Prima  notte

Les draps en berne se remémorent
L'hésitation de nos deux corps
L'appréhension mal contenue
A l'heure de franchir la vertu
Celle où l'ami devient l'aimant
Et où l'amie découvre l'amant
Lorsque la bise se veut baiser
Et que la bouche se veut brasier

Quand les lèvres soudain se délivrent
A l'ardeur labiale qui enivre
Lorsque les mains se manifestent
Laissent les paumes esquisser un geste
Elles qui se voulaient fraternelles
Soudain s'affirment plus sensuelles
Par des frissons sur la peau fine
Une mise en scène que l'on peaufine

L'imaginaire là sous l'étoffe
En un instant nous apostrophe
Quand se dévoile une nudité
Que l'on n'aurait osé rêver


Deux ou trois doigts d'agilité
Une pincée de dextérité
Font un cocktail de volupté
Qu'aucun saint ne peut résister
Sur le chemin initiatique
Poursuite la quête érotique
Explorant pour la première fois
L'intimité de nos émois

Ainsi des phalanges acrobates
Gravissent les moiteurs délicates
Frôlent les fragiles suaves saveurs
D'une flore offerte à ces faveurs
Ce qu'hier n'était que chimères
S'achève en un tremblement de chair
Une douce chorégraphie des sens
Dont je me réserve la décense.

Distance

 

A trop dire je t'aime, par correspondance
En de frêles poèmes, on mesure l'absence

A se faire l'amour par procuration
On oublie un jour, l'étreinte d'un passion

Mais à ne s'aimer, que par contumace
On est condamné, à laisser sa place

Nonobstant le fait, que tous l'on s'ignore
On veut partager ensemble le même sort

Quant à ces caresses, toutes en interlignes
On ne les vit pas, on les imagine

Combien de coïts à peine esquissés
On le seul mérite, de toujours rimer?

Les courriers tendresses, bouteilles à l'amère
Finissent en détresse, dans le vide des vers

2/1/97  22h36

Nième Retours D'angoisse
 
 
 
 
Souviens toi quand tu m'auras oublié
Rappelle-toi quand tout sera effacé
De ce que l'on n'a pas vécu ensemble
Qu'il n'y a que l'oubli qui nous rassemble
 
Revis l'amour que l'on n'a jamais fait
Les caresses que je n'ai même pas osées
Ces folles jouissances privées de souvenir
Ces nuits torrides qui ne t'ont pas fait jouir
 
Relis ces mots qui demeurent illisibles
Derrière le masque de poèmes impossibles
Ces leurres cachés, ces faux en écriture
Où je crachais mes sentiments obscurs
 
Retourne là où nous ne sommes pas allés
Vers ces rivages qu'on n'a pas sus mouiller
Dans ce bateau qui est resté à quai
Loin des pays qu'on aurait pus rêver
 
Rejoue encore ces mélodies perdues
Ces airs muets désormais disparus
Que l'on chantait du fond de nos silences
Quand le mutisme se voulait connivence
 
Revois ces films aux images effacées
Décolorées en VO sous titrée
Qu'on regardait toujours en négatif
Dans ce ciné à l'écran maladif
 
Recouche toi dans ce lit encore froid
De ces ébats passés dans d'autres draps
Chacun chez soi, nos corps à l'abandon
Au plaisir fou d'un coït moribond
 
Remémore toi l'instant intemporel
De ces moments furtifs et sensuels
Où nous refusions l'idée de désir
Les doigts crispés dans nos poings sans rien dire
 
Recherche ce graal qu'on a abandonné
Au seuil d'une vie qu'on n'a pas commencée
Même si un jour on a failli se pendre
Avec cette corde que l'on vient de te tendre
 
Respire encore les odeurs du passé
Le parfum ivre de ces fleurs décimées
Qui poussaient au coin de nos tombeaux froids
Où nous gisions heureux bien à l'étroit
 
Ecoute cet enfant que l'on n'a pas eu
Parler d'un futur qu'il aurait vécu
Construit sur du sel que dissout la pluie
Quand les vents violents soufflaient sur nos vies
 
Abrège enfin mes tous derniers espoirs
Qui se sont tuent au fond de ma mémoire
Leurs douleurs indolores me stigmatisent
De ces taches indélébiles qui s'éternisent
 
 


15/8/96/ 0h58

L'indésirable intrus

Je suis le choix d'un jeu de rôle
Celui qu'on évince en premier
Qui doit rester tapi dans l'ombre
Pour laisser l'autre s'exprimer

Je suis celui qui importune
Et qui trouble l'ordre établi
L'oiseau de mauvaise fortune
Qui augure un réel ennui

Celui qui gène et qui dérange
L'empêcheur de tourner en rond
Que l'on relègue et qu'on échange
Contre un bien mieux , un bon garçon

Celui qu'on offre en sacrifice
Sur l'autel de la liberté
Celui qu'on condamne d'office
Qu'on met au banc de l'amitié

Moi je suis le laisser pour compte
Le rejeté, l'abandonné
Le surnombre dans le décompte
Le chiffre qu'il faut supprimer

Le numéro complémentaire
La mention qu'il leur faut rayer
Le part en trop surnuméraire
Le bug qui vient tout enrayer

Je suis l'ultime grain de sable
Celui qui bloque l'engrenage
Le proscrit désigné coupable
De contrarier leur ménage

Je suis celui que l'on écarte
Le dernier frein à leur projet
Je suis l'ultime fausse carte
Dont il faut se débarrasser.

Je suis celui qu'il faut abattre
Qu'il faut au plus vite oublier
Le cancer qu'il leur faut combattre
Pour enfin se réaliser.....

 

21/11/04  16:31



Licier du néant
 
 


Saurai-je attendre encor longtemps
Reclus au fond de ma redoute
Que se dénoue le fil du temps
Pour en découdre avec le doute
Détricoter tout ce qui me
Condamne à dévoiler ma peine
Tirer cette épingle du "je"
Filer ma pelote de haine
 

Mais je reste un piètre ouvrier
Et malhabile je m'embrouille
A trop tisser sur ce métier
Pour ne pas tomber en quenouille.
Alors soudain perle mon sang
Sur cet ouvrage où je m'atèle
En un goutte à goutte indécent
Ma déchirure se révèle

Et coule en larmes continues
De la vile aiguille assassine
En de liquoreuses menstrues
Le rouge miel de ma résine
Jaillit de ce flux artériel
Comme une larme de mercure
Qui viendrait tâcher de son fiel
La ligne de la surpiqûre
 
Et je me couche ankylosé
Sur cette étoffe encore tiède
Comme un suaire ensanglanté
Où gît mon âme la plus laide
Je vous l’avoue en vérité
Je ne suis qu’un homme de paille
Rien qu'un fétu d'humanité
Qui s’en vient de souiller sa maille



27/10/04 15:30

Curriculum vite fait
 
 
Je suis l’espace et le néant
Le silence et le vide ambiant
L’espoir et le soulagement
Je suis l’Orient et Occident
 
Je suis votre proche futur
Votre avenir votre fracture
Le dernier passage obligé
Le chemin de la vérité
 
Je suis la mémoire éternelle
La connaissance universelle
Le révélation attendue
Le point de rupture absolue
 
Je suis l’ultime solution
Le sentier de la rédemption
Le comptable de vos erreurs
Le terme à toutes vos frayeurs
 
Je suis l’alpha et l’oméga
Le sauf conduit pour l’au delà
Celui qui vous soulagera
De vos angoisses ici bas
 
Je suis le point de ralliement
Venez à moi je vous attends
Je suis votre prochaine aurore
Venez à moi… Je suis la MORT !!!!
 
 
04/11/04 00:34

Vision d’effroi
 
 
Je t’imagine entre ses bras
Lui susurrer de doux mots tendres
Allongée nue entre les draps
Où son désir va se répandre
 
Je t’imagine en plein émoi
Criant des choses insensées
Offrant ton corps en mille endroits
Du plus suave au plus secret
 
Je t’imagine aller plus loin
Pour assouvir sa volupté
Prenant alors l’affaire en main
Honorant sa virilité
 
Je t’imagine à pleine bouche
Alliant le geste à la parole
Coule sa sève en une douche
Une liqueur dont tu raffoles
 
Je t’image au bord des larmes
Le supplier de t’achever
De fendre enfin ton dernier charme
L’antre de ta féminité
 
Je t’imagine crier plus fort
Juste avant l’ultime rupture
Quand la jouissance atteint alors
Les doux sommets de la luxure
 
Je t’imagine au paroxysme
A l’apogée de ta folie
L’instant sublime du séisme
Je t’imagine… et je vomis…
 
31/10/04 14:55

La dernière tentation du Triste


 
A espérer ce qu'on ne peut
On finit par se demander
Si la chandelle en veut le jeu
S’il est utile de rêver
 
J’ai peine à croire en cet instant
Qu’un jour meilleur me reviendra
Qu’il me sera bien assez temps
D’espérer froisser d’autres draps
 
Car je ne suis qu’un faux rêveur
Perdu dans ses contradictions
A tout jamais et forever
Rien qu’un vain cœur en perdition
 
Je n'ai plus rien qui me retient
Il m'est donc grand temps de partir
De rattraper le dernier train
Pour le pays du souvenir
 
Il me faut mettre donc un terme
A ce contrat avec la vie
Et souligner par ce poème
Cette vacance où tout fini
 
 Et je me recompte à rebours
Le temps qu’il me reste à souffrir
Avant de rallier pour toujours
La mort qui me fait un sourire
 
Je m'en vais tromper mes angoisses
Avec la seule que j’honore
La solitude qui me glace
La dernière qui m'aime encore
 
Je viens signifier mon congé
Vous notifier ma démission
Fermer ma porte et mes volets
Abandonner mes prétentions


Et je m’enfui vers l’autre rive
pour y noyer la clé des songes
Avant que d’être à la dérive
Et de devoir jeter l’éponge
 
Je vous tire ma révérence
 Et vous salue à tout jamais
Depuis ce vide où je m'élance
Tout seul au fond de mes apnées

Je ne saurai continuer
à vivre ma vie insipide
Je vous serais grès d'accepter
et d'acter mon prochain suicide
 
28/10/04 23:29

Voyage
 
 
 
Je pilote mon rêve à travers le brouillard
Dans un avion papier, aux détours du hasard
Traversant chahuté de violentes tempêtes
Je rase un peu trop près l'océan des poètes.
Je tente un dernier vers accroché au destin
Mais en plein ouragan un grain me pousse au loin
Vers l’abrupte montagne où les désirs chavirent
Et dans l’obscurité mes ailes se déchirent
 
 
De la neige éternelle où gît mon cœur meurtri
Je lance un s.o.s égaré dans ma nuit
Un cri timide et sourd, un signal de détresse
Un ultime au secours, un appel de tendresse.
Mais le bonheur réduit à son degré zéro
Dans le froid en sursis n’obtient aucun écho
Alors enseveli sous ce carcan glacière
Disparaissent les mots de mon gel littéraire
 
 
Au printemps percera entre deux arcs-en-ciel
Un edelweiss timide au parfum sensuel
Comme un nouveau départ, une nouvelle vie
Où je pourrai enfin exprimer ma folie.
Ses racines plantées au pied de mon caveau
Son pollen sèmera la douleur de mes maux
Avant qu’un papillon nécrophage ne vienne
Butiner la mémoire atrophiée de mes veines
 
 
Dès lors atteinte enfin l’ivresse des sommets
L'étrange opacité de ce papier glacé
Pourra naître au grand jour l'esprit fantomatique
D’un apprenti rêveur en marge des critiques.
D’engelure en crevasse agressé par l’hiver
Sublimant les frimas j’irai vider mes vers
Du givre cristallin de cette indifférence
Engourdi dans l’espoir d'une reconnaissance
 
 
Dès l’été une pluie gonflera un torrent
Une eau pure et limpide un écrin de diamant
Il me sera grand temps de changer de rivage
Et gagner le galion de l'unique voyage.
Celui qui m’attend là sur son quai amarré
Pour l 'odyssée finale en mes cahiers secrets
Le périple idéal vers ma douce chimère
Pour qui je deviendrai naufrager volontaire
 
 
Pourtant bien arrimée à sa verge de fer
Je peux enfin jeter toute l'encre à la mer
Et perché tout en haut de mon mât de misaine
Je scrute l'horizon vers la ligne certaine.
Bravant les éléments je repars au combat
Direction le soleil qui se lève là bas
Sur les pages jaunies aux images farouches
Où ma plume usera ses dernières cartouches
 
Je navigue mon rêve insouciant des courants
Dans un bateau papier toutes voiles au vent
Pas à pas le sextant mesure la distance
Qui  me sépare encor de mes tendres errances.
Ma boussole bloquée n’indique plus le nord
Mais l’épaule amoureuse où mon envie prend corps
L’Alizé du plaisir souffle enfin une brise
Un zéphyr en douceur me caresse une bise
 
18/10/2004 01:07

Le Procès

 
 
Mesdames et Messieurs en son âme et conscience
Le tribunal spécial va siéger sans offense
Nous déclarons ouvert le procès attendu
Huissier veuillez laisser entrer le prévenu

 
La parole est donnée au présumé coupable
Précisez à la Cour la plainte punissable
Qui vous a amené à comparaître ici
En ce lieu pour répondre à votre odieux délit
 
"Déclaré hors d'usage exclu de son domaine
Relégué à l'oubli je dois purger ma peine
écarté de son monde où je suis rejeté
On me met à l'index comme un pestiféré
 
Et tout comme un mal propre on me jette à la porte
On m'écrase écœuré tel un affreux cloporte
Et sans me ménager sans me laisser le choix
Je n'ai aucun délai pour justifier mes droits
 
L'amour n'est qu'un mensonge une autre hypocrisie
La passion un mirage où l'on risque sa vie
La confiance est un leurre une somme d'erreurs
Et la sincérité une fausse valeur
 
Mais je plaide innocent de toutes ces traîtrises
Et malgré ma franchise on m'envoie aux assises
Je n'ai pourtant rien fait qui puisse accréditer
Ce verdict impartial qu'il me faut accepter"
 

A jamais répudié, condamné au silence
Sans pouvoir faire appel, sans espoir de défense
Rejeté l'alibi, l'avocat récusé
La sentence est tombée, l'inculpé accusé

03/02/05   16:12

Savoir Oser
 
 
Oser l'espoir, oser le rêve
Oser l'amour que l'on élève
En dépit des douleurs passées
En faisant fi des cœurs brisés
 
Oser vouloir, oser se dire
Oser à nouveau se sourire
Se pardonner tous ces griefs
Pour mieux retraverser le bief
 
Oser un soir, oser le diable
Oser faire amande honorable
Effacer toutes nos rancœurs
Et retrouver notre candeur
 
 Oser se voir, oser s'entendre
Oser tenter de réapprendre
Combien il est doux de s'aimer
Combien l'amour peut résister
 
Oser pouvoir, oser sans cesse
Oser oublier nos faiblesses
Et du bout de la langue oser
Juste un je t'aime se dévoiler
 
 

02/02/05  16:27

Dites moi
 
 
Rassurez moi et dites moi
Qu'elle est enfin épanouie
Que le bonheur empli sa vie
Que l'amour redevient sa loi
 
Que son cœur n'est plus en souffrance
Qu'elle est heureuse en ses conquêtes
Que ses nuits rêvent en silence
Loin du tumulte des tempêtes
 
Que ses yeux pleurent de plaisir
Que son rire éclaire son visage
Qu'elle a la joie de pouvoir jouir
Et d'aimer toujours d'avantage
 
Je veux la savoir passionnée
Amoureuse et emplie d'espoir
Dites lui que moi en secret
Je la rêve en purgatoire
 
01/02/05 13:21

Maux et cris
 
 
 
Il n’était rien ou pas grand chose
Juste un rimeur de pacotille
Simple amoureux rêvant d’osmose
D’une étincelle qui scintille
 
C’était l'alchimiste des mots
Celui qui venait lui conter
De tendres vers de doux échos
Combien il est bon d’être aimé
 
Mais on l’a banni de l'amour
Il s'est enfui vers d'autres rives
Chercher un bonheur alentour
Loin du charnier de ses dérives
 
Le cœur arraché à la vie
L'élan condamné à l’exil
Il ère au creux de sa folie
Reclus au fond de son asile
 
A trop courir les horizons
A la recherche d'un soleil
En gestation dans son cocon
Il entame un dernier sommeil
 
Dans la candeur immaculée
De l’antichambre du néant
Gît sur un marbre suranné
L’âme sans vie d’un mécréant
 
Il a osé enfin passer
Le gué vers d’autres lendemains
Le fleuve où se noie l’amitié
La mort a croisé son chemin
 
20/01/2005 16h16

Phlébotomie
 
 
Une lame arasée en larme de rasoir
Etrange arme illusoire en mon âme acérée
Sur mon derme appuyée délicat reposoir
Me cisaille ce soir la chair de mon poignet
 
Et je tâte le flux des contractions cardiaques
En évalue le pouls la pression artérielle
La tension en mon cou le rythme démoniaque
Que mon cœur sacrifié ce jour encor martèle
 
J’accentue un peu plus le poids du couperet
Sur ce vaisseau sanguin qui véhicule en moi
Ces douleurs contenues qu'il me faut extirper
Pour retrouver la paix qui me manque sans toi
 
Alors pourquoi vouloir me faire un mauvais sang
Dès lors que me saigner enfin aux quatre veines
Soulagerait l'enfer qui me tue doucement
Solderait à jamais tous les maux de mes peines
 
Je me décide alors de quitter mon récif
De sectionner ce fil qui m'attache à l'ennui
D'une pointe d'humeur me tailler dans le vif
Découper d'un canif une tranche de vie
 
élégante incision offerte en héritage
A ce rêve interdit qu'il me faut oublier
Comme un cadeau d’adieu un tout dernier hommage
Une fin inédite un terme à ces années
 
Et mon corps qui se vide emportant ma mémoire
Près de cet urinoir où soudain je m’écroule
Le crâne fracassé sur la faïence ivoire
D’un chiotte exiguë où mon fluide s’écoule
 
 
14/01/05 21:37

 

J’attendrai
 
 
 
J’attendrai le temps qu’il te faut
Pour que l’on puisse enfin s’aimer
Et se reconstruire à huis clos
Un merveilleux havre de paix
 
Comme un amant épistolier
J’accepte d’être ton apôtre
Vivre l’amour en presse papier
Et m’effacer devant cet autre
 
Et même si dorénavant
Bien que tu n’oses l’avouer
Ton cœur ne bât plus comme avant
Ma vie t’est toute dévouée
 
Alors je reviens à nouveau
Te dire à travers ce poème
Que je n’ai pas assez de mot
Pour t’exprimer combien je t’aime
 
 
20/12/04 21:54

 

Dernières Volontés
 
 
Je veux qu’on m’arrache le cœur
Désormais viscère inutile
Qu’on mette un terme à ma douleur
Que je rejoigne mon asile
Que l’on efface à tout jamais
Les stigmates indélébiles
D’un souvenir qui m’apparaît
Comme un héritage stérile
 
Libérez-moi je vous en prie
De l’abstinence où je complexe
De ces plaisirs qu’on m’interdit
Amputez-moi donc de ce sexe
Veuillez m’effacer de l’esprit
La douce passion qui m’obsède
A présent qu’il m’est interdit
D’être celui qui la possède
 
Car aujourd’hui je dois fermer
A double tour mon âme close
Pour ne plus avoir à aimer
Me consacrer à autre chose
Je n’ai plus rien à espérer
Je dois accepter la sentence
Me plier à sa volonté
On a tué mon espérance
 
Dans l’antre de mon agonie
Je sais que je ne peux prétendre
Espérer partager ma vie
Et ne plus souffrir à l’attendre
Je ne demande presque rien
Juste un regard, de la tendresse
De celle qu’on offre à un chien
Abandonné seul sans sa laisse
 
Je veux oublier ce qu’un jour
On a gravé dans ma mémoire
J’implore juste un peu d’amour
Mais puis-je seulement y croire ?
Je veux qu’on me dessine enfin
La ligne qu’il me faudrait suivre
Pour rejoindre ces lendemains
Qu’il me plairait tant de revivre
 
05-11-2004

 

Petite musique de chanvre
 
 
Suspendu à mon désespoir
Pauvre marionnette hors d’usage
Je m’en vais briser le miroir
Où se reflète mon visage
 
Mes membres désarticulés
Dansent d’étranges arabesques
Brassent les airs de tous côtés
Esquissent des gestes grotesques
 
Futile poupée accrochée
A tous ces liens qui me maintiennent
Je gesticule ballotté
Bien arrimé quoi qu’il advienne
 
Et tangue mon corps disloqué
Selon le bon vouloir d’icelle
Qui à l’abri du castelet
Sans un bruit tire les ficelles
 
La poutre maîtresse où je pend
En un instant soudain m’accorde
Le droit de suspendre mon temps
De resserrer encor la corde
 
Partent mes yeux à la dérive
Sans même l’ombre d’un espoir
Et la fin du spectacle arrive
Avec son goût de dernier soir
 
Et mes pupilles révulsées
En une ultime révérence
Saluent mon public médusé
Dans ce théâtre de démence
 
Pauvre polichinelle en ruine
Sous mon squelette de chiffon
Je sens mon cou qui se comprime
Et mes pieds battre l’horizon
 
Et tel un pantin disgracieux
Qui se balance au bout d’un fil
J’attends l’instant où vers les cieux
Filera mon âme en exil
 
 
 
15/11/04 21:12

Merci Alain pour nous avoir livré ton âme de Poète

 

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