
Est apparue forme humaine,
A rejailli en moi
Avec le souvenir de visages
Enfouis mais porteurs
D'une pensée et d'une émotion
Générant mes ressources.
En seconde naissance
Par un soupir,
Par une ombre
S'est élevée
Comme quelque neige
Au creux de l'arbre
Mettant en relief
La beauté de moments anciens.

 

Don

Je tiens les mots en bouche,
Entre les doigts les caresses promises,
Maladroitement parfois
J'offre une écoute
Volée au silence intérieur
Et durent des mots
Qui sont magie au-delà de l'instant,
Et dure la douceur
Du geste qui les accroche
Aux secrètes complicités.
J'apprends en modulant
L'enseignement reçu,
En le faisant vibrer,
En le rendant transparent.
Mal aimés seriez-vous
Si je ne m'appropriais vos chants,
Mal aimés seriez-vous
Si nous n'étions nombreux
A faire ondoyer le rêve appréhendé
Pour le rendre tangible.

 

 

Chimères

Les épines cachent de noirs cavaliers.

Ni le passereau qui se fait lourd
Quand le jour se frange
Ni la guirlande de vent
Pareille à une sacoche bleue
Qui reluit sur la rive du fleuve
Ne me fera préférer
Ma tristesse à mon nouvel espoir.

Noirs cavaliers, emmenez-moi
Dans votre course de légende !

Viennent de preux cavaliers
Pour un siège grandiose,
Viennent de preux cavaliers
Tout éblouissants
Je partirai un jour.

Noirs cavaliers, emmenez-moi
Dans votre course de légende !

 

Vu de Sirius

A la mesure de l'étoile,
Il n'est point de soucis,
Point de manque,
Point de désir.

Caresse de lumière,
Multipliée à l'infini,
A l'échelle des secrets de l'univers,
La fête est là sans artifice.

S'éveillent des jours,
Brûlants de bonheur
Et des rêves
Tout enrobés d'or.

L'étoile
éparpille des paillettes
Douces comme des flocons.
L'étoile comble la nuit
Et j'en oublie les nuages,
La brume et la grisaille.
 

Premier prix de poésie au concours Charleroi "Remue-Méninges" 1999

 

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